
source : http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/e/e4/Istambul_and_Bosporus_big.jpg
Introduction:
Quelle est la capitale de la Turquie? Istanbul est souvent la réponse spontanément donnée à l’étranger. Pourtant, c’est Ankara qui aujourd’hui, occupe cette importante fonction. Mais Istanbul se caractérise par son incroyable développement en particulier grâce aux mouvements migratoires qui la traversent. Car cette « ville monde » a pour particularité un total cosmopolitisme dû à sa place géographique unique, assise sur deux continents: l’Europe et l’Asie. Mais les aménagements participent aussi énormément à ces migrations puisque la ville d’Istanbul est un port ouvert sur l’étranger doublée d’aéroports internationaux. Les 12 millions de stambouliotes rassemblent de nombreuses nationalités et participent à la croissance économique de la métropole. Certains passent par la Turquie pour des périodes assez limitées puisque ce pays possède surtout un rôle de transit, de migration interne et internationale. Cela crée un dynamisme migratoire assez important et Stéphane de Tapia, directeur de recherches au CNRS, a décidé de s’y intéresser. Il enseigne au département d’études turques de l’Université Marc Bloch les faits migratoires et la géographie humaine du monde turc contemporain. Il a écrit en 2006 cet article qui retrace l’évolution d’Istanbul et de son cosmopolitisme. Quelles caractéristiques permettent à la ville d’Istanbul actuelle de s’affirmer en tant que carrefour de diasporas ?
I- Un passé historique hors du commun:
– La ville de Constantinople attirait déjà toutes les nationalités (Bulgares, Slaves…). Elle se caractérisait par une multiethnicité et une multiconfessionnalité. Car Istanbul a été le refuge pour de nombreux juifs depuis la Reconquista, capitale de l’Empire ottoman et malgré une population majoritairement musulmane, elle reste le siège du patriarcat orthodoxe.
– Les frontières de l’Empire Ottoman étaient assez perméables et permettaient à de nombreux migrants de trouver refuge. Mais avec la construction de l’État-nation turc, le nouveau peuple veut retrouver ses racines et construire une homogénéité perdue. De 1920 à 1990, la Turquie se recentre sur elle même et s’islamise, et cela malgré un régime laïc militant. Mais les années 1990-2005 voient le retour d’un cosmopolitisme grandissant même si depuis qu’Ankara est la nouvelle capitale, toute la population liée aux ambassades a du quitter la métropole.
II- Une politique internationale:
– Istanbul multiplie les festivals, les expositions et les congrès. Très fière d’être « à cheval sur deux continents » elle hésite pourtant entre intégrer l’Europe, premier fournisseur et premier client de l’économie turque ou une carte eurasienne où elle serait une première étape de la Route de la Soie reconstituée.
– Istanbul est le premier port et le premier aéroport international du pays et c’est aussi le relais de l’émigration des années 1960 et la principale porte du tourisme étranger.
– Istanbul devient une plaque tournante des nouveaux flux migratoires et mobilités: les effectifs de touristes étrangers explosent, comme ceux des visiteurs venus d’Asie centrale et orientale. Des firmes multinationales s’y installent et des gratte-ciels s’y construisent.
– Avec les nouvelles présences arabes, slaves, balkaniques, iraniennes, africaines, chinoises, américaines ou japonaises Istanbul redevient cosmopolite.
III- Une porte double vers l’Asie et l’Europe:
– Asie: C’est l’UNESCO qui a proposé la réouverture de la Route de la Soie qui mènera à la création de nouveaux postes frontaliers et la construction de segments de voies ferrées et cela pour atténuer les tensions politiques. Ces développements récents vont dans le sens d’une ouverture grandissante aux flux de marchandises qui, à leur tour, développeront relations touristiques et peut-être migratoires, sur la base du commerce à la valise.
– Europe: L’axe Istanbul-Edirne-frontière bulgare est depuis les années 1970 l’axe routier privilégié de communication vers l’Europe même si un temps fermé par les conflits de l’ex-Yougoslavie. C’est par définition l’axe de la circulation migratoire. Quant au grand port il était un temps dépassé, on l’a alors doté de nouvelles fonctions comme des ports pétroliers, des méthaniers, des rampes de transrouliers…
– Donc la fonction portuaire, routière et aéroportuaire donnent à Istanbul le rôle de pont entre Europe et Asie.
Conclusion:
Aujourd’hui Istanbul est redevenue la capitale économique de la Turquie sans remettre en cause la primauté politique d’Ankara. Sa population a connu des mutations profondes dans sa composition culturelle, linguistique et ethnique mais son site géographique et géostratégique unique assure depuis des siècles un brassage extraordinaire des populations les plus diverses.
Réflexion personnelle:
grâce à cet article, nous pouvons voir l’influence de nombreux facteurs comme l’histoire, la politique et les aménagements sur les mouvements migratoires d’une ville ou d’un pays. De même on peut comprendre pourquoi Istanbul a une fonction si importante en Turquie et quels sont les éléments qui ont fait d’elle une « ville monde ». Nous avons ici l’exemple adéquat du cosmopolitisme et la preuve que de nombreuses nationalités différentes, de religions différentes, peuvent vivre ensemble, en toute tolérance sans créer de conflits.
Mais cet article qui a passé en revue toutes les nationalités présentes dans la ville d’Istanbul et les mouvements migratoires que la métropole connait; n’a pas montré les avantages économiques, sociaux, et politiques, qu’un tel cosmopolitisme pourrait apporter à la Turquie. Les projets asiatiques sont rapidement mentionnés et l’union européenne est vaguement citée. Pourtant, la Turquie essaie d’utiliser ce brassage ethnique, qui rassemble de nombreuses nationalités européennes comme argument pour l’obtention de la place si convoitée dans l’Union. De même les conséquences d’un tel accord sur les mouvements migratoires ne sont pas négligeables.
Finalement, cet article nous renseigne sur l’évolution des mouvements migratoires à Istanbul et comment cette métropole a su profiter des avantages de son emplacement géographique pour devenir une véritable plaque tournante entre l’Europe et l’Asie.
Caroline Sarkis
Hypokhagne AL