le jardin des retours

La mondialisation est-elle terminée ?

 Le site des Cafés Géo revient sur l’idée de mondialisation à partir de nombreux écrits récents sur le fonctionnement du système-monde. J’ai déjà abordé le thème ici (le principe) et (le fonctionnement).

Gilles Fumey écrit: « La première mondialisation qui avait vu au 19e siècle les capitaux, l’information et les réseaux se multiplier considérablement a connu une euphorie à la Belle Époque. Avant que la guerre et la Grande dépression des années trente sonnent le repli sur soi et le protectionnisme jusque dans les années soixante-dix. Aujourd’hui, les conflits localisés entament la mondialisation actuelle. Le protectionnisme refait surface. La Chine et le Brésil apprennent à se passer des pays riches. Le moteur de la Triade est en panne. La mondialisation pourrait bien être terminée. »

Pour comprendre que la mondialisation pourrait être terminée – provocation dont on peut discuter ici – le mieux est de lire le papier de Gilles Fumey , et de compléter par la lecture du dossier Mondialisation (aller en bas de la page en lien) du site des Cafés Géo.

Les élèves de Terminale et des classes préparatoires y trouveront ample matière à réflexions, à cogitations cérébrales intenses… et à rêveries.

Bonne lecture

Hugo Billard


Publié le 25 octobre 2006 par Hugo Billard dans Comprendre,sur le net

Budapest 1956, « première révolution antitotalitaire »

budapest1956.jpg La Hongrie commémore ces jours-ci la révolte anticommuniste de 1956, dans des conditions troublées.
La révolte des Hongrois, et principalement des habitants de Budapest, contre leur régime communiste, s'inscrit dans un contexte précis: communiste depuis 1948, la Hongrie a vécu la mort de Staline en 1953 avec l'espoir d'un retour à une liberté politique et économique perdue. Mais les dirigeants communistes hongrois ont écarté les dirigeants prônant l'ouverture, comme Imre Nagy, et les ont remplacé par des staliniens. Le pays a adhéré en 1955 au Pacte de Varsovie (union des armées d'Europe de l'Est sous direction de l'URSS) et se trouve officiellement sous "protection militaire" de l'Armée Rouge. En février 1956 le dirigeant soviétique Nikita Krouchtchev appelle à une déstalinisation des institutions et des comportements. L'été 1956 voit une grève générale manquer emporter le régime communiste en Pologne. La contagion gagne en Hongrie. 

 Entre le 23 octobre et le 5 novembre 1956 vont se développer à Budapest des manifestations antigouvernementales massives venues du monde étudiant, ouvrier, militaire, puis intellectuel, sont lancés des appels au calme, puis se succèdent retour des manifestants, changement de gouvernement, retour d'Imre Nagy au pouvoir, appel à la fin du communisme en Hongrie, entrée, retrait puis retour de l'Armée Rouge dans le ville le 4 novembre. Pendant ce temps les médias du monde entier sont occupés à suivre la crise de Suez et les Etats-Unis ne veulent pas intervenir en Hongrie à cause de la doctrine de la "coexistence pacifique" qui se formalise à ce moment-là (chacun des deux Grands fait dans son bloc ce qu'il entend faire sans réaction directe de l'autre Grand).

Résultat: après les 2000 morts et 13000 blessés hongrois de la bataille du 4 novembre (contre 285 blindés incendiés et 7000 morts dans l'Armée Rouge), la répression sera féroce: 16000 déportations dans les goulags soviétiques, 300 condamnations à mort (dont Imre Nagy), 160000 Hongrois fuient le pays vers Vienne, dont 100000 habitants de Budapest.

Le site celebratingfreedom1956.org reprend de nombreuses photographies de l'époque (à écouter autant qu'à regarder).

La secousse sera forte à l'Ouest; une grande partie des intellectuels "compagnons de route" des partis communistes, comme Jean-Paul Sartre en France, quittent avec fracas un parti qu'ils qualifient de "totalitaire". Sartre rompt avec le Parti communiste mais ne rompt pas avec le marxisme, mais d'autres le feront dès ce moment, comme François Furet, Emmanuel Le Roy Ladurie, Annie Kriegel, qui deviendront des grands historiens des comportements politiques.

