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Fiche de lecture, l’île de Pâques

Géographie amoureuse du monde, Sylvie Brunel

Dans son livre Géographie amoureuse du monde, Sylvie Brunel, professeur agrégée de géographie ayant également travaillé dans l’humanitaire à l’étranger,  offre à ses lecteurs une nouvelle façon de voir le monde en leur faisant découvrir ses merveilles mais aussi ses secrets, comme ceux de l’île de Pâques par exemple. C’est justement dans cet article que la géographe aborde les mystères qui ont si longtemps entouré l’île et les questions qui en découlent : quand et pourquoi la civilisation Pascuane a-t-elle disparu ?

La géographe commence par décrire ce dont on est sûr : les habitants honoraient leurs ancêtres autour de leurs tombes, les ahus, et c’est pour cela qu’ils construisaient des statues, les moais, afin qu’elles veillent sur les vivants. La deuxième certitude est que l’île était recouverte de végétation, et qu’il ne reste presque plus rien de ces forêts aujourd’hui. Partant de cela, plusieurs hypothèses sont possibles quant à la disparition des Pascuans : autodestruction par des guerres entre clans, utilisation trop importante des ressources naturelles, etc… Mais Sylvie Brunel s’engage sur un chemin qui diffère de ceux empruntés auparavant.

En effet, celle-ci présente plusieurs facteurs explicatifs à ce phénomène : premièrement, une grave crise climatique au XVIIème siècle aurait été responsable d’une forte diminution de la végétation et donc d’un affaiblissement de la population, ayant provoqué un assèchement de l’île. Puis plusieurs événements auraient conduit la population Pascuane à être décimée, dont tout d’abord les rapts esclavagistes du XVIIIème siècle, ainsi que la tragédie de 1862 pendant laquelle la moitié des habitants fut enlevée, seuls six d’entre eux revinrent portant des maladies, et l’île était sous dictature. Enfin, un élevage trop important d’ovins fut à l’origine d’un déséquilibre écologique conséquent puisqu’il rendit les conditions de vie de l’île insupportables.

Dans cet article, la démarche de la géographe est intéressante, car elle mène son lecteur à la démonstration d’une thèse en réalité nouvelle, et c’est cela qui fait son originalité. En effet, Sylvie Brunel nous propose en premier lieu les idées de Jared Diamond, biologiste et professeur de géographie aux Etats-Unis, selon lequel les Pascuans se seraient autodétruits, à cause de problèmes internes dus à leur isolement. C’est justement en réfutant cette possibilité qu’un nouveau chemin s’offre à la géographe pour justifier la disparition des habitants. De cette manière, il devient captivant de se plonger dans une histoire qui semble alors progressivement se dévoiler au fil des certitudes, et ce pour le lecteur.

En fait, Sylvie Brunel nous offre la clé de compréhension de la disparition des habitants de l’île de Pâques, en nous montrant que les hommes n’ont pas poussé leur culte au point de détruire leur propre existence, mais que c’est en s’introduisant dans un cadre de vie qui n’était pas le leur que d’autres, appuyés par les lois de la nature parfois très rigoureuses, ont fragilisé l’équilibre insulaire de cet écosystème. Aujourd’hui, l’île, de nouveau peuplée, est classée au patrimoine mondial de l’Unesco, et une nouvelle fois menacée écologiquement à cause des trop nombreux passages de touristes. La Terre a bien des atouts, et c’est à l’homme d’apprendre à en tirer profit sans les éliminer.

Jeanne Chevrier, HK/AL

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http://villemandeurdemain.over-blog.com/article-29478163.html

(Par Gérard-François Dumont)

 in Historiens et Géographes, enseigner le développement durable.

