http://www.slate.fr/story/54109/fn-stupide-gauche-guilluy

par Anne Lambert, le 16/05/2012

Les propriétaires de pavillons en lotissement périurbain votent-ils nécessairement à droite ? Au-delà de l’image du conservatisme des propriétaires, l’enquête menée par Anne Lambert dans l’Est lyonnais souligne les recompositions en cours dans ces territoires et la complexité des logiques du vote.

L’accession à la propriété des classes populaires constitue un mot d’ordre politique depuis de nombreuses années. Nicolas Sarkozy en a fait un des thèmes centraux de sa campagne en 2007, en appelant de ses vœux « une France de propriétaires », comme en 2012, en proposant d’augmenter les droits à bâtir [1]. Sa position repose sur un calcul électoraliste et des considérations idéologiques selon lesquelles les propriétaires votent davantage à droite que les locataires, en particulier ceux du parc HLM. Dans le prolongement des analyses marxistes, Haumont (1966) et Bourdieu (1990) avaient, en effet, souligné le conservatisme des pavillonnaires. Alors que de nombreux sondages politiques soulignent aujourd’hui les corrélations statistiques entre vote à droite et statut de propriétaire, ou encore vote FN et espaces périurbains [2], ces travaux n’épuisent ni le sens à donner au vote à droite, ni la diversité des orientations politiques dans ces territoires (Rivière 2008 ; Cartier et al. 2008). Comment, sinon, expliquer le maintien d’un vote à gauche dans certains lotissements des communes périurbaines populaires, au côté d’un fort vote à droite ?

Cette contribution, qui apporte un éclairage sur les comportements électoraux des nouveaux pavillonnaires issus de l’immigration, entend ainsi contribuer à l’analyse de la bipolarisation des votes observée en territoire périurbain. Deux évolutions sociologiques majeures semblent, en effet, particulièrement influer sur les positionnements politiques observés à l’échelle locale (celle des communes ou des lotissements) : la hausse de la part des ménages issus de l’immigration au sein du parc pavillonnaire et les difficultés croissantes d’accès à la propriété des ménages modestes. Une partie des acquéreurs sont, en effet, par leurs socialisations primaire et résidentielle, durablement ancrés à gauche. En outre, les difficultés et les déceptions générées par les parcours d’accession, en dépit des promesses électorales, et la racialisation des rapports de voisinage observée dans les lotissements, au contact des « petits-moyens blancs » avec lesquels ils cohabitent, semblent également consolider leurs orientations politiques.

Le périurbain, un espace de promotion pour les immigrés et leurs descendants

Le vote à gauche des pavillonnaires n’est pas une nouveauté historique : les lotissements « défectueux » construits en banlieue parisienne, à Drancy, Bobigny ou encore à Noisy-le-Sec, faisaient partie de la ceinture rouge (Fourcaut 2000). La population ouvrière « déracinée », composée de Parisiens, de provinciaux et d’étrangers, y faisait face à des conditions de vie particulièrement difficiles (absence d’aménagement, de transport, d’hygiène, etc.) qui inquiétaient les élites politiques. Près d’un siècle plus tard, malgré les nombreuses évolutions législatives qui encadrent désormais la production des lotissements, on retrouve certains de ces traits structurants. La hausse des prix immobiliers dans les grandes agglomérations a conduit à la spécialisation des espaces périurbains lointains dans l’accueil des classes populaires [3]. Bien que minoritaires, les ménages issus de l’immigration semblent également y trouver une voie d’accès à la propriété : aspirant à l’amélioration de leur cadre de vie [4], ils sont aussi moins exposés aux discriminations que dans d’autres secteurs du marché du logement, en particulier le parc social valorisé (Tissot 2006) [5].

Pour autant, le lien de ces nouveaux propriétaires employés et ouvriers avec le vote est loin d’être mécanique. Des travaux sociologiques récents invitent en effet à se méfier d’une représentation stigmatisante du vote des classes populaires en dépit des évolutions structurelles qui traversent la société française (hausse du chômage, montée du racisme, stigmatisation des quartiers d’habitat social notamment) : c’est d’abord l’abstention qui caractérise aujourd’hui le comportement électoral des classes populaires alors que le vote FN, quoique en hausse chez les ouvriers, reste dans l’ensemble plus fréquent chez les professions libérales et les petits patrons (Collovald et Schwartz 2006).

