Dom Juan : scène d’exposition

 

Les expressionsLes noms propres / renseignements

cher Gusman, que Done Elvire, ta maîtresse

Sganarelle,

mon pauvre Gusman, mon ami, Dom Juan, mon maître

Ils se nomment mutuellement. Ils nomment leur maître/maîtresse. Ils renseignent le lecteur ou spectateur.

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Temps du passé (passé composé, passé simple)

Done Elvire, ta maîtresse, surprise de notre départ, s’est mise en campagne après nous, et son cœur, que mon maître a su toucher trop fortement, n’a pu vivre, dis-tu, sans le venir chercher ici.

par son ordre, je partis avant lui, et depuis son arrivée il ne m’a point entretenu

Sganarelle évoque la situation passée : nous apprenons ce qui s’est déroulé dans les jours qui ont précédé cette scène.

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questions

Et la raison encore ? Dis-moi, je te prie, Sganarelle, qui peut t’inspirer une peur d’un si mauvais augure ? Ton maître t’a-t-il ouvert son cœur là-dessus, et t’a-t-il dit qu’il eût pour nous quelque froideur qui l’ait obligé à partir ?

Quoi ? ce départ si peu prévu serait une infidélité de Dom Juan ? Il pourrait faire cette injure aux chastes feux de Done Elvire ?

Un homme de sa qualité ferait une action si lâche ?

Gusman pose des questions. Le spectateur comprend mieux la situation.

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Champ lexical de l’expérience

je connais à peu près le train des choses

Je pourrais peut-être me tromper ; mais enfin, sur de tels sujets, l’expérience m’a pu donner quelques lumières.

Non, c’est qu’il est jeune encore

Sganarelle met en avant ses connaissances, son expérience.

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Longue phraseGradation / accumulation

Je ne sais pas, de vrai, quel homme il peut être, s’il faut qu’il nous ait fait cette perfidie ; et je ne comprends point comme après tant d’amour et tant d’impatience témoignée, tant d’hommages pressants, de vœux, de soupirs et de larmes, tant de lettres passionnées, de protestations ardentes et de serments réitérés, tant de transports enfin et tant d’emportements qu’il a fait paraître, jusqu’à forcer, dans sa passion, l’obstacle sacré d’un couvent, pour mettre Done Elvire en sa puissance, je ne comprends pas, dis-je, comme, après tout cela, il aurait le cœur de pouvoir manquer à sa parole.

Gusman ne comprend pas : DJ était un amoureux exalté. DJ est un énigme pour lui.Il s’énerve un peu.

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Pronom personnel “je”

Je Je je je je

Sga. se met en avant, alors qu’il ne devrait parler que de son maître.

%

Antiphrase, ironie

le pèlerin

Il se moque de lui.

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TiradeLongues phrases

Je ne dis pas qu’il ait changé de sentiments pour Done Elvire, (…) et traite de billevesées tout ce que nous croyons.

Sga. a tellement de choses à dire sur son maître (devant lui, il ne peut parler librement) qu’il ne s’arrête plus (d’ailleurs, ce texte est une tirade).

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Pronoms de la 3ème personne

Le, lui, il, lui, il, il, il, il, lui, il, il, lui, il, l’, il, lui, lui, le, ses oreilles

Il ne le nomme qu’une fois. La plupart du temps, il utilise le pronom de la 3ème personne. Sga. a peut-être peur d’être entendu…

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Expression latineréférences historiques/mythologiques

inter nos

en pourceau d’Epicure, en vrai Sardanapale,

Sganarelle se met en valeur par rapport à Gusman

%

tu sais que, par son ordre, je partis avant lui

Dom Juan, mon maître,

Tu me dis qu’il a épousé ta maîtresse

Il s’agit bien d’une scène d’exposition : Gusman sait qui est Dom Juan, mais le lecteur ou spectateur le découvre…

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Hyperbole

le plus grand scélérat que la terre ait jamais porté,

Il exagère. Il déteste profondément son maître.

