De nouvelles configurations spatiales pour l’intégration urbaine

Carte extraite de Villes mondiales, les nouveaux lieux de pouvoir. Les grands dossiers des Sciences Humaines, N°17, décembre 2009.

par Saskia Sassen [02-05-2012]

Les grands ensembles métropolitains peuvent-ils être soutenables ? Étudiant deux configurations émergentes, la mégarégion et la ville globale, la sociologue Saskia Sassen explore les voies d’un partage plus équitable des bénéfices à l’échelle des grandes conurbations urbaines. Elle appelle à inventer les nouveaux outils analytiques qui permettront de penser l’autosuffisance sans l’exclusion, la stimulation sans la destruction, la globalisation sans l’annihilation de la diversité.

Les transformations majeures de l’activité économique, en termes d’échelles, d’espaces et de contenus, sont à l’origine de nouvelles configurations spatiales [1]. Les villes globales et les mégarégions comptent ainsi parmi les plus remarquables de ces nouveaux modèles. L’émergence de ces nouvelles formes urbaines est d’autant plus importante à observer que les régions urbaines sont désormais reconnues comme des espaces stratégiques à même de se confronter à la question de la durabilité environnementale de même qu’à celle, connexe, de la relocalisation de la production au plus près de la demande ; on peut prendre pour exemples la production alimentaire et les emplois, délocalisés vers des pays où les coûts sont moins élevés, avec pour effet d’augmenter l’impact environnemental. Ces nouveaux schémas et ces nouvelles contraintes nous imposent également de revoir notre compréhension des choses et nos cadres politiques, afin de pouvoir nous ajuster à ces nouvelles configurations spatiales, en développant pleinement leurs atouts et leur potentiel distributif.

Même si les mégarégions et les villes globales constituent des situations différentes, je voudrais montrer ici que leur étude permet d’identifier des dynamiques similaires qui sont à l’œuvre dans chacune d’elles. Deux de ces dynamiques ressortent particulièrement. La première concerne les changements d’échelles opérés au sein de ces configurations et leurs conséquences – ici l’échelle mégarégionale et l’échelle globale. La deuxième dynamique résulte des interactions entre la dispersion géographique et les nouvelles économies d’agglomérations, qui agissent au sein des mégarégions et au sein d’un espace global qui regroupe plus d’une centaine de villes globales.

Sur le plan environnemental, les villes comptent parmi les principaux utilisateurs de ressources mondiales ; elles fabriquent de nouvelles géographies d’extraction et de destruction qui affectent toute la planète. Cette logique est poussée à l’extrême dans le cas des villes globales. Relocaliser la production des besoins primaires est désormais une urgence – pourquoi importer de Chine ce qui pourrait être produit au sein même des mégarégions qui entourent les villes. Cela signifierait que les villes ne seraient plus considérées comme faisant simplement partie des mégarégions, mais comme des éléments constitutifs de celles-ci, contribuant à leur équilibre et leur dynamisme d’ensemble. Ce processus donnerait lieu, selon moi, à une redistribution plus équitable des bénéfices de la croissance, grâce à laquelle les lieux de pauvreté cesseraient de s’appauvrir constamment comme c’est souvent le cas de nos jours, et profiteraient plus de la croissance. De manière plus générale encore, la croissance serait mieux répartie, nous permettant ainsi d’évoluer vers une situation où ce sont les principales questions environnementales qui détermineraient ce que nous produisons et comment nous le produisons.

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Héros d’une série qui compte vingt-deux opus, James Bond présente deux particularités essentielles qui interpellent le géographe. La première est affaire de représentation : chacun de ses films est conçu comme un tour du monde qui présente une vision standardisée voire archétypale d’un certain nombre de pays. La seconde caractéristique est affaire de chiffres : l’influence mondiale des films est patente puisque, à chaque sortie, Bond est regardé par plus de cent millions de personnes. Eon productions, société liée à United Artist, peut ainsi affirmer sans crainte que 10 % de l’humanité connaît Bond. Du point de vue de l’économie du cinéma, Bond est ainsi au centre d’un système de production tout à fait efficace. Quantum of Solace fut projeté en 2008 dans 9 870 salles et connut le succès dans 60 pays aussi variés que Bahreïn, Trinité et Tobago, la Malaisie et le Nigeria. Et si Skyfall, le millésime 2012 de Bond, se déroule en partie en Inde, c’est pour tenter de rallier un pays quelque peu rétif au phénomène.

