Baudelaire : « Enivrez-vous » (lecture analytique)

Charles Baudelaire : Enivrez-vous (Petits poèmes en prose, 1862)

envivrez-vous tableau pour s’entrainer ICI

  Il faut être toujours ivre. /Tout est là : c’est l’unique question. /Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve./

  Mais de quoi ?/ De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. /Mais enivrez-vous./ Et si quelquefois, sur les marches d’un palais, sur l’herbe verte d’un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l’ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l’étoile, à l’oiseau, à l’horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est ; et le vent, la vague, l’étoile, l’oiseau, l’horloge vous répondront : « Il est l’heure de s’enivrer !Pour n’être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous ; enivrez-vous sans cesse ! de vin, de poésie ou de vertu, à votre guise.»/

« ENIVREZ-VOUS » de Baudelaire

 

Introduction. Baudelaire. Le Spleen de Paris. Ce texte. Problématique.Lecture expressive du texte. Annonce du plan.

En quoi ce texte est-il un poème en prose ?

 

AXE 1 : LA FORME

 

u

C

 

v

C

 

w

C

 

x

C

 

 

AXE 2 : LE SUJET : IL FAUT TROUVER UN MOYEN D’ECHAPPER AU TEMPS, A l’ENNUI

 

u

C

 

v

C

 

w

C

 

x

C

 

Axe Relevé Outils Interprétation

II

Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.

De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise

Et si quelquefois, sur les marches d’un palais, sur l’herbe verte d’un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, (…) demandez au vent, (…) demandez quelle heure il est ; et le vent, la vague, l’étoile, l’oiseau, l’horloge vous répondront :

Les marques de la deuxième personne

 

 

 

 

 

Le destinataire est ambigu : est-ce un prince (« sur les marches d’un palais »), un vagabond (« sur l’herbe verte ») ou un individu quelconque (« dans la solitude morne de votre chambre ») ?II

ou I ?

Il faut être toujours ivre

il faut vous enivrer sans trêve.

Enivrez-vous.

Il est l’heure de s’enivrer !

enivrez-vous

enivrez-vous sans cesse !

Ordres, conseils, injonctions

 

 

gradation

 

A six reprises, le poète répète le même conseil, mais de manière différente : il y a une progression (ou gradation). Dans le deuxième paragraphe, ce n’est pas le poète qui parle, mais la nature. Il insiste sur la nécessité de s’enivrer.II

l’horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre

demandez (…) à l’horloge

demandez quelle heure il est

et le vent, la vague, l’étoile, l’oiseau, l’horloge vous répondront : « Il est l’heure de s’enivrer !

Pour n’être pas les esclaves martyrisés du Temps

Champ lexical du temps

 

 

 

Le temps apparaît plusieurs fois et sous des formes différentes. Le temps, pour Baudelaire, est le pire « ennemi » : il s’ennuie. Il faut donc trouver des solutions pour lui échapper.

 

II

l’horrible fardeau du temps

les esclaves martyrisés du Temps

métaphore

 

 

 

 

Nous sommes les esclaves du temps : on agit toujours en respectant des horaires, un calendrier.

 

II

ou I ?

les esclaves martyrisés du Temps

allégorie

 

 

 

Le temps est représenté comme une personne : pour rendre l’image encore plus impressionnante. Exagère.

 

 

II

 

 

I

De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise

de vin, de poésie ou de vertu, à votre guise.

Gradation ?

 

Enumération

 

Allitération en [v]

RépétitionLa nature de l’ivresse est assez difficile à déterminer. Le poète associe des termes presqu’opposés (« vin »/ »vertu »).

Le vin, la poésie et la vertu représentent trois modes d’évasion. Le choix entre l’une ou l’autre des formes est présenté comme libre : le poème ne contient aucun jugement moral. Ce qui compte, c’est l’oubli du réel et du temps.II

sur les marches d’un palais, sur l’herbe verte d’un fossé, dans la solitude morne de votre chambre

Gradation

 

énumération ?

 

 

 

 

Il énumère différents lieux où peut se trouver le lecteur (très différents : palais = richesse ; fossé = pauvreté ; chambre = solitude).

Le dernier est mis en valeur par la gradation (c’est le poète lui-même).

 

 

I

demandez au vent, à la vague, à l’étoile, à l’oiseau, à l’horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle

et le vent, la vague, l’étoile, l’oiseau, l’horloge

Énumération

 

assonance en [a], en [ou], en [i]

 

 

 

 

Il a choisi des éléments naturels (sauf l’horloge, mais c’est le TEMPS) et demande au lecteur de leur « parler ». On se met, en fait, à penser. C’est le passage le plus musical.

 

 

I

au vent,

à la vague,

à l’étoile,

à l’oiseau,

à l’horloge

à tout ce qui fuit,

à tout ce qui gémit,

à tout ce qui roule,

à tout ce qui chante,

à tout ce qui parle

Anaphore

 

 

périphrases

 

Les correspondances ne fonctionnent pas exactement. Il laisse libre cours à notre imagination.II

Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.

Pour n’être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous ; enivrez-vous sans cesse ! de vin, de poésie ou de vertu, à votre guise.

C c but

 

 

 

 

 

Il explique les raisons pour lesquelles il faut s’enivrer.II

Et si quelquefois, sur les marches d’un palais, sur l’herbe verte d’un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l’ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l’étoile, à l’oiseau, à l’horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est ; et le vent, la vague, l’étoile, l’oiseau, l’horloge vous répondront : « Il est l’heure de s’enivrer ! Pour n’être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous ; enivrez-vous sans cesse ! de vin, de poésie ou de vertu, à votre guise.»

Phrase très longueLe rythme s’accélère : le poète répète ce qu’il avait dit dans le premier paragraphe, mais il le dit avec plus d’insistance (et surtout il fait parler les éléments naturels).I

sur les marches d’un palais, // 7

sur l’herbe verte d’un fossé, // 8

dans la solitude morne de votre chambre, 13

Le rythme croissant

 

 

Il y a de plus en plus de syllabes. Il insiste. Il « exagère ». Il veut que tout le monde se sente concerné.

 

 

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