
Alexandre Magnan. L’évacuation des populations aux Maldives après le tsunami du 26 décembre 2004. Mappemonde, N°84 (2006)
Introduction :
Le 26 décembre 2004, un tsunami ravage l’Asie du Sud-est et provoque une véritable onde choc à l’échelle internationale. En effet, en moins de quelques minutes, cette catastrophe naturelle détruisit des centaines d’habitations ainsi que des bâtiments administratifs et monuments religieux. Aux Maldives, le bilan humain a été l’un des plus importants avec 0,04% de personnes décédées mais surtout 4% de la population a été déplacée (contre 2,7% au Sri Lanka et moins de 1% en Inde.
Alexandre Magnan va donc essayé à travers cet article de comprendre comment se sont organisées les autorités Maldiviennes pour apporter des réponses efficaces de secours dans un climat d’urgence. L’exemple de cet archipel est d’autant plus intéressant que l’intensité des conséquences du tsunami sur ce territoire a été accentuée par des caractéristiques naturelles, qui limitaient déjà le développement de cet archipel.
Son analyse commence donc par une typologie des dégâts causés (petite échelle – économiques et matériels) par le tsunami et leur impact dans le degré d’affectation du pays par la catastrophe. Il verra ensuite quels ont été les différentes stratégies d’évacuations des populations (grande échelle), qui traduisent des lacunes de développement. Enfin, il abordera les conséquences pour l’avenir de ces mesures de secours.
Auteur :
Alexandre Magnan est titulaire d’une thèse de géographie portant sur le « Tourisme, développement et dynamiques territoriales dans l’archipel des Maldives et à l’île Maurice » (Novembre 2005). Il s’est également intéressé aux Seychelles et aux Petites Antilles.
Plan d’analyse :
La catastrophe naturelle du tsunami de décembre 2006 a rappelé aux hommes leur impossible maitrise du territoire qu’ils occupent. Mais, en analysant les processus d’évacuation, cet évènement a surtout permis de comprendre les contraintes naturelles de la micro-insularité et leurs impacts sur le développement de ces régions.
- 1. Un pays durablement touché par la catastrophe
Le 26 décembre 2004, les Maldives ont subi une montée des eaux de 1 à 2 mètres. Ainsi, sur les 200 îles habitées de L’archipel 187 ont été partiellement envahies dont 35 % dans leur intégralité. Mais ces chiffres traduisent en plus de la force du tsunami, la vulnérabilité du territoire :
- - îles à faibles surfaces (0,5 km en moyenne),
- - faible altimétrie
- - éclatement territorial
- - isolement océanique.
Cependant, l’interprétation des différentes submersions ne laisse pas se révéler une logique expliquant la propension à être submergées pour certaines îles.
En outre, cette catastrophe a provoqué l’affaiblissement brutal du système économique des trois piliers principaux : agriculture, pêche et le tourisme, qui rapporte un tiers des ressources de l’Etat (2004) et constitue ainsi un facteur de développement puissant. C’est cependant cette faible diversité de la structure économique des Maldives qui explique l’importante affection de l’archipel, puisque les centres économiques vitaux ont été fortement touchés.
Les cultures ont été dévastées notamment par la salinité comme les plantations de bananes ou noix de coco. Il a donc fallu attendre entre juillet et septembre 2006 pour retrouver une production de niveau correct. Hausse des prix et baisse du pouvoir d’achat sont venus en conséquence alimenter cette mauvaise situation économique.
12% de la flotte nationale a été détruite, et ainsi, 1/10 des pêcheurs avait perdu sa source de revenus. Par ailleurs de nombreux édifices et aménagements portuaires ont été endommagés, paralysant ainsi l’activité de pêche.
Aussi, bien qu’elles soient souvent équipées de protection défensives (brise-lames), les îles-hôtels n’ont pas été épargnées et en mars 2005, 25 % du potentiel d’accueil était encore inexploitable. On enregistra alors une chute de 70% de la fréquentation touristique en janvier 2005 et l’horreur des images du tsunami, marquée dans les esprits des touristes, engendra un retour à la normale très lent.
Enfin, vinrent s’ajouter les coûts globaux de réparations et reconstructions des voies de communications ou bâtiments administratifs et religieux. Six mois après la catastrophe le coût d’ensemble était estimé à 650 millions de dollars, dont 60% pour des opérations sur le long terme.
Par ailleurs, les destructions de bâtiments et habitations ont également entrainé des fuites de pollutions et donc un danger sanitaire pour les populations, urgent à résoudre. Les conditions matérielles des îles ont rendus difficiles les accès des aides et des ressources nutritives et en eau potable.
Il reste cependant à préciser que la nature des matériaux de construction (en 2000, 52% des maisons des atolls étaient faites en matériau solide) est un facteur primordial pour comprendre le degré de destruction des différentes îles, alors que la densité démographique ne peut être présentée comme facteur explicatif.
