Moïse Tsayem-Demaze
Géopolitique du développement durable – Les Etats face aux problèmes environnementaux internationaux
Presses Universitaires de Rennes, 2011, 228 p, 16 euros

La couverture n’est pas très engageante : d’une pelouse en partie mitée où broutent quelques bovins émergent des souches et des troncs sans feuillage ; l’impression de désolation laissée par la déforestation de ce coin d’Amazonie n’incite guère à l’optimisme. Et quelques semaines avant la conférence de l’ONU sur le changement climatique, les chances d’un nouveau souffle pour les politiques internationales de développement durable semblent limitées. Ces politiques auraient pourtant besoin d’une sérieuse redéfinition à en croire le dernier ouvrage de Moïse Tsayem-Demaze.

Maître de conférence à l’Université du Maine où il a enseigné pendant six ans le développement durable, l’auteur exprime peut-être avant tout ici son expérience de chercheur de terrain. Il a parcouru les forêts tropicales de la Guyane au Cameroun en passant par le Parà au Brésil et il y est entré dans la complexité des facteurs naturels et humains qui agissent sur la dégradation de l’environnement. C’est ce miroir du terrain qui donne à cet ouvrage de géopolitique consacré aux relations entre états et à l’action internationale sur le développement durable son intérêt particulier et ce regard critique constant.

La désertification et la déforestation comme clés de compréhension de la dégradation de l’environnement. .

L’ouvrage est divisé en trois grandes parties. La première décrit les différents types d’atteinte à l’environnement. Si M. Tsayem-Damaze commence classiquement par présenter les changements climatiques, leur mécanismes et les scénarios du GIEC, il n’y consacre finalement qu’une quinzaine de pages qui peuvent d’ailleurs constituer une synthèse commode. C’est avec le chapitre suivant sur les atteintes à la biodiversité que l’auteur se rapproche de son terrain de prédilection : les zones intertropicales. Si la biodiversité est définie et son histoire retracée, Moise Tsayem-Demaze insiste sur la concentration de ses « points chauds » dans les espaces intertropicaux. Il expose les inquiétudes et les incertitudes sur l’affaiblissement de la biodiversité du aux hommes qui ont conduit à la création d’une plate-forme internationale ; celle-ci (IPBES) est destinée à jouer un rôle d’analyse et d’information comparable à celui du GIEC pour le climat.

La déforestation, au cœur des recherches de l’auteur, est replacée dans l’ensemble des atteintes à l’environnement avec lesquels elle partage des liens étroits : la déforestation crée un surplus d’émission de gaz à effet de serre (GES), porte des coups à la biodiversité, peut conduire à une dégradation des sols. Comme les autres formes d’atteintes, elle s’inscrit dans un contexte politique, économique et social qui la favorise. Si les efforts de reboisement, notamment dans la zone intertropicale, sont rappelés, l’auteur s’inquiète de la transformation des espaces forestiers, enjeux de politiques de développement durable qui sont évoquées dans la dernière partie du livre.

Un dernier chapitre, sur la désertification en explique les mécanismes spécifiques mais insiste là encore sur les liens avec le changement climatique et l’érosion de la biodiversité ; l’auteur déplore pourtant que les politiques de développement durable semble moins s’intéresser à ces enjeux qui pourraient concerner la population habitant les zones sèches, soit près du tiers de l’humanité.

Le grand flou conceptuel et les ambiguïtés du développement durable.

Du cri d’alarme du club de Rome au rapport Bruntland créant la notion de développement durable, du sommet fondateur de Rio aux conventions et protocoles d’action nés de sommets plus récents, le discours du développement durable a pris de l’ampleur et s’est finalement inscrit dans les relations internationales : les propos mesurés de l’enseignant du supérieur retracent d’une façon pratique les origines, la genèse, les évolutions de la notion et de leur dimension internationale, mais le chercheur débusque le ver dans le fruit lors de cette deuxième partie : il existe plusieurs acceptions de la notion de durabilité et les politiques de développement durables sont souvent fondées sur un rapport un peu simpliste établi entre le niveau de développement et le degré de dégradation de l’environnement :la courbe environnementale dite de Kuznets indique que la dégradation de l’environnement s’accroit jusqu’à un certain niveau de développement ; puis, la courbe s’inverse.