Alors pourquoi la commémoration qui a lieu ces jours-ci en Hongrie se déroule-t-elle dans une atmosphère tendue alors qu'elle devrait unifier les Hongrois? Il y a quelques semaines, le premier ministre hongrois a avoué dans une réunion semi-publique avoir menti lors de la campagne électorale sur l'état économique et social réel du pays. Ce mensonge avoué a été la première étape d'un grand mouvement antigouvernemental de l'opposition, qui a organisé de grandes manifestations tendues à Budapest, en faisant référence aux mensonges des gouvernements communistes qui avaient précédé 1956. Ou comment utiliser le passé à des fins politiques…

 Pour revenir sur l'histoire de l'insurrection de Budapest, qualifiée par le philosophe Raymond Aron et l'historien François Fejtö comme la "première révolution antitotalitaire", un certain nombre d'articles ont paru dans la presse pour rappeller les faits: Jean Sévillia dans Le Figaro, raconte et donne une chronologie des faits; Jenö Sujanszky raconte comment, petit hongrois, il a vécu les événements.

Pour aller plus loin, les éditions Biro ont publié un très beau livre de photographies d'Erich Lessing (voir à droite), reprises sur le site du Monde et commentées notamment par le grand historien de la Hongrie qu'est François Fejtö. Le Nouvel Observateur a publié une entrevue avec lui dans laquelle il revient sur les événements comme témoin et comme historien. On peut lire de lui 1956, Budapest, l'insurrection (quelques euros, éditions Complexe). Un livre précis, efficace et clair sur le sujet.

 En 1959 le journaliste français Pierre Desgraupes avait réalisé un reportage sur le sort des réfugiés hongrois à la frontière autrichienne; il y revient sur l'insurrection de 1956. L'INA permet sur son site de visualiser ce reportage (durée: 4 minutes gratuites sur un reportage de 15 minutes).

Bonne lecture

Hugo Billard 


Publié le 24 octobre 2006 par Hugo Billard dans Actualité,Comprendre

Le canal de Panama est-il français?

 Aujourd'hui les Panaméens votent par référendum pour ou contre l'élargissement des 80 km du canal qui coupe leur pays en deux et qui est leur principale source de richesse. Ce canal permet aux navires en provenance de l'Atlantique ou du Pacifique de ne pas passer par Ushuaïa et le cap Horn pour se rendre de l'autre côté. Si le référendum est adopté, la capacité du canal doublerait d'ici 2014.

Si le canal de Panama est panaméen aujourd'hui, son projet est d'origine française! Après le succès de la construction du Canal de Suez, Ferdinand de Lesseps voulait faire encore plus fort. Le projet est initié en 1880 mais abandonné 9 ans plus tard à la suite d'un immense scandale politico-financier qui a fait trembler sur ses bases la III° République. Les Américains ont pris le relais en 1904. Achevé en 1913, le chantier a finalement coûté 375 millions de dollars et a fait 25000 morts; les conditions de travail, dans la jungle et dans les marais, étaient très éprouvantes (litote). Les Américains ont rendu aux Panaméens l'exploitation du canal en 1999.

Pour en savoir plus, voir le plan en coupe du Canal sur le site du Monde, des photos historiques disponibles sur le site officiel du Canal de Panama (en anglais ou en espagnol ).

DERNIERE MINUTE: Les Panaméens ont approuvé à 79% le projet d'élargissement du canal. Mais seuls 44% des électeurs ont voté. Ce qui promet de belles oppositions, notamment écologistes, dans les années qui viennent.  

A bientôt

Hugo Billard


Publié le 22 octobre 2006 par Hugo Billard dans Actualité,Comprendre

Saint John Perse

 Saint-John-Perse va revenir à la mode. Il est au programme de l'agrégation de lettres cette année. Peut-on écrire la géohistoire d'un poète?

