Laurent Chalard, 32 ans, est un géographe qui vit à Sucy-en-Brie (Val-de-Marne). Ce docteur en Sorbonne travaille notamment pour un think tank bruxellois, le European Centre for International Affairs. Depuis six ans, il étudie la répartition géographique du vote Front national, à partir des résultats de 2002, 2007 et désormais du premier tour de 2012.

Les dernières élections ont confirmé que le vote FN est très ancré dans la grande périphérie des métropoles. Des chercheurs estiment qu’il augmente avec la distance du centre-ville. Y aurait-il une explication géographique à ce phénomène, une corrélation directe ?

Une simple lecture du vote FN selon un gradient kilométrique par rapport au centre des villes est insuffisante. Quand on regarde la carte de France, cela semble marcher. Quand on descend d’échelle, ça ne fonctionne pas. Bien sûr, on trouve dans l’espace périurbain les communes qui ont les plus forts votes en faveur de Le Pen, que ce soit le père ou maintenant la fille.

Mais on trouve aussi dans cet espace les communes qui ont les plus faibles votes en faveur du Front national, comme Saint-Nom-la-Bretèche [Yvelines] en région parisienne, Vieille-Toulouse [Haute-Garonne] dans la métropole toulousaine, Gruson [Nord] dans l’aire urbaine lilloise. Les taux de vote pour l’extrême droite y sont proches de ceux des  arrondissements les plus riches de la ville-centre, confirmant que l’hypothèse du gradient kilométrique est trop simpliste.

En même temps, on ne peut pas gommer totalement l’aspect géographique et ne retenir qu’une simple lecture sociologique, quel que soit le lieu où les gens vivent. Sinon, la Seine-Saint-Denis, par exemple, voterait plus massivement pour Marine Le Pen. Dans les villes de proche banlieue, on constate que l’écart entre le vote le plus faible et le vote le plus fort pour le Front national est beaucoup moins accentué, ce qui prouve que la donne géographique joue bien.

Alors comment conjuguer les lectures géographique et sociologique ?       

J’ai analysé en 2006 l’espace urbain du vote Jean-Marie Le Pen sur l’ensemble des communes de l’aire métropolitaine de Marseille. J’ai distingué deux espaces périurbains : un espace périurbain où il y a un fort vote d’extrême droite, dans l’ouest varois ; un espace périurbain avec un très faible vote d’extrême droite, dans le pays d’Aix-en-Provence et le Sud-Luberon.

Arrivé là, j’ai essayé de regarder ce qui distinguait les deux espaces. On avait une opposition évidente entre un espace riche et un espace moins riche. C’est là qu’a émergé l’hypothèse d’un espace périurbain choisi et d’un espace périurbain subi. J’ai constaté que cette hypothèse fonctionnait ailleurs dans les grandes métropoles, en prenant chaque fois les plus forts votes pour le FN, et les plus faibles.

Quelles définitions donneriez-vous de ces deux espaces que vous distinguez ?

L’espace périurbain choisi correspond au modèle américain de la suburbia. Des personnes aisées ont quitté le centre des villes pour habiter en maison individuelle à la campagne, en général pas trop loin du centre-ville ou à proximité de leur lieu de travail. Ils sont dans des petits villages de caractère, comme Lourmarin [Bouches-du-Rhône] dans la métropole marseillaise, ou vivent près de zones d’activité de haute technologie, comme Sophia-Antipolis près de Nice.

L’espace périurbain subi est habité par une population moins aisée, sans être pauvre.  Ce sont des employés et ouvriers qualifiés, souvent peu diplômés. Cette classe moyenne basse recherche la même chose que les riches : une maison à la campagne. Mais le choix du lieu d’habitat est limité par le coût. Ils s’éloignent dans des zones moins recherchées, souvent dans une campagne sans grand intérêt et sans transports en commun.

Un nombre non négligeable de ces personnes est issu des quartiers difficiles de la ville-centre ou des villes populaires de la proche banlieue. Elles s’installent souvent dans leur prolongement, le long du principal axe de communication. Elles ont un rejet dès l’origine de l’immigration. Cela leur pose un problème, alors elles s’en vont. Après les émeutes de 2005, ce phénomène de périurbanisation s’est d’ailleurs accentué.