Résumé :

 Ce que craint Malthus est un dynamisme démographique non équilibré, créateur de misère. Jean-Baptiste Say (1767-1832) pense qu’il faut pratiquer une restriction des naissances qui se ferait par la peur des conséquences négatives de la procréation sur l’économie : privilégier l’épargne à la procréation. La fin des « 30 glorieuses » pose la question des limites physiques de la croissance économique. Cette croissance proviendrait de la croissance démographique et aurait des effets dévastateurs sur la planète. Ces inquiétudes renvoient à des ignorances : le monde à cette période se trouve en pleine transition démographique depuis la fin du XVIIIe siècle, il n’y a donc aucune raison de s’inquiéter car la population va tendre à se stabiliser. De plus, le malthusianisme a toujours sous estimé les ressources, le progrès technique, la capacité d’adaptation des modes de consommation, la lutte contre la pollution, etc … Selon le malthusianisme écologique, la population est responsable de la rupture des «grands équilibres» écologiques. Cependant, ce courant semble oublier les progrès de l’humanité dans le mieux vivre. De plus, l’homme peut-il toujours porter atteinte aux espaces naturels puisque la question se pose de savoir s’il reste encore ou non des espaces « naturels » ?

Ces accusations de la croissance démographique d’entraver le développement durable sont elles fondées ?

Il est vrai que la population de la planète a augmenté de façon inédite et importante ces deux derniers siècles. Elle n’est nullement due à une hausse de la natalité mais plutôt à une baisse importante de la mortalité. Cela pourrait s’expliquer par la transition démographique, opérée dans certains pays en ce moment, qui transforme structurellement les attitudes démographiques de certaines régions. Il y a donc en plus de croissance démographique, développement démographique. L’étude de l’espérance de vie nous montre que le développement démographique est profitable aux générations présentes, mais aussi, augmente l’espérance de vie des générations futures. Le développement démographique est donc durable. Enfin, certains s’inquiètent de la poursuite de la croissance démographique au XXIe siècle en se fondant sur l’idée de l’homme pollueur. Or, on ne constate pas de corrélation entre densité et émissions de dioxyde de carbone. La démographie n’intervient donc pas dans le processus de pollution. La croissance démographique ne peut donc pas être accusée des insuffisances de développement durable. Elles sont les conséquences de comportements humains seulement.

L’auteur :

Gérard-François Dumont est un géographe et démographe français. Ses liens avec son ami, l’économiste Alfred Sauvy, le pousse dans la carrière universitaire. Professeur dans la section géographie et aménagement de l’université Paris IV, il se spécialise dans la géographie humaine en utilisant beaucoup la géodémographie. C’est l’étude des populations et de la façon dont elles se succèdent sur le territoire. Géographe reconnu, il est l’inventeur de néologismes régulièrement repris comme les principes de « gérontocroissance », « gérontodécroissance », de « juvénocroissance »,  « juvénodécroissance »,  d’ « Europe ridée », ou encore d’ « hiver démographique ».

Critique :

Il est vrai que le rapprochement entre démographie et développement durable est très tentant d’un point du vue écologique, ce que traite très bien ce texte. Cependant, il ne faut pas restreindre les problèmes de développement durable aux problèmes écologiques. Quantités d’autres domaines peuvent ne pas se développer durablement. On peut prendre l’exemple de l’économie.

En effet, cette discipline traite de la production, de la circulation et de la consommation des richesses. Cela peut poser des problèmes en se développant pour les générations futures. Un exemple d’actualité brulante est le problème de la dette. On pourrait, là aussi, faire un rapprochement avec la démographie. Ce n’est pas la croissance démographique dont il est ici question, mais de l’évolution du type de la population, observée de manière générale dans les pays riches : le vieillissement pose problème dans la mesure où il pèse sur les finances publiques de diverses manières. Ce poids de la population pour la génération présente ne doit pas entraver leur développement. C’est pourquoi, elles empruntent et s’endettent (même si le vieillissement de la population n’est pas le seul facteur d’endettement). Cette dette sera transmissible aux générations futures. Deux choix s’offriront à elles : soit elles décident de rembourser cette dette et ainsi, se priver d’un certain développement ; soit elles décident de ne pas rembourser la dette et ainsi exposent les générations futures à de graves troubles. Bien sûr, l’exemple de la situation actuelle de la Grèce illustre parfaitement cette idée.

Voici donc un domaine où la démographie entrave un certain développement durable et que le texte a peu développé.