Le diplomate français Marie-René-Auguste-Alexis Saint-Léger, dit Alexis Léger a pris le pseudonyme poétique de Saint John Perse . Il est né et a passé son enfance en Guadeloupe, à Pointe-à-Pitre. Sa poésie s'inspire en partie de cette matrice infantile, notamment dans Eloges (1911); le Musée Saint-John-Perse de Pointe-à-Pitre en révèle de nombreux aspects. En poste en Chine d'abord puis Secrétaire général du Ministère des Affaires étrangères de 1933 à 1940, il a été amené à connaître et gérer toutes les crises internationales qui ont vu l'accès au pouvoir de Hitler et la montée en puissance des régimes totalitaires jusqu'au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Exilé en 1940 aux Etats-Unis, et malgré les sollicitations de De Gaulle, il ne reviendra en France qu'en 1957. Pendant ce temps, il ne cesse d'écrire et de publier.

Pourtant le site Histoire et Société des 3A le rappelle: "la poésie de l'Homme, né à la Guadeloupe, est difficile. Le poète est très peu connu. Le diplomate encore moins." L'inscription de l'oeuvre de Saint John Perse au prestigieux concours de l'agrégation de lettres montre la volonté de dépasser l'image compliquée de sa poésie.

Le prix nobel décerné en 1960 sanctionne près d'un demi-siècle consacré à la construction de son oeuvre littéraire. Le Nobel lui est décerné "pour l'envol et l'imaginaire évocateur dans lequel sur un mode visionnaire il reflète les conditions de notre temps". Mais pourquoi les explications du Comité Nobel sont-elles toujours aussi absconses? Le mieux, pour le comprendre, est de retourner aux sources de sa poésie: son discours de réception du Prix Nobel est en lui-même un poème résumant sa vision du monde et de la poésie (à écouter ici).

 Dans un autre discours, conjoint avec Malraux, en 1960, il définit la poésie comme "animatrice du monde des vivants et gardienne la plus sûre de l'héritage des morts" (lien vidéo vers l'INA). Si l'on considère la géographie de son imaginaire, elle est puisée aux sources de l'histoire, mais sa géographie poétique est surtout issue d'un imaginaire mental, comme il existe des cartes du Tendre, que chacun peut se construire à la lecture de ses poésies. Gageons que l'excellent site des Weblettres fera son miel des oeuvres de Saint John Perse.

Dans Anabase (1924), Saint John Perse publie ce poème, "Aux pays fréquentés" :

"Aux pays fréquentés sont les plus grands silences, aux pays fréquentés de criquets à midi.
Je marche, vous marchez dans un pays de hautes pentes à mélisses, où l'on met à sécher la lessive des Grands.
Nous enjambons la robe de la Reine, toute en dentelle avec deux bandes de couleur bise (ah ! que l'acide corps de femme sait tacher une robe à l'endroit de l'aisselle !)
Nous enjambons la robe de Sa fille, toute en dentelle avec deux bandes de couleur vive (ah ! que la langue du lézard sait cueillir les fourmis à l'endroit de l'aisselle !)
Et peut-être le jour ne s'écoule-t-il point qu'un même homme n'ait brûlé pour une femme et pour sa fille.
Rire savant des morts, qu'on nous pèle ces fruits !… Eh quoi ! n'est-il plus grâce au monde sous la robe sauvage ?
Il vient, de ce côté du monde, un grand mal violet sur les eaux. Le vent se lève. Vent de mer. Et la lessive repart ! comme un prêtre mis en pièces… "

Merci à Ambre Troizat d'avoir suggéré le thème de cet article. 

Et pour tous ceux qui préparent le Capes et l'agrégation de lettres, précipitez-vous pour mettre en lien ce site qui vous sera bien utile – et bon courage! 

Bonne lecture

Hugo Billard


Publié le 17 octobre 2006 par Hugo Billard dans Lire,sur le net

Le Nobel de la Paix pour l’inventeur du micro-crédit

 Mohammed Yunus et sa Grameen Bank (Bangladesh) ont obtenu vendredi le prix Nobel de la paix pour avoir "créé du développement économique et social en partant de peu" (lien en anglais).

Le professeur d'économie bengladais Mohammed Yunus a utilisé à partir de 1976 le système du micro-crédit en prêtant à de très faibles taux d'intérêt de petites sommes d'argent à des tresseurs de panier pour les aider à monter leurs entreprises. Il fonde en 1983 la Grameen Bank dont la vocation est le micro-crédit pour des gens qui n'ont pas de comptes bancaires ou que la pauvreté coupe du système de prêt bancaire classique. Aujourd'hui sa banque emploie 12000 personnes et possède 1400 succursales. 

