le jardin des retours

Mariage homosexuel en Afrique du Sud

h_4_homox1i1.jpgC'est fait! L'Afrique du Sud vient de légaliser le "partenariat civil" et le "mariage" entre deux personnes d'un même sexe. La loi s'applique à partir d'aujourd'hui 1er décembre 2006.

Cet événement s'inscrit dans une logique juridique: la Constitution sud-africaine de 1996 interdit toute discrimination fondée sur le sexe et sur l'orientation sexuelle. Le mariage était jusque-là défini comme l'union "d'un homme et d'une femme, à l'exclusion de tout autre". En 2005 la Cour constitutionnelle avait sommé les autorités de l'Etat de faire adopter une loi rendant conforme le mariage et le principe de non-discrimination sexuelle. Si les débats ont été houleux et si ce n'est pas le président mais la vice-présidente qui a signé la promulgation de la loi, ce changement législatif pose des questions à tous les pays concernés par les mêmes attendus.

Le Monde revient sur le contexte de cette légalisation du mariage homosexuel en Afrique du Sud. Valérie Hirsch, dans Libération, mardi 14 novembre, rappelait les réactions contrastées voire haineuses de certains dirigeants d'Etats voisins, et complétait les faits le lendemain. Elle fait de même sur RFI en insistant sur les réactions dans le pays, notamment dans les townships. Jeune Afrique et Habibou Bangré dans Afrik.com reviennent sur l'affaire.

i683111122zapiro.gifLe dessinateur Zapiro porte un regard acéré sur les hypocrisies habituelles lorsque l'on aborde le sujet du mariage homosexuel (source: courrierinternational.com ).

L'Organisation Mondiale de la Santé a supprimé l'homosexualité de la liste des maladies mentales en… 1990. Le regard porté sur l'homosexualité a depuis fait un pas important dans la reconnaissance, mais ce regard reste culturellement plutôt hostile sauf dans les grandes villes. L'évolution est lente, mais les modifications des législations suivent en partie les changements d'optique des populations. Sauf en Afrique du Sud, où le cas est forcé par la Cour constitutionnelle.

La loi française interdit la discrimination fondée sur le sexe et l'orientation sexuelle. Si le Pacs a été créé en 1999, rien n'empêche les autorités juridiques (Conseil d'Etat, Cour constitutionnelle) et judiciaires françaises (Cour de Cassation) de s'en saisir ou d'en être saisies. 

Le problème tourne toujours autour de la même question, que tout citoyen mais aussi les étudiants des classes prépa en philo et les lycéens en ECJS se posent : dans les actes politiques, faut-il suivre la majorité qui s'exprime (élection, médias, sondages) ou suivre ses propres idées au nom de la légitimité de l'élection? La question n'a jamais été aussi brûlante. J'attends vos réactions.

Bonne lecture

Hugo Billard


Publié le 30 novembre 2006 par Hugo Billard dans Actualité,Comprendre

Le Pape en Turquie (1)

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Mardi 28 novembre 2006 le pape Benoît XVI a rencontré le le directeur des affaires religieuses au sein du gouvernement turc Ali Bardakoglu.

Alors que les relations entre beaucoup de musulmans et le Pape n'étaient pas au beau fixe (relire le billet sur l'affaire du discours de Ratisbonne ), la visite de Benoît XVI en Turquie a donné lieu à des gestes symboliques comme celui de cette poignée de mains.

Le site du Monde propose des vidéos , des compte-rendus , des analyses, à lire avant de se faire un avis. Lire notamment ce qui a trait à la laïcité et aux religions en Turquie.

Pour le contexte local, lire les notes du blog "Au fil du Bosphore" de Guillaume Perrier.

Je reviendrai plus tard sur les enjeux de cette visite mais en attendant: que pensez-vous de cette affaire et de cette visite?