Mais outre le fait que le seuil est variable selon les auteurs, M. Tsayem-Demaze semble douter de l’effet mécaniquement positif du développement á un niveau élevé ; il souligne au contraire l’ampleur des efforts à accomplir par les pays développés et les pays émergents pour concilier niveau de développement élevé et Empreinte écologique (EE) raisonnable ; il doute plus encore des conséquences géopolitiques de la courbe de Kuznets : au nom de la responsabilité principale des pays développés dans les atteintes déjà perpétrées a ce jour, les politiques de développement durable les obligent seuls a faire l’essentiel des efforts en laissant les pays en développement atteindre tranquillement le stade où il deviendront vertueux, forcément vertueux, quelques transferts de moyens et de technologie devant les aider à accomplir cette mutation.

Les pays développés peuvent ainsi investir dans des programmes mis en place par les conventions issues des accords de Copenhague et de Cancun comme la Réduction des émissions de gaz à effet de serre dues à la déforestation et à la dégradation forestière (REDD) : il participent à l’effort de reforestation ou de conservation du stock forestier de pays du sud. Mais dans le cas du mécanisme de développement propre(MDP), issu du protocole de Kyoto où seuls les pays développés sont contraints de limiter leurs émissions de GES, leurs investissements dans les pays en voie de développement permettent d’alléger l’effort en augmentant leur ’permis de polluer’. Le compromis onusien auquel les désaccords nord-sud ont abouti comporte donc selon l’auteur un double risque de dérive : celui que les logiques économiques et financières l’emportent sur les objectifs écologiques et celui que les efforts décidés et finalement consentis soient trop modestes au regard des enjeux.

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http://terresacree.org/rechauffement%20climatique.htm

LE CIEL NE VA PAS NOUS TOMBER SUR LA TÊTE,  2010, éditions Jean-Claude Lattès

Le réchauffement du climat : «c’est grave, docteur ? »

Martine Tabeaud, professeure de géographie à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne a travaillé dans de nombreux programmes nationaux et internationaux sur le climat. Elle travaille depuis toujours sur les climats dans un angle géographique et donc sur les enjeux, les échelles spatio-temporelles pertinentes et les acteurs. Elle tente de démêler la part des éléments climatiques des crises multifactorielles, sans faire de surdéterminisme.

INTRO : On parle de maladie de la Terre, J. Lovelock en 1992 prétend que Gaia, organisme vivant, a besoin d’un médecin généraliste à son chevet. Soit, la planète anthropomorphisée et ses habitants vivent un destin commun, mais il ne faut pas céder au catastrophisme et à la hâte. On revisite donc cette approche médicale à partir de données et de documents officiels, mais du point de vue géographique.

I Les symptômes : exposé des signes extérieurs du mal-être

-la courbe de température On calcule une moyenne annuelle des températures , qui n’est qu’indicative : la majorité des stations sont situées dans la zone boréale et  selon les mesures retenues et leur homogénéisation, les moyennes diffèrent.

L’OMM définit des périodes de 30 ans  pour comparer les années entre elles et définir une tendance (pour prévoir la météo quotidienne). Le calcul d’une « normale climatologique en ce lieu pour ladite période » varie généralement peu et ne s’applique pas à l’échelle planétaire

Pour reconstituer une évolution à l’échelle de milliers d’années, on utilise des sources indirectes :documents historiques (médiocres), on étudie aussi les roches, les fossiles, les reliefs, mais cela reste très imprécis. On a tout de même mis en évidence une hausse de température de 0,7°C en un siècle et demi à l’échelle planétaire. Mais  ce réchauffement d’ensemble n’excède pas une variabilité naturelle calculée à partir de l’Holocène, période de dix mille ans. Mais ce n’est pas qu’une affaire de thermomètre, une autre pathologie s’y ajoute.

-les rejets de CO2.

