le jardin des retours

Le modèle américain en 3 minutes

Pour réviser le modèle américain, nous avons testé le tableau interactif Promethean. Autant dire que c’est un très très bel outil. L’occasion était belle d’essayer de construire une vidéo pour réviser en 3 minutes le modèle américain (pour les Terminales).

Regardez la vidéo, dites-moi ce que vous en pensez, et soyez (un peu) indulgent, c’était un test.

Toutes les suggestions et propositions sont les bonnes:

- si vous êtes lycéen, dites-moi ce que vous attendez de ce blog pour qu’il vous aide à réviser vos cours d’histoire et vos épreuves du bac.
- si vous êtes prof, dites-moi ce que vous aimeriez trouver sur un blog qui vous permette d’accompagner utilement vos cours quand vous n’êtes pas aux côtés de vos élèves.

J’attends vos suggestions

A bientôt

H. Billard


Publié le 26 janvier 2007 par Hugo Billard dans Réviser le bac

Zeus n’est pas mort!

Ce blog est large d’esprit sauf pour les commentaires qui font l’apologie du complotisme, de l’antiaméricanisme et d’un grand nombre de fadaises que l’on trouve un peu partout sur le net. L’antisémitisme et les mécanismes sectaires en sont cousins. Si vous êtes comme ça, passez votre chemin (ajout de novembre 2008 – HB).Le mouvement Ellinais a fêté à Athènes la nouvelle année suivant les rites du panthéon antique

Si l’on en croit la BBC, un petit mouvement qui milite pour le droit à exercer son culte vient de se voir autorisé à le pratiquer. De quoi s’agit-il? Du culte de Zeus et des 11 autres dieux du Panthéon grec.

Les faits

Le mouvement Ellinais, un groupuscule d’une vingtaine de militants de la cause religieuse grecque antique, a milité ces derniers mois pour être considéré par l’Etat au même rang que les autres religions. Elle peut se targuer d’une enquête effectuée par le Département d’Etat américain qui considère qu’environ 100 000 personnes sont proches du culte grec antique, et qu’un peu plus de 2000 fidèles se réuniraient régulièrement pour exercer ce culte.

Le mouvement Ellinais serait en train d’obtenir, contre l’Eglise orthodoxe grecque (qui représente 98% de la population), de pouvoir exercer son culte dans les sites religieux antiques, comme dans les ruines du temple de Zeus Olympien, à Athènes (photo), où il a fêté le début de l’année antique (selon un calendrier commençant en 776 avant J.-C.). Il est depuis quelques jours considéré comme un mouvement religieux légal par les tribunaux, au grand dam des orthodoxes, qui considèrent ce mouvement comme une secte, et ses idées comme un retour au paganisme.

Le contexte

La Grèce a une Constitution qui considère que « la religion dominante en Grèce est celle de l’Eglise Orthodoxe orientale »; il n’y a ni séparation de l’Eglise orthodoxe et de l’Etat ni union entre les deux, mais une gestion commune, notamment d’une partie de l’enseignement. Pour aller plus loin, voir ici.

La « grande prêtresse » de ce culte, Doretta Peppa, considère que la religion grecque antique a été persécutée depuis 1600 ans par la religion chrétienne, et qu’il n’est que justice qu’elle puisse aujourd’hui renaître, le culte être exercé dans les anciens temples, et les baptêmes, mariages et funérailles être reconnus comme actes juridiques. Pour cela elle a porté plainte contre la Grèce devant la Cour de Justice Européenne de Luxembourg. Face à cela, la principale raison de refus que met en avant le gouvernement pour empêcher l’ouverture des sites est la protection du patrimoine culturel.

Pour comprendre

Pour connaître les fondements de la religion et des mythes grecs

Pour connaître la religion grecque antique, les oeuvres de Jean-Pierre Vernant sont la meilleure introduction, notamment L’Univers, les dieux, les hommes (en poche). Pour comprendre la culture grecque, Jacqueline de Romilly est à lire, notamment ses biographies d’Alcibiade, Hector et Homère, ses travaux sur Thucydide, sur Eschyle, et son amour passionné de la langue grecque. Une très belle langue servie par une grande dame. Pierre Vidal-Naquet aussi, pour son va-et-vient entre la Grèce et le monde contemporain: son Chasseur noir explique ce qu’est être Grec dans l’antiquité par une série d’histoires claires et finement analysées.