A bientôt

Hugo Billard


Publié le 30 novembre 2006 par Hugo Billard dans Actualité,Comprendre

L’Orient compliqué?

header.gif Ce billet non pas pour illustrer seulement l'expression "l'Orient compliqué" (Charles de Gaulle) mais pour pousser les lecteurs du blog à prendre 90 secondes de leur temps pour regarder défiler 5000 ans de l'histoire du Proche-Orient en une animation efficace – et à des échelles variables.

Cliquez sur http://www.mapsofwar.com/ind/imperial-history.html.

Il faudra revenir en détail sur toutes les étapes de cette animation. Ce sera pour de prochaines vacances… 

Merci à Caroline Jouneau-Sion et à son site http://cjouneau1.free.fr/ lié à l'excellent site des Clionautes (un bonjour particulier aux colistiers qui passeraient par ici), pour l'indication de cette animation.

Bonne lecture

Hugo Billard 


Publié le 29 novembre 2006 par Hugo Billard dans Comprendre

La France au Liban (1920-1946)

calevan.gif Pour les étudiants des classes prépas et les élèves des lycées qui travaillent sur l'histoire du Moyen Orient, des organisation internationales , de la colonisation et de la décolonisation, l'émission "2000 ans d'histoire" de Patrice Gélinet (France Inter) fait l'histoire du protectorat français sur le Liban (1920-1946), et aussi de la Syrie, des accords Sykes-Picot aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale.

picto_ecouter.gif A écouter aussi pendant l'émission, des extraits de "la croisière jaune" et de "Lawrence d'Arabie" – et en plus ça rend intelligent.

Bonne écoute. J'y reviendrai.

Hugo Billard


Publié le 28 novembre 2006 par Hugo Billard dans Comprendre

Tiers-Monde: un mot, un espace, une idée, une histoire

sauvy.JPG Le mot "tiers-monde" a été inventé par le démographe français Alfred Sauvy et utilisé pour la première fois le 14 août 1952 dans un article de France-Observateur intitulé "Trois mondes, une planète". Il regroupe tous les pays décolonisés et/ou non-alignés.

bandoung.gif Le tiers-monde s'oppose à ses origines au bloc de l'Est dirigé par l'URSS et au bloc de l'Ouest regroupé autour des Etats-Unis. L'idée d'un troisième groupe, dont les pays seraient non-alignés sur l'un ou l'autre Grands, émerge en 1955 lors de la conférence de Bandoung (Indonésie) . Cette conférence regroupe beaucoup des pays décolonisés récemment, qui en appellent à une troisième force pour peser sur les relations internationales.

Les différences de développement, le jeu des relations internationales après la crise de Suez et la crise de Cuba, enfin la guerre du Vietnam vont peser pour que beaucoup de ces non-alignés rejoignent finalement l'un ou l'autre bloc. Les conférences de Belgrade (1961) et la Tricontinentale (1966) ne seront que des réunions de principe, la conférence d'Alger en 1973 semble un sursaut, mais sans réels lendemains.

La fin de la guerre froide (1989-1991) transforme l'idée de tiers-monde; les pays en voie de développement ou moins avancés sont regroupés dans l'expression "les Suds" (un TB livre en lien), un espace très divers, spatialement décousu, sans voix propre, même s'il cherche des leaders, comme le Brésil, comme l'Inde, qui pourraient exprimer avec force l'idée que le décalage entre la Triade et le reste du monde est toujours béant.

Pour aller plus loin, un article d'Immanuel Wallerstein (en .pdf), paru dans Le Monde Diplomatique en 2000, revient sur l'évolution du mot et de l'idée de tiers-monde, entre Bandoung (1955), date de la fondation du groupe des non-alignés, et Seattle (2000), qui a vu une grande réunion des altermondialistes. Cette lecture, indiquée par le blog de Lyonel Kaufmann (une webographie en lien) sera particulièrement utile aux étudiants des classes préparatoires à la fois dans leur travail sur les relations internationales et sur la mondialisation, et aux élèves de Terminale y trouveront des explications et des cas propices à enrichir leurs notes et révisions.

