Baudelaire : « Un hémisphère dans une chevelure »

 

 

Un hémisphère dans une chevelure

Laisse-moi respirer longtemps, longtemps, l’odeur de tes cheveux, y plonger tout mon visage, comme un homme altéré dans l’eau d’une source, et les agiter avec ma main comme un mouchoir odorant, pour secouer des souvenirs dans l’air.

Si tu pouvais savoir tout ce que je vois ! tout ce que je sens ! tout ce que j’entends dans tes cheveux ! Mon âme voyage sur le parfum comme l’âme des autres hommes sur la musique.

Tes cheveux contiennent tout un rêve, plein de voilures et de mâtures ; ils contiennent de grandes mers dont les moussons me portent vers de charmants climats, où l’espace est plus bleu et plus profond, où l’atmosphère est parfumée par les fruits, par les feuilles et par la peau humaine.

Dans l’océan de ta chevelure, j’entrevois un port fourmillant de chants mélancoliques, d’hommes vigoureux de toutes nations et de navires de toutes formes découpant leurs architectures fines et compliquées sur un ciel immense où se prélasse l’éternelle chaleur.

Dans les caresses de ta chevelure, je retrouve les langueurs des longues heures passées sur un divan, dans la chambre d’un beau navire, bercées par le roulis imperceptible du port, entre les pots de fleurs et les gargoulettes rafraîchissantes.

Dans l’ardent foyer de ta chevelure, je respire l’odeur du tabac mêlé à l’opium et au sucre ; dans la nuit de ta chevelure, je vois resplendir l’infini de l’azur tropical ; sur les rivages duvetés de ta chevelure je m’enivre des odeurs combinées du goudron, du musc et de l’huile de coco.

Laisse-moi mordre longtemps tes tresses lourdes et noires. Quand je mordille tes cheveux élastiques et rebelles, il me semble que je mange des souvenirs.

Axe

Outils

Relevé

Interprétation

Construction du poème Ce poème est la réécriture d’un poème en vers, publié dans le recueil Les Fleurs du mal : il y avait sept strophes, qui sont devenues sept paragraphes. Ce texte est poétique, parce qu’en apparence il ressemble à un poème en vers. Le texte est composé de 7 paragraphes de longueur à peu près égale. Le texte peut se découper en trois parties :-§§ 1 et 7 : il adresse une demande à la femme aimée (répétition du verbe « laisse-moi » à l’impératif). Il s’est rapproché, il peut la toucher.-§§ 3 à 6 : le voyage (partie la plus longue)-§ 2 : le poète explique le pouvoir de la chevelure

 

 

Anaphore Laisse-moi respirer longtemps,Laisse-moi mordre longtempsDans l’océan de ta chevelure, Dans les caresses de ta chevelure, Dans l’ardent foyer de ta chevelure, dans la nuit de ta chevelure, sur les rivages duvetés de ta chevelure Dans les paragraphes 1 et 7, le poète s’adresse directement à la femme aimée : répétition de l’injonction « laisse-moi » au début des deux paragraphes.Il lui demande la permission de plonger dans sa chevelure.L’anaphore « dans » montre une insistance au début des §§ 4, 5 et 6).

 

 

 

Champ lexical de l’odeurLes sens L’odeur, odorant, parfum On le trouve dans les paragraphes 1 et 2 : l’odorat est ce qui déclenche l’imagination, le voyage.Ce sens réveille les autres (vue, ouïe, etc.).On comprend mieux alors la phrase : « Dans la nuit de ta chevelure, je vois… ». Il ne voit pas véritablement, mais il imagine. 

 

 

Champ lexical de la chevelureopposition cheveux/chevelure tes cheveux, Dans l’océan de ta chevelure, Dans les caresses de ta chevelure, Dans l’ardent foyer de ta chevelure, dans la nuit de ta chevelure, sur les rivages duvetés de ta cheveluretes tresses lourdes et noires, tes cheveux Au début et à la fin du poème, le poète utilise le mot « cheveux ». Le plus souvent, il utilise le mot « chevelure », plus poétique et qui évoque les mots « mâtures » et « voilures ».Après le voyage imaginaire : c’est un retour à la réalité (« cheveux » et non « chevelure »). C’est la seule partie du corps de la femme qui soit décrite. On ne sait pas grand-chose d’elle : cheveux noirs (« nuit de ta ch. »), abondants, longs (« l’océan de ta ch. »). 
Comparaisons 

