Patrimoine et tourisme. Histoires, lieux, acteurs, enjeux. Olivier Lazzarotti. Belin Sup, 2011. 302 pages.

En 2006, Sylvie Brunel partait faire le tour du monde en famille et rendait compte à son retour dans un essai de ses déceptions. Elle dénonçait la disneylandisation de la planète et démontrait ainsi que la mise en valeur d’un patrimoine par des acteurs touristiques amenait à des dérives. Patrimoine et tourisme semblaient alors incompatibles. Olivier Lazzarotti veut croire que patrimoine et tourisme peuvent très bien s’entendre. Il développe « l’idée que l’articulation entre tourisme et patrimoine permet, tout à la fois, de comprendre une des manières de produire le monde contemporain et d’en dégager quelques-unes des grandes logiques. » « Le patrimoine et le tourisme, issus des conditions du monde contemporain, participent en retour à sa construction. »

Patrimoine et tourisme : une co-construction

La réflexion sur les deux termes est centrale dans l’ouvrage d’Olivier Lazzarotti. Il montre, à partir de multiples documents (iconographiques, textes, graphiques…) commentés, comment la notion de patrimoine est née du glissement de celle de monument (Commission des Monuments historiques, œuvre de Guizot en 1837). L’exemple développé de la forêt de Fontainebleau est particulièrement intéressant. Il s’agit de l’invention de la première forêt urbaine grâce à l’action de Claude – François Denecourt qui, à partir de 1844, a ouvert 150 km de chemins pour rendre le massif accessible aux urbains. Il transforme ainsi une forêt paysanne (bois et pacage dans les clairières) ou domaine réservé des puissants (chasses à courre royales) en une forêt urbaine. Le succès de ce nouvel usage est garanti quand les artistes s’emparent du sujet (école de Barbizon) et s’en font les porte-paroles (cf. opposition à l’enrésinement). En 1853, la notion de « monument de nature » est donnée à la forêt de Fontainebleau avec la création de la première réserve (antérieure à la création du parc de Yellowstone en 1872). « L’invention monumentale ne réfléchit donc par seulement les bouleversements du regard du premier XIXème siècle. Au-delà, elle participe à cette révolution romantique de la sensibilité, indissociable de l’esthétique et de l’émotion monumentales ». Ce mouvement de classification est liée à un contexte : la construction étatique centralisée parallèle à la révolution industrielle qui brouille les repères.

Au-delà du fait que le tourisme est une mobilité (se caractérisant par au minimum une nuit passée à l’extérieur du domicile) et qu’il se distingue en cela du patrimoine, le tourisme est une « pratique du hors quotidien, soit une rupture avec le familier, celui de la vie courante. (…) En s’arrachant du banal, les touristes recherchent un effet recréateur. » Repos, jeu, découverte se conjuguent pour caractériser le tourisme. La rencontre de l’Autre est aussi centrale dans cette activité. « La rencontre touristique, en particulier, et les pratiques touristiques, en général, changent ceux qui les mettent en œuvre et ceux, qui, sans bouger, les reçoivent. » Si Le Corbusier, dans la charte d’Athènes (années 1930), est le premier à énoncer l’idée de « patrimoine urbain des villes », le terme n’est employé qu’à partir des années 1960 et remplace celui de monument.