Ce qui peut passer pour un événement insolite, très isolé, et amusant vu de loin, la renaissance d’un culte considéré comme païen par les chrétiens, est à inscrire dans un triple mouvement en Grèce aujourd’hui: l’affaiblissement des religions traditionnelles, notamment celle de l’Eglise orthodoxe grecque, ce qui pousse les opposants à développer un discours exigeant la repentance des institutions pour le passé subi ; un renouveau nationaliste, qui amène à s’interroger sur les fondements culturels de la nation, et à s’y plonger le cas échéant ; enfin l’inscription plus importante de la Grèce dans la mondialisation des échanges culturels, qui pousse à s’interroger et parfois s’affranchir des références traditionnelles. Ces mouvements ne sont pas propres à la Grèce. Le côté « exotique » de ce culte antique lui donne dans les médias grecs un côté sympathique qui le rend attractif. Quand à en faire un mouvement de masse, il ne faut rien exagérer: il s’agit pour l’essentiel de quelques centaines de personnes motivées et connaissant bien les médias.

Pour mieux comprendre le langage des grecs, comme Platon par exemple, lire ce billet sur le blog de Lionel Bellec!
Les élèves de classes préparatoires et les Terminales y trouveront un exemple à ajouter à leurs cours sur les mutations culturelles, la mondialisation, et le nationalisme.

A quand un renouveau du culte druidique dans la forêt des Carnutes en France?

;-)
A bientôt

H. Billard


Publié le 23 janvier 2007 par Hugo Billard dans Actualité,Comprendre

Jean Moulin au Panthéon: discours d’André Malraux (1964)

Le 19 décembre 1964, André Malraux, ministre de la Culture de De Gaulle, prononce dans le vent ému de la rue Soufflot le discours le plus inspiré que son génie lui ait soufflé. Celui qui accueille la dépouille de Jean Moulin au Panthéon des grands hommes.

Parce que Jean Moulin, délégué par de Gaulle comme chef de la Résistance en France, est le symbole de la France combattante. Parce que sa mort atroce est le symbole de la souffrance de milliers d’autres, résistants, déportés, victimes des nazis et de leurs collaborateurs. Parce que le style de Malraux mérite certes d’être lu, mais surtout regardé, et écouté :

Si vous voulez le texte prononcé, cliquez ici.

Pour le texte du discours dans son intégralité, cliquez ici.

Les Terminales et les étudiants y trouveront matière à réfléchir à la construction de la mémoire nationale au XX° siècle.

A bientôt

Hugo Billard


Publié le 22 janvier 2007 par Hugo Billard dans Comprendre

Vive le Québec libre!

En juillet 1967 le président Charles de Gaulle est en visite officielle au Canada. Il prononce à Montréal le 24 juillet 1967 un discours qui a fait date pour le mouvement autonomiste québécois, et dont on retient le cri final: « Vive le Québec libre!« 

Ce discours n’a pas plu aux Canadiens anglophones, mais il est un des grands moments de l’histoire franco-québécoise et un discours improvisé très émouvant à écouter tant la foule amassée devant l’hôtel de ville de Montréal vibre aux harangues du vieux président français.

Pour lire le discours intégral restitué

Les étudiants et les élèves de Terminale y trouveront des éléments pour leurs notes sur l’histoire de la présidence de Charles de Gaulle, et sur la place de la France dans le monde.

A bientôt

Hugo Billard


Publié le 20 janvier 2007 par Hugo Billard dans Comprendre

« Justes parmi les nations »

La cérémonie de reconnaissance des Justes a lieu au PanthéonAujourd’hui Madame Simone Veil et le président Chirac ont inauguré, au Panthéon une plaque commémorant ceux que l’on nomme « Justes parmi les Nations »: ce sont des hommes, des femmes, des familles, des communautés, et même un pays (le Danemark) qui ont sauvé, au péril de leur vie et de leur situation, des enfants, des femmes, des hommes, que les nazis voulaient tuer, ou envoyer d’abord dans les camps de concentration et de destruction. Parmi ces Justes, 2725 Français, et sans doute plus, beaucoup de ces « lumières » ne sont pas connues.

Lire ici le discours prononcé par Jacques Chirac.

