le jardin des retours

Brésil et frontières

 Alors que s'approchent les élections présidentielles au Brésil, l'occasion est belle de s'interroger sur ce grand pays.

L'excellent hebdomadaire Courrier International n° 830 , sorti aujourd'hui, lui consacre un dossier illustré par trois cartes très utiles: celle du développement urbain par communes (municipios), qui met largement en tête le Sud-Est des grandes villes, celle des ressources énergétiques, très parlante sur la frontière Sud-Est/reste du territoire (le Brésil est quasi autosuffisant en hydrocarbures), celle des intentions de vote aux élections présidentielles prochaines qui placent le président Lula da Silva (Parti des Travailleurs) en tête avec un vote quasi semblable dans toutes les régions et les appartenances sociales, et celle de la pauvreté urbaine à Rio de Janeiro.

Chacune de ses cartes, à leur manière, reflète les tensions du territoire brésilien, entre un sud-est riche mais qui maintient des poches d'inégalité, un nord-est en plein développement mais resté attaché à ses traditions ouvrières, et l'évolution d'un grand front pionnier amazonien – à propos, si un éditeur lit cet article, par pitié, changez les cartes du Brésil dans les manuels scolaires, qui reprennent trop souvent le front pionnier à partir de Brasilia, ce sont des cartes en retard de 20 ans…

Pour aller plus loin, je conseille la lecture du Brésil: une géohistoire, de Martine Droulers (PUF Géographies, 2001), notamment pour le chap 5, "l'aquarelle de la Brésilianité", dans laquelle l'auteur brosse un tableau des tensions originelles de la culture brésilienne (conscience nationale, nation métisse, lieux de la brésilianité) dans laquelle elle reprend et réinterroge la conception d'un Brésil en trois territoires: le riche (Sud-Est), le pauvre (Nord-Est) et le vide (Amazonie). Cette distinction est aujourd'hui en pleine transformation, les frontières brésiliennes sont en mutation, d'où le titre "les deux Brésil" du CI.

Sur la notion de frontière, lire ce qu'en dit le site de Géoconfluences : "Limites séparant deux entités territoriales différentes, les frontières, coupures et/ou coutures, peuvent être plus ou moins fermées, plus ou moins perméables." Le livre de Michel Foucher, Fronts et frontières , permet d'aller plus loin avec de nombreux exemples intelligemment expliqués, notamment à propos des frontières européennes.

 A écouter aussi, jusqu'à dimanche, les émissions qu'Emmanuel Laurentin a consacrée aux frontières dans son émission "La Fabrique de l'Histoire". La Documentation photographique a consacré un numéro très bien illustré au Brésil. Le cas brésilien avait déjà été abordé dans ce blog à propos de sa géohistoire.

Pour ceux qui lisent le brésilien, le blog de Catatau revient sur la définition du citoyen au Brésil telle qu'elle se vit au quotidien, c'est amusant, intelligent, et sans concession: "On dit du Brésil qu'il est un pays démocratique. Nous sommes ou pensons être maîtres de nos pensées et opinions, particulièrement au moment des élections. Car enfin, nous sommes citoyens, n'est-ce pas? Mais ce goût de la citoyenneté, pour qui s'arrête pour le déguster un peu, et ne l'engloutit pas sans hésiter, apporte son lot de surprises. Surtout si l'on considère qu'un citoyen déguste davantage son repas plus qu'il ne l'avale, contrairement à l'esclave." (article "le B-A-BA de la politique et le Brésil" ). Une réflexion universelle…

Bonne lecture et bonne écoute

Hugo Billard


Publié le 28 septembre 2006 par Hugo Billard dans Actualité,Comprendre,sur le net

1975 Michel Foucault publie « Surveiller et punir. Naissance de la prison »

Michel Foucault est un des grands penseurs du XX° siècle. Aux frontières de la philosophie, de la sociologie, de l’histoire, de la psychologie et de l’anthropologie, ses travaux suivent une ligne : démonter et démontrer les mécanismes du pouvoir. Il fait paraître Surveiller et punir en 1975 pour expliquer comment s’organisent et se légitiment l’encadrement et le contrôle des corps du XVIII° au XIX° siècle.

Ce livre est un des ouvrages majeurs de la pensée contemporaine.

Dans quel contexte ce livre est-il conçu? Quelles idées y sont développées? Quelle a été son influence ?