À Virieu-Solognieu, petite commune populaire en forte croissance située à 35 kilomètres à l’est de Lyon [6], où nous avons enquêté, Marine Le Pen obtient ainsi un score nettement plus élevé qu’en moyenne nationale (24,3 %), mais François Hollande reste en tête au premier tour des présidentielles avec 27 % des suffrages exprimés. S’il est battu au second tour par le candidat sortant, qui perd toutefois 6 points entre 2007 et 2012, le candidat du PS obtient ses meilleurs scores dans le bureau de vote de la Plaine, un secteur où ont été récemment construits plusieurs grands lotissements « bon marché ». Aux élections municipales, malgré des clivages partisans moins affirmés, la gauche l’emporte également sans interruption depuis 1983. Ces résultats invitent ainsi à nuancer les analyses faites en population générale pour les contextualiser, en fonction du type de scrutin, mais aussi en tenant compte de la diversification des trajectoires sociales et migratoires des pavillonnaires à l’échelle locale (la commune) et micro-locale (le lotissement).

Lire la suite sur Métropolitiques.eu

Mots-clefs :, , , , , , , , , ,


Le Monde, 15 mai 2012.

 » Ils se coupent de

la société et ne font plus pression sur les pouvoirs publics pour forcer l’amélioration des autres quartiers « 

Frédéric Landy est géographe, professeur à l’université Paris-Ouest-Nanterre. Il a publié le Dictionnaire de l’Inde contemporaine (Armand Colin, 2010).

Quels sont les besoins de l’Inde en matière d’urbanisme pour faire face à son essor démographique ?

Au cours des dix dernières années, il y a eu 91 millions de citadins en plus, soit 9 millions par an, l’équivalent de l’agglomération parisienne. L’Inde compte désormais 370 millions de citadins. Cette croissance urbaine est essentiellement liée à la fécondité, l’exode rural n’en représentant plus qu’un cinquième.

Comment se logent ces nouveaux citadins ?

Mal ! Le tiers des citadins vit dans des logements d’une seule pièce, la moitié des habitants de Bombay par exemple vit en bidonville. Ce ne sont pas forcément des huttes, il existe des logements en dur de deux étages, mais ce sont des constructions illégales qui peuvent être détruites du jour au lendemain par la police. Dans certains bidonvilles, on s’aperçoit que, sous les tentes, on trouve les bases d’une maison. Ce sont les mêmes occupants qui y habitent. Ils ont été expulsés, leurs maisons détruites, mais ils reviennent et renoncent à reconstruire.

Pourquoi les villes indiennes sont-elles si délabrées ?

Très longtemps, ce fut la politique du pire. Sous Gandhi, comme dans la plupart des pays décolonisés, un vieux fond de ruralisme militant régnait. Gandhi estimait que l’Inde authentique était celle des campagnes, par opposition à l’Inde de villes créées par la colonisation. L’Inde indépendante, celle de Nehru, n’a pas disposé des moyens d’investir dans les villes et s’est efforcée de limiter à tout prix l’exode rural. Pour toutes ces raisons matérielles et idéologiques, la politique de développement urbain a pris beaucoup de retard.

Dans les années 1970, des banques spécialisées pour le logement ont été créées, mais avec des résultats très inférieurs aux besoins. Puis, dans les années 1980, on a assisté au développement des petites villes, comme filtre possible de l’exode rural. Mais c’est seulement dans les années 1990 que l’Etat a jugé que le phénomène de métropolisation était inéluctable et pouvait être synonyme de croissance.

En 2005, un grand programme de renouvellement urbain a mis l’accent sur les mégacités, les soixante-trois plus grosses villes de l’Inde. Ce programme comportait deux grands volets, les infrastructures et la lutte contre la pauvreté. Mais les objectifs ont été malheureusement plus ou moins bien tenus. Malgré le virage des années 1990, le développement des villes accuse un énorme retard.