On connaît une limite dans la fiabilité des mesures : le taux change considérablement selon les lieux, et le CO2 met des centaines d’années pour que les bulles de CO2 emprisonnées dans la calotte glacière se solidifient (il est donc dur de comparer la tendance actuelle avec les autres périodes). Mais études montrent que CO2 aurait été stable avant le XIXème siècle, puis il y a eu hausse de la concentration : cela est du à plusieurs facteurs car en 1850 :  il y a eu augmentation des émissions solaires, et hausse thermique, sans oublier la révolution industrielle en Europe.

-Lien CO2 et température

Le premier des GES (gaz à effet de serre) est la vapeur d’eau, qu’on ne prend pas en compte dans la modélisation du climat futur. Le deuxième est le CO2.

La corrélation entre la température et la teneur en GES est établie pour la période des ères glacières/interglacières (il y a corrélation depuis 400 000 ans) et des temps plus courts (petit âge de glâce), mais la corrélation positive n’implique pas un effet de cause à effet, le gaz carbonique pourrait être une rétroaction positive du réchauffement, et non sa cause.

Le cO2 n’est cependant pas seulement envisagé comme amplificateur du réchauffement, mais initiateur. Pourquoi ?

Il y a une pollution indéniable de l’atmosphère avec développement éco. de l’Europe et des Etats-Unis, surtout à cause de la combustion des carbones fossiles (le charbon, puis le pétrole.) La moitié des émissions est recyclée par la nature, l’autre reste dans l’atmosphère.

Problème : la diffusion de la pollution se fait normalement sur de faibles distances, alors comment toute la troposphère a-t-elle pu être modifiée ? Et comment expliquer que l’hémisphère sud ait été touché par le réchauffement pls décennies avant l’hémisphère nord ?

Le rapport Meadows a tout de même mis en évidence l’effet de serre anthropique, qui ne peut qu’augmenter avec l’aspiration à un meilleur niveau de vie par tous les humains Donc la teneur en CO2 aujourd’hui « inédite » devrait continuer à croître.

II Le diagnostic : un pronostic vital engagé

-les docteurs :

Le GIEC (Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat) est financé par l’ONU.

En 1992 (conférence de Rio), l’ONU reconnaît l’importance de « protéger le climat ».

Le GIEC fait des rapports de synthèse, il cherche à comprendre  et à décoder des infos politiques , scientifiques et climatologiques concernant  les risques liés à action de l’homme sur le climat. Ils observent le climat, et envisagent les moyens d’adapter les sociétés ou d’atténuer les changements.

Ils tentent de modéliser le climat futur (pour 2050 ou 2100), et utilisent des variables relatives à la pop. et aux modes de prod mais la modélisation ne prend pas en compte l’évolution des techniques. Les scénarios sont plus ou moins réalistes, les modèles ne sont que des possibles car le système atmosphérique  n’est pas totalement prévisible (la météo se trompe.) Les modèles veulent dire les changements de température et de précipitations mais échouent à localiser les lieux du changement, à cause du caractère sommaire du découpage géographique.

-le Rapport de 2007 atteste du changement climatique sans équivoque, de la responsabilité majeure des GES anthropiques. Lechangement de fréquence et d’intensité des extrêmes météorologiques va avoir conséquences  le plus souvent négatifs sur les systèmes naturels et humains, avec un  risque accru d’extinctions d’espèce si le réchauffement  est compris entre +1.5 et +2.5°C

Il y aura un basculement irréversible du climat vers l’inconnu au delà de +2° de changement selon Copenhague ( mais cette information reste douteuse)

Des constats déjà catastrophistes et mal compris créent de la peur. Des phénomènes naturels sont présentés comme preuves d’un réchauffement (Katrina), alors qu’ils ont toujours existés.

-Critiques :

-le rapport ne prend pas en compte l’émission solaire, les effets d’assombrissements/éclaircissements qui modifient la quantité d’énergie solaire reçue sur la surface de la Terre à l’échelle pluridécennale.

-l’effet urbain est minimisé

-Le rapport se veut le rapport officiel d’un « consensus » scientifique, maiss en science, le consensus n’est pas une preuve. Il y a eu desdémissions au sein du GIEC, à caus de désaccords entre scientifiques et de la remise en cause  par certains du contenu alarmiste du rapport. Selon J. Christy dans Michaels (2005), il existe des préjugés chez une majorité en faveur de certaines politiques spécifiques. Certaines sections du rapport s’éloigneraient de l’objectivité scientifique.

