http://vincentrif.blogspot.com/2007/04/sortie-du-rapport-du-giec.html

Le Monde, 20/11/11

Le GIEC impute aux gaz à effet de serre l’aggravation de certains dérèglements météorologiques

L’aggravation des extrêmes météorologiques n’est plus une conséquence prévisible du changement climatique, mais une réalité déjà partiellement mesurable. Et celle-ci devrait s’accentuer dans le siècle en cours. Voici, en substance, les deux principales conclusions du rapport spécial sur les événements extrêmes du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), dont le  » Résumé à l’intention des décideurs  » a été rendu public vendredi 18 novembre. L’intégralité du rapport ne sera divulguée qu’en février 2012.

La publication de ce document intervient au terme d’une année prolifique en catastrophes météorologiques : sécheresse et incendies record au Texas, sécheresse et famine dans la Corne de l’Afrique, précipitations intenses et inondations centennales en Thaïlande et dans l’Etat du Mississippi…

Avec, toujours, la question de savoir si ces événements ne sont rien d’autre que les manifestations isolées des sautes d’humeur de la machine climatique ou si, au contraire, leur intensification est à mettre au compte du réchauffement en cours. Attribuer un événement météorologique à un unique facteur est quasi impossible. Mais il est possible de savoir, en observant des tendances longues, si les événements sortent de la zone dite de  » variabilité naturelle  » du climat.

L’aggravation des extrêmes météorologiques n’est plus une conséquence prévisible du changement climatique, mais une réalité déjà partiellement mesurable. Et celle-ci devrait s’accentuer dans le siècle en cours. Voici, en substance, les deux principales conclusions du rapport spécial sur les événements extrêmes du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), dont le  » Résumé à l’intention des décideurs  » a été rendu public vendredi 18 novembre. L’intégralité du rapport ne sera divulguée qu’en février 2012.

La publication de ce document intervient au terme d’une année prolifique en catastrophes météorologiques : sécheresse et incendies record au Texas, sécheresse et famine dans la Corne de l’Afrique, précipitations intenses et inondations centennales en Thaïlande et dans l’Etat du Mississippi…

Avec, toujours, la question de savoir si ces événements ne sont rien d’autre que les manifestations isolées des sautes d’humeur de la machine climatique ou si, au contraire, leur intensification est à mettre au compte du réchauffement en cours. Attribuer un événement météorologique à un unique facteur est quasi impossible. Mais il est possible de savoir, en observant des tendances longues, si les événements sortent de la zone dite de  » variabilité naturelle  » du climat.

Au terme de leur analyse de la littérature scientifique et des données disponibles, les experts de l’organisation onusienne répondent sans ambages.  » A partir des observations recueillies depuis 1950, il y a des preuves que des extrêmes changent « , écrivent-ils. Il y a également, ajoutent-ils,  » des preuves que certains extrêmes ont changé du fait des influences anthropiques, dont l’augmentation de la concentration des gaz à effet de serre dans l’atmosphère « .

L’exercice d’attribution est délicat. D’une part, les extrêmes météorologiques sont de nature très différente : sécheresses, précipitations intenses, canicules, cyclones, etc. D’autre part, leur intensification peut s’apprécier de plusieurs manières : augmentation de leur intensité, de leur fréquence, de leur durée…

148 milliards d’euros

En termes pesés au trébuchet, suivant une terminologie très précise, les experts estiment  » probable «  (soit avec une probabilité supérieure à 66 %) que  » l’augmentation des températures extrêmes journalières «  et des vagues de chaleur observées depuis 1950 soit liée aux gaz à effet de serre anthropiques. De même, l’intensification des épisodes de précipitations extrêmes dans certaines régions est, le plus probablement, due à l’évolution climatique en cours.

Toutefois, de manière contre-intuitive et à rebours des déclarations de certains réassureurs, les experts du GIEC estiment que l’augmentation des pertes économiques liées à ces événements extrêmes n’est sans doute pas principalement le fait de leur intensification. Elle résulte plutôt majoritairement de  » l’augmentation de l’exposition des personnes et des biens « , à ces risques – ce que le GIEC assure avec un  » haut niveau de confiance « .

En effet, selon le panel – composé de 220 chercheurs issus de 62 pays –  » les modes d’occupation des territoires, l’urbanisation et les changements socio-économiques «  ont accru la vulnérabilité des sociétés à ces événements. Le coût des dégâts qu’ils provoquent (en incluant les séismes) est ainsi passé de quelques milliards de dollars en 1980 à plus de 200 milliards de dollars (148 milliards d’euros) en 2010.

