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in Le ciel ne va pas nous tomber sur la tête ! Lattès, 2010
Christian Pierret est président fondateur du festival international de géographie et fut un temps ministre de l’industrie. Maire de St-Dié-les-Vosges, il est très impliqué dans la vie régionale.
Introduction : La crise environnementale a gagné une importance médiatique sans précédent, symbolisée par la conférence de Copenhague de l’hiver 2009. Ce qui caractérise peut-être le mieux ce champ d’investigations et de controverses qu’est devenu l’environnement, c’est le nombre des enjeux qu’ils recouvrent, touchant aussi bien les champs sociaux, et économiques que politiques. Sur toutes ces questions, et la question énergétique n’est que la plus brûlante d’entre elle, l’initiative géostratégique est passée au Sud dont le poids démographique (donc énergétique), financier et, de plus en plus, économique lui confère la première place.
I) Les réalités économiques
Les différentes sources d’énergie et leur potentielle rareté.
La production d’énergie utilise essentiellement trois ressources : les énergies fossiles, l’énergie nucléaire et les Energies Naturelles Renouvelables (ENR). Aujourd’hui 60% de la production d’énergie est tributaire des sources fossiles d’énergies. Le vrai problème est que 20% de la population (mondiale) consomme 80% de l’énergie. La croissance rapide du Sud pose alors le problème de la rareté de l’énergie : y en aura-t-il assez pour tous ?
Il n’y a pas de croissance sans énergie, c’est –à-dire sans augmentation de sa production et de sa consommation ; mais la logique actuellement prédominante, celle d’un court-termisme dicté par les marchés, rogne les réserves d’énergie au maximum : d’où les black-outs de Californie en 2001 ou d’Allemagne en 2006. Entre 1973 et 2006, la consommation d’énergie a doublé pour atteindre 11 milliards de tonnes-équivalent pétrole, produite à 85% grâce à des énergies fossiles.
La qualité de l’énergie devient aussi un impératif, c’est-à-dire sa qualité environnementale, mais aussi sa répartition. Dans cette optique, la décroissance est une impossibilité : elle contredit l’impératif même de sortir de la pauvreté les deux tiers de l’humanité. La répartition de l’énergie est aujourd’hui plus qu’inégale ; mais croire que la réduction de la consommation du Nord suffira à arracher au Sud son désir de croissance est aussi une illusion. Le problème est que les ressources vont diminuer, même si on ne parle pas d’oil peak : nous consommons deux fois plus de pétrole que nous n’en découvrons.
II) La crise énergétique, une réalité mondiale !
Ce sont surtout les transports et, dans une moindre mesure, le résidentiel qui assurent l’essentiel des émissions de gaz à effet de serre. La question n’est pas : peut-on durer avec les énergies fossiles ? car la réponse est non. Dans les ingrédients du « mix énergétique » (pétrole, gaz, charbon, tourbe, lignite : 83% de l’énergie mondiale) le seul dont les réserves dureront est le charbon, et cela seulement si on parvient à en faire une énergie propre et efficace. Or non seulement le charbon implique un grand gaspillage, mais le coût d’amélioration de son raffinage est prohibitif. Le vrai débat porte sur les alternatives aux fossiles. Les ENR sont les plus propres mais elles sont trop dépendantes du climat. En l’état actuel des choses, on estime qu’elles ne peuvent représenter plus de dix pour cent de la production d’énergie. L’alternative la plus sérieuse est le nucléaire. C’est une énergie abondante et sûre, mais qui génère des déchets peu massifs et extrêmement polluants. Enfin, l’irradiation nucléaire est loin de correspondre à la frayeur qu’elle déclenche : elle est vingt fois plus rare que l’irradiation au cours d’un traitement. C’est dans les représentations que le nucléaire trouve son plus grand obstacle : la population n’a pas oublié Tchernobyl ou Three Mile Island. Cela ne concerne pas seulement le nucléaire, mais toute innovation en matière énergétique. Il y a une mentalité « not in my backyard » bien présente. La responsabilité de chacun devrait être plus grande.
III) Un défi pour notre monde
La voie la plus raisonnable pour le développement futur de nos capacités semble être l’efficacité énergétique, qui permet d’améliorer à la fois le confort et la productivité. Au niveau domestique, l’essentiel des pertes d’énergies pourrait être compensé par l’utilisation d’appareils ménagers économes en énergies, et ce sont souvent les plus performants. Malheureusement leur prix reste bien au-dessus de la moyenne. L’efficacité énergétique est un investissement, et requerra probablement des sommes considérables. A un niveau plus vaste, il s’agit de mettre en place des structures d’utilisation rationnelle de l’énergie, de l’extraction à la consommation. Le meilleur moyen est d’améliorer le rendement. L’économie qui se dégage comme résultat d’un tel processus est appelée « économie sobre ». L’industrie est le secteur où l’investissement est le plus direct, et le plus directement efficace : mais c’est aussi celui où les progrès ont été déjà réalisés :sa consommation finale globale a diminué en France de 20% : accroître la pression sur l’industrie ne génèrera plus de résultats très significatifs : en tout cas, ce n’est pas l’urgence.
Conclusion : vers un modèle de croissance « post-carbone » ?
Les deux secteurs qui vont subir une révolution énergétique, parce qu’elle est techniquement possible, sont les transports routiers avant tout, avec le remplacement du moteur à explosion par l’hybride, l’hydrogène ou le tout-électrique et le logement, avec une exigence d’isolation et de Haute Qualité Environnementale dans les nouvelles maisons. Tout cela n’ira pas sans volonté politique, au niveau européen et international ; mais il faut affirmer qu’il est possible d’améliorer les performances environnementales énergétiques sans pour autant annihiler le développement du Sud.
Réflexion personnelle : la première qualité de cet article est de poser le problème avec sérieux. L’auteur réfute activement tout catastrophisme, tout alarmisme, toute tentation de la décroissance : si nous serons 9 milliards en 2050, tous exigeant un niveau de vie correct, cela n’est pas anormal, cela est juste. Ici le problème est loin d’être posé en termes apocalyptiques : ce n’est pas la fin du monde qui nous attend, mais simplement un risque croissant de pénuries endémiques d’énergie : cette perspective est à peine moins effrayante, mais c’est parce qu’elle est réaliste et aigue, et non pas vague et menaçante. L’auteur offre un panorama complet de la situation et des possibilités en matière d’énergie : en faisant ainsi, il tente d’attribuer à chaque élément son juste poids, souvent faussé dans l’opinion publique par les médias. L’auteur conclut en affirmant que la technologie rend possible une croissance verte ; et ce qui fait différer cette affirmation de promesses néo-positivistes, c’est que l’auteur décrit les innovations concrètes de la vague technologique, et décrit comment elle s’appliquera, dans quels domaines en priorité. Mais, si cela comporte davantage de réalisme en ce qu’aujourd’hui, ce ne sont pas les pouvoirs publics mais les puissances économiques et technologiques qui détiennent l’initiative du progrès, on ne peut s’empêcher d’avoir l’impression que l’auteur contourne le problème Nord-Sud : pourquoi le Sud investirait-il, et surtout quand ? L’auteur ne cite pas de sources, donc la question de l’imminence de cette vague technologique, certes secondaire dans le cas de l’énergie ( puisqu’elle serait probablement mise en place, dès que la pénurie s’annoncera : cela a déjà commencé), mais primordiale dans le cadre plus global de la lutte environnementale, est abandonnée.
Victor Bucaille, HK BL
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