Espagnol

FRIDA KAHLO / Etude d’un tableau

Objectif culturel mis en relation avec :
– un texte espagnol / les stéréotypes et le « type » mexicain
– 2 scènes du film « FRIDA » avec Salma Hayek
– une musique mexicaine // en parallèle : « Musique espagnole = flamenco ! » : un autre stéréotype ! (écoute de musiques galicienne-celtique et catalane.)

OBJET DE  L’ÉTUDE pour l’Histoire des Arts :
UNE FEMME PEINTRE / Représentation de « femme », de la femme (autoportrait).

Le tableau principal qui fait l’objet de notre étude est :
Frida KAHLO, Autoportrait aux cheveux coupés, 1940

Frida KAHLO, Autoportrait aux cheveux coupés, 1940Pour éclairer ce tableau très curieux et atypique, nous avons analysé tout d’abord Autoportrait au singe, de 1938, un autoportrait antérieur, une peinture plus « traditionnelle » de Frida KAHLO permettant de montrer que notre tableau se présente comme une rupture. Autoportrait à la natte,  peint en 1941 reflète en revanche le « retour à la normale ». (Vie de Frida KAHLO et type de peinture)

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Place de Frida KAHLO dans la peinture mexicaine : elle est née en 1907 et décédée en 1954 au Mexique à Coyoacán (dans sa maison bleue), l’actuel Musée Frida KAHLO.
Frida KAHLO fait partie des grands peintres mexicains du XXe siècle, parmi lesquels figurent : Siqueiros, Orozco et son compagnon Diego Rivera.

Notons un double engagement :
– un engagement politique : ces peintres ont souvent utilisé leurs peintures à des fins de propagande révolutionnaire. (un aspect que nous n’évoquerons pas ici)
– un engagement artistique : ces artistes promeuvent une culture qui leur est chère (la culture mexicaine), avec un engagement esthétique qui passe essentiellement par la couleur.

Parmi les tableaux très connus de Frida KAHLO :
– ses très nombreux autoportraits, seule ou avec des animaux, en compagnie de Diego…
– en particulier son Autoportrait à la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis de 1932.

Frida est une artiste atypique :
– tout d’abord parce que c’est une femme peintre dans un monde d’hommes. (Epoque, début du XXe siècle au Mexique)
– par ses origines : comme ses noms et prénoms l’indiquent, elle est d’origine austro-hongroise de par son père et de par sa mère d’origine mexicaine, une origine (la mexicaine) dont elle est très fière et qu’elle mettra très souvent en valeur dans sa peinture.
– en raison de son destin tragique :

* A l’âge de 6 ans, une poliomyélite la laisse diminuée : son pied droit est légèrement déformé, elle devient pour ses camarades « Frida, la boiteuse » (= souffrance, enfant!) !: il ne grandira plus ! Sa jambe droite est plus mince. Ses grandes robes mexicaines lui permettront de camoufler cette infirmité.

* A l’âge de 18 ans, elle est victime d’un terrible accident d’autobus ; elle passe un mois à l’hôpital. Sa convalescence sera longue. Elle souffrira sans cesse de très graves problèmes de dos (colonne vertébrale écrasée). Elle ne pourra pas avoir d’enfants (fausse couche).

* Sa relation sentimentale houleuse avec un artiste peintre reconnu: Diego Rivera qu’elle épouse, dont elle divorce pour se remarier avec lui par la suite. (Relation fondée sur une puissante solidarité picturale.)

* Toute sa vie, Frida KAHLO a beaucoup souffert :-souffrance physique et psychique.
Elle meurt à 47 ans des suites d’une pneumonie. Cette souffrance est très nette dans son œuvre. A la suite de son accident et à partir du moment où elle doit rester au lit pour sa convalescence, un miroir est installé sur son lit qui va lui permettre de peindre, et donc de se peindre.

* Si le genre de l’autoportrait reste une pratique courante chez les peintres, rarement un artiste s’est autant pris lui-même pour modèle que Frida KAHLO !
Sa volonté d’entremêler le rêve et la réalité, et son souci de compenser par les seuls pouvoirs de l’image la douleur de sa situation physique, l’ont conduite à une analyse introspective très poussée.

* Frida se sert de chacun de ses autoportraits pour y mettre en scène ses sentiments les plus intériorisés, les plus secrets. La peinture lui sert de thérapie.Selon un mode qui lui est complètement personnel, elle a développé ce genre sur un terrain proprement expérimental en recourant tant à des mises en page jusqu’alors inédites-images dédoublées, incrustées, travesties- qu’à des compositions stylistiques très variées.
L’ensemble de ses autoportraits constitue ainsi une œuvre dans l’oeuvre dont la force de pénétration psychologique lui confère l’une des toutes premières place au sein de l’histoire de l’art moderne.

 

ANALYSE DE L’ŒUVRE :
Si les 3 tableaux sont liés, c’est qu’ils sont en lien avec la vie de Frida. Ils transmettent une « image » de Frida, de la femme : c’est cette image/représentation qui nous intéresse :

Quelle est-elle ?