Mais ces gens se retrouvent dans la campagne-galère, loin de la ville-centre et du lieu de travail, souvent dans un environnement banal. Ils se sont lourdement endettés pour acheter leur maison. Ils ont deux voitures, forcément, ce qui coûte cher. Le rêve périurbain se transforme en cauchemar, nourrit la frustration.

lire la suite sur le blog de Benoit Hopkin

http://sucyenbrie.blog.lemonde.fr/2012/04/27/une-lecture-geographique-du-vote-le-pen/

 

 

 

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Le Monde, 21/04/12

Maxime Laurent est sorti du lycée agricole de Nermont Châteaudun (Eure-et-Loir) en 2009, à 19 ans, baccalauréat en poche. Un mois plus tard, il chargeait les derniers camions d’outillage agricole. Direction la Roumanie, plus précisément Macesu de Sus, un village situé dans le sud-ouest du pays, à une dizaine de kilomètres du Danube.

Pourquoi ce choix ? « Mes parents gèrent une ferme de 300 hectares en Beauce, explique-t-il. Ils voulaient s’agrandir, mais ils se sont heurtés à deux préemptions des Safer [Sociétés d'aménagement foncier et d'établissement rural]. Si, en France, on ne peut pas reprendre l’exploitation de son voisin, on arrête et on achète ailleurs, c’est tout. On ne peut pas attendre toute une vie pour que ça arrive. »

Le cas de Maxime Laurent est loin d’être isolé : la Roumanie, riche de quelque 15 millions d’hectares de terres cultivables, est en train de devenir le nouvel eldorado des agriculteurs en Europe. Des milliers de Français, Italiens, Espagnols, Britanniques, Allemands, Danois plient bagages et se ruent vers ce pays entré dans l’Union européenne (UE) en 2007, dans le but d’y implanter des exploitations.

« PLEIN DE CHOSES AVEC PEU DE MOYENS »

Les parents de Maxime ont investi dans le village de Macesu de Sus avec, en perspective, l’idée de profiter des eaux du Danube qui passe tout près du village. Leur fils, qui se destine depuis son plus jeune âge à l’agriculture – Maxime se passionne pour les tracteurs depuis l’âge de 4 ans -, ne pouvait rêver mieux. « Ici, à 19 ans, je me suis retrouvé à la tête d’une ferme de plus de 1 400 hectares. Pour faire en France ce que j’ai fait en Roumanie en trois ans, il aurait fallu deux ou trois générations. En France, on est sans arrêt confronté à l’Etat, et pour commencer, il faut une mise de fonds pharaonique. En Roumanie, on arrive à faire plein de choses avec très peu de moyens. »

A Macesu de Sus, il cultive blé, orge, tournesol et colza. Ses cinq employés gèrent quatre tracteurs, deux moissonneuses-batteuses et deux silos qu’ils ont amenés de France, ayant une capacité de stockage de 2 000 tonnes. Mais Maxime voit grand, et compte bientôt bénéficier des fonds que la Commission européenne destine à la remise à niveau de la Roumanie. Son projet devrait lui permettre d’augmenter de 7 000 tonnes la capacité de stockage et d’irriguer 500 hectares de terres supplémentaires.

Malgré les difficultés, il ne regrette rien. « Les premiers mois, j’étais un peu dépassé, confie-t-il. Les tracteurs ont travaillé jour et nuit pendant un mois et demi. Je me demandais ce que je faisais là, ça a été très dur, mais ça s’est calmé. Si j’étais resté en France, qu’est-ce que je ferais aujourd’hui ? J’aurais terminé mes études et trouvé un travail pour 1 200 euros par mois. Tu paies un loyer, tu manges, tu t’habilles, et à la fin du mois, il ne te reste plus rien. Ce n’est pas une vie, ça. »

2 000 EUROS L’HECTARE

Impossible de traverser la Roumanie sans croiser ces fermiers venus de l’Ouest qui réinventent l’agriculture de ce pays. Grâce à leur savoir-faire et à leurs investissements, l’agriculture roumaine a connu en 2011 une croissance de 11 %, et ce n’est qu’un début. Fini les terres en friche et la sensation d’abandon dans les campagnes.