En effet la climatologie connaît une médiatisation exceptionnelle, les résumés des rapports  sont diffusés largement. On utilise plus un langage médiatico-politique que la précision sémantique et conceptuelle habituellement nécessaire pour publier les résultats de recherche dans des revues scientifiques.

III Le traitement de la maladie : un remède palliatif universel ?

-réduire les émissions de CO2

Comme le GIEC considère que des répercussions graves voire irréversibles auront lieu au-delà d’une hausse de +2°C, on cherche à réduire les émissions de GES.

L’objectif d’ensemble est quantifié. Le total maximum d’émissions est annuellement fixé, et décliné par pays selon leur niveau de développement ( de Kyoto à Copenhague.)

-pour qui ?

Kyoto impose aux pays riche  5% de réduction en moyenne par rapport à 1990, entre 2008 et 2012. Le « combien ? » ne pose que des problèmes mineurs. La vraie question, c’est « comment ? »

Le constat : Entre 1990 et 2007, émissions de CO2 ont augmenté de 35%.

Depuis 2006 , la Chine est le plus grand émetteur mondial devant les EU.

Il y a de fortes augmentations (+ de 100%)  de CO2 observées dans les pays émergents (Moyen-Orient, Extrême Orient, principalement l’Inde et la Chine.)

En Amérique latine, Océanie et Afrique elle est > 50%.

Les pays en développement pas concernés par les réductions : Mais dans ces pays les émissions annuelles par habitant restent très faibles par rapport à l’Amérique du Nord et aux pays producteurs de pétrole (USA, Canada, Luxembourg et Émirats).

L’UE s’est engagé à une réduction de 8% d’ici 2012, qui peut être possible in extrémis (pour l’instant en 2010 la réduction est de seulement  3.6% par rapport à 1990 !) Elle sera peut-être possible grâce à l’achat de crédits issus de projets de réduction des émissions menés dans les pays tiers.

-l’échec de Copenhague

La conférence de Copenhague (2009) a ouvert une ère de désillusion avec l’incapacité des dirigeants de la planète à trouver un accord sur un projet commun. Les raisons de l’échec :

-Beaucoup ont prôné un remède universel. Pour les ONG environnementalistes comme WWF, un problème planétaire exige une solution planétaire. Leurs puissants lobbies, approchent les gvts et responsables internationaux au point qu’elles sont  devenues des interlocuteurs incontournables dans les négociations.

-prétentions universalistes de l’Europe. Le propos des écologistes  a été relayé car  il s’intégrait dans une stratégie internationale d’une UE cherchant à asseoir un leadership  face à l’Amérique de G.Bush.  Forte d’une tradition universaliste et d’une bonne réputation environnementale, elle a tenté de diffuser des grands principes partout, comme le principe de précaution. L’UE se positionne souvent en faveur de l’atténuation.  Des scientifiques suivent : ils créent des modèles climatiques  où l’espace est simplifié en espace géométrique. Les espaces culturels ou politiques ne sont pas pris en compte.

- déni du territoire :  on refuse l’intervention d’une puissance de contrôle à l’intérieur des frontières, où on veut protéger l’économie, les emplois et le potentiel de développement. La question de l’équivalence des tonnes de CO2 se pose. (le CO2 produit par un 4×4 en ville ne devrait pas être mis sur le même plan que celui produit par l’alimentation en électricité d’un village en Afrique)

-problème des multinationales. Qui paye ? Le pays d’origine ou le pays d’accueil ?

-La solution : s’adapter au changement ?

Sans adaptation, l’atténuation du réchauffement coûtera encore plus cher.  On peut éviter le catastrophisme : les changement climatiques peuvent être positif pour certaines régions. (viticulture et arboriculture de l’Ontario, élevage en plein air finnois polyculture russe etc.) Les estimations quant à la hausse des mers ne cesse de baisser : elle montera de moins de 1m. Les conséquences du réchauffement seront variées : Les plus soumis aux climats sont les plus vulnérables, les plus pauvres. La priorité , c’est de dégager des financements et une aide éventuelle pour ceux-ci. Il ne faut pas sousestimer la capacité d’acclimatation des sociétés

Il faut redéfinir l’action politique, le rôle des acteurs institutionnels : exercer une concertation entre citoyens pour effectuer un bilan , évaluer les vulnérabilités et les valeurs économiques et patrimoniales de chaque bien.