Relier ces deux caractéristiques amène à s’interroger sur le rôle de ces films sur les représentations mentales des spectateurs. S’agit-il d’une vision américaine et hollywoodienne du monde ou tout simplement d’une vision certes caricaturale, et – osons le mot – quasiment raciste, mais internationale d’un monde dans lequel les Russes sont de bons musiciens… mais furent des communistes, les Asiatiques des hôtes serviables… mais des judokas redoutés, les Afghans de bons cavaliers… mais des terroristes, et dans lequel les Français ont des bérets basques et des 2 CV à l’instar de l’éphémère James Bond Girl Carole Bouquet ?

Comprendre quels sont les lieux parcourus par Bond, c’est donc révéler une image mentale véhiculée par Hollywood : quels sont les lieux incontournables de notre planète qui sont relayés par cette vision ? Et surtout quelles sont les représentations mentales de ces lieux ? Derrière ces questions triviales se profile une problématique : de quelle manière Bond habite-t-il la Terre ? La mobilité, même contrainte, étant au cœur de ces films et Bond étant le prototype parfait d’un voyageur idéalisé (aucun souci financier, aucun souci matériel de déplacement) n’y a-t-il pas un idéal de voyage et une représentation idéelle du monde qui transparaissent derrière chaque film ?

Il n’est sans doute pas inutile de rappeler qu’avant d’être un super-héros du grand écran incarné ces derniers temps par Daniel Craig, Bond fut le héros de romans populaires écrits par Ian Fleming. Umberto Eco (1993) a montré la dimension archétypale de l’écriture des ces romans (Fleming fut d’ailleurs en son temps le traducteur d’une œuvre de Carl Jung) : une idéologie « réactionnaire » défendant le Bien contre le chaos, des structures narratives empruntant au symbolisme et qui apparentent les romans de la série aux contes de fée… Or, ce concept d’archétype peut être étendu à la représentation des lieux. Si Bond ne crée certes pas l’archétype touristique, en revanche il l’utilise et du fait de son audience, de sa diffusion mondiale, il le véhicule et l’amplifie nettement. Représentations sociales invariantes dans un inconscient collectif, ces paysages peuvent même devenir un « thème mythique » (Jung). Chaque film visionné par des dizaines de millions de spectateurs répondrait à un certain nombre d’attentes en termes d’imaginaires touristiques concernant des paysages mais aussi les populations des pays traversés.

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http://www.cafe-geo.net/article.php3?id_article=2448

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Des systèmes spatiaux en prospective. Territoires 2040. Revue d’études et de prospectives N°4. Datar, La documentation française, 2011.

 

L’exercice de science fiction auquel se livre la DATAR dans la revue Territoires 2040 est en soi un sacré challenge. C’est même un exercice de haute volée puisqu’il s’agit de demander à des géographes, des économistes, des politistes d’inventer le futur urbain du pays. Martin Vanier avait marqué de sa pâte le volume 2 sur la périurbanisation, Michel Lussault prends le relais. Pour cela, pas question de donner une seule version de notre avenir mais il s’agit d’analyser des tendances qui pourraient se dégager. Michel Lussault propose ainsi différents scénarios (Horizon) et leurs variantes sur la thématique de l’urbain métropolisé : hyper métropolisation de la France au détriment d’espaces marginalisés, mise en place de méga régions à dimension européenne (organisée autour de neuf métropoles régionales), généralisation de la périurbanisation ou bien encore la mise en place d’un peuplement diffus. Le tout est illustré par une cartographie « rock and roll », œuvre de Karine Hurel qui s’inspire du street art avec des polices de caractères dignes de taggeurs. Si les normes cartographiques sont bouleversées, force est de constater que le message passe efficacement et permet de comprendre les différents enjeux des scénarios. Pour illustrer l’article sur le devenir des villes intermédiaires et leurs espaces de proximité, Karine Hurel a retenu un design années 1970. C’est nouveau dans la manière de faire de la cartographie mais rafraichissant car cela renouvelle la manière de voir notre pays et c’est surtout très efficace graphiquement.