- 2. L’évacuation des populations et ses enseignements
L’effet de l’échelle étudiée fausse les chiffres concernant le bilan humain. On ne compte en effet que 82 morts dans les Maldives soit moins de 1% des habitants du pays, contre 73% en Indonésie et 26 disparus. Ainsi, si l’on regarde le classement régional, les Maldives se situent en troisième place derrière l’Indonésie et le Sri Lanka, bien avant l’Inde et la Malaisie. En ce qui concerne les personnes Maldiviennes déplacées, elles représentent 1% du total de la région, mais cela revient à 4% de la population de l’archipel, loin devant les 2,7% pour le Sri Lanka.
En outre, 20 000-25 000 personnes ont du quitter leur logement et on recense trois principales stratégies d’évacuation, selon différents facteurs : proximité de l’île d’accueil, sa taille, sa densité, sa sécurité et son statut _ capitale ou non et le « facteur familial » plus largement communautaire :
- - Déplacement interne à l’île, configuration rare (2 îles sur les 9 étudiées) → logique de taille et de commodité
- - Déplacement vers une autre unique île: exemple de Kelaa, île d’accueil très proche de l’île submergée, épargnée par le tsunami et très grande.
- - Déplacement vers plusieurs îles «diaspora»: exemple de Kadholhudhoo, dont les habitants se sont répartis sur 11 îles différentes. Cette ile ayant été très touchée par le tsunami, la population, nombreuse, ne pouvait pas se déplacer seulement sur une île.
La comparaison avec l’étude des deux îles indiennes Andaman et Nicobar, proches de l’épicentre et donc fortement touchées nous permet de mettre au jour la complexité du statut des Maldives. En effet, l’appartenance de ces deux îles à l’Inde a permis une organisation des évacuations à différentes échelles : micro-locale, locale et nationale (continent indien). Au contraire la situation enclavée et étriquée de l’archipel Maldivien et son statut indépendant ont amené l’évacuation à prendre des tournures parfois trop spontanées, sans soutien en matière de transport si bien qu’une aide militaire indienne est survenue à ces besoins.
La difficile évolution du développement des Maldives a donc amputé les autorités, quant au financement des aides nationales et à l’organisation des évacuations. Les questions de sa vulnérabilité face aux risques naturels et celle des conséquences pour la population sont donc remises sur le devant de la scène.
- 3. Conséquence indirecte des déplacements de population et perspectives d’avenir
Nous pouvons commencer par remarquer une corrélation entre le nombre de personnes d’une île à déplacer et le modèle d’évacuation choisi car il est nécessaire de prendre en compte les conséquences des évacuations pour les îles d’accueil. Certaines îles accueillantes ont vu leur situation s’aggraver quand elle était déjà difficile du point de vue de l’accessibilité de l’pile et de la présence d’équipements de santé et de communication.
Par ailleurs, la question de durée de séjour des déplacés est aussi primordial pour construire des stratégies de développement de l’archipel. En effet, la population en se répartissant sur différentes îles favorise l’augmentation des coûts des habitats, due à l’éclatement des constructions. C’est ainsi que diverses mesures de regroupement des populations isolées ont été entamées afin d’accélérer la concentration démographique mais cette politique garde un faible succès.
Ainsi, les safety islands ont été mises en place : des îles plutôt vastes et structurées différemment (bâtiments en dur, dune artificielle et végétalisée pour limiter les submersions). Le gouvernement a déjà proposé cinq mises en place de safety islands.
Ainsi, nous avons pu voir le poids de l’éclatement territorial et du contexte de sous-développement sont deux facteurs puissants expliquant les conséquences économique et démographique et les difficultés de secours face au tsunami. Cet évènement naturel prend donc une tournure conjoncturelle, où l’appréhension de tous les facteurs est nécessaire pour comprendre les effets et l’évolution future d’une telle situation au sein même d’un pays. Enfin, l’analyse d’un évènement exceptionnel dans une situation de temps normal permet d’adopter une vision systémique de « temps réel ».
Réflexion personnelle :
En écrivant cet article, Alexandre Magnan, nous offre la pertinence scientifique qui permet de dépasser la vision présentée par les médias de cette catastrophe d’une ampleur médiatique internationale inégalée. Il présente de façon claire et complète l’ensemble des facteurs nécessaires à comprendre pour avoir une vision juste de la situation aux Maldives.
Cependant, il ne présente pas de véritables réponses aux limites ou problèmes soulevés, notamment à propos du statut indépendant des Maldives. La question prend certes, alors une tonalité politique mais il semble que la géographie ait besoin de comprendre les enjeux politiques d’un pays pour envisager les conséquences et les solutions possibles pour sa population.
Laurianne Roger-Vasselin