De grandes incertitudes demeurent toutefois pour certains phénomènes. En particulier, les données disponibles ne permettent pas de déterminer une tendance – à la hausse ou à la baisse – dans la fréquence ou l’intensité des cyclones tropicaux depuis quarante ans.  » Pour pouvoir extraire une tendance claire, il faudrait disposer de longues séries de données, ce qui n’est pas le cas actuellement « , estime Eric Guilyardi (CNRS, université de Reading), qui a fait partie des relecteurs du rapport.

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Historiens & Géographes n°411

Les espaces-temps des climats, par Martine Tabeaud

 

Introduction :

Martine Tabeaud, professeur de climatologie à l’université Paris I et auteur de nombreux ouvrages d’études sur le climat et le réchauffement climatique, s’intéresse au réchauffement climatique contemporain, dû à l’activité industrielle polluante des pays riches et émergents. « Cette hausse thermique modifierait, selon elle, tout ou presque ».

Des modèles ont été créés pour prévoir les conséquences ce ce réchauffement à plus moins long terme et à des échelles variées.

I : Le temps n’est pas le climat :

Les modèles envisagés ne peuvent être réalisés en laboratoires : ils ne sont que des théories.

La prévision du temps météorologique se fait par des stations météo qui couvrent la planète, bâties toutes selon le même schéma pour que les données soient le plus similaires possibles entre tous les types de terrains rencontrés. Cependant, ces stations sont très mal réparties sur le globe : sur les terres d’une part, et d’une autre les océans ne sont pas étudiés. Les données satellitaires sont converties pour combler cette lacune, mais ne sont pas exactement du même type. Les moyennes calculées pour le monde ne sont donc qu’un approximation, et ne révèlent qu’une tendance météorologique. De plus, la prévision météorologique ne permet pas de prévoir tous les phénomènes : seuls ceux d’une certaine grandeur et d’une certaine durée sont prévisibles.

Cependant, avec l’essor des technologies informatiques, de nouvelles méthodes de calcul ont été appliquées aux prévisions météorologiques. Les projections climatiques s’inspirent de ces méthodes, mais en incluant des paramètres plus nombreux et plus précis (l’échelle de temps passant de quelques jours à un demi-siècle voire un siècle…). Ces  scenarii climatiques sont donc très incertains vu le nombre de paramètres à prendre en compte et la difficulté d’affirmer de quelle manière tous vont évoluer. Ces schémas vont donc des plus pessimistes au plus optimistes, en passant par les plus raisonnables.

Les modèles dépendent dans leurs résultats des méthodes qu’on leur applique. Ils ne sont aussi capables de prendre en compte que certains aléas climatiques graves, mais ne montrent qu’une tendance : le réchauffement climatique ferait accentuer ces aléas aux endroits où ils se produisent.

Mais ces modèles seraient aujourd’hui mal utilisés : les politiques demanderaient des résultats aux chercheurs, qui ne leur n communiquent qu’un seul, en résumé de tous les autres. Ainsi, ces fluctuations que les modèles impliquent son gommés voire niés pour des chiffres relayés par les médias.

II : Les temporalités planétaires ne sont pas l’histoire :

Le climat a toujours connu des variations, à cause de l’évolution de ses éléments constitutifs qui évoluent à différentes vitesses. Ces rythmes sont dus à des causes planétaires, qui ont fait osciller la température moyenne depuis l’apparition de la vie entre 10 et 16°C, avec une moyenne de 12°C. Les hausses et les baisses de température s’expliquent par différentes causes, en fonction de la période auxquelles elles s’appliquent. Ces causes, si elles ne sont suivies d’effets que pour une courte période, ne peuvent donc pas être intégrées aux calculs des modèles.

Les sociétés humaines dans tout cela ne comptent que pour une fraction de seconde si l’on ramenait le temps de la terre à celui d’une montre : mais cela ne veut pas dire que ce temps, aussi infime soit-il, soit sans conséquence pour le climat.

Aujourd’hui, on dit que le réchauffement climatique, donc l’élévation de la température générale de la planète, est dû à l’entrée dans la révolution industrielle. Mais rien n’est moins sûr. « Concomitance n’est pas causalité », dit Martine Tarbeaud. Le monde sortait d’une période de petit âge glaciaire au même moment, et le température mondiale depuis 1998 semblerait même baisser, alors que les rejets de CO2 sont toujours plus importants.