Pour lire plus loin, cliquez ici. Les Terminales notamment y trouveront des idées utiles à leurs réflexions en histoire comme en philosophie.

Bonne lecture – j’attends vos commentaires.

Hugo Billard

 


Publié le 26 septembre 2006 par Hugo Billard dans Comprendre,Lire

Cinquantenaire du Congrès des écrivains et artistes noirs

Affiche du Premier Congrès international des écrivains et artistes noirs (1956) Dans le mouvement actuel de reconnaissance et de nouvelle connaissance de la culture non-occidentale, un événement d'importance n'a pas eu l'audience médiatique qu'il aurait mérité. En 1956 s'est réuni à Paris le Premier Congrès international des écrivains et artistes noirs. Ses promoteurs n'étaient autres qu' Aimé Césaire , Léopold Sédar Senghor , Alioune Diop (de la revue Présence Africaine), avec le soutien de grands intellectuels comme JP Sartre, Michel Leiris, Théodore Monod, Albert Camus, André Gide, pour ne compter que les plus connus.

Pour Alioune Diop, ce Congrès avait pour la culture l'importance qu'avait eu la conférence de Bandoung (l'année précédente) pour la politique internationale. Une immense prise de conscience collective.

La semaine dernière l'UNESCO a commémoré ce cinquantenaire avec la Sorbonne et l'Université de Harvard, en reposant la question posée un demi-siècle plus tôt: comment créer les conditions nécessaires à l'épanouissement des cultures noires? Aujourd'hui reprennent le flambeau Wole Soyinka (Nigéria), Edouard Glissant (France, Martinique), ou encore Nathan Davis (Etats-Unis).

Leurs actions sont relayées, ou plus souvent provoquées, par des associations d'étude et de promotion des cultures noires. Parmi celles-ci je signale la dynamique association et le blog Histoire et Société des 3 A (Afrique, Amériques, Asie) , qui se donne pour objectif de comprendre les relations entre l'Europe et ces trois continents, sans la victimisation contre-productive que l'on voit parfois s'afficher dans les médias. Il s'agit ici de comprendre l'histoire et les cultures.

Merci à Ambre Troizat pour ses suggestions.

Bonne lecture

Hugo Billard


Publié le 26 septembre 2006 par Hugo Billard dans Actualité,Comprendre

« D’un regard: l’Autre » au musée du Quai Branly

Expo "D'un regard l'Autre" au Musée du Quai Branly jusqu'au 21 janvier 2007 Petit compte-rendu d'exposition. Jusqu'au 21 janvier 2007 est présentée une exposition-fleuve qui est un manifeste de ce que le musée du Quai Branly veut être et veut faire. D'un regard l'Autre veut présenter le regard des Européens sur l'Afrique, l'Amérique et l'Océanie du XVI° au XXI° siècle.

Une exposition nécessaire pour la mission qui a été confiée à ce musée (changer le regard des Européens sur les arts non-occidentaux), et utile pour baliser différents thèmes qui seront approfondis dans les expositions à venir: exotisme et cabinets de curiosité (1500-1760), histoires naturelles (1760-1800), organisation, classement, romantisme et exotisme (1800-1850), science des Sauvages et mesure de l'Autre (1850-1920), et les modifications artistiques et esthétiques du regard sur le non-occidental (1900-2006). Elle est un manifeste pour le musée du Quai Branly, une "mise en abîme des missions du musée dans sa vocation à favoriser le dialogue entre les peuples, les cultures et les époques" (Yves Le Fur).

L'exposition est riche, la scénographie un peu complexe, beaucoup de pièces sont très surprenantes. Leur provenance très éclectique (collections privées, musées publics et privés du monde entier) rend l'exposition passionnante: elle restera sans aucun doute dans les annales des grandes expositions. Un reproche néanmoins: le balisage scénographique est loin d'être évident, et l'impression que les architectes ont voulu que les spectateurs se perdent dans l'exposition est réussi si c'était volontaire.