Pour combler ce retard, l’Inde a recours aux villes privées. Quelles en sont les conséquences sur le plan social ?

Les villes privées se sont notamment développées dans des zones franches. Fin 2011, il y en avait 143. Au total, 400 sont en cours de création. En principe ces zones sont réservées à l’exportation, mais une bonne part des surfaces a été consacrée à du logement. Beaucoup de villes privées s’y sont développées. Les promoteurs se sont servis de cette loi pour faire tout à fait autre chose que de la production industrielle et de l’exportation. La loi a été changée récemment pour faire passer l’espace réservé à l’industriel de 25 % à 50 % et ainsi éviter les abus et les spoliations de terres au détriment des paysans. Ces villes privées génèrent des conflits entre villes et campagnes, mais aussi entre classes sociales.

Urbanisation en Inde rime donc avec creusement des inégalités ?

Il se forme dans les pays émergents un  » grand écart  » social et spatial. Un quart des citadins indiens continue de vivre dans des bidonvilles, quand les riches, de plus en plus riches, s’installent dans des villes privées ou des quartiers fermés, entourés de mur, qui leur offrent des services, qui n’existent pas dans les villes comme l’accès à l’eau, l’électricité vingt-quatre heures sur vingt-quatre, le ramassage des ordures.

lire la suite sur le Monde.fr

Mots-clefs :, , , , , , , ,


Le Monde, 23/04/12

Ils sortent souvent la nuit, seuls ou en groupe. Ils semblent sans arme. Mais, au fond de leurs poches, de petites boules de terre s’entrechoquent. Des bombes à graines. Au prochain arrêt, l’air de rien, ils les lanceront sur le sol délaissé d’une friche urbaine. Avec un peu de chance, dans quelques jours, cet espace fleurira. Puis ils repartiront biner un chantier à l’abandon, entretenir les boutures d’un pied d’arbre ou végétaliser d’autres interstices dans le béton.

Leur combat a un nom : la guérilla jardinière. Inventé à New York dans les années 1970, le terme a retrouvé ses lettres de noblesse après la publication en 2003 d’un opus, On Guerrilla Gardening, devenu la bible des militants et traduit en français en 2010 chez l’éditeur alternatif Yves Michel.

L’auteur, Richard Reynolds, un professionnel de la publicité fan de jardinage, lui-même guérillero clandestin, y fait le point sur l’histoire du mouvement, ses valeurs, ses techniques. Le Britannique se consacre à cette activité qu’il retrace sur son site (Guerrillagardening.org) et donne des conférences sur le sujet dans le monde entier. Sa définition est toute prête : « La guérilla jardinière, c’est la culture sans autorisation de terrains qui ne vous appartiennent pas. » Une fertile occupation des sols abandonnés, en somme.

Dans les faits, les attaques ciblent surtout les espaces publics négligés. A Londres, les militants y plantent des massifs de fleurs. A Paris, ils préfèrent les potagers. L’art et la poésie ne sont jamais loin de ces séances de bêchage collectif et autogéré. Il suffit de suivre les tags en mousse qui grimpent le long des murs de ciment. Le Centre Georges-Pompidou à Paris ne s’y est pas trompé, qui organisait sur ce thème, l’hiver dernier, des ateliers lors de son exposition « Green Attitude ».

« FAIRE PASSER UN MESSAGE POLITIQUE »

Combien sont-ils dans le monde à s’en revendiquer ? Le chiffre de 60 000 militants circule, difficile à vérifier, car le cercle est mouvant. Il tend surtout à s’étendre. En France, le réseau va de Rennes à Bordeaux, de Lyon à Nantes. Le mardi 1er mai, ces groupes s’associeront à leurs camarades hors des frontières pour une « grande fête globale du jardinage illégal de tournesol » (International Sunflower Guerrilla Gardening Day). Plantations hautes en couleur assurées.

