
Source : dzmix.com
L’invention du monde : une géographie de la mondialisation, Chapitre 6 : Il monde è mobile. Presses de Sciences Po, 2008.
Jacques Lévy a dirigé cet ouvrage de recherche publié par science po Les presses et mettant en évidence les phénomènes de la mondialisation, les flux, les mobilités qui s’opèrent dans un monde globalisé. Il est un géographe français réputé, notamment spécialisé dans la géographie politique, membre de la rédaction d’EspaceTemps, professeur à l’IEP de Paris. Dans le cadre de ses recherches sur la géographie politique, il s’est intéressé au phénomène de mondialisation et son influence sur les politiques étatiques et comment les populations au sein des pays se meuvent et sont mobiles.
L’auteur de ce chapitre est Mathis Stock.
Introduction :
Ce livre a pour projet de définir une géographie de la mondialisation, projet en somme toute difficile mais auquel s’attache Lévy qui théorise très bien les flux, les mobilités multiples au sein d’un monde mondialisé. Les mouvements sont en effets permanents. La mobilité, elle, c’est l’ « ensemble des manifestations liées au mouvement de réalités sociales dans l’espace. » Mais la mobilité va au-delà des seuls flux ou déplacements. Les acteurs de cette mobilité en sont le centre : à la fois décideurs et exécuteurs. C’est la grande question de l’ « habiter » notamment avec le tourisme, c’est-à-dire la manière de faire avec de l’espace, comme condition de possibilité de déplacements. Dans un monde capitaliste le déplacement trouve toute sa place, son épanouissement, c’est-à-dire un enchevêtrement de flux, un « mode d’organisation de société ». Tout espace amène à une mobilité. Mais comment cette mobilité se manifeste-elle ? Quelle est-t-elle ? Et, comment le tourisme illustre le rôle de la mondialisation dans notre façon de nous déplacer ?
- La mobilité constitutive du monde mondialisé.
1. Le monde des circulations.
Dans un premier temps il s’agit de définir les différents types de circulation avec des mouvements de plus en plus nombreux et de plus en plus importants (3 milliards de passagers, 3 milliards de touristes dont 800 millions internationaux, 100 millions de migrants, 2 millions d’étudiants, 200 millions de déplacements (sportifs, culturels, etc. …) et il existe aussi les expatriés.
2. Le continuum des circulations
Mais les déplacements définitifs et circulations temporaires (de plus en plus courantes) sont à différencier. Aujourd’hui le migrant est émigrant/immigrant.
A/les approches transnationalistes : On peut voir des migrations à l’intérieur d’un état : on parle alors de « Constellation postnationale » qui permet des « identités transnationales », ainsi que l’émergence du Monde comme aire pertinente (multiples pratiques) et aussi un monde de multiples circulations et de liens « postmigratoires ». Lien avec le pays d’origine : les transmigrants. Les touristes sont également un élément important de ces éléments transnationaux.
B/le code géographique des mobilités : Il est nécessaire de distinguer circulation et migration=Mobility transition. Typologie des transports qui en découle : quotidien/non quotidien, choix/obligation, familier/étranger, proche/loin, non exotique/exotique. La mobilité c’est donc le continuum entre déplacements et séjours éphémères, la différence réside dans le « retour » ou non à la maison, un déplacement peut être temporaire, définitif, court ou long.
- Le tourisme : processus mondialisant
Le concept de tourisme est défini ici comme un « système d’acteurs, de pratiques et d’espaces qui participent de la « recréation » des individus par le déplacement et l’habiter temporaire hors des lieux du quotidien ». Cela implique donc un nouvel espace. Ces flux sont très nombreux (800 millions de déplacements) et rapportent près de 700 milliards de dollars soit 6% de l’activité mondiale. La mondialisation augmente considérablement ce phénomène, une extension de « l’espace touristique », intégrations des lieux dans l’économie et création d’une économie. Mondialisation et tourisme sont donc très étroitement liés.
- Habiter le Monde touristiquement
A/l’émergence de l’écoumène touristique : le 1er des éléments essentiels du tourisme : tout lieu est regardé comme potentiellement touristique. Un aménagement possible de ce lieu est donc imaginé. L’écoumène touristique est l’espace où se concentre le maximum de ces lieux touristiques et il ne cesse de s’étendre. Cet espace est du à de multiples facteurs de la mondialisation.
B/Maitriser les distances : Depuis le XIXème siècle accélération de la vitesse de transports, la distance se réduit, les transports se multiplient, la mondialisation et le tourisme sont toujours plus faciles. La bonne maîtrise de la logistique (infrastructures, plateformes multimodales) accroit la facilité de déplacements.
C/ Maitriser l’altérité : primordial pour le tourisme, le rapport avec l’autre doit être maitrisé, à savoir le dépaysement peut être recherché (découverte d’une nouvelle culture), ou au contraire recherche d’un repos (sur les plages) ou comme aire de jeux(Disneyland). Cela implique la mise en place d’infrastructures, de personnels qualifiés pour répondre à la demande.