Pour une analyse de la scénographie, lire le billet d'Adeline Besson sur Vitamine Art

Une pièce parmi celles qui m'ont ému, et ce n'est pas une pièce vraiment représentative de ce que l'on peut voir dans cette exposition: la mort de Cook, peinte par le britannique Johann Zoffany vers 1795 (à gauche, détail) m'a furieusement fait penser à la Mort de César peinte par Vincenzeo Camuccini trois années plus tard (1798, à droite).

zoffany.gif cesar-sa-mort.jpg

Même situation héroïque, même triangulation du héros accablé, même complicité dans l'assassinat. Cook est un personnage de la geste antique. Mais le regard change: celui de César est volontaire, il désigne l'assassin d'un bras accusateur; Cook a les yeux dans le vague de celui qui est trahi par ceux qu'il croyait être l'incarnation de l'homme originel, de l'homme bon, ce "bon sauvage" peint et décrit par tout le mouvement des Lumières. La mort de Cook semble signer la fin des Lumières.

le catalogue de l'expo Une exposition à voir, à revoir, à lire dans le dense et très bien illustré (mais pourquoi aussi cher? 49 euros…) catalogue rédigé par l'équipe d'Yves Le Fur. Pour les bourses moins chargées, le carnet de l'exposition, pour 4 euros, comprend une interview du commissaire de l'expo Yves Le Fur, et 30 pages d'une belle iconographie très représentative de ce qu'offre ce bel endroit.

A quand une expo qui présente le regard des Non-Européens sur les Européens?

Bonne visite et bonne lecture

Hugo Billard


Publié le 24 septembre 2006 par Hugo Billard dans Lire

Le Pape et l’Islam

Caricature de Bertrams dans Het Parool, Amsterdam A la suite de nombreuses demandes, un peu de retours sur l'actualité. Mardi 12 septembre 2006, le pape Benoît XVI (Joseph Ratzinger) a prononcé à Ratisbonne un discours qui a enflammé les rues d'une partie du Moyen-Orient, du Pakistan et d'Indonésie. Après avoir exprimé ses regrets pour la manière dont son discours a été interprété, il appelle aujourd'hui à un dialogue constructif et permanent entre les religions.

Les faits: le discours de Ratisbonne

Le document lui-même a l'air plutôt inoffensif. Joseph Ratzinger y réfléchit aux relations entre la foi religieuse et l'usage de la raison, en dressant un tableau des liens philosophiques entre le Christianisme et la Grèce. Il en conclut que le monde occidental est frappé depuis la fin du Moyen Age par une progressive deshellénisation qui touche aussi le rapport à la foi. Il termine en appelant à un dialogue entre les cultures pour redonner à la raison toute sa place, ce qui permettrait un usage modéré et plus authentique de la foi religieuse. Un texte académique et philosophique, très éloigné d'une encyclique (un texte d'orientation générale) ou d'une bulle (un décret religieux). Gageons que si le discours avait été prononcé par quelqu'un d'autre, personne n'en aurait entendu parler.

L'objet de la polémique.

Dans la première partie de son exposé , le pape prend un exemple pour expliquer comment on peut utiliser la raison pour réfléchir sur la foi religieuse, à partir d'une réflexion sur la nature de la volonté divine. En contextualisant avec un luxe de détails académiques il cite un dialogue entre l'empereur byzantin Manuel II Paléologue et un savant persan (= iranien) à propos de la notion de guerre sainte en Christianisme et en Islam. Reprenant le texte de la sourate 2 verset 256 du Coran ("Pas de contrainte en matière de foi"), l'empereur en vient à condamner l'idée de propager la vérité religieuse par la violence. Il résume la position de l'empereur ainsi: "Ne pas agir selon la raison est contraire à la nature de Dieu". Pour le savant persan, "Dieu est absolument transcendant", sa volonté n'a donc que faire de celle des hommes. Tous les deux s'accordent pour condamner l'usage de la violence pour propager la foi, mais pas pour les mêmes raisons: pour l'empereur parce que la nature de Dieu est liée à la raison, pour le savant persan parce que Dieu est au-delà de toutes les catégories humaines.

Quelles conséquences?