%

Gradationaccumulation

un enragé, un chien, un diable, un Turc, un hérétique,

Il dévalorise Dom Juan en le comparant à un animal, à un hérétique, etc.

%

Hyperbole gradation accumulation

qui ne croit ni Ciel, ni Enfer, ni loup-garou,

Il mélange la religion et la superstition : il est mal placé pour critiquer son maître.

%

Gradation

qui passe cette vie en véritable bête brute, en pourceau d’Epicure, en vrai Sardanapale,

Exagère.

%

Pronom personnel “nous”

tout ce que nous croyons.

Il veut opposer DJ à tous les autres hommes.

%

Hyperbole

et qu’avec elle il aurait encore épousé toi, son chien et son chat.

Exagère.

%

Présent de vérité générale

Un mariage ne lui coûte rien à contracter ; il ne se sert point d’autres pièges pour attraper les belles, et c’est un épouseur à toutes mains.

Il fait le portrait de son maître.

%

Champ lexical de la chasse

Pièges, attraper les belles,

La séduction est présentée par Sga. comme une chasse : DJ est un prédateur.

%

Hyperbole

c’est un épouseur à toutes mains.

Exagère

%

Gradation descendante

Dame, demoiselle, bourgeoise, paysanne,

Rien n’arrête Don juan : toutes les catégories sociales l’intéresse.

%

Antithèse

il ne trouve rien de trop chaud ni de trop froid pour lui

Idem.

%

Hyperbole

ce serait un chapitre à durer jusques au soir.

Exagère

%

Métaphore filée

ce n’est là qu’une ébauche du personnage, et pour en achever le portrait, il faudrait bien d’autres coups de pinceau.

Cela montre qu’il a un certain plaisir à décrire son maître, il compare cela à de la peinture, donc à de l’art.

%

Hyperbole

qu’il me vaudrait bien mieux d’être au diable que d’être à lui, et qu’il me fait voir tant d’horreurs, que je souhaiterais qu’il fût déjà je ne sais où.

Il a peur de son maître : pour accentuer le caractère diabolique de son maître, il exagère (d’après lui, il serait pire qu’un diable, c’est-à-dire le mal absolu)

%

oxymore

un grand seigneur méchant homme

Don Juan ne se comporte pas comme il de vrait

%

Hyperbole

un grand seigneur méchant homme est une terrible chose

Il a peur de son maître : pour accentuer le caractère diabolique de son maître, il exagère (d’après lui, il serait pire qu’un diable, c’est-à-dire le mal absolu).

%

InjonctionsImpératifs

séparons-nous. Écoute

Il change de ton à la fin de la tirade : il menace Gusman, il lui donne des ordres.

INTRODUCTION. Molière. Dom Juan. Cet extrait.

J’amène la problématique :

 

Problématique :

Lecture expressive du texte.

Annonce du plan.

 

AXE 1 : ce texte se présente comme une scène d’exposition qui présente les personnages (présents et absents) et l’intrigue

J’énonce l’idée directrice :

1. questions

on comprend mieux l’intrigue

 

2. les temps du passé

on évoque la situation passée

 

3. prénoms, titres

les personnages se présentent

 

 

Transition :

AXE 2 :

J’énonce l’idée directrice :

1.

 

 

2.

 

 

3.

 

 

Transition :

AXE 3 :

J’énonce l’idée directrice :

1.

 

2.

 

3.

CONCLUSION. Rappel des axes. Idée nouvelle, non utilisée. Ouverture.

MOLIERE, Dom Juan ; I, 1

Etudier les aspects comiques de cette longue tirade de Sganarelle. 


  Quel portrait Sganarelle brosse-t-il de son maître ? 


  Quelle image le spectateur se fait-il de Don Juan à travers ce premier portrait ? Qu’apprend-il dans le même temps sur Sganarelle ? 


  Qu’apprend-on sur Sganarelle grâce au portrait qu’il dresse de son maître ?

En quoi cette scène est-elle une scène d’exposition ?

 

INTRODUCTION. Molière. Dom Juan. Cet extrait.

