Manon Lescaut : L’abbé Prévost : biographie, bibliographie, contexte historique (la régence)

L’ABBE PREVOST (1697-1763)

I. L’auteur

Antoine François Prévost, dit d’Exiles, plus connu sous son titre ecclésiastique d’abbé Prévost : romancier, historien, journaliste, traducteur et homme d’Église.

Prévost fait des études chez les jésuites, avant de s’engager dans l’armée fin 1711. Après avoir commencé un noviciat chez les jésuites, il s’enfuit en Hollande. En 1717, il commence un second noviciat, puis s’engage à nouveau dans l’armée, cette fois comme officier.

En 1721, il entre chez les bénédictins, avant de prononcer ses vœux et de passer sept ans dans diverses maisons de l’ordre. Il est ordonné prêtre en 1726. Ayant quitté son monastère sans autorisation, il est frappé d’une lettre de cachet et s’enfuit à Londres où il acquiert une large connaissance de l’histoire et de la langue anglaise.

En 1729, une aventure l’oblige à passer en Hollande où il se lie avec une aventurière du nom d’Hélène Eckhardt, dite Lenki, et publie à Utrecht en 1731 et 1732 les tomes I à IV du Philosophe anglais ou Histoire de monsieur Cleveland, fils naturel de Cromwell, écrite par lui-même et traduite de l’anglais par l’auteur des Mémoires d’un homme de qualité, qui font aussitôt l’objet d’une traduction en anglais. Il prend le nom de Prévost « d’Exiles » par allusion à ses propres périples.

En 1733, criblé de dettes, Prévost retourne à Londres où il fonde le Pour et contre, journal principalement consacré à la connaissance de la littérature et de la culture anglaise, qu’il continuera à éditer de façon presque ininterrompue jusqu’en 1740.

En 1734, il négocie son retour chez les bénédictins et effectue un second noviciat de quelques mois dans un monastère, avant de devenir, début 1736, l’aumônier du prince de Conti, qui le protège. Les trois derniers tomes du Philosophe anglais paraissent enfin clandestinement, à Paris, en 1738-1739.

Il publiera plusieurs autres romans, dont notamment Le Doyen de Killerine (1735-1740) et Histoire d’une Grecque moderne (1740) ; la monumentale Histoire générale des voyages (15 vol., 1746-1759) ; et deux traductions de romans de Samuel Richardson, Lettres anglaises ou Histoire de miss Clarisse Harlowe (1751) et Nouvelles Lettres anglaises ou Histoire du chevalier Grandisson (1755).

II. Le personnage de Manon

Le titre original du roman est L’Histoire du chevalier Des Grieux et de Manon Lescaut etfaisait partie des Mémoires et Aventures d’un homme de qualité qui s’est retiré du monde (7 volumes, rédigés de 1728 à 1731).

Le livre est jugé scandaleux à deux reprises (1733 et 1735), saisi et condamné à être brûlé.

L’auteur publie en 1753, une nouvelle édition de Manon Lescaut revue, corrigée et augmentée d’un épisode important.

 

 

III. La Régence

La Régence (1715-1723), dans l’histoire du Royaume de France, fait particulièrement référence à la période de régence instaurée à la mort de Louis XIV (1715) à cause du trop jeune âge de son héritier désigné : Louis XV, qui n’a que 5 ans et 9 mois. Cette période est remarquable par son progressisme, mais la crédibilité de l’État est affaiblie. La Régence se termine officiellement à la majorité de Louis XV (13 ans et 1 jour) en février 1723, mais une « régence politique » se poursuit.

Cette période est marquée par la prise du pouvoir par Philippe, duc d’Orléans, prince du sang, au détriment du Louis-Auguste, duc du Maine fils légitimé du feu roi, ce qui entraîne une certaine agitation de Cour ; par l’entente et le partage du pouvoir absolu entre régent, haute noblesse et parlementaires ; par le système innovant, mais finalement décevant de la polysynodie ; et enfin par le « système de Law », sa réussite à assainir les finances de l’État, mais son effondrement final. On peut aussi noter l’audace maritime mais trop peu soutenue, l’action du cardinal Dubois, ainsi que les débuts du futur cardinal de Fleury.