Le Vatican cherche l'apaisement Pourquoi de telles protestations? Il y a parmi d'autres trois explications majeures. La première est liée au contexte géopolitique: après la guerre au Sud-Liban et la victoire morale apparente du Hezbollah chiite auprès des populations musulmanes du Moyen-Orient (lire le billet d'Anne-Cécile), les Etats sunnites (le Maroc notamment) voulaient reprendre la main pour ne pas laisser la rue aux intégristes. la comparaison papale a été un beau prétexte. La deuxième raison est une question de légitimité théologique: Joseph Ratzinger est philosophe et théologien, il a donc l'habitude des rencontres académiques et des discussions de haut vol; mais en tant que Pape sa voix et son image ne lui appartiennent pas: en racontant l'histoire d'un chrétien qui combat et vainc par la parole un savant musulman, c'est comme si le Pape appelait à une lutte de légitimité entre Islam et Christianisme. C'est la raison pour laquelle l'appel au calme venu des Frères Musulmans et surtout de l'Université Al-Azhar du Caire, après les premiers regrets du Pape, ont été si importants: ce sont eux qui détiennent, pour une partie des musulmans, la légitimité pour interpréter le Coran. La troisième raison est médiatique et plus occidentale: depuis sa prise de fonction en 2005 il est sans cesse rappelé que Joseph Ratzinger a été le cardinal des postures morales strictes (pas de contraception, pas de remariage des divorcés, pas de femmes prêtres, etc.) et une partie de la presse a pour habitude de taper sur ce qu'il peut affirmer sans toujours lire de quoi il s'agit. Quoi qu'on pense d'ailleurs de ses positions.

Attention à bien comprendre: il ne s'agit pas ici de défendre la position papale – qui n'a pas à être défendue ou attaquée ici – ni d'attaquer le travail quotidien des journalistes – que l'on est libre d'écouter et de lire ou pas, et la plupart ont bien mis les faits en perspective. Les médias occidentaux raisonnent souvent plus à partir des perceptions et non des idées ; l'erreur du Pape, resté un pur intellectuel, et de ne pas l'avoir compris aussi bien que son prédécesseur Jean-Paul II.

Le dernier numéro de Philosophie magazine: Islam et Occident Revenir à la source des événements est toujours la meilleure manière de comprendre.

Pour aller plus loin: vient de paraître le n°4 de l'excellente revue Philosophie magazine , qui revient sur les relations intellectuelles et philosophiques entre Islam et Occident. A signaler aussi le dernier numéro du Monde des Religions sur le Coran (histoire de son écriture et de son interprétation). Enfin le dernier numéro du Courrier International reprend l'essentiel des réactions parues dans la presse internationale. A consulter malgré son titre racoleur (Violence et Islam. Le débat après le discours de Benoît XVI). En kiosque pour les trois. 

Pour une analyse des conséquences géopolitiques du discours de Benoît XVI, lire le billet d'Anne-Cécile.

Lire aussi le grand entretien que Le Monde a réalisé avec deux intellectuels franco-égyptiens dans leur édition du 25 septembre 2006. Ils reviennent sur le discours du Pape et appellent les musulmans à une lecture/interprétation personnelle du Coran (ce qui n'existe que peu dans le Christianisme).

N'hésitez pas à compléter et commenter ce billet.

Bonne lecture et à bientôt

Hugo Billard


Publié le 21 septembre 2006 par Hugo Billard dans Actualité,Comprendre

Le Structuralisme, qu’est-ce que c’est?

Foucault, Lacan, Lévi-Strauss et Barthes

Cette caricature montre le philosophe Michel Foucault, le psychanalyste Jacques Lacan, l'ethnologue Claude Lévi-Strauss et le sémiologue Roland Barthes devisant, pagne autour des côtes, comme feraient les Amazoniens étudiés par Lévi-Strauss dans Tristes Tropiques (1955).

Le structuralisme a été, dans les années 1950/1960, à la fois une philosophie, une méthode sociologique et une mode. Mais elle est d'abord une méthode pour penser. Le fondateur de cette méthode sociologique est l'anthropologue et ethnologue Claude Lévi-Strauss . Dans ses Structures élémentaires de la parenté (1949), il étudie les relations entre membres d'un même groupe par les relations de dépendance, d'interdépendance et d'hérédité, relations codées inconscientes mais appliquées strictement. Le philosophe Michel Foucault, dans Les mots et les choses (1966), considère que l'homme ne donne pas du sens à ce qui l'entoure et l'angoisse parce qu'il est libre, mais parce qu'il cherche à se mouvoir dans son environnement à l'intérieur de cadres et de possibilités prévues par l'hérédité sociale, les règles implicites ou enseignées, l'encadrement politique et social. Jacques Lacan relisait dans le même temps les ouvrages de Freud et de Jung pour appliquer à la psychanalyse les méthodes structuralistes. Roland Barthes , dans Système de la mode (1967), considère que la mode est un système et s'y plier démontre obéir à ses règles. A ce propos, à la fois pour se faire plaisir et se décomplexer, lisez l'intelligent et drôle Petite philosophie du shopping de Frédérique Pernin.