– en 1938, elle est mariée à Diego (depuis 1929) et se présente sous les traits d’une femme mexicaine féminine. (Tableau 1)
– en 1939, elle divorce. (Tableau 2). L’autoportrait aux cheveux coupés, daté de 1940, est composé d’une représentation de Frida en complet  d’homme et aux cheveux coupés :
Ayant perdu ses cheveux/sa féminité, elle n’est plus aimée.
Le tableau délivre ce message par l’intermédiaire de la chanson qui annonce le tableau en haut du tableau : Une phrase en espagnol, mélodie mexicaine, explique que l’homme n’aime plus la femme car elle a coupé ses cheveux.
Le tableau  3 représente de nouveau Frida et sa chevelure de nouveau travaillée, quoique avec des mèches rebelles. Frida est de nouveau avec Diego à ce moment de sa vie.

1) TABLEAU 1 : Autoretrato con mono, Huile sur fibre dure / 40,6×30,5 cm :
– portrait de face (comme presque toujours) pour cette huile.
– portrait qui met en avant, (comme presque toujours) des traits  figé  (visage sévère) qui pose. Le but n’est pas l’expression mais les traits ! Le regard figé, montre difficilement une expression de sentiment et d’état d’âme.

Frida se présente sous les traits d’une  FEMME TYPÉE (origine indienne) : épais sourcils bruns, imposante chevelure brune coiffée avec des nattes, les yeux foncés. La couleur noire de l’épaisse chevelure, brillante grâce à ses reflets verts est liée à la couleur du singe.
Image stéréotypée de la mexicaine :
– caractéristiques de KAHLO : mise en relief des traits mexicains : duvet noir, caractéristique des femmes très mates, qu’elle accentue ! Ses « fameux » sourcils, mis en valeur par leur forme et leur couleur prononcée.
– une des variantes des autoportraits : la coiffure : ici, elle est très travaillée, lissée, somptueuse (forme/couleur).
– c’est une femme féminine, élégante qui porte ici un bijou de style précolombien, qui accentue de nouveau l’origine de notre peintre.

Frida a peint de nombreux portraits au singe : c’est un animal qu’elle affectionne particulièrement. Elle possède elle-même des singes qui lui tiennent compagnie, avec ses chiens, ses perroquets dans sa maison mexicaine (actuel musée).
Le singe se présente ici comme un animal totalement domestiqué (collier vert), entourant affectueusement le cou de sa maîtresse de son bras et semble sourire. Tout caractère sauvage est gommé car l’animal, au contraire, semble doux et protecteur.
Il est en totale harmonie avec Frida, par sa couleur qui contraste avec le vert plus pale de la végétation (souvent présente dans les tableaux).

Dans la culture mexicaine, le singe est le patron de la danse et aussi le symbole de la concupiscence (« penchant à jouir des biens terrestres/ de façon plus générale, désir des plaisirs sensuels). Le singe accompagne Frida, comme les animaux l’accompagnent souvent dans ses oeuvres. Il semble ici faire office de « nounours », compagnie indispensable pour un enfant (un inséparable réconfort).

 

2) TABLEAU 2 : Autoretrato con pelo cortado, huile sur toile, 40X 27,9 cm
se compose de 3 éléments :
En incipit :
– des paroles en espagnol.
– une mélodie très simple -notes conjointes- sur une portée.
(cela constitue une chanson populaire mexicaine).
– un autoportrait de Frida, qui diffère des autoportraits « traditionnels » de l’artiste, comme l’autoportrait au singe par exemple.

Pour quelle raison ?
Ici ce n’est plus la femme mexicaine « typée », féminine que met Frida KAHLO en avant d’ordinaire = contraste/rupture avec les tableaux qui précèdent celui-ci.
Rupture qui s’explique par une rupture sentimentale (divorce l’année d’avant).

C’est un autoportrait, en pied, cette fois. Mais la femme féminine des autres autoportraits a laissé place à une femme/homme : elle a perdu un de ses atouts : sa chevelure et ses coiffures très stylisées (elle a coupé ses cheveux), elle est vêtue d’un vêtement d’homme, clairement trop grand pour elle. D’emblée, cette composition nous apparaît comme une œuvre singulière, presque dérangeante (voire laide).

Ce portrait aux cheveux coupés semble être presque surréaliste avec la quantité de mèches de cheveux qui jonchent le sol et sont sur la chaise sur laquelle Frida est assise. On parle parfois de Frida KAHLO comme d’une peintre « surréaliste folklorique ».
Ce sont ici des éléments plus « fantastiques » que surréalistes.

Cette femme abandonnée est ici représentée au milieu de rien ! De nulle part !
En effet, le fond du tableau est lui aussi curieux ! Dans quel espace la chaise se trouve-t-elle ?