Bonne lecture

Hugo Billard


Publié le 26 novembre 2006 par Hugo Billard dans Comprendre

Altermondialisation, altermondialisme

altermondialisme.jpg Dans la série des billets sur la mondialisation, son principe, son fonctionnement , son évolution , ses lieux, réseaux (voir pour cette notion le blog de Thomas ), inventeurs /innovateurs et penseurs , se poser la question de la remise en cause du principe ou du fonctionnement de la mondialisation n'est pas incongru. Deux livres du politologue Eddy Fougier présentent ce mouvement: Dictionnaire analytique de l'altermondialisme (chez Ellipses) et Altermondialisme, le nouveau mouvement d'émancipation? (chez Lignes de repères).

DEFINITION: On a donné le nom "antimondialiste" puis "altermondialiste" à ce mouvement assez disparate mais très visible dans les pays de la Triade depuis le début des années 1990 qui cherche à remettre en cause et réorganiser le fonctionnement, la hiérarchie, les rapports de force et les solidarités entre pays industrialisés et pays en voie de développement.

Dans "les enjeux internationaux ", Thierry Garcin est revenu sur le concept d'altermondialisme (écouter l'émission ici) avec Eddy Fougier (10 minutes). Du même auteur, lire sur le site de l'Institut Français des Relations Internationales (IFRI) le papier dans lequel il présente le concept et son livre.

Les messages politiques très disparates des tenants de l'altermondialisme brouillent les cartes. Le mieux est donc de lire des chercheurs (géographes, historiens, politologues, etc.). Le concept d'altermondialisme pose au moins trois questions à la mondialisation: la solidarité, la mobilité et le partage des ressources.

diamond_effondrement.jpg Pour la discussion du terme de solidarité Nord/Sud, voir le compte-rendu du livre dirigé par Yvette Veyret sur la question du développement durable (il ne peut y avoir croissance équitable sans s'assurer que le développement des pays du Sud soit pérenne). Pour la question de la mobilité lire le papier de Gorgia Ceriani sur le site des cafés-géo. Pour la question du partage des ressources énergétiques et de leurs déchets, lire le dernier billet sur la conférence de Nairobi .

Et si vous êtes sceptique sur la capacité des civilisations à s'autodétruire, je conseille fermement la lecture du livre de Jared Diamond, Effondrement. Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie (Gallimard, 2006).

J'extrais cette citation de la dernière page: Diamond s'interroge sur la capacité de notre monde contemporain à ne pas s'effondrer de lui-même. "la dernière raison d'espérer est l'interconnexion même du monde contemporain globalisé. Les sociétés du passé n'avaient ni archéologues ni médias d'information. (…) Aujourd'hui le flux d'informations nous apprend en temps réel ce qui advient partout dans le reste du monde. Par ailleurs nous accumulons des connaissances sur l'éffondrement des sociétés d'autrefois afin de tirer un bénéfice concret de ce savoir. Cette intelligence du temps et de l'espace d'hier à aujourd'hui c'est notre chance, dont aucune société passée n'a bénéficié à un tel degré" (p.582). De la mondialisation comme chance pour la survie de l'humanité?

L'altermondialisme est-il autre chose d'un avatar de la mondialisation? A discuter ici.

Bonne lecture

Hugo Billard


Publié le 21 novembre 2006 par Hugo Billard dans Comprendre

Conférence de Nairobi: climat et développement durable

h_9_ill_817605_rechauffement.jpg Après Rio en 1992, Kyoto en 1997, et quelques suites, la conférence de Nairobi (Kenya) sur le réchauffement climatique vient de se clore sur des résultats limités . Hervé Kempf dans Le Monde du 19 novembre 2006 dresse un bilan de la conférence et de ses résultats.

Comment gérer les émissions de CO2?