Ensuite il faut décider au cas par cas.: abandonner, valoriser par secteur d’activités, protéger, assurer ou déplacer, ainsi que  faciliter la réalisation de projets. Un chef d’orchestre politique est indispensable pour rendre compatibles des décisions faites à des échelles emboîtées : communes, régions, états….

Les traitements doivent être variés et réversible. Il faut accepter les innovations : un capteur et compresseur d’une centrale de charbon représene 90% de CO2 en moins : cette solution permet de gagner du temps, de ne pas répondre à la pression de l’urgence.

ð  Le réchauffement a fait évoluer les mentalités : le plus n’est pas forcément le mieux. Ces idées sont néanmoins moins partagées dans les pays pauvres.

CONCLUSION :

Un débat est indispensable pour faire progresser un échange de savoirs difficile, voire conflictuels (Assimiler des opposants au GIEC à des négationnistes et à des charlatans est caricucatural.)

L’incompréhension résulte de la diversité des disciplines et des méthodes de travail utilisées. Pour les géographes, les modélisateurs fétichisent les chiffres. La planète n’a pas qu’un climat, la température ne définit pas à elle seule le climat et une société n’est pas définie par son climat.

Pour prendre des décisions pol., il faut prendre en compte les institutions qui furent produites pendant des siècles, les différents systèmes de valeurs et les niveaux de dvlpt très inégaux que l’on trouve dans le monde. Une injonction d’action universelle n’est pas compatible avec un problème complexe qui convoque une multitude d’acteurs.

Il faut garder tête froide, et ne pas brandir des prédicitons de plus en plus alarmistes. Il n’y a de place ni pour l’urgence, ni pour l’émotion.

MON AVIS

J’ai trouvé cet article intéressant, il est clair et permet d’appréhender le réchauffement climatique différemment. Loin de la vision alarmiste qu’on trouve dans les médias, il s’interroge de la façon la plus scientifique possible sur l’ampleur du problème. Il est exhaustif car, sans se contenter de simples observations, il nous donne des ébauches de solutions. De plus, son approche originale (la santé de la planète Terre), le rend agréable à lire.

Pauline Wettler, HK/AL

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Le Monde, 11/02/11

Mururoa : après l’atome, la menace du tsunami

Fragilisé par les tirs nucléaires souterrains, l’atoll pourrait subir un glissement de terrain suivi de vagues océaniques

Les 227 habitants de l’atoll de Tureia, en Polynésie française, vivent dans la crainte après les révélations de risques de tsunami liés au possible effondrement d’une partie du récif de l’atoll de Mururoa, distant de 105 kilomètres. Fin janvier, Marcel Jurien de la Gravière, délégué à la sûreté nucléaire et à la radioprotection pour les activités et installations intéressant la défense (DSND), responsable des anciens sites d’essais, a présenté un rapport de surveillance géomécanique de l’atoll de Mururoa aux autorités et aux associations polynésiennes.

Ce document présente une simulation des  » effets hydrauliques «  sur Tureia, consécutifs à un effondrement de 670 millions de m3 de la falaise nord-est de Mururoa. Il précise qu’un train de vagues océaniques pourrait parcourir la distance séparant les deux atolls en dix minutes, engendrant des déferlements de 2 à 3 mètres au sud de Tureia, dont les zones habitées, situées au-dessus de 3 mètres d’altitude, ne seraient cependant pas touchées.

 » Nous ne pouvons pas ignorer que ce phénomène peut arriver, indique M. de la Gravière. Nous sommes incapables de dire quand exactement il surviendrait, mais nous serions en mesure de détecter les signes avant-coureurs d’un tel glissement « , plusieurs jours à plusieurs semaines à l’avance. Depuis le début des années 1980, la défense a en effet appareillé le sous-sol de Mururoa d’un système de surveillance géomécanique (Telsite) pour alerter ses occupants d’un glissement de terrain.