Les dialogues du patrimoine et du tourisme

Olivier Lazzarotti met en évidence, contre les discours néo-malthusiens ambiants, la corrélation entre tourisme et patrimoine. « Car ce que l’on peut dire est que, sans les touristes, Venise, Versailles, et avec eux quantité de villes, châteaux, églises, mais aussi forêts, montagnes et plages, n’auraient pas été prises en considération. Sans les regards extérieurs, y compris ceux des touristes, bien des éléments du passé ne seraient pas dans leur état actuel. » Il part en guerre contre ceux qui dénoncent « les parasites du Monde » (Nancy Bouché, 1998) et mettent en avant une « capacité de charge » maximale des lieux, y compris au nom du développement durable. « On ne peut réduire le tourisme à un fait insupportable pour le patrimoine ; l’application radicale d’une limite indépassable est inapplicable. » Trop souvent, la mise en place de périmètres de protection d’un patrimoine naturel se fait aux dépens des populations locales qui vivent dans la forêt (exemple : interdiction de chasser). C’est aussi une manière pour l’Etat de contrôler des espaces marginaux et peu contrôlés, comme c’est le cas au Cameroun avec la réserve de faune du Dja. Les Aborigènes d’Australie sont un des exemples de réussite de mise en tourisme. Ils en sont les acteurs et non les sujets. Car tourisme et patrimoine sont avant tout une question économique. Ils génèrent des secteurs d’activités qui peuvent se concurrencer ou s’appuyer l’un sur l’autre. L’action du Conservatoire du Littoral se trouve au croisement du patrimoine et du tourisme. Né en 1975, il est un agent foncier qui acquiert des espaces « naturels », les restaure et les aménage avant d’en confier la mise en valeur touristique aux communes. C’est tout le paradoxe de sa mission. L’accueil du public doit être compatible avec la protection des milieux naturels.

Des lieux, des territoires et du monde

« La co-construction avérée du patrimoine et du tourisme ne réfléchit finalement que celle des lieux et des territoires. (…) Invoquer le patrimoine et le faire valider par des touristes, c’est une manière de faire les lieux. Etre touriste et choisir les lieux que l’on fréquente pour ce qu’ils ont de singulier, c’est une manière de produire des territoires. (…) Les uns ne vont pas sans les autres. » Le site kmer d’Angkor est davantage protégé depuis sa mise en tourisme (315 000 visiteurs payants en 2006) depuis le début des années 1990 que d’autres « monuments qui demeurent encore invisibles (et) sont de fait les plus menacés. » La mise en tourisme construit les territoires (développement de la région pauvre de Siem Reap : 4000 chambres en 2003 contre 680 en 1994) et permet de lutter contre le trafic de biens arrachés aux différents temples. Elle participe à « la construction territoriale d’une société, de son unité et de sa prospérité. » Angkor est un de ces « lieux-Monde », « c’est-à-dire des lieux qui, parce qu’ils sont singuliers et uniques, donc irremplaçables, comportent tous les traits qui les attachent, directement, au Monde. Le Monde est en eux autant qu’ils sont dans le Monde. »

Une réflexion dont la lecture est à recommander tant aux professeurs d’histoire des arts que d’histoire de terminale qui, à la rentrée 2012, entameront le programme en traitant du rapport des sociétés à leur passé autour de la notion de patrimoine.

Catherine Didier-Fèvre © Les Clionautes

 

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Fiche de lecture, l’île de Pâques

Géographie amoureuse du monde, Sylvie Brunel

Dans son livre Géographie amoureuse du monde, Sylvie Brunel, professeur agrégée de géographie ayant également travaillé dans l’humanitaire à l’étranger,  offre à ses lecteurs une nouvelle façon de voir le monde en leur faisant découvrir ses merveilles mais aussi ses secrets, comme ceux de l’île de Pâques par exemple. C’est justement dans cet article que la géographe aborde les mystères qui ont si longtemps entouré l’île et les questions qui en découlent : quand et pourquoi la civilisation Pascuane a-t-elle disparu ?

La géographe commence par décrire ce dont on est sûr : les habitants honoraient leurs ancêtres autour de leurs tombes, les ahus, et c’est pour cela qu’ils construisaient des statues, les moais, afin qu’elles veillent sur les vivants. La deuxième certitude est que l’île était recouverte de végétation, et qu’il ne reste presque plus rien de ces forêts aujourd’hui. Partant de cela, plusieurs hypothèses sont possibles quant à la disparition des Pascuans : autodestruction par des guerres entre clans, utilisation trop importante des ressources naturelles, etc… Mais Sylvie Brunel s’engage sur un chemin qui diffère de ceux empruntés auparavant.