Le débat, politique et technique, est renvoyé à la conférence de 2007 : il a opposé les gros émetteurs de CO2, les pays industrialisés, producteurs de pétrole, mais aussi la Chine et l'Inde – dont les économies sont fondées sur le charbon -, aux pays en développement (dont le Brésil) qui font valoir les incertitudes technologique du CCS (une technologie de capture et de stockage du CO2) et leurs craintes que ces projets ne divertissent l'aide aux projets de développement durable. Mais pour beaucoup d'observateurs, il ne sera pas possible de réduire de 50 % les émissions de gaz à effet de serre dans le monde sans en passer par cette technologie. La date-butoir de 2012 pour que les pays industrialisés réduisent leurs émissions de gaz à effet de serre est en tout cas passée par pertes et profits…

h_9_ill_836155_nairobi01080890.jpg Comment répartir les efforts dans la lutte contre le réchauffement climatique sans empêcher les pays en voie de développement de se développer ?

La conférence a accouché d'une souris sous forme de constat: la déforestation dans les pays en développement représente de 20 à 25 % des émissions mondiales de CO2, soit davantage que l'ensemble des secteurs du transport (14 %), selon les chiffres donnés par le rapport Stern. Selon les participants il faut créer des structures qui permettent de diminuer la déforestation, parce qu'elle cause appauvrissement des sols et assèchement du milieu. En attendant on ne touche pas aux transports… et aucune mesure contraignante n'est adoptée.

Comment aider le continent africain à faire face?

La conférence fait un constat. La décrue des précipitations, déjà observée au XXe siècle, devrait se poursuivre. (…) La tendance dominante est… au réchauffement et à une baisse des précipitations qui devraient aggraver l'accès à l'eau. En 2025, quelque 480 millions d'Africains risquent de connaître de réelles difficultés parce qu'ils vivront dans des régions aux ressources en eau insuffisantes. 70 millions d'autres, vivant dans les zones côtières, devront sans doute les quitter, en 2080, du fait de la montée du niveau de la mer. Tout aussi grave, la superficie des terres souffrant de "graves limitations environnementales" devrait progresser au sud du Sahara, passant de 80 000 à 600 000 km2. Ainsi, "les impacts du changement climatique pourraient largement bloquer les efforts de développement dans des secteurs-clés".

Comment sur place lutter contre le réchauffement? Les instruments mis en place par le protocole de Kyoto ne semblent pas d'un grand secours pour l'Afrique. Il s'agit principalement du "mécanisme de développement propre" (MDP), par lequel des firmes occidentales financent des projets environnementaux dans des pays du Sud en échange de "crédits d'émission" à négocier sur le marché du CO2. Mais, sur plus de mille projets en cours, 9 seulement concernent des pays africains.

La montagne a accouché d'un mulot. Mais le rapport Stern (en anglais) , sur lequel se sont appuyés les participants, est riche d'enseignements sur l'état du réchauffement climatique.

Lire les analyses de Marlène Jaulin sur son TB blog Environnement

Quand à la notion de réchauffement climatique, elle reste discutée, malgré beaucoup de faits très concordants. Voir les liens vers Claude Allègre et le Conseil économique et social que notre Fabien Crégut national a mis sur son blog La Soupe Primitive.  

Bon courage aux étudiants des classes prépa et aux lycéens qui planchent sur la notion de développement durable… 

A suivre.

Bonne lecture

Hugo Billard 


Publié le 20 novembre 2006 par Hugo Billard dans Actualité,Comprendre

Milton Friedman: mondialisation, monétarisme et libre-échange

milton-friedman-1.jpg Dans la lignée des billets de ce blog consacrés à la mondialisation , la presse vient d'annoncer la mort du "pape" du libre-échange et du monétarisme , l'économiste états-unien Milton Friedman.

Né à New York en 1912 ce fils d'immigrés ukrainiens s'est vite fait un nom dans l'univers des économistes. Face aux théories de la monnaie faible et de l'intervention de l'Etat de John Maynard Keynes il pousse à l'inverse: désengagement de l'Etat dans l'économie, limitation des dépenses publiques notamment dans l'Etat-providence (éducation, santé, logement), le Welfare State mis en place par le New Deal de Roosevelt.