Le structuralisme a été vécu, dans les années 1960, comme une alternative au marxisme, proposant une vision nouvelle de l'homme et du monde, même si Lévi-Strauss refusait l'idée qu'il propose un message et que Foucault raisonnait en philosophe sur les sciences humaines, et non l'inverse. Mai 1968 verra ses fondements méthodologiques et son influence intellectuelle décliner, mais il reste un moment majeur de l'histoire intellectuelle du XX° siècle.

Pour aller plus loin, le petit Que sais-je de Jean Piaget sur le Structuralisme est à lire et conserver dans sa bibliothèque. 

Les Terminales, lors du chapitre sur « Economie, culture et société en France depuis 1945 » s'y réfèreront parfois.

Bonne lecture !

Hugo Billard


Publié le 19 septembre 2006 par Hugo Billard dans Comprendre,Lire

La mondialisation, suite

Un certain nombre de commentaires et de mails m'incitent à compléter l'article précédent sur la mondialisation.

Le livre de Laurent Ferri Le livre de Laurent Ferri a pour avantage de présenter une anthologie de documents qui reflètent selon les cas l'enthousiasme ou le refus nostalgique face à un espace dont les frontières s'étendent. Sénèque et Ibn Battuta se font l'écho d'un effacement des frontières du monde dans lequel ils avaient été éduqués, l'un pour regretter les valeurs du temps passé, l'autre pour s'émerveiller des contrées nouvelles qu'il visite. Mais à l'échelle géographique, on passe au maximum du régional au continental…

Mais qu'entend-t'on AUJOURD'HUI, et singulièrement dans les lycées, par mondialisation?

Dans son annuaire de sites commentés Clioweb, Daniel Letouzey amène à un lien qui y répond. L'émission Planète Terre, à podcaster, sur France Culture: les géographes Laurent Carroué et Christian Grataloup y refont l'histoire de l'idée de mondialisation: ils réservent le terme de mondialisation aux aspects économiques, politiques et géopolitiques sur l'étendue de la planète, et celui de globalisation (anglicisme) à "l'étude et l'analyse des phénomènes affectant le fonctionnement du globe dans une interrelation entre le milieu et les sociétés humaines" (gestion de l'eau, de la pêche, du bois, des minerais, etc.). On peut en discuter… l'utilisation du terme "globalisation financière" est-il alors un abus de langage?

Un article du même Ch. Grataloup dans les cafés géo rend hommage à Olivier Dollfus, et définit son concept de système-monde, c'est-à-dire "un méta-système géographique, un système de systèmes. On peut comprendre la formule comme un emboîtement de systèmes socio-économiques de niveaux inférieurs mais inter-reliés", un système qui constate une interdépendance accrue entre acteurs spatiaux à différentes échelles.

Enfin un brin de surf nous mène à un autre concept lié à la mondialisation, celui de "village planétaire", qui connaît aujourd'hui ses variantes de "village global", "village mondial", etc. Ce concept a été forgé en 1971 par le sociologue canadien et théoricien des usages médiatiques Herbert Marshall McLuhan, dans son Guerre et Paix dans le village planétaire. Il est devenu une star dans son pays quand dans le même temps nous érigions en idoles intellectuelles un Jean-Paul Sartre ou un Michel Foucault. Pour lui, les médias sont les premiers vecteurs de l'interdépendance en temps d'accélération des échanges d'information; il appelle donc (déjà?) à prêter attention à quelques tendances médiatiques: le plus développé techniquement d'entre eux entraîne tous les autres (l'imitation est la règle, l'innovation l'exception), le contenant et l'apparence sont à prendre en compte au moins autant que le contenu (marketing médiatique), l'économique a tendance à faire cavalier seul… autant d'idées encore d'actualité si l'on décortique nos médias contemporains. Le concept de "village mondial" est donc à réserver aux aspects médiatiques de l'accélération des échanges à l'échelle de la planète.

Pour finir et achever là, dans sa Géographie de la mondialisation, Laurent CARROUE définit le terme comme "le processus historique d'extension progressive du système capitaliste dans l'espace géographique mondial" (p.4). Echelle mondiale, thème économique, tout va bien. Mais le processus historique? Deux étapes: "Cette dynamique historique et géographique (…) apparaît au XV° siècle avec les Grandes Découvertes et traverse des phases successives de développement (deuxième vague entre 1840 et 1914) puis de crise et de repli (dans l'entre-deux-guerres). (…) Dans la seconde moitié du XX° siècle, la principale rupture historique consiste en la fusion progressive des économies-monde en une seule économie-monde de plus en plus intégrée qui développe ses structures sur l'ensemble de l'espace planétaire." (p.5) Et c'est là que l'on commence à parler de globalisation… et c'est là que les historiens commencent à s'étriper…

Ouf! A compléter et affiner, j'attends vos commentaires!