En effet, celle-ci présente plusieurs facteurs explicatifs à ce phénomène : premièrement, une grave crise climatique au XVIIème siècle aurait été responsable d’une forte diminution de la végétation et donc d’un affaiblissement de la population, ayant provoqué un assèchement de l’île. Puis plusieurs événements auraient conduit la population Pascuane à être décimée, dont tout d’abord les rapts esclavagistes du XVIIIème siècle, ainsi que la tragédie de 1862 pendant laquelle la moitié des habitants fut enlevée, seuls six d’entre eux revinrent portant des maladies, et l’île était sous dictature. Enfin, un élevage trop important d’ovins fut à l’origine d’un déséquilibre écologique conséquent puisqu’il rendit les conditions de vie de l’île insupportables.

Dans cet article, la démarche de la géographe est intéressante, car elle mène son lecteur à la démonstration d’une thèse en réalité nouvelle, et c’est cela qui fait son originalité. En effet, Sylvie Brunel nous propose en premier lieu les idées de Jared Diamond, biologiste et professeur de géographie aux Etats-Unis, selon lequel les Pascuans se seraient autodétruits, à cause de problèmes internes dus à leur isolement. C’est justement en réfutant cette possibilité qu’un nouveau chemin s’offre à la géographe pour justifier la disparition des habitants. De cette manière, il devient captivant de se plonger dans une histoire qui semble alors progressivement se dévoiler au fil des certitudes, et ce pour le lecteur.

En fait, Sylvie Brunel nous offre la clé de compréhension de la disparition des habitants de l’île de Pâques, en nous montrant que les hommes n’ont pas poussé leur culte au point de détruire leur propre existence, mais que c’est en s’introduisant dans un cadre de vie qui n’était pas le leur que d’autres, appuyés par les lois de la nature parfois très rigoureuses, ont fragilisé l’équilibre insulaire de cet écosystème. Aujourd’hui, l’île, de nouveau peuplée, est classée au patrimoine mondial de l’Unesco, et une nouvelle fois menacée écologiquement à cause des trop nombreux passages de touristes. La Terre a bien des atouts, et c’est à l’homme d’apprendre à en tirer profit sans les éliminer.

Jeanne Chevrier, HK/AL

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Chapitre du livre Géographie amoureuse du monde paru à l’été 2011.

 

Aujourd’hui professeure à la Sorbonne, l’auteure a longtemps travaillé dans l’humanitaire (Médecins sans frontières, Action Contre la Faim dont elle a été présidente 3 ans) avant de se retourner en 2002 contre ce système dont elle critique la dérive marchande. Ce chapitre est un résumé du livre La planète disneylandisée (2006) racontant son tour du monde.

Le touriste, lorsqu’il part en vacances hors de son pays, a une idée précise du lieu qu’il veut trouver, de ce qu’il veut apprécier. Pour répondre au nombre toujours plus grand de touristes (multiplié par 40 depuis 1960, bientôt un milliard de touristes chaque année), les territoires attirants se mettent désormais en scène, figeant leur beauté ou leur activité traditionnelle quitte à nuire à leur développement.

 

Une fiction qui transcende la réalité

Au XIXe siècle, les expositions universelles qui opposaient l’industrialisation  des pays développés et l’exotisme des colonies alimentaient l’imaginaire des quelques premiers touristes, jeunes bourgeois pour la plupart, en leur présentant ces paradis perdus ; puis le développement des transports de longue distance au cours du XXe siècle a commencé à faire du tourisme une véritable industrie.

La création du premier parc Walt Disney en 1955 entraine un nouveau genre de représentation du monde : on cherche à créer pour le public un lieu parfait, reflet idéalisé de la réalité qui en faisant rêver le visiteur l’incite à la consommation ; les géographes parlent de tourisme « hors sol ».

Chiffres : 15M de visiteurs/an à Disneyland Paris ; 1200 parcs de loisir aux USA.

 

La réalité muée en fiction

Comment continuer à stimuler l’industrie touristique quand internet offre les paysages les plus magnifiques et isolés en trois clics ? Réponse : « faire du territoire lui-même un parc grandeur nature ». Dans chaque lieu, les guides touristiques fixent ce qui est à voir, les éléments folkloriques d’une région, à laquelle celle-ci se raccroche donc dans un souci d’archaïsme volontaire car ce sont ces éléments, bien que peu représentatifs de la réalité du lieu, qui attirent : « les cités se muséifient ». On recrée du folklore : en voulant présenter des lieux prétendument authentiques le tourisme reconstitue des univers figés.

