La Hongrie commémore ces jours-ci la révolte anticommuniste de 1956, dans des conditions troublées.
La révolte des Hongrois, et principalement des habitants de Budapest, contre leur régime communiste, s'inscrit dans un contexte précis: communiste depuis 1948, la Hongrie a vécu la mort de Staline en 1953 avec l'espoir d'un retour à une liberté politique et économique perdue. Mais les dirigeants communistes hongrois ont écarté les dirigeants prônant l'ouverture, comme Imre Nagy, et les ont remplacé par des staliniens. Le pays a adhéré en 1955 au Pacte de Varsovie (union des armées d'Europe de l'Est sous direction de l'URSS) et se trouve officiellement sous "protection militaire" de l'Armée Rouge. En février 1956 le dirigeant soviétique Nikita Krouchtchev appelle à une déstalinisation des institutions et des comportements. L'été 1956 voit une grève générale manquer emporter le régime communiste en Pologne. La contagion gagne en Hongrie.
Entre le 23 octobre et le 5 novembre 1956 vont se développer à Budapest des manifestations antigouvernementales massives venues du monde étudiant, ouvrier, militaire, puis intellectuel, sont lancés des appels au calme, puis se succèdent retour des manifestants, changement de gouvernement, retour d'Imre Nagy au pouvoir, appel à la fin du communisme en Hongrie, entrée, retrait puis retour de l'Armée Rouge dans le ville le 4 novembre. Pendant ce temps les médias du monde entier sont occupés à suivre la crise de Suez et les Etats-Unis ne veulent pas intervenir en Hongrie à cause de la doctrine de la "coexistence pacifique" qui se formalise à ce moment-là (chacun des deux Grands fait dans son bloc ce qu'il entend faire sans réaction directe de l'autre Grand).
Résultat: après les 2000 morts et 13000 blessés hongrois de la bataille du 4 novembre (contre 285 blindés incendiés et 7000 morts dans l'Armée Rouge), la répression sera féroce: 16000 déportations dans les goulags soviétiques, 300 condamnations à mort (dont Imre Nagy), 160000 Hongrois fuient le pays vers Vienne, dont 100000 habitants de Budapest.
Le site celebratingfreedom1956.org reprend de nombreuses photographies de l'époque (à écouter autant qu'à regarder).
La secousse sera forte à l'Ouest; une grande partie des intellectuels "compagnons de route" des partis communistes, comme Jean-Paul Sartre en France, quittent avec fracas un parti qu'ils qualifient de "totalitaire". Sartre rompt avec le Parti communiste mais ne rompt pas avec le marxisme, mais d'autres le feront dès ce moment, comme François Furet, Emmanuel Le Roy Ladurie, Annie Kriegel, qui deviendront des grands historiens des comportements politiques.
Alors pourquoi la commémoration qui a lieu ces jours-ci en Hongrie se déroule-t-elle dans une atmosphère tendue alors qu'elle devrait unifier les Hongrois? Il y a quelques semaines, le premier ministre hongrois a avoué dans une réunion semi-publique avoir menti lors de la campagne électorale sur l'état économique et social réel du pays. Ce mensonge avoué a été la première étape d'un grand mouvement antigouvernemental de l'opposition, qui a organisé de grandes manifestations tendues à Budapest, en faisant référence aux mensonges des gouvernements communistes qui avaient précédé 1956. Ou comment utiliser le passé à des fins politiques…
Pour revenir sur l'histoire de l'insurrection de Budapest, qualifiée par le philosophe Raymond Aron et l'historien François Fejtö comme la "première révolution antitotalitaire", un certain nombre d'articles ont paru dans la presse pour rappeller les faits: Jean Sévillia dans Le Figaro, raconte et donne une chronologie des faits; Jenö Sujanszky raconte comment, petit hongrois, il a vécu les événements.
Pour aller plus loin, les éditions Biro ont publié un très beau livre de photographies d'Erich Lessing (voir à droite), reprises sur le site du Monde et commentées notamment par le grand historien de la Hongrie qu'est François Fejtö. Le Nouvel Observateur a publié une entrevue avec lui dans laquelle il revient sur les événements comme témoin et comme historien. On peut lire de lui 1956, Budapest, l'insurrection (quelques euros, éditions Complexe). Un livre précis, efficace et clair sur le sujet.
En 1959 le journaliste français Pierre Desgraupes avait réalisé un reportage sur le sort des réfugiés hongrois à la frontière autrichienne; il y revient sur l'insurrection de 1956. L'INA permet sur son site de visualiser ce reportage (durée: 4 minutes gratuites sur un reportage de 15 minutes).
Bonne lecture
Hugo Billard
Publié le 24 octobre 2006 par Hugo Billard dans
Actualité,
Comprendre