Le meilleur livre en français sur la ShoahLa reconnaissance officielle, par la France, des crimes de l’Etat français, est récente: le 16 juillet 1995, Jacques Chirac annonça lors du 53e anniversaire de la commémoration de la rafle du Vélodrome d’Hiver, que « la folie criminelle de l’occupant a été secondée par des Français, par l’Etat Français ». Ce discours mettait fin au mythe résistancialiste: depuis 1946 (voir et écouter le début du discours de Charles de Gaulle à Bayeux en 1946) l’Etat considérait, dans un souci de réconciliation, que tous les Français avaient peu ou prou été des résistants, et que le gouvernement de Vichy était seul responsable de la collaboration, des déportations, des crimes contre l’humanité commis sur son sol; l’Etat, la France (« la France qui se bat, la seule France, la vraie France, la France éternelle » a dit de Gaulle lors de la libération de Paris), c’était la résistance. Reconnaître les crimes de l’Etat français, ouvrir toutes les archives, mettre en place des comités d’enquête sur les spoliations, reconnaître que si toute la France n’était pas résistante, elle n’était pas non plus collaboratrice, c’est faire place à l’Histoire. Aujourd’hui mettre en valeur ceux qui ont, au péril de leur existence, sauvé d’autres hommes, c’est rendre justice et montrer l’exemple à suivre.

Le dictionnaire des 2725 Justes de France6 millions de juifs, dont 1.5 millions d’enfants, ont été assassinés par les nazis dans l’Europe occupée. Le mémorial de Yad Vashem, à Jérusalem, le Centre Simon-Wiesenthal, à Washington, le Mémorial de la Shoah, à Paris, sont les principaux lieux, dans le monde, d’étude de ce fait historique, de collection de documents, et de mise en valeur des responsabilités. La Fondation pour la Mémoire de la Shoah, présidée par Mme Veil, accompagne fermement ces efforts.

La cérémonie d’aujourd’hui veut dire à la France, qui se sait parfois frileuse, que 2725 hommes et femmes ont su, dans les moments les plus dangereux de l’histoire récente, sauver l’honneur. Cette reconnaissance, tardive mais nécessaire, témoigne la reconnaissance qui leur est due.

Un petit mot tout particulier pour Clémence et Nelson Fumeau (dit Gautier), à Jonzac, qui ont été très discrets sur l’aide apportée à des inconnus jusqu’à ce qu’en 1984 leur soit décerné le titre de « Justes parmi les Nations ». Des gens comme vous et moi, dont le Mur des Justes, par la mention de leur nom, rappelle l’héroïsme, et dont la plaque du Panthéon manifeste la reconnaissance de tout le pays.

Le discours de Jacques Chirac se termine ainsi: « Ce que nous enseignent aussi l’effondrement de la République en juin 1940, l’illusion tragique du recours à Pétain et le déshonneur de Vichy, c’est à quel point une nation est fragile. Dans le confort de nos certitudes d’aujourd’hui, beaucoup ont le sentiment que la France est éternelle, que la démocratie est naturelle, que la solidarité et la fraternité peuvent se résumer au système de sécurité sociale. Dans une société qui, malgré ses difficultés, est prospère et stable, l’idée du bonheur semble trop souvent se ramener à la satisfaction de besoins matériels. Nous devons entendre votre message. Une nation, c’est une communauté de femmes et d’hommes solidaires, liés par des valeurs et un destin communs. Chacun est dépositaire d’une parcelle de la communauté nationale, et celle-ci n’existe que si chacun s’en sent pleinement responsable. À un moment où montent l’individualisme et la tentation des antagonismes, ce que nous devons voir, dans le miroir que nous tend le visage de chaque être humain, ce n’est pas sa différence, mais ce qu’il y a d’universel en lui. À ceux qui s’interrogent sur ce que c’est d’être Français, à ceux qui s’interrogent sur ce que sont les valeurs universelles de la France, vous, les Justes, avez apporté la plus magnifique des réponses, au moment le plus noir de notre histoire. »

« Quiconque sauve une vie sauve l’univers entier » dit le Talmud.

A bientôt

Hugo Billard


Publié le 18 janvier 2007 par Hugo Billard dans Actualité,Comprendre

le discours de Bayeux (16 juin 1946)

Quelques mois après avoir démissionné du gouvernement provisoire de la République Française (GPRF), Charles de Gaulle prononce à Bayeux, le 16 juin 1946, un discours capital dans l’histoire politique française.