Les Roumains vendent actuellement leurs terres agricoles pour 2 000 euros l’hectare en moyenne, un prix imbattable dans l’UE. Les subventions européennes, elles, s’élèvent à 180 euros par hectare, la moitié du montant que l’on peut obtenir en Europe de l’Ouest. Mais à partir de 2014 la nouvelle politique agricole commune (PAC) devrait mettre au même niveau l’ouest et l’est de l’Europe.

Pour acheter en Roumanie, un agriculteur occidental est obligé de créer une société dans le pays, mais, à partir de 2014, toute personne résidant dans l’UE pourra acquérir directement des terres. C’est pourquoi les fermiers se dépêchent d’acheter avant que la spéculation ne fasse exploser les prix.

Les plus pressés sont les Suisses, qui n’ont plus les moyens de payer plusieurs dizaines de milliers d’euros un hectare de terre helvétique. A Firiteaz, petit village situé dans l’ouest du pays, les Hani, originaires du canton de Lucerne, sont venus en famille il y a une dizaine d’années : le père, la mère, deux enfants et deux petits-enfants. Ils ont acheté 800 hectares de terre.

« En Europe occidentale, il n’y a plus de place pour les jeunes, regrette Christian Hani, 29 ans. Ici on peut construire quelque chose à partir de rien. Je crois que pour nous, les jeunes, c’est très important de créer quelque chose de neuf. »

« GRENIER DE L’EUROPE »

Le marché du bio est en plein boom en Europe de l’Ouest, et les Hani sont constamment en rupture de stock. Ils ont fait venir de Suisse leurs équipements : tracteurs, moissonneuses-batteuses, bref, ce qui est nécessaire pour faire de l’agriculture biologique à grande échelle.

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Qui sont les Français ? Portrait d’une société. SH, numéro spécial 237. Mai 2012.

A quelques heures d’une soirée électorale attendue, comme il est bon de se plonger dans ce numéro spécial de SH consacré aux Français afin de faire davantage connaissance avec nos contemporains ! Inspiré du dernier ouvrage de Jean Viard Nouveau portrait de la France : la société des modes de vie, ce numéro spécial remet en cause les classifications traditionnelles. En ce début de XXIème siècle, partir des CSP (catégories socioprofessionnelles) apparaît peu opérationnel tant cette classification rend mal compte de la diversité de la société française. Dans une société de loisirs, l’entrée par le travail est réductrice. C’est d’ailleurs ce que tendent à montrer les travaux photographiques de Dominique Delpoux en 2007 « Double Je » mettant en scène des personnes dans le cadre de leur emploi et dans leurs loisirs, ou comment concilier le métier de pilote de ligne et la plomberie en amateur ! Il est temps de changer notre analyse de la société. Le terme d’ « extras urbains » de Jean Viard désigne « ceux qui vivent en dehors des villes pour en éviter les nuisances, tout en ayant une culture urbaine, par les kilomètres parcourus, les consommations, l’éducation des enfants et leur inscription dans le monde du travail, avec des usages intensifs d’internet et du téléphone portable. » La double page Points de repère rend compte de ces transformations sociales et peut être un bon point de départ à une étude en classe de la société française actuelle. L’article Fragments de société revient, en autres, sur la catégorie des inactifs qui sont bien loin de n’avoir aucune activité ! Les engagements liés aux activités culturelles, sportives ou militantes au domicile ou à l’extérieur occupent notamment largement l’emploi du temps des retraités sans compter celui des « Mamans taxis », mères au foyer qui font les navettes entre l’école et les différentes activités de leurs enfants, sans compter les activités liées à l’entretien de la maison.

