L’école d’avant-hier pour après-demain.
22 02 2008
Aaaahhh ! Des nouveaux programmes pour l’école primaire. Un retour au bonnes vieilles méthodes qui marchent. Du français, de l’orthographe, des maths, des cours magistraux dès 6 ans.
Ahhhh ! Enfin ! De vrais cours de morale pour nos petits sauvageons en herbe.
Et puis des travaux d’intérêts généraux pour les futurs délinquants détectés dès la maternelle grâce à la vigilance des instances publiques.
Enfin le retour à de vrais valeurs qui permettent aux loups de dormir tranquille sans que le bruit de la contestation citoyenne ne vienne perturber leurs nuits de débauche.
Aaaah ! L’école d’avant. Aaah ! La nostalgie ! Ce regard vers un passé idéalisé, ce “c’était mieux avant” qui adoucit bêtement le pire bruit de bottes. Cette mémoire nauséabonde qui patine de regrets les pires atrocités.
Oui je me souviens de l’école d’avant. Ou plutôt, non ! Justement je ne m’en souviens pas, ou seulement par bribes. C’est une école dans laquelle je suis passé comme un fantôme. Désintéressé par ces instituteurs, nous assommant de leurs leçons directement tirées du Bled, dans leur blouses bleu-pétrole percées de trous de cigarettes fumées pendant la récréation, quand ce n’était pas directement en classe.
Et les maths modernes…
Et puis mon copain Zamora, redoublant, turbulent, le cœur sur la main, habile, abonné au coin radiateur, aux brimades et aux punitions. Aaaah les punitions ! Les coups de règles sur les doigts, ou à genoux sur une règle en acier et puis les 500 lignes pour avoir pour la troisième fois oublié le “ç” au mot garçon (mais un gars, c’est souvent con, non ?), laborieusement rédigées pendant 5 récréation, à 7 ans. C’était le bon temps ?!
Non, je ne crois pas !
Je me demande encore comment j’ai pu aimer l’école. La chance surement, un bon milieu familial probablement, une soif d’apprendre et une curiosité qui me portent encore tous les jours sans aucun doute.
Parce que, finalement, si on devait définir un rôle central à l’école primaire, ça serait bien celui-là, essentiellement ! FAIRE AIMER L’ÉCOLE ! Après 10 ans de métier, rien ne me semble plus important. Que les enfants viennent chaque matin au portail avec plaisir, soif d’apprendre, curieux et espiègles… Parce qu’après, il y a le collège, le lycée… la vie et si on n’a pas développé en eux ces sentiments là, alors, leur scolarité, leur rapport à l’effort en vu de progresser et d’apprendre tiendra du calvaire plutôt que du plaisir et toute leur vie professionnelle risque bien d’être teinté de frustrations sans bonheur.
Nous devons faire de nos élèves des épicuriens et des citoyens. Ce centrage des nouveaux programmes sur des “vieilles méthodes ayant fait leur preuves” (l’ont-elles jamais fait d’ailleurs ?) ne me semble pas du tout aller dans ce sens.
Il me semble en fait plutôt aller dans la direction consistant à créer de bons petits travailleurs pouvant rapidement s’intégrer dans une société paperassière en quête d’éléments maitrisant convenablement les écris fonctionnels.
“T’as un bon CV gars, bien écrit, l’étude graphologique est correcte… On te téléphonera !”
Quand au poètes, artistes et écrivains, adressez-vous aux quelques intermittents du spectacle qui restent !
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