Dans ce discours public, que vous pouvez écouter dans son intégralité sur le site de l’Ina, Charles de Gaulle propose la vision apaisée d’une France résistante, celle d’une France unie depuis le début dans la lutte contre l’occupant nazi, mais surtout expose ses idées sur les institutions dont la France devrait se doter dans les semaines qui suivent.

Il avait auparavant expliqué les causes institutionnelles de la défaite de 1940. Contre le « gouvernement des partis » qui sera malgré tout celui de la 4e République, de Gaulle propose son idée d’un Chef de l’Etat « arbitre des institutions ».

« C’est du Chef de l’Etat que doit procéder le pouvoir exécutif »: cette idée ne correspondra pas aux institutions de la IV° République, mais Charles de Gaulle dresse dans cette vidéo le portrait de ce que seront les institutions françaises 12 ans plus tard, lorsqu’il fera adopter la Constitution de la V° République.

Pour voir et écouter la vidéo en entier.

Pour lire le discours dans son intégralité.

Les étudiants et les élèves de Terminale qui travaillent sur l’histoire politique de la France et sur les origines de la V° République y trouveront leur bonheur: le style rhétorique d’un homme habitué aux harangues, et dont le texte prévu, publié dans ses mémoires, est parfois différent du texte prononcé.

A bientôt

Hugo Billard


Publié le 17 janvier 2007 par Hugo Billard dans Comprendre

La Grèce comme si on y était

Jean-Pierre VERNANTJean-Pierre Vernant est mort, à 93 ans. J’ai reculé quelques temps avant d’écrire un billet. Parce que les géants sont intimidants. Comme son ami Pierre Vidal-Naquet, Vernant était un phare.

Alors le mieux c’est de lire Vernant et par lui de lire la Grèce. Dans son livre L’Univers, les hommes, les dieux, Vernant raconte les mythes grecs. Il les conte, et il les explique.
Voici qu’il raconte comment Ulysse et ses compagnons ont échappé au chant des sirènes (p. 134-136):

Ulysse résiste aux Sirènes« Que fait l’ingénieux Ulysse? Il s’est procuré de la cire et au moment où ils perçoivent le petit îlot sur lequel sont juchées les sirènes, qui sont des oiseaux-femmes ou des femmes-oiseaux, chanteuses à la belle voix, il bouche les oreilles de tous les membres de son équipage avec de la cire, pour qu’ils n’entendent rien, mais lui ne renonce pas à entendre. Il n’est pas seulement l’homme de la fidélité et de la mémoire, mais, comme dans l’épisode du Cyclope, celui qui veut savoir, y compris ce qu’il ne doit pas connaître. Il ne veut pas passer à côté des sirènes sans avoir entendu leur chant, sans savoir ce qu’elles chantent et comment elles le chantent. Donc, il garde les oreilles libres, mais il se fait ligoter fermement au mât de sorte à ne pas pouvoir bouger. Le navire passe et, au moment où il approche de l’île des sirènes, tout d’un coup, c’est ce que les Grecs appellent galènè: un calme complet, le vent tombe, plus un bruit, le bateau demeure quasi immobile et voici que les Sirènes entonnent leur chant. Que chantent-elles? (…) En même temps qu’elles révèlent la Vérité avec un grand V, donc exactement tout ce qui s’est passé, en même temps l’îlot des Sirènes est entouré d’une masse de cadavres dont les chairs se décomposent au soleil, sur la grève. Ce sont tous ceux qui ont cédé à cet appel et qui sont morts. Les Sirènes sont à la fois l’appel du désir de savoir, l’attirance érotique – elles sont la séduction même -, et la mort. Ce qu’elles disent à Ulysse, d’une certaine façon, c’est ce qu’on dira de lui quand il ne sera plus là, quand il aura franchi la frontière entre le monde de la lumière et celui des ténèbres, quand il sera devenu cet Ulysse du récit que les hommes en ont fait et dont je suis en train de rappeler les aventures. Elles lui racontent alors qu’il est encore vivant comme s’il était déjà mort, ou plutôt comme s’il se trouvait en un lieu et en un temps où la frontière entre vivants et morts, lumière de la vie et nuit du trépas, faute d’être nettement fixée, serait encore indécise, floue, franchissable. (…) Ulysse entend le chant des Sirènes tandis que le bateau passe lentement; il se débat pour rejoindre les chanteuses, mais ses marins resserrent fortement ses liens. »