Les banques de micro-crédit se développent dans les pays du Sud depuis une quinzaine d'années, sur le modèle de la Grameen Bank (grameen signifie "village"). Leurs prêts varient entre 25 et 10000 dollars, profitent aujourd'hui à plus de 60 millions de personnes dans le monde. Mais les besoins sont énormes: près d'un demi-milliard de personnes sont en attente de micro-financement , et la moitié de la population mondiale n'a pas accès aux services bancaires classiques.

Ces micro-prêts sont utiles d'abord parce qu'ils permettent à des gens pauvres de créer ou de développer une petite entreprise, un commerce, un artisanat, à l'aide de ces petites sommes d'argent prêtées à 2% de taux d'intérêt (au marché noir les prêts ont des taux frôlant les 175%). Ils nécessitent néanmoins des garanties collectives: les emprunts sont souvent faits à plusieurs – entre 3 et 10 personnes au Brésil où le CrédiAmigo de Fortaleza prête ainsi en obtenant un taux de remboursement de 99% (la pression du groupe pousse au respect des règles). Plus de 80% des emprunts dans cette institution brésilienne sont de moins de 370 euros, pour un remboursement effectué en moins de 6 mois. Les besoins sont immenses: le gouvernement brésilien pousse les grandes banques à s'intéresser au micro-crédit, sans grand succès pour l'instant.

Ils sont utiles ensuite parce qu'ils contribuent à un assainissement de la circulation de l'argent: moins de marché noir, moins de criminalité, plus d'intégration dans les circuits commerciaux légaux. Enfin, 95% des emprunteurs sont des emprunteuses : l'amélioration des conditions de vie des femmes a ainsi des conséquences directes sur la qualité de l'alimentation et le niveau de scolarisation des enfants. Emprunter pour acheter une machine à coudre, un bac à shampooing, une machine à écrire, une mobylette de livraison, permet d'assurer l'essentiel d'une petite entreprise.

Les conditions du développement sont permises. 

On a appelé Mohammed Yunus le "banquier des pauvres". Si ce système de micro-crédit se développe, il permet aussi de donner une nouvelle image du capitalisme mondialisé: "le monde occidental a une définition très étroite du capitalisme. Dans le système actuel, il faut être très avide pour être bien positionné. (…) Il ne s'agit pas d'être contre, mais de proposer des solutions. Je ne suis pas contre la mondialisation. Je crois en la liberté du marché. Celui-ci n'est pas sale. Je suis persuadé qu'il peut favoriser l'émergence d'une génération d'entrepreneurs sociaux, plus intéressés par le bien-être collectif que par un jeu très personnel" (interview au Monde, 28 février 2004 ).

Ces idées rejoignent celles de l'Indo-britannique Amartya Sen , prix Nobel d'économie en 1998, qui développe l'idée que le capitalisme a une dimension philosophique (la liberté des échanges implique une responsabilité sociale), et que le marché peut être un facteur d'intégration et d'enrichissement des pauvres si son fonctionnement s'inspire des idées de tous (lire L'économie est une science morale ). Le succès du micro-crédit paraît lui donner raison.

Bonne lecture

Hugo Billard 


Publié le 15 octobre 2006 par Hugo Billard dans Actualité,Comprendre

Le prix Nobel de littérature pour l’écrivain turc Orhan Pamuk

 Le prix Nobel de littérature vient d'être décerné à l'écrivain turc Orhan Pamuk."qui dans sa quête de l'âme mélancolique de sa ville natale a découvert de nouveaux moyens d'exprimer l'affrontement et l'interpénétration entre les cultures".

Orhan Pamuk est un écrivain qui a eu pour obsession la question de la mémoire de la Turquie, notamment à propos du génocide arménien . Un procès contre ses écrits et déclarations, en Turquie, a été abandonné en février 2006 après que l'UE a fait pression sur la Turquie. Lire Neige, publié par Gallimard, son dernier roman paru en français (prix Médicis étranger en 2006), mais aussi Mon nom est rouge ou Le livre noir.

Le contexte en France – la loi votée cette nuit qui réprime le négationnisme du génocide arménien – donne à ce prix un poids supplémentaire en Turquie.