 

Au-delà de la forme qui mérite en soi d’être retenue, le fond donne du grain à moudre. L’article consacré aux villes intermédiaires propose ainsi un scénario 1 effrayant : « Les communautés incertaines ». Les chercheurs réunis autour de l’économiste Francis Aubert pronostiquent un accroissement des inégalités entre les populations résidentes dans les centres et dans le périurbain proche (là où ont été construits les écoquartiers modèles) des villes intermédiaires (Reims, Dijon, Vannes, La Rochelle) et le périurbain éloigné. « Face à ces zones de fermeture volontaire marquées par les classes les plus aisées et les plus âgées, s’érigent des zones de forte densité de population où le bas coût du logement est le critère à peu près unique de choix, en quartier périphérique ou aussi en zone périurbaine d’accès malaisé. »

 

Ce volume de Territoires 2040 a inspiré l’exposition qui se tient au Palais de Iéna jusqu’au 31 mai sur la France 2040 (du lundi au vendredi de 9 heures à 17 heures, métro Iéna, se munir d’une pièce d’identité, gratuit). On peut même dire que l’exposition est la partie la plus aboutie de l’ensemble. Si la thématique de la prospective y est très présente, il y a des cartes et des cartogrammes formidables sur la situation de la France actuelle, qui ne sont pas présents dans le volume chroniqué. Vous retrouverez tout cela sur le site de la DATAR : http://territoires2040.datar.gouv.fr/spip.php?rubrique54&revue=  Toutes ces productions sont à même de renouveler notre manière de faire de la géographie, tant elles posent les bonnes questions sur notre espace.

 

Catherine Didier-Fèvre © Les Clionautes

 

 

 

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Représenter l’espace sans en réduire la complexité est une préoccupation centrale du travail du cartographe. Commuting Scale tente de relever ce défi en proposant plusieurs manières de répondre cartographiquement à la même question: quel est l’espace des pendulaires du campus universitaire de Lausanne?

La question abordée est celle de l’espace des «navetteurs» autour du campus de l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) et de l’Université de Lausanne (UNIL). Les données utilisées correspondent aux distances séparant le campus d’un échantillon de lieux de la région lémanique (Suisse et France). Ce sont les lieux représentatifs de l’origine des quelque 25000 pendulaires quotidiens (Jarne et al., 2011), situés à, au maximum, 1h30 de trajet du campus aux heures de pointe. Les distances ont été mesurées toutes les 5 minutes au cours d’un lundi d’octobre selon différentes métriques: les temps de trajets en transports publics, les temps de trajet en voiture (embouteillages pris en compte et temps de parking modifiable) et la distance kilométrique.

Ces images donnent à voir une information brute: le temps du déplacement entre deux lieux. Elles peuvent être le support d’un déplacement du débat sur des dimensions plus complexes de la mobilité (temps perçu, confort, coût, etc.). L’aspect dynamique des cartographies permet également de nuancer le propos et de montrer la variation de l’espace pratiqué par les individus au cours d’une journée ordinaire. En jouant sur le contenu de l’analogie cartographique, ces visualisations offrent différentes perspectives sur ce même phénomène spatial, tout en utilisant les mêmes données, preuve s’il en faut qu’une carte est bien la construction d’un espace.

Description de l’application

Les lieux représentés ont été sélectionnés afin de correspondre à différents géotypes allant du central (gare de Lausanne par exemple) à l’infra-urbain (zones faiblement résidentielles dépendant totalement de l’automobile).

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Territoires et aménagement face à la mondialisation – CAPES
Auteur : E. Bonnet Pineau, D. Acloque, A. Delpirou
Directeur : Y. Colombel, D. Oster
Collection : Nouveaux continents
juin 2011

 

Chapitre 4 :    Le développement durable : Territoires et aménagement face aux enjeux environnementaux

Depuis les années 1990, l’enjeu du développement durable est placé au centre des politiques d’aménagement, au moins dans les textes et les déclarations d’intention. Les politiques de transport et d’énergie sont les premières concernées, mais l’aménagement du territoire dans tous ses aspects est maintenant soumis aux objets de durabilité, même si tous les territoires français ne sont pas également concernés. Le territoire et l’aménagement français sont donc soumis à deux objectifs qui semblent contradictoires : le développement durable et l’efficacité et la rentabilité des politiques d’aménagement. Les auteurs ont décidé de confronter le développement durable, les enjeux environnementaux et le territoire et son aménagement selon trois grands axes.