 

Au fait: Vernant était aussi le colonel Berthier, héros de la Résistance, libérateur de Toulouse, et professeur au Collège de France, un professeur qui adorait quand ses élèves n’étaient pas d’accord avec lui et qui considérait que « pour être soi, il faut se projeter vers ce qui est étranger, se prolonger dans et par lui. Demeurer enclos dans son identité, c’est se perdre et cesser d’être. On se connaît, on se construit par le contact, l’échange, le commerce avec l’autre. Entre les rives du même et de l’autre, l’homme est un pont » (derniers mots de sa Traversée des frontières).

Pour l’écouter, pour le lire: cette page de France culture ouvre bien des trésors.

Bonne lecture

 

Hugo Billard


Publié le 15 janvier 2007 par Hugo Billard dans Comprendre,Lire

Miguel de Unamuno, discours de Salamanque (12 octobre 1936): pour l’honneur de l’Espagne

unamuno1970sp.jpgInternet est une source de recherche et de travail en commun absolument indispensable à l’honnête homme. Un exemple vient d’en être fourni par la reconstitution du discours de Salamanque de Miguel de Unamuno dont vous pouvez trouver le texte sur le blog de Pierre Assouline et le contexte sur celui de Michel del Castillo.

Miguel de Unamuno est mort dans la nuit du 31 décembre 1936. Il a été de ceux dont le courage a sauvé l’honneur de l’Espagne pendant la guerre civile. Je m’explique: écrivain, linguiste, intellectuel de grand renom, spécialiste de Cervantès, Miguel de Unamuno était politiquement assez proche de la droite conservatrice catholique, regardait le régime de Mussolini avec une certaine bienveillance, et jugeait les communistes espagnols avec sévérité.

Mais le 12 octobre 1936 a eu lieu à Salamanque une cérémonie pour fêter Notre-Dame del Pilar, protectrice de l’armée nationale depuis 1808. Pour l’occasion on entendit un certain nombre d’intervenants, dont le commandant Millan Astray, chef de la Légion (franquiste), hurlant sa haine entre autres contre les Basques et les Catalans, qu’il considérait comme responsables du déclin de la « race espagnole ». Lorsque vient son heure de parler, Miguel de Unamuno se lève et prononce un discours en réaction à ce qu’il vient d’entendre.

« Discours de Salamanque » reconstitué (Miguel de Unamuno)

Le discours s’achève ainsi, adressé aux militaires haineux qui l’insultent: « Vous vaincrez mais vous ne convaincrez pas. Vous vaincrez parce que vous possédez une surabondance de force brutale, vous ne convaincrez pas parce que convaincre signifie persuader. Et pour persuader il vous faudrait avoir ce qui vous manque: la raison et le droit dans votre combat. Il me semble inutile de vous exhorter à penser à l’Espagne. J’ai dit. »

Ce discours a été ponctué par la foule de « Viva la muerte » et « Mueran los intellectuales », et il s’en est fallu de peu qu’il fût lynché par les phalangistes franquistes à la sortie de la cathédrale de Salamanque. Unamuno n’est plus sorti de chez lui et est mort quelques semaines plus tard.

Il est aujourd’hui considéré en Espagne comme un de ceux dont l’acte de courage a sauvé l’honneur du pays. Mais le conseil municipal de Salamanque a refusé le 29 décembre dernier de le réhabiliter comme conseiller municipal de la ville. Voir l’article paru dans El Pais. Les remugles de la guerre civile sont toujours présents dans les consciences.

Merci à Pierre Assouline, Michel del Castillo et Edouard Bustin pour permettre que ce texte revienne dans les consciences européennes.

A bientôt

Hugo Billard


Publié le 11 janvier 2007 par Hugo Billard dans Comprendre

« Le Grand Silence », un film sur la lumière intérieure

Le Grand Silence, un Grand film« Le Grand Silence » est officiellement un documentaire sur la vie quotidienne des moines de la Grande Chartreuse. Il a d’ailleurs à ce titre et par sa qualité reçu le prix Arte et le prix du meilleur documentaire de l’Académie européenne du film 2006. Mais ce n’est pas du tout de cette manière institutionnelle que j’ai vu ni vécu les 2h40 du film.