Système de Law

À la mort de Louis XIV, le Trésor était vide et les revenus des deux années suivantes étaient déjà dépensés. En désespoir de cause, le régent prêta alors l’oreille aux propositions séduisantes de l’Écossais John Law. Law avait conçu un système hardi. Un pays, disait-il, est d’autant plus riche qu’il fait plus de commerce. Or le commerce dépend de l’abondance de la monnaie et de la rapidité de sa circulation. La monnaie n’étant qu’un instrument d’échange des marchandises, sa nature importe peu. Il n’est pas nécessaire de recourir à l’or et à l’argent, métaux rares dont beaucoup de pays sont dépourvus. La monnaie la plus commode est la monnaie de papier qui se fabrique et se transporte facilement.

L’État doit se faire banquier et émettre sous le nom de billets de banque du papier-monnaie que l’on pourra d’ailleurs échanger contre de l’or ou de l’argent. L’État doit aussi se faire commerçant ; les bénéfices qu’il réalisera lui permettront de rembourser la dette publique. Le régent ne permit d’abord à Law que de fonder une banque privée, la Banque générale. La Banque générale reçut des dépôts d’argent, elle consentit des prêts aux commerçants et elle émit des billets remboursables en espèces métalliques. Elle fit de si bonnes affaires qu’elle fut reconnue Banque d’État (1718). Law fonda également une compagnie commerciale par actions (1717). Sous le nom de Compagnie d’Occident, puis de Compagnie des Indes (1719), elle reçut le monopole de tout le commerce colonial français; enfin, elle se substitua aux traitants pour la levée des impôts indirects. Au début de 1720, Law réunit la Banque à la Compagnie. Tout le monde voulut alors avoir des actions; on en vint à payer 20 000 livres des actions de 500 livres. Mais les dividendes (c’est-à-dire les bénéfices rapportés par chaque action), ayant été infimes, la confiance du public disparut.

On se mit donc à vendre les actions, et leur valeur baissa. Pris de peur, le public perdit aussi confiance dans les billets et exigea leur remboursement en or et en argent. Comme la valeur des billets émis dépassait de beaucoup l’encaisse de la banque, celle-ci fit faillite, et Law s’enfuit. Le système avait donc échoué. Le commerce maritime en avait reçu une vive impulsion, mais la confiance du public dans les banques fut pour longtemps détruite en France.

L’empire colonial français : la Nouvelle-France

Carte des territoires ayant constitué la Nouvelle-France (en bleu) avant 1763.

 

IV. Le roman au XVIIIème siècle

Au cours du XVIIIe siècle, se développent les salons et cafés littéraires : là se diffusent les idées nouvelles, les journaux.

Mais les publications sont toujours contrôlées par le pouvoir et soumises à la censure. Notamment, le roman, considéré comme un genre dangereux pour l’ordre et la morale, est surveillé. Un grand nombre d’oeuvres sont publiées en Hollande ou en Angleterre, pays plus tolérants.

Le terme « roman » n’est pas très à la mode : les titres d’ouvrages commencent « histoires », « vie(s) », « voyages », « aventures », « mémoires », « lettres » (romans épistolaires), pour créer un effet de réel. Le livre est souvent publié anonymement ou à l’étranger.

Le roman du XVIIIe siècle est en pleine croissance avec un lectorat élargi. Il est marqué par le souci d’une apparente d’authenticité (avec le procédé du manuscrit trouvé, l’emploi de la première personne, de l’échange épistolaire ou des dialogues) et par l’esprit des Lumières en prenant en compte les valeurs nouvelles d’une société qui évolue. L’influence de la littérature anglaise est également sensible à travers la traduction des œuvres de Richardson, Swift ou Daniel Defoe.

On peut regrouper par sous-genre :

Angela GHEORGHIU – Sola perduta abbandonata – Manon Lescaut :

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Manon Lescaut fin acte 4 Karita Mattila – Marcello Giordani :

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Serge Gainsbourg : Manon

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La Sirène du Mississippi – François Truffaut

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Manon (1949) Henri-Georges Clouzot

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Manon 70 (1968) -Catherine Deneuve

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