 

Une planète transformée en « magic kingdom »

Tout est mis en scène pour le touriste : on met en évidence les éléments caractéristiques d’une culture pour lui donner ce qu’il s’attend à voir ; partout se multiplient les boutiques de souvenirs où l’on achète des objets sensés « certifier » que l’on est bien allé dans ces lieux exotiques, alors que ces souvenirs sont de plus en plus souvent made in China. Même la misère devient touristique : on met en scène des « zoos humains », villages dont on empêche la modernisation afin de les conserver intacts et de pouvoir les exhiber aux touristes.

 

La disneylandisation comme bouée de sauvetage

Mais il ne faut cependant pas critiquer cette tendance au stéréotype culturel trop vite, tant qu’elle permet une rencontre et qu’elle assure un revenu à ses protagonistes. Même si la disneylandisation affadit les cultures en les caricaturant, elle permet leur conservation et représente une manne économique : 1 personne sur 10 dans le monde travaille dans le domaine du tourisme.

 

Revivre disneylandisé

Certains touristes déplorent le désenclavement de zones tellement isolées jusque-là qu’elles restaient authentiques, sans voir que ce désenclavement se fait au profit des populations : elles obtiennent enfin un accès à la modernité et à la santé. La disneylandisation permet ainsi une reconnaissance de populations oubliées.

Elle sert de plus les autochtones, qui au lieu de devoir quitter leur pays pour trouver du travail peuvent s’installer dans le domaine de l’hôtellerie, de la restauration, de l’artisanat. Le tourisme permet aux habitants de ces « paradis perdus » de retrouver un peu la beauté de leur environnement naturel, inaperçue au quotidien.

 

Associer tous les acteurs du territoire autour d’un projet commun

Cette singularisation d’espaces autour de leurs traits traditionnels permet de leur redonner une existence et une cohésion, face à un monde toujours plus mondialisé et uniformisant. Mais on ne peut figer totalement un territoire sous peine de l’étouffer.

La création d’espaces protégés sauvegardés se fait souvent au détriment des communautés locales qui participent de la beauté de ces paysages : on cherche à geler et à isoler des paysages qui n’ont cette apparence que s’ils sont entretenus par leurs habitants.

La conférence de Nagoya en 2010 envisage de passer de 13 à 17% la superficie des aires terrestres protégées : cette décision n’est viable que si la protection des espaces se fait en accord et en respectant les populations locales (comme le dit Nelson Mandela : « ce qui se fait pour nous, sans nous, se fait contre nous »).

 

Vers un tourisme durable

On assiste aujourd’hui à un développement de pratiques responsables qui réfléchissent aux impacts sociaux, environnementaux et économiques du tourisme.

Contrairement aux préjugés, le touriste n’est pas toujours borné : il en connaît parfois plus sur la région qu’il visite que les autochtones.

Le tourisme équitable ne doit pas devenir une niche réservée à une élite, mais doit innover pour que la disneylandisation soit un moyen de préserver plutôt que de stigmatiser des cultures, en s’associant aux habitants.

 

Critique

Dans les premiers paragraphes, la disneylandisation nous fait remettre totalement en question notre mode de tourisme et le considérer d’une manière négative. Mais Sylvie Brunel pose un regard optimiste sur l’avenir mondial en renversant cette image: plutôt qu’une fatalité tuant la culture, la disneylandisation, puisqu’elle est inéluctable, doit être un moyen de promotion de la diversité, à la fois mondialisation car elle donne l’accès à tous à une culture, et rejet de celle-ci en affirmant des particularismes. L’article est très clair, écrit dans un style fluide et dans une volonté de vulgarisation de la part de l’auteur. Point éventuellement négatif : si Sylvie Brunel  se place dans une apparente objectivité, elle ne cache pas son implication en intervenant parfois à la première personne : cet article ne peut pas s’apparenter à une véritable étude scientifique.

Raphaëlle Deveaud, HK/BL

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La France
Territoires et aménagement face à la mondialisation – CAPES
Auteur :
Collection : Nouveaux continents
juin 2011

 

http://accesauxsoinspourtous.blogspot.com/2009_11_01_archive.html

La France, territoires et aménagement face à la mondialisation.