Tout d’abord ils montrent que le développement durable est un impératif réaffirmé dans toutes les politiques d’aménagement, comme le témoigne la montée en puissance des organismes s’occupant de l’environnement, avec par exemple le ministère de l’environnement qui devient un ministère à part entière en 1981, l’adoption de la charte de l’environnement en 2004 et son intégration, en 2005, au préambule de la Constitution, mise au même pied que la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, ou encore la création du Grenelle de l’environnement.

 

ð  La montée en puissance de l’enjeu environnemental dans la politique territoriale est visible également par la tentative de conciliation des politiques des transports, de l’énergie et celle du développement durable : L’intégration des objectifs du développement durable à la production et à la consommation d’énergie s’est largement substituée à l’impératif d’indépendance énergétique qui prévalait depuis le choc pétrolier. Les deux peuvent aller de pair : la réduction constante de la part du pétrole, de 2/3 de la consommation en 1973 à 1/3 depuis 2005, a été une priorité constante, et c’est surtout l’effort d’équipement en centrales nucléaires qui en est responsable. Mais le choix nucléaire est responsable du retard français en matière d’énergies renouvelables, car elles sont restées marginales. La France doit impérativement développer ces énergies renouvelables car la directive européenne électricité renouvelable lui fixe un objectif de 21% de la production énergétique en 2010, alors qu’elle n’est que de 13% en 2007. Cette volonté de développement durable a aussi un impact sur les politiques de transport : dans un contexte général de stabilisation de la conso énergétique, les transports accroissent leur conso de 1,3% par an depuis 1990 et représentent le 2ème poste de la conso énergétique finale. Le secteur des transports a d’ailleurs une position intermédiaire étant devenu indiscutablement l’enjeu proclamé de toutes les politiques énergétiques et de transports, et étant au cœur de tout projet d’aménagement du territoire.

ð  Le développement est aujourd’hui un tel impératif des politiques d’aménagement du territoire qu’on parle même d’un aménagement durable du territoire, réalisable grâce à des projets d’aménagement intégrés. Ces projets d’aménagements intègrent, en effet, d’autres dimensions de la durabilité : impacts mesurés sur les habitats naturels, respect de la biodiversité, et importance de la « renaturalisation » ds les projets, et la loi Barnier a fait du développement durable l’enjeu explicite de l’aménagement du territoire, dont l’État est le garant et l’acteur essentiel. Mais la modestie de ces projets est nécessaire.

 

ð  Le deuxième axe d’étude est l’importance de la protection de certains territoires français, en particulier les littoraux et les montagnes, qui bénéficient tous deux de législations et d’enjeux particuliers. La Loi littoral de 1986 a, en effet, un double objectif de développement et de protection des espaces littoraux : développer l’activité littorale non aquacole et favoriser le dvpt des activités aquatiques. L’objectif est accompli, même si cette loi a été entourée de polémiques dans les années 2000 (ONG soulignant les limites de son action de protection, élus locaux et professionnels du tourisme réclamant son assouplissement au nom du dvpt littoral) et même si la loi n’a pu que « freiner l’urbanisation, la périurbanisation et la fragmentation écologique du littoral ». De même pour la montagne, avec la Loi montagne, promulguée en janvier 1985, qui a un double versant : la promotion des activités montagnardes et encadrement de l’urbanisation pour la protection des sites.

ð  Cependant, les auteurs mettent en avant le fait que la protection et le développement sont deux enjeux antagonistes dont l’évolution se déroule au gré de conflits et de compromis, comme ce fut le cas des parcs nationaux alpins ; « L’affaire de la Vanoise » fût le premier conflit environnemental en France, opposant les sociétés des remontées mécaniques aux gestionnaires du parc. Néanmoins, aujourd’hui, les compromis et l’orientation corrélative vers le développement durable dominent avec la mise en pace de la possibilité pour les élus locaux de gérer les espaces protégés par l’intermédiaire de leur présence dans les établissements publics, et le rôle des syndicaux intercommunaux, qui intègrent de plus en plus la protection au développement touristique. Certains environnements restent cependant toujours menacés, comme l’espace touristique montagnard, qui est le plus soumis à la multiplication des équipements, bien que l’urbanisation soit + ou – sous contrôle.