Hugo Billard


Publié le 14 septembre 2006 par Hugo Billard dans Comprendre,Lire

Mondialisation

mondialisation-rue-mouffetard.jpegQu’est-ce que la mondialisation ?

Pour le géographe français Olivier DOLLFUS, la mondialisation est « l’échange généralisé entre les différentes parties de la planète, l’espace mondial étant alors l’espace de transaction de l’humanité » (in La mondialisation, Presses de Sciences Po, 2001, p.8-9).

Est-ce nouveau ?

Non, répond Laurent FERRI dans son anthologie De Sénèque à Lévi-Strauss, ils racontent la mondialisation (Editions Saint-Simon, 2005). Par exemple, le philosophe stoïcien Sénèque se lamentait déjà, tel un José Bové bougon de la Rome antique, dans sa tragédie Médée (60 ap. J.-C.): « Nos ancêtres ont connu le temps de l’innocence, ils étaient sans malice, chacun restait paisiblement chez soi, vieillissant sur le champ de ses aïeux (…) En ce temps-là le monde était multiple, ailleurs était vraiment multiple (…) Toutes les barrières ont été bousculées, sur les terres vierges sont édifiées des villes, le monde est sillonné de routes, tout bouge, rien n’est resté de l’ordre de jadis«  (p.20).

En guise d’illustration, la photographie (© Hugo Billard) est celle de la devanture d’un restaurant parisien (« le Café de New York », 68 rue Mouffetard) qui semble avoir absorbé tout ce que la mondialisation culinaire semble proposer au globe-trotter affamé.

A bientôt

Hugo Billard


Publié le 12 septembre 2006 par Hugo Billard dans Comprendre,Lire

911 Traité de Saint-Clair-sur-Epte : naissance de la Normandie

Traité entre les Vikings et le roi de France Depuis le début du IX° siècle, les Vikings, ou Scandinaves, ou Nord-Men (Normands), alternent entre commerce et pillage sur les côtes et le long des fleuves de France. Le traité de Saint-Clair-sur-Epte, en 911, les sédentarise dans toute la région en aval de la Seine qui prendra le nom de Normandie.

Que se passe-t-il à l’époque? Quels sont les faits? Qu’en reste-t-il?

Pour aller plus loin, lire ICI .

Bonne lecture

Hugo Billard


Publié le 12 septembre 2006 par Hugo Billard dans Non classé

Günter Grass, suite encore…

DERNIERE MINUTE: l'interview de Günter Grass par le grand quotidien espagnol El Pais ce 10 septembre, à lire en espagnol ICI.En pelant les oignons (2006)

Günter Grass revient sur son histoire et sur la polémique qui a défrayé la chronique européenne en août. Pour ceux qui n'ont pas suivi l'affaire, lire ici l'épisode 1 puis lire là l'épisode 2.

Extraits de l'interview à propos de son statut de grand intellectuel, conscience de l'Allemagne d'aujourd'hui: "Je n'ai jamais voulu devenir une institution, j'ai toujours seulement voulu défendre mon point de vue de citoyen" et "la mémoire embellit et simplifie des questions complexes pour les rendre racontables".

A propos de son entrée dans la Waffen-SS: "Je ne pouvais pas le raconter par une confession publique. Ceci devait être expliqué dans son contexte, et ceci passe par le livre." Le détail des questions et réponses revient sur le livre, la polémique de l'interview dans le FAZ, les réactions en Allemagne, les soutiens, la difficulté de l'écriture, les rapports entre mémoire de l'histoire et mémoire individuelle, et présente sous un jour nouveau certains aspects de l'histoire intellectuelle de l'Allemagne depuis 1945.

A lire!

Vivement la traduction de "En pelant les oignons " en Français… ce sera, d'après les bruits du net (le site du journal suisse Le Temps), en septembre 2007. Merci à Pierre Assouline d'avoir sur son blog signalé la parution de l'interview de GG.

Hugo Billard


Publié le 10 septembre 2006 par Hugo Billard dans Actualité,Lire