III : L’espace n’est pas le territoire :

Le climat se réfère à l’échelle synoptique, qui traite des centres d’actions et des types de temps par les masses d’air. C’est ce qui définit les saisons dans ce qu’elles ont de plus général. Le climat a toujours été pensé, depuis l’antiquité, comme quelque chose de pluriel : ce n’est qu’avec les technologies satellitaires que nous pouvons le voir d’une manière plus unifiée. Mais cela se manifeste surtout par la volonté politique des Etats  à réduire les gaz à effets de serre pour résoudre le réchauffement climatique.

Les pays, selon leurs degrés d’avancement, sont bien inégaux devant le réchauffement climatique. Mais il pourrait aussi se révéler susceptible d’avantages (cultures, nouvelles aires attractives…). Le réchauffement climatique exige une réorganisation des sociétés face à ses conséquences (comme l’élévation générale du niveau de la mer, différemment vécu selon les localités). Mais des solutions simples et universelles n’existent pas, il faut composer pour y arriver.

Le réchauffement climatique pose donc un projet collectif, et éminemment politique. La question qui se pose est celle-ci : « qui est prêt à financer quoi et quand ? ». Les réponses apportées ne sauront être non plus pérennes, et devront être réadaptées et repensées perpétuellement, et à l’échelle des différents territoires, locaux tout comme mondialisés.

Célian de Préval, HK/AL

 

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source : Le Monde

Le Monde, 4/11/11

La fonte des glaciers de l’Himalaya fait peser le risque d’un déversement catastrophique des lacs d’altitude dans les vallées. Un défi effrayant pour ce petit pays qui vit des bienfaits de la haute montagne
Thimbu Envoyé spécial

Menacé par le réchauffement climatique, le royaume du Bhoutan, coincé entre l’Inde et la Chine dans les contreforts de l’Himalaya, paie les conséquences de l’industrialisation du reste de la planète. Au nord du pays, les glaciers de la chaîne himalayenne fondent de 20 à 30 mètres en moyenne par an, à un rythme qui s’accélère au point que les experts redoutent leur disparition d’ici à 2035. Les eaux issues de la fonte des glaces, lorsqu’elles brisent les digues naturelles qui les entourent, peuvent se transformer en crues dévastatrices, comme ce fut le cas en 1994, lorsqu’un torrent de boue a tué des dizaines d’habitants et anéanti des villages entiers. Avec 24 de ses 2 674 lacs glaciaires, considérés comme dangereux, le pays se prépare à affronter des  » tsunamis de montagne  » encore plus meurtriers au cours des prochaines années.

Le Bhoutan est l’un des premiers pays au monde à devoir se protéger des crues glaciaires. En 2005, le gouvernement a reçu une aide du Fonds pour l’environnement mondial, financé en partie par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), afin d’évacuer une partie des eaux du lac glaciaire de Thorthormi et de rehausser ses digues naturelles. Mais en haute altitude, là où le relief est accidenté, les hélicoptères peuvent difficilement se poser et représentent une solution coûteuse. 350 habitants ont donc marché pendant 10 jours pour installer leur campement à plus de 5 000 mètres d’altitude. Des étudiants, des soldats à la retraite et des villageoises en costume traditionnel se sont portés volontaires. Avec leurs quelques outils et équipements, ils travaillent le plus souvent à main nue et les jambes dans l’eau glacée, pour tenter d’ouvrir un canal de drainage et construire des murs de pierre. Chaque année, leur travail est interrompu par l’arrivée de l’hiver.

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Géographie amoureuse du monde. Sylvie Brunel. JC Lattès, 2011. 279 pages. 19€

Sylvie Brunet repart en guerre !

Dans la lignée de l’ouvrage qu’elle avait codirigé avec Jean-Robert Pitte   l’année passée, elle livre ici une apologie de l’action des hommes sur la terre. « Je suis amoureuse du monde. Je le trouve beau, accueillant, hospitalier là où l’homme a imprimé sa marque, façonné les paysages, apprivoisé l’eau, reverdi le désert, créé des jardins. » Elle refuse de se laisser aller au catastrophisme, alimenté par la crainte d’un réchauffement climatique. Elle estime qu’il faut arrêter de dénoncer l’anthropisation de la planète. Elle rappelle que, grâce à l’action des hommes, nous sommes moins nombreux à mourir de faim, de froid, de maladies qu’autrefois. « L’histoire de l’humanité est celle d’une âpre lutte pour la survie, avec, pour compagnes quotidiennes, l’insécurité et la vulnérabilité. »

Elle s’insurge contre les « nouveaux flagellants, qui paraissent trouver une jouissance masochiste dans la mise en accusation d’eux-mêmes – et surtout de leurs concitoyens – et vont partout en appelant le monde à l’expiation collective. » Elle croît en l’action politique (quand elle est menée au nom de l’intérêt général) pour améliorer le sort de l’humanité car elle ne nie pas les problèmes. Elle veut croire en la capacité des Hommes à trouver des solutions durables aux situations que nous vivons. Pour cela, elle appuie son discours sur des exemples copieusement développés : la Camargue, le monde insulaire, les cités-Etats du Golfe, le Nordeste brésilien ou bien encore l’Afrique.