Fondateur de l'école de Chicago , un mouvement d'économistes très libéraux, proche de Hayek, ses idées vont influencer les doctrines de certains gouvernements: les Etats sud-américains, les Etats-Unis de Ronald Reagan dont il sera un des conseillers, le Royaume-Uni de Margaret Thatcher,… ses recherches lui valent de recevoir le "Prix de la Banque de Suède en sciences économiques à la mémoire d'Alfred Nobel", le "Nobel" de l'économie, en 1976.

Ses idées ont influencé une bonne partie des théories de la dérégulation et du libre-échange qui organisent en partie la mondialisation des échanges et la globalisation financière d'aujourd'hui. D'ailleurs la mondialisation est-elle terminée ?

Les idées de Friedman sont très utiles à la réflexion des étudiants des classes préparatoires dans leur étude de la mondialisation et de l'histoire intellectuelle du XX° siècle. Les Terminales y trouveront des éléments pour leurs cours sur le même thème et sur l'histoire économique du monde contemporain. Les Premières y trouveront des réponses aux idées de Keynes et du Welfare State qu'ils étudient dans le cours sur "l'âge industriel". 

A bientôt

Hugo Billard


Publié le 17 novembre 2006 par Hugo Billard dans Actualité,Comprendre

Un tunnel entre l’Europe et l’Afrique

gibraltar.jpgAlors que le journal El Pais en parlait dès le 19 octobre , la nouvelle vient seulement de faire le tour des médias généralistes: le projet de tunnel ferroviaire entre l'Espagne (Paloma) et le Maroc (Malabata) est à l'étude, en phase d'accélération. Si les financements sont bouclés, il y aura, dans 15/20 ans, un tunnel ferroviaire sous le détroit de Gibraltar. Comme le rappellait hier Robert Solé dans Le Monde, "la mode en ce moment étant plutôt aux murs de séparation, l'idée de relier l'Afrique à l'Europe mérite d'être saluée".

2gibraltar.jpg Ce projet a déjà un site internet officiel (mais pas d'images de synthèse, dommage). Le site Marine Marchande raconte l'histoire du projet: proposé en 1980 par le roi Juan Carlos et le roi du Maroc Hassan II, le projet de tunnel est lancé en 1996 puis abandonné faute d'argent (il était alors estimé à près de 5 milliards d'euros). S'il est aujourd'hui repris c'est parce que les deux sociétés publiques espagnole (SECEG) et marocaine (SNED) ont créé un consortium d'entreprises pour développer le projet (une espagnole, une marocaine, une italienne, une suisse); Ont été associés des spécialistes de la construction des tunnels comme Giovanni Lombardi, le constructeur de celui du Saint-Gothard (17 km). Tous ont comme objectif l'année 2025 pour l'achèvement de ce tunnel. Il a fallu 10 ans et 16 milliards d'euros pour construire les 50 km (dont 39 km sous la mer et jusqu'à 107 m de profondeur) du Tunnel sous la Manche (1984-1994). Celui du détroit de Gibraltar est prévu pour durer 18 ans, devrait coûter entre 5 et 10 milliards d'euros, et serait long de 38.7 km dont 28 km sous la mer et s'enfoncerait jusqu'à 400 m sous la mer.

La difficulté est triple: trouver de l'argent, assurer la pérennité politique du projet, répondre aux défis techniques. L'argent devrait provenir des Etats, des régions et de l'Union européenne. Même si cette dernière se méfie des grands projets depuis l'abandon récent du projet de pont qui devait relier la Sicile et la Calabre. La pérennité politique du projet devrait suivre, les enjeux économiques étant très importants, et même si reste grande la tentation d'élever des murailles à chaque sortie du tunnel… émigration Sud/Nord oblige.