« Pour les militants à la marge, ces actions sont une façon provocante de faire passer un message politique sur la propriété, le vivre-ensemble et la nature », signale Richard Reynolds. Les membres de la plate-forme Guerrilla Gardening Paris se voient ainsi comme des résistants, plus tournés vers la critique de l’urbanisme contraint que vers l’embellissement du bitume. « Nous sommes proches du mouvement des peuples sans terres ailleurs dans le monde, précise Gabe, coordinateur de la plate-forme. L’idée est de s’approprier nos rues et d’agir pour un patrimoine plus diversifié des espaces verts. »

lire la suite sur Le Monde.fr

Mots-clefs :, , , , , , , , ,


Le Monde, 20/04/12

Après une douzaine d’années de travaux préparatoires, d’avancées et de reculs, le parc national des Calanques est officiellement né avec la signature, mercredi 18 avril, par le premier ministre, François Fillon, du décret de création du dixième parc national français.

Ses partisans comme ses adversaires sont amoureux des calanques et se battent, disent-ils, pour les sauver. Tous ne parlent, avec la même passion, que de préservation, citant l’aigle de Bonelli, l’oursin diadème, le mérou ou le molosse de Cestoni (une chauve-souris de 40 cm d’envergure), côté animal, les herbiers de posidonie ou les genêts de Lobel, sans oublier les savoureuses asperges sauvages pour le végétal.

« AIRE OPTIMALE D’ADHÉSION »

Le nouveau parc s’étend sur plus de 150 000 hectares, dont 51 800 de « cœur de parc » (43 500 en mer), auxquels s’applique une réglementation contraignante. Ils englobent les sites, mythiques pour les grimpeurs et les randonneurs, de Sormiou, Morgiou, Port-Pin, En-Vau, Port-Miou. Les 106 300 hectares de zones adjacentes, dont 8 300 hectares sur terre appelés « aire optimale d’adhésion », nécessiteront l’adhésion des municipalités et feront l’objet d’une politique contractuelle de développement durable, avec une charte, entre le parc national et les communes.

Le premier parc national « périurbain », aux portes de Marseille, deuxième ville de France avec ses 800 000 habitants, intègre même certains de ses quartiers. Une équation difficile à résoudre, dans un dossier très politique, sur fond de rivalités au sein de l’UMP en vue de la succession de Jean-Claude Gaudin, l’actuel maire de la ville.

Dans son vaste bureau dominant le vieux port, ce dernier est ému jusqu’aux larmes quand il évoque son enfance à Mazargues et à Sormiou, où il a encore le cabanon. « Avec l’engouement grandissant pour ces paysages magnifiques et fragiles, et ces gens qui ne sont pas tous attentionnés, il fallait protéger les calanques, faire un parc et en accepter les contraintes », dit-il. Mais comment préserver sans trop contraindre ?

Si les partisans du parc fêtent le décret tant attendu, certains regrettent les dérogations permettant le maintien de nombreuses activités dans le parc. Ou dénoncent les incohérences dans le tracé qui exclut certaines zones ou certains quartiers pour, disent-ils, « préserver des amis ».

Lire la suite sur Le Monde.fr

 

Mots-clefs :, , , , , , , , , , ,


 

 

L’exposition La France de 2040 ouverte au public jusqu’au 3 juin au CESE.

 

A l’occasion des Rencontres des territoires durables, une exposition cartographique a été lancée à partir des travaux de la DATAR pour représenter les scénarios du possible pour la France de 2040 en 10 cartes magistrales :
• L’urbain-métropolisé français dans la mondialisation,
• Les systèmes métropolitains intégrés,
• Les portes d’entrée de la France et les systèmes territoriaux des flux,
• Les espaces de la dynamique industrielle,
• Les villes intermédiaires et leurs espaces de proximité,
• Les espaces de développement résidentiel et touristique,
• Les espaces de la faible densité,
• Démographie mondiale et vieillissement,
• Les territoires français face au changement climatique,
• Urbanisation, paysages et artificialisation des sols.

L’exposition sera ouverte du 21 mars au 3 juin, du lundi au vendredi, de 9h00 à 17h00.
Fermeture exceptionnelle le lundi 26 mars de 9h00 à 13h00 et le vendredi 30 mars.

voir le site :

http://rtd.acteurspublics.com/2012/02/le-premier-article-de-lexposition/

 

Mots-clefs :, , , , , , , , , , , , ,