E. Bonnet Pineau, D. Acloque, A. Delpirou

Chapitre 8

Avec l’essor de l’agriculture productiviste et l’exode rural massif, on parle depuis longtemps de « crise rurale ». Pourtant, à cette apparente marginalisation socio-économique et désertification des campagnes, se superpose une récente reprise démographique qualifiée de véritable « renaissance ». L’espace rural ne se réorganise pas de façon identique à ce qu’il était mais se diversifie, se complexifie et pose de nouvelles questions.

 

I. La crise des campagnes.

1-   La « fin des paysans ».

Le premier constat est celui d’une réduction considérable des effectifs agricoles. A cela, plusieurs causes : la deuxième révolution agricole avec une mécanisation massive du secteur, une concentration des exploitations et leur spécialisation. En seconde conséquence, la modernisation étant un phénomène sélectif, on voit la disparition progressive des petites exploitations au profit des grandes exploitations.

2-   Une désertification de l’espace rural ?

- Un exode rural tardif mais massif.

L’exode rural touche tardivement la France par rapport aux autres pays européens. L’exode rural de la deuxième industrialisation vient bouleverser l’équilibre rural, et la désertification des campagnes  progresse de façon exponentielle. Apparaît alors la « diagonale du vide » qui regroupe les territoires intérieurs peu urbanisés particulièrement touchés.

- Les formes multiples de la déprise rurale.

Ce déclin démographique a des conséquences sur le dynamisme de ces espaces : la population baissant, les services et les équipement nationaux disparaissent. La fermeture des petites écoles entame la «mort des villages ». Autre conséquence : l’abandon des terres, avec près de 20% du territoire en friche actuellement. Enfin la déprise conduit à la décomposition des sociétés rurales et la perte de l’identité paysanne française : les espaces ruraux s’intègrent de plus en plus aux espaces urbanisés. Cette « citadinisation » traduit la porosité de la frontière entre villes et campagne et l’homogénéisation des pratiques et des comportements.

II. Voies et limites de la renaissance des espaces ruraux

1-   L’essor de la fonction résidentielle.

- Le rebond démographique

Après une phase critique de diminution démographique, la population rurale évolue désormais positivement. Cette progression s’explique par un solde migratoire positif lié à l’installation de populations urbaines dans les zones rurales.

- De la périurbanisation aux résidences secondaires

Les citadins s’approprient des auréoles urbaines de plus en plus lointaines : la périurbanisation. Les communes rurales intégrées aux bassins d’emplois, voient l’arrivée de « néo ruraux » qui cherchent un « retour au vert » mais continuent de travailler en ville.

- Un desserrement démographique en profondeur mais de nombreux espaces encore fragiles.

Le phénomène dépasse ces auréoles: la multiplication de résidences secondaires dans les espaces ruraux participe au dynamisme de ces zones plus éloignées. Toutefois les régions de la « diagonale du vide » ne bénéficient pas de cette « revitalisation ».

2-   Les usines aux champs ?

Il existe aujourd’hui de véritables « districts industriels ruraux », des réseaux d’entreprises solidaires souvent spécialisées autour d’une production. A ces zones spécialisées s’ajoutent de nombreuses délocalisations industrielles, encouragées par les collectivités locales, venues chercher de la main d’œuvre peu qualifiée disponible ou encore un environnement favorable pour leurs activités.

3-   Les fonctions récréatives et de loisirs, nouvelle chance pour l’espace rural ?

Le développement du tourisme dépend de l’existence d’un patrimoine culturel reconnu et de l’accessibilité par des axes de communication importants. La « mise en tourisme » de l’espace rural effectue ainsi une sélection au sein de l’espace rural  entre zones à monoactivité touristique totalement transformée par leurs activités et zones plus modestes de « tourisme  vert » diffus.

4-   Succès et limites des politiques d’aménagement rural.

Deux préoccupations majeures se dégagent du discours politique : la volonté d’un rééquilibrage du territoire à l’échelle nationale et celle de doter l’espace rural d’outils qui lui permettent de valoriser ses potentialités.