Gilles Fumey, dans les Cafés Géo, a déjà donné du film une recension poétique intelligente. Je dirai donc rien ici de beaucoup d’aspects: lisez sa recension.

La beauté des éléments naturels, l’incroyable force mentale de ces hommes qui ont choisi de vivre dans la réclusion presque absolue de la chartreuse, la grande sagesse que leur âme espère et cherche, ne pouvait être montrée par un simple documentaire. La caméra suit et respecte, y compris dans les moments intimes des soins prodigués à un vieux moine, et dans une grande poésie, ces hommes qui ont choisi librement la solitude, la prière et le service de leurs frères. Trois éléments frappent l’oeil: la lumière, présente partout, même imperceptiblement; les sourires, dans leur franchise, narguant l’urbain qui s’imagine dans le monde réel alors qu’il se perd dans les apparences du soi; l’extrême sobriété des lieux, des paroles, des besoins.

Un très beau livre sur le monastère de la Grande ChartreuseAdeline a sur son blog commenté plastiquement ce film; Gilles Fumey en a fait une belle, riche et profonde recension géographique.

Pour aller plus loin sur l’histoire de l’ordre des Chartreux, fondé par Benoît de Cologne en 1084 avec l’aide de l’évêque Hugues de Grenoble (fêté le 1er avril), qui a essaimé en 9 siècles sur 350 lieux dont subsistent aujourd’hui 25 monastères masculins et féminins, lire le dossier de presse du film et le livre « la Grande Chartreuse« , un beau livre des éditions Glénat publié par le musée dauphinois.

Il est des images qui incitent au silence et permettent à la nouvelle année de s’élever au-delà des apparences. Le site du film donne la liste des salles qui le passent encore, pour peu de temps. Vivement le DVD.

Comment ça, j’ai aimé le film? Qui vous l’a dit?

A bientôt

Hugo Billard


Publié le 10 janvier 2007 par Hugo Billard dans Comprendre

L’ONU: principes, histoire, interventions

Ban Ki-Moon, 8e secrétaire général de l'ONU (à gauche)Depuis le 1er janvier 2007, le nouveau secrétaire général de l’ONU est le sud-coréen Ban Ki-Moon.

L’ONU a été créée en juin 1945, lors de la conférence de San Francisco qui a adopté la Charte des Nations Unies et créé une institution internationale chargée d’assurer les conditions de la paix entre les nations, de développer la coopération internationale, et proposer les conditions du développement économique et culturel des peuples (voir le préambule de la Charte). Son siège est à New York.
Le Conseil de Sécurité de l'ONUSon nouveau secrétaire général va être chargé de diriger non une simple organisation mais un système: assemblée générale des 192 Etats membres, Conseil de Sécurité (15 membres dont 5 permanents avec droit de veto), vote de résolutions, interventions diplomatiques, économiques et militaires (les Casques Bleus). L’ONU s’appuie sur un dense réseau d’organisations internationales chargées d’un secteur, comme l’UNESCO (Education Sciences Culture) ou l’OMS (Santé), et sur un réseau d’institutions thématiques comme la Cour Internationale de Justice de La Haye.

Malgré cela, l’ONU n’est pas un Etat, et reste prisonnière des volontés de ses Etats membres et particulièrement des volontés des 5 membres permanents du Conseil de Sécurité (les 5 vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale: Etats-Unis, Royaume-Uni, France, URSS/Russie, Chine). La question de son efficacité est donc régulièrement posée. Mais elle reste un lieu inégalé de rencontres internationales.

Pour écouter l'émissionPour tout comprendre de l'ONUPour aller plus loin, notamment pour les élèves de classes prépa et les terminales qui travaillent sur les relations internationales : dans son émission « 2000 ans d’histoire  » aujourd’hui, Patrice Gélinet est revenu sur les origines et le fonctionnement de l’ONU. On peut également lire le riche, clair et très documenté L’Onu pour quoi faire? de son invité André Lewin (coll. Découvertes Gallimard).

A bientôt

Hugo Billard


Publié le 9 janvier 2007 par Hugo Billard dans Comprendre