Paul de Penfentenyo, HK BL

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Vient de paraître

Sept milliards d’êtres humains aujourd’hui, combien demain ?
par Gilles Pison
Population & sociétés octobre 2011, n°482

L’humanité s’accroît rapidement, suscitant la crainte de la surpopulation. Les projections des démographes annoncent une poursuite de la croissance pendant encore quelques décennies, mais à un rythme décélérant d’année en année. Comme nous l’explique Gilles Pison, l’humanité n’échappera pas à un surcroît de 1 à 4 milliards d’habitants d’ici un siècle, mais elle ne devrait alors plus guère augmenter.

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Les Clionautes, « obsédés textuels » ? Voilà la question que soulève, entre autres, le dossier de Sciences Humaines consacré aux addictions. Pour illustrer la question, la couverture est occupée par le visage d’un enfant au regard fixe, barbouillé de chocolat. Car le sujet de l’addiction ne se limite pas à celles provoquées par des produits reconnus comme tels (alcool, tabac, drogue). La question de la dépendance y tient une place centrale et fait que celle-ci existe aussi avec des addictions sans produits : shopping, jeux vidéos, sport, sexe…  Achille Weinberg se demande même si la lecture n’est pas aussi une addiction. Pour cela, il se base sur les propos d’un de ses amis qui se qualifie d’ « obsédé textuel », obligé qu’il est chaque jour de prendre du temps pour s’isoler et lire. Pierre Fouquet, père de l’alcoologie française, définit, dans les années 1960, la dépendance comme « la perte de la liberté de s’abstenir » de faire quelque chose. Alors, il n’est pas encore question d’addiction. C’est seulement dans les années 1980 que l’alcoolisme, tabagisme et autres toxicomanies sont regroupées sous le terme d’addiction. Avec cet élargissement, l’analyse des mécanismes de dépendance est renouvelée. Voici donc un dossier qui donne beaucoup à réfléchir, notamment, sur les limites entre passion et dépendance. Les rédacteurs de la Cliothèque : des passionnés ? OUI ! des « texicomanes » ? NON !

Au-delà de ce dossier, le rédacteur de la Cliothèque comme le lecteur lambda de Sciences Humaines trouvera de quoi alimenter sa « saine » curiosité ! Mon dévolu s’est jeté sur deux articles. Celui intitulé Population mondiale : le siècle des records reprend le dernier numéro de Populations et Sociétés (juillet – août 2011). Les chiffres clés sont rappelés et un gros plan est fait sur les féminicides. La sélection du sexe de l’enfant à naître ou la mise à mort de bébés filles à la suite des défauts de soins ne sont pas propres à la Chine et à l’Inde. Le Pakistan et le Bangladesh ont eux aussi éliminé, pour des raisons culturelles, comme certains pays d’Afrique des bébés filles. L’article Mondialisation ou asiatisation ? mérite aussi qu’on s’y arrête. Publié dans le cadre du réseau Asie et Pacifique, Nayan Chanda, son auteur, se demande s’il n’est pas judicieux de parler d’asiatisation au lieu de mondialisation. Cet article est à rapprocher du Grand Dossier des Sciences Humaines (N°24) consacré à L’Histoire des autres mondes.  Dans l’article du numéro du mois de novembre, l’auteur revient sur l’histoire de la conquête du monde. Il rappelle qu’avant que les Européens, puis les Américains, dominent le monde, c’est en Asie que tout se jouait. A Xi’an (Chang’an à l’époque de Marco Polo), les commerçants européens « avaient l’impression d’être des enfants dans une boutique de bonbons sans un sou en poche. »  Leurs babioles et leurs fourrures n’intéressaient pas les commerçants asiatiques. C’est seulement après la conquête du nouveau monde que les Européens vont pouvoir échanger les stocks d’argent et d’or des Incas contre les produits de luxe asiatiques. La Révolution industrielle met un terme à la suprématie asiatique. Dans les années 1980, avec les réformes de Deng Xiaoping et celles de Manmohan Sing en Inde, l’Asie s’ouvre aux capitaux étrangers et devient l’usine du monde. Il est encore nécessaire d’ajouter un ? à asiatisation du monde car « troubles politiques internes, tensions économiques, corruption rendent la croissance des géants asiatiques fragile ».