 

 

 

Métaphores

comme un homme altéré dans l’eau d’une sourcecomme un mouchoir odorantMon âme voyage sur le parfum comme l’âme des autres hommes sur la musiqueTes cheveux contiennent tout un rêve, plein de voilures et de mâtures ; ils contiennent de grandes mers

 

Au début du poème, nous trouvons des comparaisons : il est en face de la femme aimée, dans la chambre sans doute. Puis, nous avons un grand nombre de métaphores : il imagine.On retrouve les métaphores dans la partie consacrée au voyage : il hallucine, il imagine. 

 

Gradation tout ce que je vois ! tout ce que je sens ! tout ce que j’entends Le poète insiste sur l’effet produit par la chevelure. 

 

Champ lexical du lieuCompléments circonstanciels de lieu où l’espace est plus bleu et plus profond, où l’atmosphère est parfumée par les fruits, par les feuilles et par la peau humaine.dans la nuit de ta chevelure, je vois resplendir l’infini de l’azur tropical ; sur les rivages duvetés de ta chevelure, je m’enivre Elles se trouvent dans le paragraphe 3, au moment où il décrit le pays vers lequel il va : cela crée une musique, cela rend la description agréable.On retrouve les allitérations (en [v]) dans le paragraphe 6, quand il arrive à destination. 

 

Dans l’océan de ta chevelure, Dans les caresses de ta chevelure, Dans l’ardent foyer de ta chevelure, dans la nuit de ta chevelure, sur les rivages duvetés de ta chevelure Dans le texte, la chevelure est représentée comme un lieu (dès le titre : « un hémisphère » : on comprend à la fin qu’il s’agit de l’hémisphère sud). 
Champ lexical de la mer Dans les §§ 3 à 5, le poète évoque le voyage (alors que dans le § 6, c’est la destination). Le voyage est plus important que le lieu d’arrivée. 
Champ lexical de l’exotisme Dans le § 6, il arrive à destination. La femme aimée est sans doute originaire de cet hémisphère. 
Antithèse dans la nuit de ta chevelure, je vois resplendir l’infini de l’azur tropical Il ne voit pas vraiment, il imagine.

 

« UN HEMISPHERE DANS UNE CHEVELURE » de Baudelaire

 

Introduction. Baudelaire. Le Spleen de Paris. Ce texte.

Problématique.

Lecture expressive du texte.

Annonce du plan.

AXE 1 : UN POEME ADRESSÉ A LA FEMME QU’IL AIME.

J’annonce l’idée directrice.

u construction du texte

v mode impératif ( )

w champ lexical de la chevelure ( )

x champ lexical de l’odeur ( ) + gradation + ! ( )

Je conclus l’axe et fais une transition.

AXE 2 : GRÂCE À SES CHEVEUX, IL VOYAGE.

u compléments circonstanciels de lieu ( ) + anaphore ( )

v champ lexical du voyage, de la mer ( ) + champ lexical de l’exotisme ( )

w comparaisons ( ) et métaphores ( )

x antithèse ( )

y assonances et allitérations ( )

Conclusion. Rappel des axes.

Ouverture.

 

2 réponses à “Baudelaire : « Un hémisphère dans une chevelure »”

30 09 2012
Elise (17:12:27) :

Mais, à qui s’adresse Baudelaire dans : « Un hémisphère dans une chevelure  » ?
Et quelle image utilise-t-il pour la décrire ?

30 09 2012
hberkane (17:36:08) :

La femme aimée, tutoyée (tutoiement = proximité), n’est pas identifiée (même si les exégètes pensent qu’il s’agit de Jeanne Duval, actrice de théâtre, très belle femme, sensuelle et métisse (d’où son surnom « la vénus noire »). Baudelaire entretient une relation orageuse avec cette femme pendant près de 20 ans). D’ailleurs, peu importe son identité : à travers ce « tu » et ce « je », tout lecteur peut se reconnaître ; telle est la force de la poésie.
Quelle image pour la décrire ? Elle n’est désignée que par sa chevelure. On peut donc parler de métonymie ou de synecdoque. Le reste ne compte pas ici. Nous ne sommes pas dans une déclaration d’amour traditionnelle.
Bon courage.

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