Ce dispositif a été motivé par l’épisode Tydé, nom de code du 97e essai nucléaire effectué par la France, le 25 juillet 1979. Le choc de ce tir souterrain, effectué au sud-ouest de l’atoll, entraîne le basculement dans l’océan d’un bloc corallien de plusieurs dizaines de millions de m3 de calcaire. Ce glissement provoque, aux abords immédiats, une vague de deux mètres de haut, qui provoque des blessures parmi le personnel. Après cet accident, un mur de protection et des plateformes surélevées ont été mis en place à Mururoa.

Les 105 essais supplémentaires réalisés sur l’atoll jusqu’au dernier tir,  » Thémisto « , fin 1995, n’ont pu que fragiliser la couronne corallienne. Le risque géomécanique, longtemps nié par le ministère de la défense, avait donné lieu à une expertise conduite en 1998 par un groupe d’experts mandatés par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).

Prenant en compte les mouvements de terrain observés depuis 1980 dans la zone nord de l’atoll, ce rapport avait déjà envisagé l’effondrement d’une énorme  » loupe  » de calcaire. Il évoquait aussi les risques pour Tureia.

Le nouveau rapport présenté par M. de la Gravière se fonde sur des simulations plus récentes. A Mururoa, la vague atteindrait 20 m de haut dans un rayon de 500 m au droit de l’effondrement. Et  » la hauteur d’eau atteindrait 2 à 5 mètres en zone vie « , là où se trouvent les 23 militaires qui stationnent en permanence sur le site. Pour Tureia, une carte des zones submergées a été produite.

Pour M. de la Gravière, il convient donc de coupler,  » dans l’année « , le système Telsite à celui géré par la sécurité civile à Turea et chargé de prévenir la population en cas de cyclone ou de tsunami  » naturel « . Le DSND souligne aussi que le réseau de capteurs permettant de mesurer l’évolution géomécanique de Mururoa devrait être pérennisé et modernisé :  » L’environnement marin a déjà corrodé et mis hors service certains d’entre eux « , indique-t-il. Un chiffrage du coût est en cours.

Reste la question radiologique : si le glissement a lieu, la radioactivité emprisonnée dans la roche polluera-t-elle les alentours ?  » Si d’aventure cela arrivait, les conséquences environnementales seraient très très faibles « , répond M. de la Gravière, qui prend soin de préciser que  » la dissolution de la radioactivité n’est pas une bonne pratique « . Mais, ajoute-t-il,  » on serait devant un fait inéluctable : cet ensemble de tirs nucléaires est irréversible « .

Indignée, la population de Tureia a signé une pétition remise au DSND,  » exigeant des explications, la mise en place de mesures de protection de leur atoll et l’envoi en Polynésie d’une mission d’experts indépendants du Commissariat à l’énergie atomique et des armées pour évaluer les risques géologiques et radiologiques et leurs conséquences et pour proposer des mesures de protection des habitants de l’atoll de Tureia « .

L’inquiétude est générale.  » Chaque fois qu’une houle est annoncée à Rapa dans l’archipel des Australes, à plus de 1 000 km, notre piste d’atterrissage est abîmée, notre débarcadère où on décharge les vivres et où on charge le coprah est endommagé, témoigne un des habitants, Mauake Brander, les conséquences d’une telle vague seraient la mort immédiate. « 

De plus, la population perd confiance. Après l’avoir écarté, les autorités admettent un possible effondrement  » mais minimisent les risques « , s’indigne Bruno Barrillot, de l’association des vétérans des essais Mururoa E Tatou. Il s’était déjà inquiété des effondrements survenus à la fin des années 1970. Il note qu’en zone nord, des failles s’élargissent, et qu’en dix ans, les craquements ont été multipliés par trois. Des fuites ont été constatées dans le récif corallien.  » 28 essais souterrains ont été effectués dans cette zone, explique-t-il. Une dizaine d’entre eux ont provoqué des fuites et n’ont pas été vitrifiés et contenus dans la lave, et les zones coralliennes ont été contaminées. « 

Entre risque de tsunami et risque de contamination radioactive,  » la population de Tureia a peur, selon la maire, Taitua Maro, qu’allons-nous devenir, aura-t-on le temps d’être évacué ? « . Mauake Brander est amère :  » Tout ce qu’on nous a envoyé, ce sont des sirènes pour nous prévenir que la vague arrive et qu’on va crever. « 

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Le Monde, 25/12/10

Il aura suffi de quelques offensives du  » Général Hiver  » pour qu’une bonne partie de l’Europe, Grande-Bretagne et France en tête, soit comme prise de panique, tétanisée par quelques centimètres de neige et paralysée par des intempéries qui ne sont tout de même pas invraisemblables en cette saison.