Le gros problème est technique: le détroit de Gibraltar est une zone sismique forte (l'Afrique se rapproche de l'Europe à vitesse lente mais suffisante pour créer sur le long terme des fissures dans le béton), il faudra enfoncer le tunnel jusqu'à 400 mètres de profondeur et les études géologiques sont encore imparfaites, et enfin le choix d'un seul tunnel uniquement ferroviaire pose des problèmes de sécurité à résoudre. L'idée d'un tunnel double à la fois ferroviaire et routier a été abandonné parce qu'impossible à ventiler correctement.

4gibraltar.gif Quel est l'intérêt du projet? Immense: relier l'Afrique à l'Europe et créer ainsi une nouvelle route commerciale entre deux espaces très différents. Cette construction reflète aussi le réchauffement de relations entre deux pays que le statut des enclaves de Ceuta et Melilla, l'affaire de l'îlot Persil et le mur de la frontière avaient rendu exécrable. Enfin elle est un joli pied de nez à tous ceux qui affirment que le choc des civilisations est en marche, que les terres d'Islam sont monolithes et irréductibles à la modernité, et que l'Europe doit s'enfermer comme une forteresse assiégée. 5gibraltar.jpg Le Canal de Panama a ouvert le Pacifique aux échanges atlantiques; le canal de Suez a ouvert l'Europe à l'Asie; le Tunnel du Détroit sera-t-il la première étape d'un développement attendu de l'Afrique? Un moyen à très long terme de concurrencer l'influence grandissante de la Chine en Afrique? Un premier pas vers un partenariat entre tous les Etats riverains de la Méditerranée?

Seul l'avenir le dira, mais comme disait Guillaume le Taciturne: "Point n'est besoin d'espérer pour entreprendre ni de réussir pour perséverer".

Les étudiants des classes préparatoires trouveront dans ce projet un enjeu des relations Nord/Sud et un élément d'avenir pour la mondialisation des échanges. Les élèves de Terminale y trouveront un exemple à développer dans leurs cours sur la mondialisation et sur la géographie de la Méditerranée comme interface Nord/Sud.

A bientôt

Hugo Billard


Publié le 16 novembre 2006 par Hugo Billard dans Actualité,Comprendre

Ich bin Ein Berliner – Kennedy à Berlin, 26 juin 1963

 Pour compléter l’article précédent , à la demande de François Madeuf, quelques sources à propos du grand discours prononcé par le président Kennedy à Berlin le 26 juin 1963 dans lequel il s’exclame, in fine « Ich bin Ein Berliner ». Intitulé « Remarks in the Rudolph Wilde Platz, 06.26.1963« , il est prononcé, à la suite du discours du bourgmestre de Berlin Willy Brandt, en face de la Porte de Brandenbourg que cache le mur construit deux années auparavant.

Pour écouter (en anglais avec sous-titres) le discours du « Ich Bin Ein Berliner » enregistré lors de l’allocution (avec bruits et applaudissements de la foule): constater les moments où la foule applaudit est un indice des préoccupations du moment: grand succès quand Kennedy parle du « mur ».

Pour lire le document d’origine du discours, celui que Kennedy avait sous les yeux; il comporte 11 pages petit format, la 11e montre deux choses: 1) le discours a été en partie modifié en dernière minute et aussi partiellement improvisé; 2) le « ich bin Ein Berliner » est effectivement écrit en phonétique (Ish bin ein Bearleener).

Pour comprendre les réactions des Allemands de l’Ouest, lire l’article du journal ouest-allemand Süddeutsche Zeitung du 27 juin 1963, au titre révélateur: « Kennedy devant la ligne de craie ».

Le site European Navigator est un site qui cherche à conserver et diffuser des documents historiques concernant l’histoire de l’Europe. Il regorge de beaux moments comme ceux-ci, à utiliser pour soi ou en classe…

Voir aussi ce qu’en écrit Françoise dans son blog « Qui a peur de l’Allemand? »

Bonne écoute, bonne lecture et à bientôt

Hugo Billard


Publié le 11 novembre 2006 par Hugo Billard dans Comprendre,sur le net