J’amène la problématique :

 

Problématique : en quoi ce texte est-il un portrait en creux de Sganarelle ?

 

AXE 1 : UN PORTRAIT DE DON JUAN, SEDUCTEUR ET LIBERTIN

J’énonce l’idée directrice :

1.

2.

3.

Transition :

AXE 2 : DON JUAN, UN ETRE DIABOLIQUE

J’énonce l’idée directrice :

1.

2.

3.

Transition :

AXE 3 : UN PORTRAIT EN CREUX DE SGANARELLE

J’énonce l’idée directrice :

1.

2.

3.

CONCLUSION. Rappel des axes. Idée nouvelle, non utilisée. Ouverture.

INTRODUCTION. Molière. Dom Juan. Cet extrait.

J’amène la problématique :

Problématique : En quoi cette tirade est-elle un portrait de Sganarelle ?

AXE 1 : En apparence, ce texte est un PORTRAIT DE DON JUAN.

J’énonce l’idée directrice :cette tirade appartient à la scène d’exposition :Sganarelle présente son maître qui est absent…

1. Longueur des phrases (logorrhée) (phrases 2, 3)

gradations (l. 8-9 et 11-12) +

Il dévalorise Dom Juan en le comparant à un animal, à un hérétique, etc.

Sga. a tellement de choses à dire sur son maître (devant lui, il ne peut parler librement) qu’il ne s’arrête plus (d’ailleurs, ce texte est une tirade).

Dom Juan est prêt à épouser n’importe qui, n’importe quoi (énumération l. 17 + hyperbole l. 20)

2. Hyperbole (l. 8) + un oxymore (l. 31)

le portrait de son maître est très violent : “un grand seigneur / méchant homme” est une expression très étonnante qui associe des termes de sens opposés (DJ n’agit pas comme un noble)

(“mon maître”, ligne 8, montre qu’il s’agit bien d’une scène d’exposition : Gusman sait qui est Dom Juan, mais le lecteur ou spectateur le découvre…)

3. La répétition du pronom personnel “il”/”le”/”lui” ( ) + ironie (“le pèlerin”) + nom “Dom Juan” (l. 8)

Il ne le nomme qu’une fois. La plupart du temps, il utilise le pronom de la 3ème personne. Il utilise également l’expression “le pèlerin” (ironique) : il se moque de lui. Sga. a peut-être peur d’être entendu…

Transition :

AXE 2 : : UN PORTRAIT DE SGANARELLE.

J’énonce l’idée directrice : En fait, au cours de cette tirade, Sganarelle se présente lui-même

1. Le pronom personnel “moi”( ) + expression latine “inter nos” ( ) + références historiques ( )

Sganarelle se met en valeur par rapport à Gusman

je ?

AXE 2 outil 1bis

⇒ “ébauche”, “portrait”, “coups de pinceau” : métaphore filée de la peinture. Cela montre qu’il a un certain plaisir à décrire son maître, il compare cela à de la peinture, donc à de l’art;

2. L’énumération (l. 9-11) comporte un intrus, qui, comme par hasard, est le dernier mot (énumération ou gradation, d’ailleurs ?)

Il mélange la religion et la superstition : il est mal placé pour critiquer son maître.

3. Hyperboles + comparaison (l. 28) + impératif (l. 36)

Il a peur de son maître : pour accentuer le caractère diabolique de son maître, il exagère (d’après lui, il serait pire qu’un diable, c’est-à-dire le mal absolu)

Il change de ton à la fin de la tirade : il menace Gusman, il lui donne des ordres.

CONCLUSION. Rappel des axes. Idée nouvelle, non utilisée. Ouverture.

Molière, Dom Juan (1665), I,1.