L’ouvrage s’apparente beaucoup à un ouvrage d’ego-géographie (sa fête d’anniversaire, histoire de sa grand-mère en Polynésie, ses missions au Brésil, ses cours à Abu Dhabi à la « Sorbonne des Sables »…). Le plan de l’ouvrage brasse et rebrasse les thèmes chers à Sylvie Brunel : le développement durable, la faim , l’Afrique . L’ensemble est globalement écrit avec une plume alerte, convaincante comme son auteure qui, lors de conférences ou de cours, sait captiver un public (souvent acquis à sa cause). Elle reprend ici le thème de la « disneylandisation »  à travers plusieurs exemples. Avec celui de la Camargue, le jeu des acteurs est décortiqué pour mettre en évidence ce qui se cache derrière les conflits d’usage. Elle montre qu’un espace naturel ou classé comme tel n’a rien de naturel. La Camargue est aussi le résultat de l’action des hommes. Elle met en garde contre la patrimonialisation de sites par le biais de l’UNESCO, si cela se fait sans tenir compte des populations locales en tant qu’acteurs à part entière. Elle ose s’attaquer à la thèse de Jared Diamond, qui explique la disparition des Pascuans par une guerre entre clans, responsable de la déforestation. Elle mobilise pour cela les arguments de deux archéologues français : Catherine et Michel Orliac. Ces derniers rendent responsables de cet état de fait une longue sécheresse (au milieu du XVII° siècle) et la traite des esclaves, aux effets aggravés par le développement de l’élevage ovin par les Chiliens au début du XXème siècle. Les chapitres dédiés aux thèmes les plus souvent exploités par l’auteure sont particulièrement éclairants. Celui sur l’Afrique achève de faire réfléchir sur le « syndrome de Tarzan » (l’ingérence écologique conduite par les Occidentaux dans le cadre d’accords signés avec des « démocratures ») et ses méfaits. Elle prend la défense de ceux qui cultivent la terre et qui sont souvent accusés de dégrader l’environnement par l’usage d’engrais ou d’irrigation alors que le productivisme réduit considérablement l’emprise foncière de l’agriculture. Elle démontre que l’idée qui tend à faire croître qu’en consommant moins de viande, il y aura plus de céréales pour nourrir la planète est une baliverne. C’est le meilleur moyen de totalement désorganiser un système qui ne donne pas déjà toute entière satisfaction. Ce qui compte ce sont les trois P : paix, pluie et prix. « (…) aujourd’hui les meilleurs alliés de la nature, les vrais écologistes, ceux qui sont les sentinelles de la terre et qui peuvent aider le monde à s’engager dans ce vœu désormais universel d’un développement durable, ce sont les agriculteurs ! Eux connaissent parfaitement la nature, au lieu d’en concevoir une vision bucolique et désincarnée. Et ils savent qu’elle envahit tout, colonise tout, reprenant ses droits dès que s’affaiblit la main de l’homme ».

Catherine Didier-Fèvre © Les Clionautes

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Moïse Tsayem-Demaze
Géopolitique du développement durable – Les Etats face aux problèmes environnementaux internationaux
Presses Universitaires de Rennes, 2011, 228 p, 16 euros

La couverture n’est pas très engageante : d’une pelouse en partie mitée où broutent quelques bovins émergent des souches et des troncs sans feuillage ; l’impression de désolation laissée par la déforestation de ce coin d’Amazonie n’incite guère à l’optimisme. Et quelques semaines avant la conférence de l’ONU sur le changement climatique, les chances d’un nouveau souffle pour les politiques internationales de développement durable semblent limitées. Ces politiques auraient pourtant besoin d’une sérieuse redéfinition à en croire le dernier ouvrage de Moïse Tsayem-Demaze.

Maître de conférence à l’Université du Maine où il a enseigné pendant six ans le développement durable, l’auteur exprime peut-être avant tout ici son expérience de chercheur de terrain. Il a parcouru les forêts tropicales de la Guyane au Cameroun en passant par le Parà au Brésil et il y est entré dans la complexité des facteurs naturels et humains qui agissent sur la dégradation de l’environnement. C’est ce miroir du terrain qui donne à cet ouvrage de géopolitique consacré aux relations entre états et à l’action internationale sur le développement durable son intérêt particulier et ce regard critique constant.