Mis à part ces deux articles, aux résonances géographiques, la richesse et la variété des contributions ne fait pas défaut dans ce numéro. Psychanalyse de l’enfant, Histoire de la virilité, la place de l’humour en sociologie… De quoi sortir du workaholism (l’addiction au travail) !

Catherine Didier-Fèvre © Les Clionautes

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source : Le monde

L’allongement de la durée de la vie est l’une des plus belles promesses des progrès de la médecine.
C’est aussi un immense défi pour nos sociétés industrialisées

Va-t-on vivre de plus en plus vieux? L’espérance de vie progresse dans les pays industriels au rythme soutenu d’environ trois mois par an. En France, elle est de 77,8 ans pour les hommes et de 84,5 ans pour les femmes. Les Françaises sont en troisième place derrière les Japonaises (86 ans) et les Espagnoles, tandis que les Français se situent, eux,en onzième position.
Au plan mondial, les chiffres sont largement fonction des épidémies, guerres et famines qui affectent les populations. Les disparités
sont énormes. Selon l’Institut national d’études démographiques (INED), un Européen vit 76ans en moyenne et un Africain, 55 ans. Le champion du monde en la matière reste le Japon, avec 83 ans. Presque le double de l’Afghanistan (45 ans), en bas du classement.
«Si on ne fait que prolonger les tendances actuelles, l’espérance de vie dans les pays industrialisés sera d’environ 90 ans en 2050. Au Japon et en Suède, elle atteindra même 95 ans», prévoit le démographe et biologiste ShripadTuljapurkar, professeur à l’université
Stanford (Alabama).
Mais déjà les centenaires se comptent par milliers dans le monde.
L’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) en recense 15000 en France ; ils pourraient être 200000 en
2060 – selon les conditions de vie, explique l’Insee, on devrait alors en compter entre 120 000 et 380000.C’est un fait relativement
nouveau. « Jusqu’à ces dernières décennies, il est peu probable que quiconque ait pu vivre plus de 100 ans, explique France Meslé, chercheur à l’INED. Les cas d’extrême longévité ont toujours fasciné.»

Supercentenaires

L’image de Mathusalem et ses 969 ans est tenace, de même que d’autres figures de la Bible, tel Abraham et ses 275ans, ou la célèbre longévité des Géorgiens du Caucase.
On sait avec quasi-certitude qu’au moins une femme, Jeanne Calment, a dépassé les 120 ans : elle s’est éteinte en 1997, à l’âge de 122 ans et 164 jours. Mais elle reste une exception.
On parle néanmoins désormais de l’expansion des supercentenaires, c’est-à-dire de ceux qui ont fêté leur 110e anniversaire. Cette tranche d’âge n’a commencé à émerger dans les pays industrialisés les plus avancés qu’après les années 1980.
Un réseau de recherche international travaille sur ce sujet, piloté par le Max Planck Institute for Demographic Research de Rostock (Allemagne), avec l’INED et l’Institut national  de la santé et de la recherche médicale (Inserm). En France, une centaine de personnes auraient dépassé 110 ans.

Y a-t-il une limite à la vie humaine ? La question est débattue dans le Dictionnaire de démographie et des sciences de la population
(Armand Colin, 528 p., 39 ¤), écrit par France Meslé, Laurent Toulemon, Jacques Véron.
Certains estiment que l’âge limite de la vie humaine serait de 120 ans. D’autres sont beaucoup
plus optimistes. Dans son dernier ouvrage, Au-delà de nos limites biologiques (Plon, 168 p., 18,90 ¤), le généticien Miroslav Radman affirme (cité dans Le Monde Magazine du 25 juin) que nous pourrons vivre plusieurs dizaines d’années supplémentaires dans un avenir
proche. Un avis partagé par de nombreux chercheurs, en quête du secret de la jeunesse éternelle.
«Nos sociétés savent de mieux en mieux parer les nouveaux risques: l’épidémie de sida aété jugulée assez rapidement et les progrès réalisés sur les maladies cardiovasculaires ont poursuivi cette tendance. De même, la prise de conscience sur l’obésité devrait permettre d’éviter le pire,» analyse Mme Meslé.