Pour autant, l’entrée par le travail n’est pas occultée dans ce numéro. Deux articles sont consacrés par Renaud Chartoire aux ouvriers et aux employés qui représentent 50% des actifs. Si l’auteur montre bien que la catégorie des ouvriers est d’une grande diversité et de moins en moins associée à l’industrie, les éléments de différenciation entre ouvriers et employés demeurent obscurs. L’interview d’Eric Maurin revient sur la thèse de Louis Chauvel qui mettait en avant, dans son ouvrage de 2006 Les classes moyennes à la dérive, la fin de l’ascension sociale pour les enfants de ces catégories. Les études statistiques que Maurin a menées avec Dominique Goux (Les nouvelles classes moyennes) montrent que les classes moyennes ne sont pas à la dérive. « Elles demeurent le point de passage de trajectoires de promotion sociale ». Le numéro spécial de SH n’occulte pas les inégalités qui existent au sein de la société puisque, successivement, des articles sont consacrés aux riches, aux pauvres. Le portrait des jeunes que fait l’article « Où sont les jeunes ? » d’Héloïse Lhérété permet de juger à quel point cette catégorie d’âge est révélatrice des tensions de la société. Entre excellence et précarité, le panel des situations connues par les jeunes est très variée. Si 40% d’une génération obtient un diplôme du supérieur, près de 10% des jeunes quittent l’école chaque année sans aucun diplôme. La catégorie inactifs auxquels ils appartiennent rend bien mal compte de cette diversité !

Catherine Didier-Fèvre © Les Clionautes

 

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L’exposition La France de 2040 ouverte au public jusqu’au 3 juin au CESE.

 

A l’occasion des Rencontres des territoires durables, une exposition cartographique a été lancée à partir des travaux de la DATAR pour représenter les scénarios du possible pour la France de 2040 en 10 cartes magistrales :
• L’urbain-métropolisé français dans la mondialisation,
• Les systèmes métropolitains intégrés,
• Les portes d’entrée de la France et les systèmes territoriaux des flux,
• Les espaces de la dynamique industrielle,
• Les villes intermédiaires et leurs espaces de proximité,
• Les espaces de développement résidentiel et touristique,
• Les espaces de la faible densité,
• Démographie mondiale et vieillissement,
• Les territoires français face au changement climatique,
• Urbanisation, paysages et artificialisation des sols.

L’exposition sera ouverte du 21 mars au 3 juin, du lundi au vendredi, de 9h00 à 17h00.
Fermeture exceptionnelle le lundi 26 mars de 9h00 à 13h00 et le vendredi 30 mars.

voir le site :

http://rtd.acteurspublics.com/2012/02/le-premier-article-de-lexposition/

 

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Représenter l’espace sans en réduire la complexité est une préoccupation centrale du travail du cartographe. Commuting Scale tente de relever ce défi en proposant plusieurs manières de répondre cartographiquement à la même question: quel est l’espace des pendulaires du campus universitaire de Lausanne?

La question abordée est celle de l’espace des «navetteurs» autour du campus de l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) et de l’Université de Lausanne (UNIL). Les données utilisées correspondent aux distances séparant le campus d’un échantillon de lieux de la région lémanique (Suisse et France). Ce sont les lieux représentatifs de l’origine des quelque 25000 pendulaires quotidiens (Jarne et al., 2011), situés à, au maximum, 1h30 de trajet du campus aux heures de pointe. Les distances ont été mesurées toutes les 5 minutes au cours d’un lundi d’octobre selon différentes métriques: les temps de trajets en transports publics, les temps de trajet en voiture (embouteillages pris en compte et temps de parking modifiable) et la distance kilométrique.

Ces images donnent à voir une information brute: le temps du déplacement entre deux lieux. Elles peuvent être le support d’un déplacement du débat sur des dimensions plus complexes de la mobilité (temps perçu, confort, coût, etc.). L’aspect dynamique des cartographies permet également de nuancer le propos et de montrer la variation de l’espace pratiqué par les individus au cours d’une journée ordinaire. En jouant sur le contenu de l’analogie cartographique, ces visualisations offrent différentes perspectives sur ce même phénomène spatial, tout en utilisant les mêmes données, preuve s’il en faut qu’une carte est bien la construction d’un espace.

Description de l’application

Les lieux représentés ont été sélectionnés afin de correspondre à différents géotypes allant du central (gare de Lausanne par exemple) à l’infra-urbain (zones faiblement résidentielles dépendant totalement de l’automobile).

lire la suite sur Mappemonde.

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