Le complet sombre (de couleur froide) que porte Frida ne semble pas être le sien puisqu’il est bien trop grand pour elle. On peut penser qu’il s’agit plutôt du complet de Diego : Frida endosse une personnalité/identité qui ne lui convient pas.
Ayant perdu ses « attributs » de femme (ses cheveux), appréciés, aimés par son amant/mari, elle perd son amour. Comme l’explique la phrase du tableau, début d’une chanson folklorique mexicaine abandonnée :

«  Vois, si je t’ai aimée, c’était grâce/ à cause à/de tes cheveux mais maintenant que tu as les cheveux coupés, je ne t’aime plus ». (Mira que si te quise por el pelo, ahora que estás pelona). La 1ère personne (quise) indique qu’un « je » » parle et s’adresse à la femme aimée (« te » auparavant).

Sorte de provocation avec le Mira que / « Vois » : message d’une très grande dureté, cruauté. D’où l’impression de tristesse qui émane du tableau, une tristesse mise en relief avec l’expression du visage de Frida.
Dans la peinture, cela est rendu par des couleurs froides, une absence d’ornements (elle n’est plus parée de bijoux précolombiens), la solitude de Frida (souvent accompagnée de ses animaux préférés, comme avec A. au singe)
Tableau très sombre (visage défait, là, ce ne sont plus les caractères « types » de la mexicaine qui sont mis en avant mais la situation du personnage.)

Le tableau représente la perte de l’amour, symbolisée par la castration (c’est la femme qui se coupe les cheveux). En perdant ses cheveux, elle perd l’amour de l’homme/n’étant plus aimée, elle n’est plus femme (elle est comme un homme) ; (détail curieux : il lui reste encore ses boucles d’oreille !
La femme était donc aimée (te quise/je t’ai aimée) grâce à ses attributs féminins !
Et non pas pour elle-même (= vision très négative de l’amour que l’homme porte à la femme).

Notons la puissance dramatique de ce tableau (scène, expression du visage  douloureuse). Le spectateur est comme pris à parti devant ce « spectacle » désolant,  il est placé devant.

 

3) TABLEAU 3 : Autoretrato con trenza, huile sur fibre dure, 51X38,5

De  nouveau, un portrait caractéristique des autoportraits de Frida :
– portrait de face
– autoportrait à la natte, fait réapparaître une Frida aux cheveux longs. De nouveau, « la femme » réapparaît :  Frida est remariée à Diego. (1941)
De nouveau, la coiffure est très élaborée, mise en relief (couleur/relief) : les cheveux tressés sont pris dans un ruban de laine rouge.
Les cheveux, omniprésents dans l’œuvre de la peintre mexicaine, deviennent de nouveau porteurs d’expression pour les sentiments.

N’avons-nous pas  l’impression que les cheveux  du tableau précédent ont été rassemblés et tressés pour former une nouvelle coiffure ? La natte est de nouveau bien maintenue, malgré des cheveux rebelles, qui font écho au tableau précédent..
En 1941, KAHLO retrouvant  sa féminité refusée  symboliquement 1940, retrouve son identité. Elle est de nouveau femme/ ceci est mis e lien avec l’amour que l’homme lui porte.

Réapparaissent des éléments du premier autoportrait :
– portrait de face, une femme typée.Traits figés.
– collier précolombien pour un rappel des origines.
– végétation pale (souvent présente qui met en valeur la végétation mexicaine) qui fait office de robe pour Frida. Ici, la feuille d’acanthe est le symbole de la vie éternelle depuis l’Antiquité.
– coiffure qui s’impose  par sa forme et contraste par sa couleur, vive.
Une certaine simplicité se dégage du tableau.

 

Conclusion :

  • La peinture de Frida KAHLO est marquée par la biographie de  l’artiste, en relation avec Diego RIVERA, sa santé physique…C’est une autoanalyse.
  • L’univers pictural se base avant tout sur l’art populaire mexicain et la culture précolombienne.
  • La chevelure est un élément fondamental des autoportraits : expression des sentiments.
  • A travers la peinture de Frida KAHLO, étudiée ici, l’artiste mexicaine met se relief ses origines, son histoire personnelle, dévoilant une femme seule, victime des sentiments de l’homme.

¿Cómo es posible una cosa así ?

Una señora norteamericana le pregunta a Gustavo si conoce Chichén Itzá.

-¿Chichen Itzá ? No conozco Chichén Itzá.
-¿No conoce Chichén Itzá ? ¡¡La famosa pirámide que hicieron los mayas !!
¿Cómo es posible una cosa así ?
-No soy mexicano, señora, soy chileno.
-¿Chileno ? En fin como su aspecto es de mexicano y habla inglés tan bien como un mexicano, no tiene ninguna importancia.
-Puede ser. ¡Pero soy chileno!
-Chileno, colombiano, mexicano, da lo mismo. Todos los latinoamericanos son iguales.
-No creo. Por lo menos, no como los chinos. Los chinos sí que son todos iguales.

José DONOSO, Donde van a morir los elefantes, 1995

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