A l’occasion du 90ème anniversaire de l’armistice de la Première Guerre Mondiale, intéressons-nous à la mémoire de ce conflit à travers les monuments aux morts qui furent érigés dans les années 20.
Je remercie les élèves de 3ème qui ont participé aux travaux de recherche : ceux de 3ème Autriche du collège de l’Europe d’Ardres (en particulier Guillaume, Michel, Maxence, et Julien) ainsi que Yann et Margaux élèves de Mme Carrez du collège Georges Brassens de Saint Venant.
Tous ceux qui ont observé le monument de leur commune sont arrivés à des conclusions similaires :
- le nombre des morts est élevé ( le moindre petit village en compte plusieurs dizaines)
- un nombre de tués important pour l’année 1914 (contrairement à ce qu’on pense généralement, la guerre de mouvement a été très meurtière)
- sur tous les monuments, on a pu repérer des membres de la même famille parmi les victimes (père et fils, frères, cousins …)
- pratiquement pas de victimes civiles contrairement à la Seconde Guerre Mondiale. Quelques-unes tout de même dans les commune situées près du front comme Saint-Venant (deux victimes civiles)
- les noms des victimes sont souvent classés par ordre alphabétique, parfois par année, très rarement par grades
- certains élèves ont ressenti une émotion plus particulière en découvrant le nom d’un membre de leur famille.
- l’inscription “Aux enfants de… morts pour la France” revient à chaque fois.
Grâce aux travaux de l’historien Antoine Prost et à ceux d’Annette Becker (que j’ai eu la chance d’avoir comme professeur lorsque j’étais étudiant), on peut classer ces monuments selon leur type. Ce n’est pas toujours très facile de faire entrer ces monuments dans une catégorie, car certains présentent de multiples symboles et multiplient donc les messages.
Les monuments religieux
Les monuments aux morts ont été érigés à partir de souscriptions publiques lancées par les municipalités. (les habitants étaient invités à faire un don). Ils présentaient donc généralement des caractères républicains et laïcs. Ce n’est toutefois pas toujours le cas, notamment dans certaines régions très marquées par la religion. Aussi certains des monuments du pas-de-Calais présentent un caractère religieux fort marqué. Il est alors obligatoirement placé dans le cimetière ; la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat de 1905 interdisant les croix sur les espaces publics autres (comme la place du village).
A Louches, la stèle est surmontée d’une croix et accolé au mur de l’église.

Plus religieux encore, à Landrethun-lès-Ardres, c’est un christ et non un poilu qui est érigé sur le socle portant le nom des victimes.
Les monuments funéraires.
Sans statue ni allégorie, dépouillés, les monuments funéraires n’arborent souvent que la croix de guerre. Ils sont le plus souvent situés dans les cimetières ou près des églises.

A Rodelinghem, il s’agit d’une simple stèle portant le nom des 20 morts. L’inscription rappelle toutefois la victoire obtenue dans la douleur :
“Aux enfants de Rodelinghem morts pour la France
Dieu Patrie
Passant, va dire à la France que je suis mort pour sa gloire et sa liberté.
Priez pour eux
Pro Patria”

A Nielles-les-Ardres, deux simples plaques de Marbre, avec des couronnes de laurier qui rappellent la victoire.
A Zouafques, le monument mélange les styles : la stèle est ornée du laurier symbole de victoire (ou de la palme des martyrs ?), d’une croix chrétienne et tout en haut de le croix de guerre (que l’on trouve sur la grande majorité des monuments de France)

Les monuments civiques.
Les citoyens y rendent hommage aux citoyens. Les thèmes y sont alors le deuil ou la victoire.

A Balinghem, une allégorie de la république victorieuse en marbre blanc.
A Bois-en-Ardres, une simple stèle avec les 22 noms gravés mais une main tenant une épée lui donne un caractère plus belliqueux :

Les monuments patriotiques
Souvent illustré par une statue de poilu au combat, les monuments patriotiques glissent parfois vers le nationalisme avec des accents guerriers. Ils illustrent l’état d’esprit revanchard des Français des années vingt, qui tranche avec celui des années 30, bien plus pacifiste (la “der des der” et l’esprit de Munich)
Ils sont généralement situés sur la place ou à un carrefour.

Tournehem fait partie des rares communes (6 % selon Antoine Pros) à posséder un monument affublé du coq gaulois. La palme du martyr décore la partie haute de la stèle.

Le monument aux mort de Saint-Venant, inauguré le 30 octobre 1921, se situe au bord de la lys.
Les noms sont classé par ordre alphabétique et jamais par grades.
Le socle en marbre blanc avec le nom des morts inscrits par ordre alphabétique sur des plaques de marbre gris, est surmonté d’une statue d’un poilu qui brandit sont arme.
Le monument est décoré par une couronne de laurier, des palmes et des rameaux d’oliviers métalliques. Les palmes incarnent la douleur, la souffrance. Le rameau d’olivier est le symbole de la paix et de la gloire. La couronne de laurier symbolise la victoire.
A Ardres, le monument est similaire, plus belliciste encore. Le poilu , qui semble pousser un cri de triomphe devant le drapeau, tient dans la main gauche une grenade. L’inscription proclame “debout les morts, le jour de gloire est arrivé”


Les monuments pacifistes
Ils sont rares. Ils évoquent la paix ou l’espérance.

Celui de Nordausques entre dans cette catégorie puisqu’il représente, au milieu d’un paysage rénové symbolisé par le soleil levant et un pommier chargé de fruit, un ange qui caresse la tête d’un homme. Le fils de ce dernier, regarde, les poings serrés, la direction que lui montre son père, vers la désolation laissée par la guerre.
Ce monument présente une autre particularité : il a été érigé au lendemain de la guerre de 1870-71 pour les cinq victimes du village et on a complété la liste des morts après la Grande Guerre.

Quelques liens pour découvrir d’autres monuments :
- Mémoires de pierre en Pas-de-Calais
- France genWeb
- queutchny 14-18
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première guerre mondiale

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