La désertification et la déforestation comme clés de compréhension de la dégradation de l’environnement. .

L’ouvrage est divisé en trois grandes parties. La première décrit les différents types d’atteinte à l’environnement. Si M. Tsayem-Damaze commence classiquement par présenter les changements climatiques, leur mécanismes et les scénarios du GIEC, il n’y consacre finalement qu’une quinzaine de pages qui peuvent d’ailleurs constituer une synthèse commode. C’est avec le chapitre suivant sur les atteintes à la biodiversité que l’auteur se rapproche de son terrain de prédilection : les zones intertropicales. Si la biodiversité est définie et son histoire retracée, Moise Tsayem-Demaze insiste sur la concentration de ses « points chauds » dans les espaces intertropicaux. Il expose les inquiétudes et les incertitudes sur l’affaiblissement de la biodiversité du aux hommes qui ont conduit à la création d’une plate-forme internationale ; celle-ci (IPBES) est destinée à jouer un rôle d’analyse et d’information comparable à celui du GIEC pour le climat.

La déforestation, au cœur des recherches de l’auteur, est replacée dans l’ensemble des atteintes à l’environnement avec lesquels elle partage des liens étroits : la déforestation crée un surplus d’émission de gaz à effet de serre (GES), porte des coups à la biodiversité, peut conduire à une dégradation des sols. Comme les autres formes d’atteintes, elle s’inscrit dans un contexte politique, économique et social qui la favorise. Si les efforts de reboisement, notamment dans la zone intertropicale, sont rappelés, l’auteur s’inquiète de la transformation des espaces forestiers, enjeux de politiques de développement durable qui sont évoquées dans la dernière partie du livre.

Un dernier chapitre, sur la désertification en explique les mécanismes spécifiques mais insiste là encore sur les liens avec le changement climatique et l’érosion de la biodiversité ; l’auteur déplore pourtant que les politiques de développement durable semble moins s’intéresser à ces enjeux qui pourraient concerner la population habitant les zones sèches, soit près du tiers de l’humanité.

Le grand flou conceptuel et les ambiguïtés du développement durable.

Du cri d’alarme du club de Rome au rapport Bruntland créant la notion de développement durable, du sommet fondateur de Rio aux conventions et protocoles d’action nés de sommets plus récents, le discours du développement durable a pris de l’ampleur et s’est finalement inscrit dans les relations internationales : les propos mesurés de l’enseignant du supérieur retracent d’une façon pratique les origines, la genèse, les évolutions de la notion et de leur dimension internationale, mais le chercheur débusque le ver dans le fruit lors de cette deuxième partie : il existe plusieurs acceptions de la notion de durabilité et les politiques de développement durables sont souvent fondées sur un rapport un peu simpliste établi entre le niveau de développement et le degré de dégradation de l’environnement :la courbe environnementale dite de Kuznets indique que la dégradation de l’environnement s’accroit jusqu’à un certain niveau de développement ; puis, la courbe s’inverse.

Mais outre le fait que le seuil est variable selon les auteurs, M. Tsayem-Demaze semble douter de l’effet mécaniquement positif du développement á un niveau élevé ; il souligne au contraire l’ampleur des efforts à accomplir par les pays développés et les pays émergents pour concilier niveau de développement élevé et Empreinte écologique (EE) raisonnable ; il doute plus encore des conséquences géopolitiques de la courbe de Kuznets : au nom de la responsabilité principale des pays développés dans les atteintes déjà perpétrées a ce jour, les politiques de développement durable les obligent seuls a faire l’essentiel des efforts en laissant les pays en développement atteindre tranquillement le stade où il deviendront vertueux, forcément vertueux, quelques transferts de moyens et de technologie devant les aider à accomplir cette mutation.

Les pays développés peuvent ainsi investir dans des programmes mis en place par les conventions issues des accords de Copenhague et de Cancun comme la Réduction des émissions de gaz à effet de serre dues à la déforestation et à la dégradation forestière (REDD) : il participent à l’effort de reforestation ou de conservation du stock forestier de pays du sud. Mais dans le cas du mécanisme de développement propre(MDP), issu du protocole de Kyoto où seuls les pays développés sont contraints de limiter leurs émissions de GES, leurs investissements dans les pays en voie de développement permettent d’alléger l’effort en augmentant leur ’permis de polluer’. Le compromis onusien auquel les désaccords nord-sud ont abouti comporte donc selon l’auteur un double risque de dérive : celui que les logiques économiques et financières l’emportent sur les objectifs écologiques et celui que les efforts décidés et finalement consentis soient trop modestes au regard des enjeux.

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