Nous en reparlerons. En attendant, pour un regard incisif, attachant et drôle sur Pamuk, la Turquie, l'UE et la littérature, lire le billet de Pierre Assouline "Orhan Pamuk, ambassadeur de sa Turquie" (sur son blog, à la date du 12 octobre 2006). Je suis d'accord avec tout ce qu'il a écrit.

Bonne lecture

Hugo Billard


Publié le 12 octobre 2006 par Hugo Billard dans Actualité,Comprendre

Anna Politkovskaia (suite)

Pour compléter l'article précédent sur la journaliste russe Anna Politkovskaia assassinée samedi, une caricature de Haddad, dans le journal Al-Hayat de Londres, reprise sur le site du Courrier international.

Bonne lecture

Hugo Billard


Publié le 10 octobre 2006 par Hugo Billard dans Actualité,Comprendre

Anna Politkovskaïa

 La journaliste russe Anna Politkovskaïa est morte, assassinée dans le hall de son immeuble, samedi, à Moscou. Depuis les médias du monde entier la présentent comme une icône de la liberté de la presse, et les critiques contre le président russe Vladimir Poutine n'ont jamais été aussi cinglantes. Pourquoi?

Anna Politkovskaia était une journaliste d'investigation, c'est-à-dire que l'essentiel de son travail consistait à se rendre sur le terrain, à constater et confronter des phénomènes et des témoignages, à les comprendre, à les expliquer à ses lecteurs et au besoin à dénoncer des situations. Bref, elle menait son travail comme Albert Londres: pour "porter la plume dans la plaie".

Son principal champ d'enquête, la politique russe, l'a menée à effectuer une série de reportages sur les actions politiques et militaires de Moscou dans la petite république de Tchétchénie . La Russie est une fédération de Républiques, la Tchétchénie est une des plus petites d'entre elles. Un mouvement séparatiste avait proclamé en 1991 l'indépendance de cette petite républiques voisine de la Géorgie et de la Mer Caspienne. Une série de guerres s'en est suivie (1994-1995, 1999-2001) entre la Fédération de Russie et ces séparatistes liés à des groupes terroristes et islamistes. Ces guerres successives ont fait plusieurs dizaines de milliers de morts et ont déplacé près de 350 000 personnes. La "pacification" de la Tchétchénie a donné lieu à un grand nombre d'exactions, d'emprisonnements, d'actes de torture, de trafics, de corruption à grand échelle, dans un mépris généralisé des droits humains, mêlant les autorités locales, les responsables militaires et économiques tchétchènes, et les responsables politiques et militaires de Moscou. C'est au moment où devait paraître dans le journal Novaïa Gazeta une grande enquête d'Anna Politkovskaïa sur les réseaux de corruption en Russie qu'elle a été assassinée.

Ses enquêtes de terrain et son statut d'ovni dans une presse russe plutôt apathique, pratiquant l'autocensure, en ont fait, de son vivant, une journaliste reconnue et saluée à l'étranger. En Russie elle avait échappé à deux tentatives d'empoisonnement, notamment parce qu'elle avait cherché à servir d'intermédiaire lors de négociations avec des preneurs d'otages (en 2002 à Moscou au théâtre de la Doubrovka et en 2004 à Beslan dans une école). Elle gênait les réseaux de corruption et les pouvoirs en place. Les réactions des organes de presse et des gouvernements de beaucoup des grands pays du monde ont poussé le gouvernement russe à promettre une enquête. Mais le classement de Reporters Sans Frontières sur l'état de la liberté de la presse place la Russie à la 138e place des Etats les plus dangereux pour les journalistes (sur 167; le 167e est la Corée du Nord). La liberté d'investigation des journalistes donc les libertés individuelles des citoyens ne semblent ne pas être une priorité du pouvoir de Vladimir Poutine.

