Modernité en Occident et au Japon : quel choc des cultures?
Dans le Monde daté du 31 août 2006, Philippe Pons dresse le compte-rendu très clair d'une rencontre organisée au Japon entre l'Université de Tokyo et l'EHESS (Paris) sur le thème: "Sécularisation et nouvelles formes de religiosité". A priori, un sujet aride. Et pourtant…
La modernité entendue en Occident conjugue "rationalisation scientifique, affirmation de l'autonomie de l'individu-sujet et spécialisation des institutions" (=indépendance face aux institutions religieuses): cette sécularisation passe notamment "par une disqualification de la loi religieuse en tant que fondement de la vie sociale". La laïcité à la française est une des formes instituées de cette sécularisation.
La modernité entendu au Japon est différente. Si l'Etat, les institutions japonaises, ont séparé la religion et l'Etat, comme en France, ce n'est pas par opposition directe aux religions (même si le culte shinto avait servi de justificatif idéologique au militarisme nippon jusqu'en 1945).
Autant le Christianisme et l'Islam se définissent par un prosélytisme et une volonté de s'étendre au monde entier (ce que l'on appelle l'universalisme; pour rappel, "catholique" signifie "universel"), autant ni le bouddhisme ni le culte shinto n'ont de volonté universalisante manifeste. "Dans les religions du Livre [Christianisme, Judaïsme, Islam], la croyance et les pratiques qui en sont l'expression constituent le lien qui unit l'homme à Dieu. Mais pour les bouddhistes japonais, la religion est une voie vers la délivrance des souffrances, un cheminement vers la sagesse transcendante; tandis que, dans le shinto populaire, celle-ci se contente d'exalter la vie et la nature, sans contrepartie morale ou pratique inquisitoriale". Ce qui explique en partie que l'Etat et la société japonaise de l'après-1945 ne se sont pas construit contre les religions traditionnelles : ni prosélytisme ni culpabilisation ni universalisme rigoureux; ceci peut aussi expliquer l'attraction exercée en Occident par les philosophies orientales depuis les années 1960/1970.
Néanmoins, Occident (Europe et Amérique du Nord) et Japon sont sensibles à un "désenchantement du monde" (lire Max Weber et Marcel Gauchet là-dessus; vous pouvez écouter une conférence de Marcel Gauchet donnée à l'Université de tous les Savoirs ICI ) qui accélère un mouvement de multiplication des religiosités diffuses (sectes et groupes en tous genres). "A ce croire émietté, bricolage des traditions occidentales et orientales, non exempt d'un recours à une religiosité magique, s'ajoute un apport de la science qui favorise inopinément l'émergence de nouvelles croyances – voire nourrit un nouvel obscurantisme" (Danièle Hervieu-Léger, présidente de l'EHESS).
Si les religions universalistes, lorsqu'elles s'accompagnent d'une construction politique (voir l'Iran depuis 1979 par exemple, l'Arabie Saoudite depuis les années 1930, ou les intentions de certains partis ultraconservateurs en Pologne ou aux Etats-Unis), mènent à un fondamentalisme plus ou moins contrôlé, le bouddhisme et le shintoïsme, parce qu'ils se sont interpénétrés, semblent peu influencer des tendances semblables aux fondamentalismes.
A suivre…
Pour qui s'intéresse aux fondements et à l'influence des religions et de leurs pratiques, notamment en classe de Première (cours sur les constructions nationales) et en Terminale (cours sur les relations internationales et celui sur les pratiques culturelles), je conseille la lecture d'un petit livre très bien écrit d'Odon Vallet, Petit lexique des idées fausses sur les religions, en poche pour moins
de 5 euros, à mettre entre toutes les mains. Et en plus c'est très agréable à lire et pas prétentieux (comme tout ce qu'écrit ce monsieur, je suis un de ses groupies). Pour aller plus loin, du même auteur, on peut lire Les religions dans le monde, en poche aussi, moins cher qu'un ticket de cinéma: toutes les religions y sont expliquées (fondements, mythes, pratiques, influence), avec simplicité et intelligence.
Par ailleurs, l'excellente revue Le Monde des Religions , dirigée par Frédéric Lenoir (et dans laquelle Odon Vallet tient une chronique) consacre son numéro de juillet-août, encore disponible, à Jésus et Bouddha. Les articles y sont riches et accessibles à tous, ce qui n'est pas une mince affaire d'ordinaire dans la presse. Pour ceux qui doivent préparer un cours, je conseille en plus la lecture de ces quelques éléments supplémentaires sur le site de l'Académie de Grenoble.
Bonnes lectures
Hugo Billard
Publié le 31 août 2006 par Hugo Billard dans Comprendre







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