- Les politiques nationales : de la rénovation rurale aux pôles d’excellence rurale.

La sphère politique s’attaque à la répartition des biens et de services, au désenclavement des zones rurales grâce à la création de « zones de revitalisation rurale » notamment. Enfin, pour soutenir les initiatives locales, elle crée des pôles d’excellence rurale.

- L’essor du développement local.

On encourage l’intercommunalité pas des « contrats de pays ». Le terme de « pays » trouve une place légale comme ensemble dont les habitants partagent le même « espace vécu ». Ils ont pour vocation de fédérer les acteurs publics et privés vers un développement local.

- Le rôle de l’Union Européenne.

L’UE introduit la préoccupation du développement durable et accorde des crédits importants pour le maintien ou le développement de l’aménagement rural, même si le phénomène reste sélectif et participe encore à l’hétérogénéisation du secteur.

5-   Une ruralité réinventée ?

- L’inversion des valeurs.

Alors qu’avant les ruraux vivaient difficilement leur situation d’isolement, la vision actuelle est de ce choix de vie est positive. On parle de « néo localisme », caractérisé par la défense d’une identité liée à l’espace et l’entretien de celui-ci.

- Conflits et débats.

L’arrivée de néo-ruraux est facteurs de tensions, par le décalage social provoqué ou par l’élévation des prix de l’immobilier. On remet aussi en cause le discours politique traditionnel sur la ruralité : pourquoi privilégier une répartition égalitaire de la population et des équipements au lieu de privilégier une complémentarité ?

III. Des espaces ruraux aux dynamiques fortement différenciées.

De cette diversification de la campagne française s’impose une nouvelle typologie.

1-   Les « campagnes agricoles ».

Campagnes d’agriculture modernisée intensive, intégrée à l’UE, peu peuplée et peu équipée mais prospère économiquement.

2-   Les « campagnes fragilisées ».

Zones en difficulté ayant peu résisté aux industrialisations et à la logique productiviste qui connaissent un vieillissement de la population, avancée des friches, déclin des activités non agricoles etc.

3-   Les « campagnes des villes ».

Auréoles autour des grandes agglomérations, à la croissance démographique forte, à la diversité sociale à population mobile et au paysage transformé (traditionnel et lotissements neufs).

4-   Les « campagnes diversifiées ».

- Les campagnes touristiques :

La haute montagne, espace de loisir dominé par la ville, les « arrières pays » méditerranéens réhabilités en résidences secondaires.

- Les campagnes individuelles :

Zones industrielles de tradition ou par voie de reconversion, ex du Choletais.

En définitive, la phase de crise que connaît l’espace rural bouleverse son identité en profondeur : il y a une diversification progressive des activités et des réalités de ces espaces.

Commentaire : L’article est extrêmement clair, organisé et fluide. On cible rapidement le problème et ses enjeux. J’aurais aimé que les conséquences des changements de rapport entre ville et campagne sur l’identité rurale soient un peu plus développées, sur ce point, l’article restait une mise en appétit.

Léa Jeanjean, HK/BL

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source : http://www.regiedequartierparis10.fr/assoarchives.htm

L’histoire l’a montré : un pays qui ouvre ses frontières n’a jamais été submergé par  une invasion d’étrangers.
Dans le domaine de l’immigration, un des principaux obstacles à surmonter reste celui des idées reçues.

Ouvrir totalement les frontières ? Certains en rêvent. Ne serait-ce que pour mettre fin aux drames des milliers de migrants clandestins qui s’échouent chaque mois à bord d’embarcations de fortune sur les côtes méditerranéennes. Mais estce possible ? Quelles en seraient les conséquences ? Plusieurs hypothèses peuvent être esquissées. Si les « frontières s’ouvraient totalement», il n’yauraitpasforcément d’«appel d’air» massif, estiment ainsi El-Mouhoub Mouhoud, professeur d’économie à l’université Paris-Dauphine, et Jean-Christophe Dumont, chargé de la division des migrations à l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) à Paris.

lire la suite dans le supplément du Monde consacré au Women’s forum du 15/10/11

http://s1.lemde.fr/mmpub/edt/doc/20111012/1586410_fd1f_20111013_dos.pdf

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