Anna Politkovskaia avait publié plusieurs livres en français, dont "Douloureuse Russie. Journal d'une femme en colère " dans lequel elle répondait à la question "Ai-je peur?": "L'Etat liquidera ou empoisonnera tous ceux qui ne sont pas "les nôtres" (…) Je refuse de me cacher et d'attendre dans ma cuisine des jours meilleurs, comme le font les autres" (phrase reprise dans l'article que Le Monde lui a consacré aujourd'hui).  Le Monde daté du 11 octobre 2006 publie des extraits frappants de "Douloureuse Russie" (lire notamment le dialogue surréaliste entre elle et Ramzan Kadyrov, l'homme fort de Tchétchénie, un homme brutal contrôlé par Moscou… ça en dit long sur les risques qu'elle prenait dans son travail de journaliste).

Pour aller plus loin – notamment pour les Terminales qui ont la Russie dans leurs programmes d'histoire et de géographie – le site Géoconfluences propose un dossier clair et complet sur la géographie de la Russie et un numéro de l'excellent émission Le Dessous des Cartes était en 2000 consacré à la Russie : Jean-Christophe Victor y revenait longuement, à l'aide de cartes, sur la guerre en Tchétchénie.

La liberté de la presse est une des libertés fondamentales. La liberté du travail des journalistes une des garanties de la liberté d'opinion des citoyens. La presse doit sans cesse lutter contre les censures extérieures et aussi contre les autocensures. Au rédacteur en chef qui lui reprochait qu'un de ses articles sur les industries de la Ruhr n'était pas "dans la ligne du journal", Albert Londres aurait répondu "Un reporter, Monsieur, ne connaît qu'une ligne: celle du chemin de fer"

Bonne lecture

Hugo Billard


Publié le 10 octobre 2006 par Hugo Billard dans Actualité,Comprendre

1973 Dumézil et l’hypothèse indo-européenne

 L’idée indo-européenne repose d’abord sur une hypothèse, celle de la parenté entre nombre de langues dans une aire géographique qui s’étend d’Europe de l’Ouest jusqu’en Inde.

Le linguiste et philologue Georges Dumézil en a été le théoricien. La publication en 1973 du 3e tome de son Mythe et Epopée, une immense fresque comparative des mythes, contes et légendes européennes et asiatiques (1500 pages!), relance l’idée d’une origine indo-européenne de la civilisation européenne ; cette idée a été placée en opposition partielle à l’héritage biblico-gréco-romain, même si Dumézil n’a jamais été jusque-là.

Pour aller plus loin, lire la « Chronique de la France  » consacrée au sujet.

Bonne lecture

Hugo Billard


Publié le 8 octobre 2006 par Hugo Billard dans Comprendre,Lire

Web et Histoire de l’immigration en France: les Italiens

Le Web propose deux sources inestimables pour comprendre l'histoire de l'immigration en France: l'INA et la Cité de l'Immigration . L'INA propose depuis quelques semaines en accès libre des milliers d'enregistrements radio et télé. La Cité nationale de l'histoire de l'Immigration met progressivement en ligne documents, films et dossiers sur l'histoire de l'immigration et des immigrés en France.

Un film de la Cité de l'Immigration présente une histoire générale de l'immigration en France, très bien illustrée, qui présente le contexte dans lequel les migrations se sont déroulées.

immigresitaliens.jpg Un exemple ici: des FILMS sur l'immigration italienne entre les années 1850 et les années 1930 (la deuxième révolution industrielle). L'émission Géopolis n°49 de novembre 1993 dressait un tableau des conditions de vie des migrants italiens en France à partir de 1851 et dans les années 1920 . Le tout est expliqué par l'historien Pierre Milza . Chacun de ces trois films, de quelques minutes, brosse un tableau clair, accessible et richement illustré d'un phénomène encore mal connu et sujet à tous les fantasmes dans l'esprit du grand public. Permettre ainsi l'accès gratuit à ces archives est une belle oeuvre de service au public.

Pour aller plus loin, les rendez-vous de l'histoire de Blois, en 2002, avaient consacré leur thème à l'Etranger; une page de liens consacrés à l'immigration italienne sur le net y est disponible, grâce au travail de Daniel Letouzey et de l'APHG de Caen.

Les élèves des classes de Première STG, y trouveront d'utiles références pour leur étude de cas "Immigration et immigrants", et ceux des Première L, ES & S de nombreux exemples pour leur étude de la construction de la République et de la Révolution industrielle. 

Bon surf et bonne lecture

Hugo Billard


Publié le 8 octobre 2006 par Hugo Billard dans sur le net