La France : territoire et aménagement face à la mondialisation, Nathan, 2004
Chapitre 11
Introduction :
Le recul de l’emploi industriel en France, comme dans tout pays anciennement industrialisé est désormais un phénomène évident et cela est dû à la mondialisation et la division internationale du travail (grâce à la diminution des durées et des coût de transport par containers, par exemple).
Cependant, l’auteur explique que l’économie française ne saurait se passer d’un secteur secondaire puissant pour se consacrer quasi-entièrement au tertiaire. Ainsi, l’industrie française subit des mutations nécessaires, qu’elles soient sectorielles, géographiques, avec des conséquences sociales, économiques, etc.
Ø Une carte largement héritée, mais profondément remaniée
L’auteur montre en premier lieu que l’héritage industriel de la France reste à la base de ces mutations. L’ancienne industrialisation de la France du Nord-Est (industrie lourde au XIXe puis automobile et hydrocarbure), garde sa pertinence, en partie grâce à la création des ZIP (Zones industrialo-portuaires à partir des années 1960) qui maintiennent des ports comme Le Havre au centre de l’industrie française. On observe en effet que l’emploi industriel reste supérieur à la moyenne dans cette partie du territoire. D’autres changements géographiques permettent de garder la majorité de l’industrie à l’Est de la ligne Le Havre-Marseille.
Malgré tout, l’auteur souligne que ces zones industrielles n’ont pas toujours été dynamiques. C’est grâce à la reconversion industrielle que celles-ci ont pu se maintenir et faire face à l’effondrement de l’emploi et au développement de friches industrielles (par exemple, reconversion dans le Nord des bassins charbonniers en industrie automobile). De plus, ces zones du Nord-Est ont su se diversifier, développer un savoir-faire ouvrier et surtout un réseau de transport leur permettant d’accéder facilement à la dorsale rhénane et ainsi s’ouvrir au marché européen.
Cependant, on remarque par la suite un rééquilibrage Est/Ouest grâce à la décentralisation industrielle, aux délocalisations au sein même du territoire français qui permettaient l’accès à une main d’œuvre moins chère que celle spécialisée du Nord-Est. Le développement de nouvelles formes d’industries telle que l’agroalimentaire a également favorisé ce rééquilibrage. De plus, dans le cadre de la mondialisation et de la concurrence internationale, l’enjeu majeur était de se moderniser, de développer des centres de recherches et ne plus se protéger derrières des traditions industrielles vieillissantes.
Ainsi, les grandes métropoles attirent les sièges sociaux, les centres de recherche-développement et les industries de hautes technologies se concentrent dans des technopoles dans le Sud et l’Ouest, tels que Bordeaux, Toulouse ou Montpellier, tandis que les activités de production se diffusent.
Ø Des localisations industrielles plus diffuses mais un rôle structurant des métropoles
En effet les grandes villes se désindustrialisent et ce par de nombreux facteurs : coût du terrain, baisse de la spécialisation ouvrière due à la parcellisation du travail, accès difficile pour la livraison des produits etc. Les friches industrielles sont reconverties en bureaux, centres commerciaux… Les zones de productions à proprement dites sont relocalisées dans des pôles urbains plus petits, en majorité ruraux où l’emploi industriel devient prédominant. Cependant ces pôles sont toujours très dépendants des grandes villes qui leur permettent de renouveler leur fabrication et de rester compétitifs. Cet enjeu est majeur étant donné le rôle prépondérant de ces activités de production sur l’emploi local.
En contre partie, les grandes villes sont plus aptes à accueillir la recherche, le marketing des entreprises en raison de la formation de cadres, de chercheurs, de la présence de liaisons vers l’international…
Cependant les relations entre les grandes villes et les zones de production sont plus complexes que cela. Si une métropole comme Toulouse, par exemple, est dynamisée par une industrie de haute technologie, regroupée dans des technopoles, les espaces périurbains, où sont sensées être regroupées les activités de production, restent sous-industrialisées et en difficulté. Les délocalisations se font désormais non plus à échelle nationale mais à échelle internationale. La diffusion industrielle autour des métropoles n’est plus suffisante. En réalité, les différents types d’industries doivent s’adapter à la fois à l’emploi : où peut-on trouver la main d’œuvre adéquate et bon marché, au coût de leur installation, à la concurrence, etc.
En clair, les traditions industrielles de la France gardent leur importance mais elles doivent s’adapter à un grand nombre de facteurs, en partie de la mondialisation
Ø Espaces et paysages de l’industrie
Les conséquences de ces mutations sont les suivantes : les anciens types d’industrie ont marqué le paysage avec de nombreuses friches industrielles. Celles-ci peuvent être recyclées, on l’a vu pour les grandes métropoles, mais cela est couteux et pas toujours facile : les sites sont souvent pollués et toxiques, les infrastructures en très mauvais état et donc rarement réhabilitables. Ce phénomène est présent autour de toutes villes ayant vécu une période d’industrialisation, ce qui est évidemment problématique.
Les mutations industrielles ont cependant permis la disparition des cités ouvrières. Les espaces industriels sont désormais des complexes vastes, excentrés mais assez proches de pôles urbains pour attirer l’emploi nécessaire. Les employés n’ont plus à vivre sur place avec le développement de voies de transports rapides, comme les autoroutes etc.
Cette nouvelle organisation est également sensée protéger les populations des risques industriels, mais en réalité cette concentration des zones de production n’est pas sans danger.
La dernière évolution de l’espace industriel se caractérise plutôt par des parcs technologiques, sur le modèle de la Silicon Valley californienne, regroupant des bâtiments de recherches publiques et privées, des centres universitaires, des unités de production, le tout dans un cadre vaste, agréable, à aspect rural, en périphérie de zones urbaines et à proximité d’échangeurs
Ainsi on observe que la France tente d’adapter son espace industriel à la mondialisation et à ses nécessités.
Ø Avis personnel
J’ai trouvé cet article bien détaillé, clair, il donne beaucoup d’exemples, mais parfois il est un peu répétitif. Il demeure également très objectif. On voit clairement la direction que l’industrie française doit prendre pour s’adapter à la mondialisation, mais aucune prise de position claire n’est exposée. L’auteur aurait pu choisir de montrer pourquoi une économie de plus en plus tertiaire comme en Grande Bretagne, serait une option valide ou non, ou au contraire choisir de montrer de façon plus poussée pourquoi une organisation de l’espace industriel à l’américaine serait plus pertinente. Il aurait tout aussi bien pu proposer un modèle adapté à l’espace géographique français. Dans tout les cas, l’effort descriptif et détaillé est tout à fait intéressant et donne un bon aperçu de l’évolution récente de l’industrie française.
Clothilde Torregrossa HK/AL