Reprenons un peu notre discours. Si bien donc, cher Gusman, que Done Elvire, ta maîtresse, surprise de notre départ, s’est mise en campagne après nous, et son cœur, que mon maître a su toucher trop fortement, n’a pu vivre, dis-tu, sans le venir chercher ici. Veux-tu qu’entre nous je te dise ma pensée ? J’ai peur qu’elle ne soit mal payée de son amour, que son voyage en cette ville produise peu de fruit, et que vous eussiez autant gagné à ne bouger de là.
GUSMAN : Et la raison encore ? Dis-moi, je te prie, Sganarelle, qui peut t’inspirer une peur d’un si mauvais augure ? Ton maître t’a-t-il ouvert son cœur là-dessus, et t’a-t-il dit qu’il eût pour nous quelque froideur qui l’ait obligé à partir ?
SGANARELLE : Non pas ; mais, à vue de pays, je connais à peu près le train des choses ; et sans qu’il m’ait encore rien dit, je gagerais presque que l’affaire va là. Je pourrais peut-être me tromper ; mais enfin, sur de tels sujets, l’expérience m’a pu donner quelques lumières.
GUSMAN : Quoi ? ce départ si peu prévu serait une infidélité de Dom Juan ? Il pourrait faire cette injure aux chastes feux de Done Elvire ?
SGANARELLE : Non, c’est qu’il est jeune encore, et qu’il n’a pas le courage.
GUSMAN : Un homme de sa qualité ferait une action si lâche ?
SGANARELLE : Eh oui, sa qualité ! La raison en est belle, et c’est par là qu’il s’empêcherait des choses.
GUSMAN : Mais les saints nœuds du mariage le tiennent engagé.

SGANARELLE : Eh ! mon pauvre Gusman, mon ami, tu ne sais pas encore, crois-moi, quel homme est Dom Juan.

SGANARELLE : Je n’ai pas grande peine à le comprendre, moi ; et si tu connaissais le pèlerin, tu trouverais la chose assez facile pour lui. Je ne dis pas qu’il ait changé de sentiments pour Done Elvire, je n’en ai point de certitude encore : tu sais que, par son ordre, je partis avant lui, et depuis son arrivée il ne m’a point entretenu ; mais, par précaution, je t’apprends, inter nos, que tu vois en Dom Juan, mon maître, le plus grand scélérat que la terre ait jamais porté, un enragé, un chien, un diable, un Turc, un hérétique, qui ne croit ni Ciel, ni Enfer, ni loup-garou, qui passe cette vie en véritable bête brute, en pourceau d’Epicure, en vrai Sardanapale, qui ferme l’oreille à toutes les remontrances qu’on lui peut faire, et traite de billevesées tout ce que nous croyons. Tu me dis qu’il a épousé ta maîtresse : crois qu’il aurait plus fait pour sa passion, et qu’avec elle il aurait encore épousé toi, son chien et son chat. Un mariage ne lui coûte rien à contracter ; il ne se sert point d’autres pièges pour attraper les belles, et c’est un épouseur à toutes mains. Dame, demoiselle, bourgeoise, paysanne, il ne trouve rien de trop chaud ni de trop froid pour lui ; et si je te disais le nom de toutes celles qu’il a épousées en divers lieux, ce serait un chapitre à durer jusques au soir. Tu demeures surpris et changes de couleur à ce discours ; ce n’est là qu’une ébauche du personnage, et pour en achever le portrait, il faudrait bien d’autres coups de pinceau. Suffit qu’il faut que le courroux du Ciel l’accable quelque jour ; qu’il me vaudrait bien mieux d’être au diable que d’être à lui, et qu’il me fait voir tant d’horreurs, que je souhaiterais qu’il fût déjà je ne sais où. Mais un grand seigneur méchant homme est une terrible chose ; il faut que je lui sois fidèle, en dépit que j’en aie : la crainte en moi fait l’office du zèle, bride mes sentiments, et me réduit d’applaudir bien souvent à ce que mon âme déteste. Le voilà qui vient se promener dans ce palais : séparons-nous. Écoute au moins : je t’ai fait cette confidence avec franchise, et cela m’est sorti un peu bien vite de la bouche ; mais s’il fallait qu’il en vînt quelque chose à ses oreilles, je dirais hautement que tu aurais menti.

 

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