Un tunnel entre l’Europe et l’Afrique
Alors que le journal El Pais en parlait dès le 19 octobre , la nouvelle vient seulement de faire le tour des médias généralistes: le projet de tunnel ferroviaire entre l'Espagne (Paloma) et le Maroc (Malabata) est à l'étude, en phase d'accélération. Si les financements sont bouclés, il y aura, dans 15/20 ans, un tunnel ferroviaire sous le détroit de Gibraltar. Comme le rappellait hier Robert Solé dans Le Monde, "la mode en ce moment étant plutôt aux murs de séparation, l'idée de relier l'Afrique à l'Europe mérite d'être saluée".
Ce projet a déjà un site internet officiel (mais pas d'images de synthèse, dommage). Le site Marine Marchande raconte l'histoire du projet: proposé en 1980 par le roi Juan Carlos et le roi du Maroc Hassan II, le projet de tunnel est lancé en 1996 puis abandonné faute d'argent (il était alors estimé à près de 5 milliards d'euros). S'il est aujourd'hui repris c'est parce que les deux sociétés publiques espagnole (SECEG) et marocaine (SNED) ont créé un consortium d'entreprises pour développer le projet (une espagnole, une marocaine, une italienne, une suisse); Ont été associés des spécialistes de la construction des tunnels comme Giovanni Lombardi, le constructeur de celui du Saint-Gothard (17 km). Tous ont comme objectif l'année 2025 pour l'achèvement de ce tunnel. Il a fallu 10 ans et 16 milliards d'euros pour construire les 50 km (dont 39 km sous la mer et jusqu'à 107 m de profondeur) du Tunnel sous la Manche (1984-1994). Celui du détroit de Gibraltar est prévu pour durer 18 ans, devrait coûter entre 5 et 10 milliards d'euros, et serait long de 38.7 km dont 28 km sous la mer et s'enfoncerait jusqu'à 400 m sous la mer.
La difficulté est triple: trouver de l'argent, assurer la pérennité politique du projet, répondre aux défis techniques. L'argent devrait provenir des Etats, des régions et de l'Union européenne. Même si cette dernière se méfie des grands projets depuis l'abandon récent du projet de pont qui devait relier la Sicile et la Calabre. La pérennité politique du projet devrait suivre, les enjeux économiques étant très importants, et même si reste grande la tentation d'élever des murailles à chaque sortie du tunnel… émigration Sud/Nord oblige.
Le gros problème est technique: le détroit de Gibraltar est une zone sismique forte (l'Afrique se rapproche de l'Europe à vitesse lente mais suffisante pour créer sur le long terme des fissures dans le béton), il faudra enfoncer le tunnel jusqu'à 400 mètres de profondeur et les études géologiques sont encore imparfaites, et enfin le choix d'un seul tunnel uniquement ferroviaire pose des problèmes de sécurité à résoudre. L'idée d'un tunnel double à la fois ferroviaire et routier a été abandonné parce qu'impossible à ventiler correctement.
Quel est l'intérêt du projet? Immense: relier l'Afrique à l'Europe et créer ainsi une nouvelle route commerciale entre deux espaces très différents. Cette construction reflète aussi le réchauffement de relations entre deux pays que le statut des enclaves de Ceuta et Melilla, l'affaire de l'îlot Persil et le mur de la frontière avaient rendu exécrable. Enfin elle est un joli pied de nez à tous ceux qui affirment que le choc des civilisations est en marche, que les terres d'Islam sont monolithes et irréductibles à la modernité, et que l'Europe doit s'enfermer comme une forteresse assiégée.
Le Canal de Panama a ouvert le Pacifique aux échanges atlantiques; le canal de Suez a ouvert l'Europe à l'Asie; le Tunnel du Détroit sera-t-il la première étape d'un développement attendu de l'Afrique? Un moyen à très long terme de concurrencer l'influence grandissante de la Chine en Afrique? Un premier pas vers un partenariat entre tous les Etats riverains de la Méditerranée?
Seul l'avenir le dira, mais comme disait Guillaume le Taciturne: "Point n'est besoin d'espérer pour entreprendre ni de réussir pour perséverer".
Les étudiants des classes préparatoires trouveront dans ce projet un enjeu des relations Nord/Sud et un élément d'avenir pour la mondialisation des échanges. Les élèves de Terminale y trouveront un exemple à développer dans leurs cours sur la mondialisation et sur la géographie de la Méditerranée comme interface Nord/Sud.
A bientôt
Hugo Billard
Publié par Hugo Billard le 16 novembre 2006 dans Actualité,Comprendre
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Compteur
18 novembre 2006
[...] Alors que le journal El Pais en parlait dès le 19 octobre , la nouvelle vient seulement de faire le tour des médias généralistes: le projet de tunnel ferroviaire entre l’Espagne (Paloma) et le Maroc (Malabata) est à l’étude, en phase d’accélération. Si les financements sont bouclés, il y aura, dans 15/20 ans, un tunnel ferroviaire sous le détroit de Gibraltar. Lire la suite … [...]
18 novembre 2006
[...] Un lien vers un article concernant la construction d’un tunnel entre l’Espagne et le Maroc. http://www.lewebpedagogique.com/histoire/?p=139 [...]
23 novembre 2006
[...] Lire cet article sur le blog Histoire “Le jardin des retours” [...]
19 février 2007
bonne idée
3 mai 2007
[...] On avait ici parlé d’un tunnel sous le détroit de Gibraltar, qui avance lentement mais sûrement. Depuis quelques jours un autre projet de tunnel est en l’air, celui qui relierait la Russie et les Etats-Unis (Alaska) par-dessous le détroit de Béring. [...]