Depuis une quinzaine de jours, en effet, quelques épisodes neigeux ont détraqué nos systèmes de transport si sophistiqués. Avions frigorifiés et pistes gelées ont entraîné une formidable pagaille dans les aéroports de Londres, Paris, Bruxelles ou Francfort. Vols annulés ou reportés, information lacunaire, dispositifs d’assistance erratiques : tout a contribué à bloquer, parfois pendant plusieurs jours, des dizaines de milliers de voyageurs.

A un moindre degré, les transports ferroviaires – en particulier l’Eurostar et les TGV – ont également été ralentis et désorganisés. Quant au trafic routier, comme le 9 décembre en région parisienne, il s’est trouvé plongé dans une complète  » pagaille « , en dépit des propos rassurants, ce jour-là, du ministre de l’intérieur.

Comme il se doit en pareilles circonstances, faute de pouvoir s’en prendre au ciel, voyageurs et automobilistes en déroute ont déclenché des concerts d’imprécations contre les pouvoirs publics ou tout ce qui y ressemble. Gouvernement imprévoyant, Etat incompétent, municipalités imprudentes, aéroports trop soucieux de leur rentabilité, compagnies aériennes négligentes, SNCF trop précautionneuse : on aura tout entendu. Souvent jusqu’au ridicule. Mais parfois à juste raison, par exemple pour déplorer le silence d’Aéroports de Paris devant la détresse des voyageurs abandonnés à leur triste sort.

Cela mérite-t-il un éditorial ? Non, évidemment, au regard de l’Histoire, y compris de l’histoire météorologique, dont les spécialistes expliquent savamment que les neiges d’aujourd’hui, dans le nord de l’Europe, résultent du réchauffement climatique, du déplacement des zones de pression atmosphérique et d’une phase négative de l’ » oscillation nord-atlantique « …

Oui, cependant, tant ces dérèglements sont symptomatiques de nos sociétés contemporaines, ces confortables et rassurantes sociétés du zéro défaut où l’imprévu n’a plus droit de cité. S’il advienne qu’il se produise – et la neige en hiver n’est quand même pas de l’ordre de l’extraordinaire -, le premier réflexe est de trouver des responsables, voire des coupables.

Chacun, dès lors, s’efforce de dégager sa responsabilité. Météo France, en multipliant les  » alertes « , au nom du principe de précaution. Le premier ministre (qui s’en est ensuite excusé), en accusant les météorologues de n’avoir pas été assez prévoyants. Le ministère de l’intérieur, en interdisant aux camions de rouler, au grand dam des transporteurs. Les compagnies aériennes, en annulant le quart ou la moitié de leurs vols. Chacun sait, pourtant, ou devrait savoir, que contre la neige, le parapluie ne suffit pas.

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Attention ! Pavé dans la mare !

C’est ainsi que l’on pourrait qualifier ce livre qui vient de sortir aux éditions JC Lattès et dont les nombreux auteurs ont assuré la promotion lors du Festival International de Géographie de Saint-Dié-des-Vosges. Deux têtes d’affiche (Sylvie Brunel et Jean-Robert Pitte) assurent la direction de l’ensemble des contributions de 15 auteurs, tous géographes et qui se sont exprimés à l’occasion d’un colloque qui s’est tenu à la Société de Géographie le 16 septembre 2010.