D/Les pratiques mondiales : Dans le monde de la recréation les pratiques sont multiples. Les séjours de vacances se sont écourtés, la villégiature prend fin, mais les congés sont plus fréquents. Il y a des modèles différents selon les envies du touriste (repos, visite) sans parler des évènements sportifs (marathon, spot, tournoi) et évènements culturels (festivals, conférences, concerts).
- Le tourisme mondialisant et mondialisé
En quoi le tourisme est-il mondial ? Le niveau mondial, en quoi est-il pertinent pour le tourisme ? (Interdépendance des lieux touristiques, la régulation par des acteurs, la nécessité de technologies spatiales).
A/La mondialité des lieux touristiques : Compétitivité entre les hauts lieux touristiques à l’échelle mondiales (Paris, New York par exemple) et lieu de tourisme majeur comme la Côte d’Azur, les Alpes, selon les saisons. Petit à petit les lieux se spécialisent pour une clientèle de luxe (Cannes) ou pour les classes moyennes. De plus la concurrence s’ouvre avec des pays en voie de développement, bien moins cher. La facilité des transports rend ces destinations exotiques prisées comme par exemple l’Asie du Sud Est contre un pourtour méditerranéen trop cher. Un lieu touristique est mondial si la synthèse entre divers éléments est possible comme l’accessibilité, les équipements, etc. … Des stations touristiques existent également à l’image de Chamonix, de St-Tropez. L’image de marque d’un lieu se mesure par sa popularité via internet par exemple ou encore les global tourist spots (hauts lieux du surf) et surtout les villes mondes qui drainent la richesse et les touristes. Le tourisme est mondialisé.
B/Normes à l’échelle mondiale pour le tourisme : Ce tourisme nécessite donc des normes pour le contrôler. L’O.N.U permet de protéger les acteurs de ce tourisme (UNESCO, OMC, OMT,…). Par ailleurs il existe des « codes du tourisme » à tout niveau. L’OMT a mis en place des normes mondiales, c’est-à-dire assurer les statistiques internationales du tourisme, rassembler des données fiables, assurer la légitimité d’organismes et de comprendre les évolutions de ces flux. L’OMT cherche également à préserver et à promouvoir un tourisme propre avec l’appui de l’UNESCO par exemple.
C/Techniques et technologies spatiales : les technologies sont l’ensemble de médiation visant à régler des problèmes d’espace (distance, accès, altérité). L’espace peut devenir une technique, c’est-à-dire par sa maitrise il promeut le tourisme. La mondialisation fait donc émerger le tourisme mondial mais cela implique un limage des cultures, une uniformisation, une acculturation et des pratiques touristiques qui se répandent : ski, plage, tourisme balnéaire. Serais-ce le début d’une culture touristique mondiale ?
L’extrait étudié ici se concentre donc d’une part sur la définition des mobilités, qui sont multiples. Elles dépendent d’une mondialisation croissante qui n’a jamais cessé dans sa logique de promouvoir le déplacement. Le tourisme semble donc être une bonne illustration de cela dans la mesure où il correspond à mettre en valeur un site, un lieu pour favoriser le déplacement. Il est donc responsable et en même temps receveur de ces déplacements. A l’échelle mondiale, le monde se rapproche, une uniformisation s’accomplirait-elle ?
Réflexion personnelle :
La question de la mobilité reste aujourd’hui pleinement d’actualité, comment se déplacer plus vite, à l’heure où l’Europe et les Etats-Unis ferment leurs frontières, où l’on recherche un tourisme plus écologique et où toute la mobilité se retrouve donc mise en cause.
Ainsi les migrations sont plus difficiles, les renvois à la frontière de clandestins ne cessent d’augmenter et attisent les débats comme en France, avec un relent de natiomalisme, une xénophobie renaissante. On invite à rediscuter du sort des étrangers dans nos pays, à l’heure où la tolérance s’effrite. Peut-on garder des minarets sur les mosquées suisses, signe « ostentatoire », provocation, peur de voir l’étranger nous envahir ? En effet la question de la migration se pose dans la mesure où elle est une nécessité pour certains pays qui ont besoin de main-d’œuvre mais qu’elle génère intolérance, ghettoïsation, discrimination et parfois isolement des expatriés. Le juste équilibre est dur à trouver, tant les repères sont floutés dans une mondialisation à toute allure.
De plus, on nous invite à redéfinir une nouvelle façon de nous déplacer, en effet l’exemple du tourisme nous montre une logistique immense, ainsi qu’une dénaturalisation de l’espace. On aménage, on modélise un type de tourisme, on joue de la carte postale, on cache, on transforme, c’est une mise en scène implacable que le tourisme, contrebalancé par un consumérisme insolent. En outre se déplacer par avion c’est polluer visuellement et polluer l’air, comment remédier au problème du réchauffement climatique tout en haranguant la foule à se déplacer toujours plus ? Le protocole de Copenhague n’a en tout cas pour le moment pas permis de trouver de solution aux problèmes des émissions de gaz dont les avions sont parmi les grands responsables. Le livre de Lévy est donc au cœur des problématiques actuelles, décrivant les différentes mobilités à travers le monde, montrant au combien elles sont ambigües, à savoir nécessaires mais problématiques. La prise de conscience mondiale de cela permettra peut-être une régulation nécessaire.
HK A/L Thomas Abarnou