Pierre Vidal-Naquet est mort
Pierre Vidal-Naquet est mort. Un grand monsieur s'en est allé.
Pour tous ceux qui ont été un tant soit peu attentifs à l'histoire récente de la France et qui considèrent que l'historien ne nie pas l'exigence d'objectivité en s'engageant dans le siècle, PVN est un modèle. Dès demain les journaux seront emplis de nécrologies admiratives (voir sur le site du Monde, du Figaro). Sont énoncés les principaux moments de sa vie: parents juifs morts en déportation, études majeures sur la Grèce ancienne, engagement contre les agissements de l'armée française pendant la guerre d'Algérie, directeur d'études à l'EHESS, engagements auprès de Foucault dans son observatoire des prisons, mais surtout une lutte constante, active, angoissée, contre les négationnistes de la Shoah. Histoire ancienne, histoire contemporaine, engagement physique et politique intense, attachement à de fortes convictions ancrées dans le réel tout en maintenant un détachement dans l'analyse qui fait honneur aux historiens. Dans Le Monde du 1er août, Philippe-Jean Catinchi dressele portrait intellectuel et politique de PVN, avec émotion et clarté. Pierre Vidal-Naquet est mort. Il faut lire "Le chasseur noir", modèle rigoureux et agréable à lire (comme les livres de son acolyte génial Jean-Pierre Vernant) d'une étude parallèle entre construction sociale et formes de pensée en Grèce ancienne. Il faut lire ses "Mémoires" (deux tomes, publiés au Seuil en 1998). Il faut lire "Les assassins de la mémoire", son cri implacable et déterminé contre les négationnistes. Il faut lire son dernier livre, sur le mythe de l'Atlantide (un article TB dans le Figaro d'alors). Il faut l'écouter aussi, répondre inlassablement à tous ceux qui cherchent à comprendre le monde tel qu'il va – les radios vont sans doute reprogrammer un certain nombre d'émissions. L'article qu'Antoine de Gaudemar lui consacre dans Libération reprend une phrase de Chateaubriand que PVN aimait: "Lorsque dans le silence de l'abjection l'on n'entend plus retentir que la chaîne de l'esclave et la voix du délateur; lorsque tout tremble devant le tyran, et qu'il est aussi dangereux d'encourir sa faveur que de mériter sa disgrâce, l'historien paraît, chargé de la vengeance des peuples". Dans la remise en question du présent comme dans la défense de la vérité, dans la modestie du savant comme dans l'honneur du citoyen engagé, là est Pierre Vidal-Naquet. Pierre Vidal-Naquet est mort. Il va nous manquer. Hugo Billard Crédit photo: AFP/Patrick Kovarik sur le site du Monde
Publié par Hugo Billard le 1 août 2006 dans Actualité,Lire
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23 novembre 2006
[...] Lire cet article sur le blog Histoire “Le jardin des retours” [...]
15 janvier 2007
[...] Jean-Pierre Vernant est mort, à 93 ans. J’ai reculé quelques temps avant d’écrire un billet. Parce que les géants sont intimidants. Comme son ami Pierre Vidal-Naquet, Vernant était un phare. [...]
23 janvier 2007
[...] Pour connaître la religion grecque antique, les oeuvres de Jean-Pierre Vernant sont la meilleure introduction, notamment L’Univers, les dieux, les hommes (en poche). Pour comprendre la culture grecque, Jacqueline de Romilly est à lire, notamment ses biographies d’Alcibiade, Hector et Homère, ses travaux sur Thucydide, sur Eschyle, et son amour passionné de la langue grecque. Une très belle langue servie par une grande dame. Pierre Vidal-Naquet aussi, pour son va-et-vient entre la Grèce et le monde contemporain: son Chasseur noir explique ce qu’est être Grec dans l’antiquité par une série d’histoires claires et finement analysées. [...]
14 avril 2007
[...] Bon, là, ça fait beaucoup. Après Pierre Vidal-Naquet, Jean-Pierre Vernant et Lucie Aubrac, la communauté des historiens engagés et des témoins de l’époque contemporaine vient de prendre un nouveau coup. [...]