Aujourd’hui Madame Simone Veil et le président Chirac ont inauguré, au Panthéon une plaque commémorant ceux que l’on nomme « Justes parmi les Nations »: ce sont des hommes, des femmes, des familles, des communautés, et même un pays (le Danemark) qui ont sauvé, au péril de leur vie et de leur situation, des enfants, des femmes, des hommes, que les nazis voulaient tuer, ou envoyer d’abord dans les camps de concentration et de destruction. Parmi ces Justes, 2725 Français, et sans doute plus, beaucoup de ces « lumières » ne sont pas connues.
Lire ici le discours prononcé par Jacques Chirac.
La reconnaissance officielle, par la France, des crimes de l’Etat français, est récente: le 16 juillet 1995, Jacques Chirac annonça lors du 53e anniversaire de la commémoration de la rafle du Vélodrome d’Hiver, que « la folie criminelle de l’occupant a été secondée par des Français, par l’Etat Français ». Ce discours mettait fin au mythe résistancialiste: depuis 1946 (voir et écouter le début du discours de Charles de Gaulle à Bayeux en 1946) l’Etat considérait, dans un souci de réconciliation, que tous les Français avaient peu ou prou été des résistants, et que le gouvernement de Vichy était seul responsable de la collaboration, des déportations, des crimes contre l’humanité commis sur son sol; l’Etat, la France (« la France qui se bat, la seule France, la vraie France, la France éternelle » a dit de Gaulle lors de la libération de Paris), c’était la résistance. Reconnaître les crimes de l’Etat français, ouvrir toutes les archives, mettre en place des comités d’enquête sur les spoliations, reconnaître que si toute la France n’était pas résistante, elle n’était pas non plus collaboratrice, c’est faire place à l’Histoire. Aujourd’hui mettre en valeur ceux qui ont, au péril de leur existence, sauvé d’autres hommes, c’est rendre justice et montrer l’exemple à suivre.
6 millions de juifs, dont 1.5 millions d’enfants, ont été assassinés par les nazis dans l’Europe occupée. Le mémorial de Yad Vashem, à Jérusalem, le Centre Simon-Wiesenthal, à Washington, le Mémorial de la Shoah, à Paris, sont les principaux lieux, dans le monde, d’étude de ce fait historique, de collection de documents, et de mise en valeur des responsabilités. La Fondation pour la Mémoire de la Shoah, présidée par Mme Veil, accompagne fermement ces efforts.
La cérémonie d’aujourd’hui veut dire à la France, qui se sait parfois frileuse, que 2725 hommes et femmes ont su, dans les moments les plus dangereux de l’histoire récente, sauver l’honneur. Cette reconnaissance, tardive mais nécessaire, témoigne la reconnaissance qui leur est due.
Un petit mot tout particulier pour Clémence et Nelson Fumeau (dit Gautier), à Jonzac, qui ont été très discrets sur l’aide apportée à des inconnus jusqu’à ce qu’en 1984 leur soit décerné le titre de « Justes parmi les Nations ». Des gens comme vous et moi, dont le Mur des Justes, par la mention de leur nom, rappelle l’héroïsme, et dont la plaque du Panthéon manifeste la reconnaissance de tout le pays.
Le discours de Jacques Chirac se termine ainsi: « Ce que nous enseignent aussi l’effondrement de la République en juin 1940, l’illusion tragique du recours à Pétain et le déshonneur de Vichy, c’est à quel point une nation est fragile. Dans le confort de nos certitudes d’aujourd’hui, beaucoup ont le sentiment que la France est éternelle, que la démocratie est naturelle, que la solidarité et la fraternité peuvent se résumer au système de sécurité sociale. Dans une société qui, malgré ses difficultés, est prospère et stable, l’idée du bonheur semble trop souvent se ramener à la satisfaction de besoins matériels. Nous devons entendre votre message. Une nation, c’est une communauté de femmes et d’hommes solidaires, liés par des valeurs et un destin communs. Chacun est dépositaire d’une parcelle de la communauté nationale, et celle-ci n’existe que si chacun s’en sent pleinement responsable. À un moment où montent l’individualisme et la tentation des antagonismes, ce que nous devons voir, dans le miroir que nous tend le visage de chaque être humain, ce n’est pas sa différence, mais ce qu’il y a d’universel en lui. À ceux qui s’interrogent sur ce que c’est d’être Français, à ceux qui s’interrogent sur ce que sont les valeurs universelles de la France, vous, les Justes, avez apporté la plus magnifique des réponses, au moment le plus noir de notre histoire. »
« Quiconque sauve une vie sauve l’univers entier » dit le Talmud.
A bientôt
Hugo Billard
Publié le 18 janvier 2007 par Hugo Billard dans
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