La clé du développement durable des espaces ruraux de faible densité est tout de même trouvée et serait la protection raisonnée, comprenant notamment la création de parc naturels régionaux . Ce développement passerait le plus souvent par le soutien aux entreprises touristiques, artisanales et agricoles, la promotion de services et produits de qualités, labellisés par le parc. L’essentiel tourne autour du tourisme vert , voire d’un éco-tourisme appuyé par la réalisation d’écomusées, de maisons du parc, de musées des pratiques agricoles et aussi la promotion d’une agriculture de filières de qualités labellisées par des AOC, ou le simple label du parc.

Ainsi, l’alliance du désenclavement, de la protection des paysages, de la promotion de filières agricoles labellisées, et de la valorisation touristique se présente comme un modèle de dvpt durable des espaces ruraux. Toutefois, les ressorts de ce type de développement durable ne peuvent concerner les territoires qui sont confrontés à une forte pression urbaine et/ou à des modes de production intensifs.

 

ð  Le troisième axe d’étude de cette dualité développement durable / aménagement du territoire concerne les enjeux du développement durable dans les territoires d’utilisation intensive, qui sont les territoires qui posent le plus de problèmes en matière de respect de l’environnement. Tout d’abord, la difficile mutation des territoires d’agriculture intensive vers le développement durable est démontrée : 44% du territoire est soumis à des épandages excessifs d’engrais et de rejets d’élevage, mais il existe d’autres sources de dégâts environnementaux comme le déversement de pesticides, d’herbicides, le poids de l’extension des labours, le prélèvement excessif sur les nappes aquifères pour l’irrigation… Des mesures sont mises en place comme la première réforme du PAC en 1992, qui introduit l’impératif de durabilité. La solution serait l’agriculture raisonnée, qui connaît une importante promotion, mais qui ne concerne que moins de 20% des exploitations en tout en 2002 et est souvent dénoncée comme une forme d’adaptation de l’agriculture traditionnelle. Les expériences sont nombreuses comme la technique de culture sans labours qui permet de diminuer carburants et s’avère favorable à la biodiversité ainsi qu’à la lutte contre l’érosion des sols, mais les conditions économiques (malgré les labels), les mentalités, et bcp d’autres facteurs limitent la diffusion de techniques alternatives.  Le Grenelle a alors établi des objectifs en matière agricole comme la hausse du bio dans tous les domaines (production et consommation) ou la mise en place de mesures et d’évaluation de toxicité (indice Nodu).

ð  Mais le lieu géographique qui pose le plus de problèmes en matière de développement durable et de respect de l’environnement est bel et bien la ville : Les résidentiels-tertiaires représentent la 1ère position de la consommation énergétique, devant les transports avec 43,6% de la consommation totale, selon les données pour 2007, et ce pourcentage est en hausse régulière depuis 30 ans. En résumé, les villes sont coûteuses en espace, en énergies et en eau. Les enjeux sont les transports, la distribution de l’eau, la collecte et le traitement des déchets à repenser, qui ont des impacts négatifs nombreux. La seule solution viable semble l’évolution des villes vers un modèle de ville durable, avec la création d’écoquartiers, de villes vertes, la revégétalisation pour des villes plus neutres en carbone. Mais pour une ville durable, il faudrait repenser plus largement les modèles urbains comme renoncement au zonage, densification de l’habitat périphérique, agglomérations multipolaires, extension des superficies  végétalisées, extension des réseaux de transport, toutes ces réflexions étant actuellement menées par le Grenelle, qui fait de la ville une priorité.

Ce chapitre présente bien les enjeux de l’association développement durable – aménagement du territoire, qui vont de plus en plus de pair depuis les années 1990, et les événements actuels et contemporains qui nous amènent à nous demander comment concilier développement durable et efficacité des politiques d’aménagement du territoire français. Les quelques documents annexes sont indispensables pour mieux comprendre certains événements ou certaines notions primordiales, ce qui est très utile pour un lecteur peu informé sur le sujet. Cependant, la forme du chapitre, qui est toujours, la même n’est pas très optimiste : les problèmes sont démontrés, puis il y a une atténuation, un progrès qui est affirmé, et enfin à nouveau une atténuation de l’atténuation. Ainsi, le problème reste en vigueur, même si un mieux est observable. Le lecteur peut donc avoir l’impression qu’au fond, malgré une volonté d’être optimiste, les auteurs ne croient pas à cette complémentarité du développement durable et de l’aménagement du territoire.

Mathilde Le Pas de Sécheval, HK/AL

 

 

 

 

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