Le Monde 2, N°256
Dans cet article tiré du supplément du Monde n°19894 du 10/01/09, le journaliste Fréderic Joignot fait une réflexion sur la surpopulation préoccupant la scène publique aujourd’hui. D’après les propos alarmistes qui forgent l’opinion, la terre arrivera bientôt à un nombre d’hommes excessif qui l’entrainerait à sa perte. Le journaliste analyse les différents points de vues sur le sujet pour conclure en invitant les gouvernements à mieux utiliser leurs ressources, en effet, ce sont eux qui seraient la cause éventuelle d’un déroulement chaotique de la situation démographique de la terre.
Le journaliste Frédéric Joignot a participé en 1972 après son doctorat d’esthétique en philosophie à l’Agence de Presse Libération, ainsi qu’à la rédaction des premiers numéros du quotidien Libération. En 1980 il participe au lancement du magazine mensuel de reportage Actuel, avec l’aide de Jean-François Bizot. Il participe aussi à la naissance de la station de radio parisienne Radio Nova en 1982. Après le lancement de nombreux magazines de sociétés, il contribue en 2000 à fonder le supplément au quotidien le Monde, le Monde 2.
L’auteur choisit de commencer son article en évoquant de façon anecdotique la date du mardi 23 septembre 2008 qui serait celle du « dépassement ». La Terre absorbe la pollution que produisent les hommes pendant une année dans le même espace de temps. Or des recherches montre que la Terre absorbe aujourd’hui la même quantité de pollution en une durée plus restreinte. Nous excédons les possibilités d’assimilation de la Terre. Cette théorie a été approuvée par l’Organisation de Coopération et de Développement Economique.
Pour illustrer ce constat, on calcule que si l’humanité entière adoptait le mode de vie occidental, 4 à 5 planètes seraient nécessaires pour disposer de ressources nécessaires.
Ces constats amènent à établir des prédictions néfastes, sur l’exemple de Thomas Malthus en 1798 qui prédisait une augmentation exponentielle de la population, qui entrainerait le monde à sa perte. Mais le prix Nobel d’économie 2008, Paul Krugman dément cette possibilité : selon lui, le génie humain, son esprit aventureux, et le progrès des techniques empêcheront un tel désastre. L’homme est capable de maitriser sa multitude d’êtres.
Pourtant, des mouvements néomalthusiens se mettent en place comme le NGP (Negative Population Growth). Selon eux, la surpopulation serait à l’origine du réchauffement climatique. La surpopulation entrainerait un dangereux déséquilibre démographique qui produirait de grands élans de violences.
Une réelle angoisse s’est forgée dans l’opinion, la peur de l’invasion, du pullulement crée des débats dans des sites internets, blogs, magazines… Albert Einstein avait abordé la question de la « bombe démographique », reprise sous le nom « bombe P ». Aujourd’hui pourtant on peut contredire ces sombres pensées en confirmant que les populations du sud, celles qui vont être amenées à exploser démographiquement, auront le désir de rester dans leurs territoires, et non de nous envahir. Cette peur paraît alors irrationnelle : certaines femmes refusent d’avoir un enfant pour ne pas le rajouter à une humanité déjà trop nombreuse, alors que nos nations auraient la capacité de nourrir ses humains. Après le « boom » d’après guerre, les prévisions se sont faites très pessimistes, mais les nouveaux démographes revoient les chiffres à la baisse.
Cette situation de quasi psychose est vue par certains spécialistes comme exagérée, comme le directeur d’études à l’INED, Hervé Le Bras. Il montre comment toutes les prédictions à long terme sur le peuplement humain jusque là se sont révélées fausses. On ne peut nier que la population mondiale est vouée à l’augmentation, cependant des études récentes montrent notre possibilité à la nourrir.
Le facteur le plus important qui nous permet d’être quelque peu optimiste est la baisse de la fécondité des femmes en général. Sur les cinq continents, les femmes font moins d’enfants : par exemple en Iran, la fécondité est passée de 6,5 à 2 enfants par femme, comme en France. Cette tendance générale dément les effets d’annonces catastrophiques sur la spirale des naissances des pays pauvres. L’élément déclencheur de ce changement est une évolution des mœurs. Même dans les cultures parfois stigmatisées comme celle de l’Islam, le modèle de la famille à deux enfants s’ancre. Ainsi on peut prévoir une stabilisation de la population mondiale qui aurait fini sa transition démographique en 2100 à 10,5 milliards d’individus.
La question est alors de savoir s’il sera possible de nourrir cette humanité. On ne peut l’assimiler à un tout cohérent, cela dépendra des politiques des gouvernements. Celle ci est en effet déterminante : par exemple, la situation de famine détectée à certains endroits ne viendrait pas de la surpopulation mais d’une mauvaise utilisation des productions, selon la FAO.
Aussi, selon des experts de l’OCDE, le problème ne viendra pas de la population mais de ses habitudes de consommation, qui, eux, épuisent la planète.
Notre malheur sera donc la conséquence de nos modes de vies dépensiers, politiques industrielles, égoïsmes nationaux, que nous pourrions améliorer avec des politiques adéquates, respectant l’environnement.
Cet article utilise le phénomène d’angoisse lié à la surpopulation pour attirer notre attention. Son titre « sommes nous trop nombreux ? » laisse penser que la réponse n’est pas si évidente. Mais, avec l’illustration montrant une figure humaine suffocante on peut penser que l’auteur va nous donner un aperçu de la situation de catastrophe possible dans le cas de surpopulation. Nous nous attendons alors à une série de données qui nous sensibiliseraient à l’essor des populations et les dangers conséquents. Pourtant, l’article veut nous mener sur un tout autre chemin : il montre la réaction exagérée de quelques uns face à un problème sur lequel nous n’avons pas d’impact direct, à savoir l’explosion démographique des pays en développement, et nous amène à nous remettre nous mêmes en question, puisque le réel problème planétaire de demain est la surconsommation, et la mauvaise utilisation de nos ressources. Nous sommes cette fois directement impliqués, et des solutions sont possibles, ce qui chasse quelque peu cette peur irrationnelle du pullulement humain, et redonne espoir en l’avenir.
Olivia Boulenger
Compteur