Derrière ce titre, calqué sur l’expression attribuée aux Gaulois, se cache le coup de gueule des géographes qui en ont assez du catastrophisme ambiant diffusé par les médias, concernant le devenir de notre planète. Depuis que le développement durable s’est imposé dans la gouvernance internationale, les géographes souffrent face à cette vision pessimiste des choses qui tend à s’institutionnaliser. La géographie est la science des possibilités, celle qui s’intéresse à comment l’homme habite la planète. Ils veulent croire en l’avenir de l’Homme. Ils mettent en avant l’histoire de l’humanité, qui n’est, finalement, qu’une succession de réponses apportées à des défis. Ils sont bien conscients que la population mondiale est deux fois plus nombreuse qu’il y a 50 ans, que si l’espérance de vie a fortement augmenté, la mortalité infantile reste encore forte (même si elle a considérablement décru). Ils veulent croire qu’en matière de capacité de charge, il n’y a pas de limites : tout dépend de notre mode de développement. Ils ne nient pas l’ampleur des défis à relever mais estiment que les indicateurs qui sont utilisés ne sont pas les bons.

Ils veulent croire aussi que la géographie peut intéresser le grand public, qu’elle ne mène pas à l’inquiétude ambiante. Ils prêchent la non détermination de la nature et de la culture. Ils réfutent à ce titre la théorie du choc des civilisations. Ils veulent croire que la technique peut être au service des hommes pour mieux gérer la planète et pas seulement de la guerre. Cet optimisme, que d’aucuns pourraient qualifier de « béat », vise à prouver que tout n’est pas fichu et que les Hommes ont un rôle à jouer. Un rôle à jouer aujourd’hui comme demain car, avant de s’intéresser au sort des générations futures, il faut aussi pouvoir aux besoins des Hommes d’aujourd’hui. Ils refusent une mise sous cloche de la nature qui se ferait aux dépens des Hommes. La géographie est là pour apporter des réponses nuancées aux problèmes présentés à l’emporte-pièce par les médias. Comme le dit Martine Tabaud, dans son article intitulé Le réchauffement climatique : «  C’est grave docteur ? » : « La planète n’a pas qu’un climat, une température ne définit pas à elle seule un climat, et une société aujourd’hui, n’est pas seulement déterminée par son climat… bien heureusement ! ». Il faut croire en l’Homme et ne pas se laisser aller à l’émotionnel véhiculé, lors d’accidents climatiques, par les médias du monde entier.

Ils mettent en garde contre le simplisme et sont conscients de la nécessité de mettre en œuvre des raisonnements organisés. Le chapitre consacré par Paul Arnould à la question de la forêt et des pluies acides montre à quel point un phénomène peut être instrumentalisé par la sphère scientifico-médiatique. La question des pluies acides a fait l’objet d’une prise de conscience dès le XIXème siècle suite au constat fait, qu’à proximité des usines, les forêts étaient victimes d’un phénomène de dépérissement. Puis la question n’a plus été mise en avant car les industriels ont trouvé comme parade la mise en place de cheminées très hautes qui permettaient ainsi d’ « exporter » la pollution loin de sa source et empêchaient ainsi de désigner l’entreprise coupable de pollution. La question des pluies acides est remise au goût du jour en Allemagne par les Grunen dans les années 1980.  Et c’est bien une question éminemment politique mais aussi économique car comment expliquer que ce fléau qui attaquait les forêts allemandes ne soit pas (ou presque pas) recensé en France, de l’autre côté de la frontière, dans les Vosges plus exactement ! Le lobby écologique allemand y est pour beaucoup (c’est un thème porteur qui accompagne son essor) mais aussi le lobby de l’industrie automobile qui avait la parade aux pluies acides : le pot catalytique. Pour vendre des pots catalytiques, il faut convaincre le consommateur du bien-fondé de son achat : une manière de le dédouaner (il achète une voiture qui pollue, mais moins que les autres !). En revanche, côté français, l’industrie automobile était à la remorque côté technologies écologiquement innovantes, elle n’avait aucune urgence à vendre des voitures plus chères équipées du pot d’échappement écologique. Il n’y avait donc aucune nécessité à mettre en avant un phénomène réel mais exagéré !

L’ambiance actuelle est au catastrophisme. Il ne faut bien sûr pas nier les réalités mais voir derrière elles qui s’y cachent. C’est à ça que la géographie doit servir !

Catherine Didier-Fèvre Copyright Les Clionautes

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