«Les progrès médicaux s’accélèrent avec la lutte contre le cancer – qui reste toutefois la première cause de mortalité en France –, le développement de la thérapiegénique, l’hygiène de vie meilleure. Mais on peut imaginer que le rythme va se ralentir », anticipe
Mme Meslé. Il existe de nombreuses inconnues: quel sera l’impact des pathologies liées à l’âge comme la maladie d’Alzheimer?
Vivre jusqu’à 130 ans n’est donc peut-être pas un fantasme. Mais quelles en seraient les conséquences ? Le débat sur les retraites ira
croissant. Car «plus les gains d’espérance de vie sont importants, plus la part des 60 ans et plus dans la population, et donc le “taux de dépendance”, augmentent», indique l’Insee.

Si les chiffres actuels de natalité restent stables, la proportion des plus de 65 ans va doubler d’ici quinze ans, la génération des baby-boomers devenant sexagénaire. L’Insee prévoit que, en France, une personne sur trois aura plus de 60ans en 2060, soit 23,6 millions de personnes, ce qui représente une augmentation de 80%en cinquante- trois ans. Dans l’Hexagone, le nombre de personnes de plus de 75 ans ferait plus que doubler, de 5,2millions en 2007 à 11,9 millions en 2060. Et celui des 85 ans et plus passerait de 1,3 million à 5,4millions.
Le pic de la dépendance devrait intervenir dans les décennies 2030-2050. Le nombre de personnes âgées dépendantes devrait
augmenter, en moyenne, de 1% par an jusqu’en 2040. Un défi à relever. Ce nouveau champ de la protection sociale, qui viendrait s’ajouter à ceux qui couvrent la maladie, la famille, les accidents du travail et les retraites, avait été présenté comme une urgence par
le gouvernement en 2007, qui parlait de «cinquième risque ». Mais cette réforme a pour l’heure été ajournée, crise économique oblige.
La dépendance atteint aujourd’hui une dépense publique de 22 milliards d’euros, un montant qui ne peut qu’augmenter.

La retraite à 80 ans?
« Si nous voulons réellement payer les pensions dans les pays industrialisés, sans augmenter leur coût pour la société, il faudra que la retraite soit au moins fixée à 75 ans d’ici vingt-cinq, trente ans, estime Shripad Tuljapurkar. Dans certains pays,en fonctionde l’espérance de vie, la retraite à 80 ans pourrait même être envisagée en 2060. Maintenant, tout dépend du modèle de société que les politiques vont choisir.» On peut également penser qu’il y aura beaucoup plus de femmes âgées que d’hommes. Car déjà, actuellement, on note un déséquilibre entre les deux sexes.
Après 100 ans, il ne reste plus qu’un homme pour sept femmes. Le ratio est d’un homme pour quatre femmes à 95 ans et d’un homme pour dix femmes à 104 ans. Et si la science repousse effectivement les limites de la vie, les thérapies anti-âge constituant un sujet de recherche foisonnant, le risque est que cela accroisse un peu plus les inégalités entre les pays, et au sein des pays, entre les personnes favorisées et les plus précaires. Car les inégalités sociales creusent l’écart en santé. Les ouvriers ont une espérance de vie plus courte que les cadres et vivent plus longtemps avec des incapacités et des handicaps: c’est ce que détaille une étude de l’INED, intitulée « La “double peine” des ouvriers ». A 35 ans, les cadres supérieurs peuvent espérer vivre encore 47 ans, dont 34 années sans incapacité. Alors que les ouvriers ont, au même âge, une espérance de vie moindre, de 41 ans,dont seulement 24 en bonne santé. Mais les privilégiés, qui vivront plus longtemps, vivront ils bien ces décennies ajoutées ?
Laréponse de France Meslé est rassurante : «Il semble que la progression de l’espérance de vie et que la vieillesse sans incapacité progressent à peu près au même rythme. C’est-à-dire que l’état de santé ne se détériore pas.»

Pascale Santi, supplément Women’s forum, 15/10/11

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