Lucie Aubrac, mémoire de la Résistance
Lucie Aubrac s’en est allée, discrètement, dignement, et c’est avec beaucoup d’émotion que j’ai appris la nouvelle ce matin. Pourquoi? Parce que Mme Aubrac était une des grandes figures de la Résistance, parce qu’elle était professeur d’histoire et qu’elle a toute sa vie transmis la mémoire de la Résistance, parce qu’elle était une femme engagée pour des valeurs. Des éléments qui passent pour démodées mais qu’elle a su incarner, avec son mari Raymond Aubrac.
De son action de résistance, on rappelle souvent l’action commune de Lucie et Raymond Aubrac dans la création du mouvement Libération-Sud, l’action commando de Lucie pour libérer les résistants (dont Raymond) emprisonnés lors de la réunion de Caluire (21 juin 1943) avec Jean Moulin, de leur action auprès de De Gaulle à Londres, à Alger, dans la libération du territoire. Raymond a continué l’action politique en dirigeant le déminage de la France après 1945; Lucie a repris le chemin de l’enseignement, Lucie a par exemple été un des jurés du procès Pétain. Mais leur action a continué dans l’action pour la décolonisation, au sein puis à côté du parti communiste, à Amnesty International dont elle était une figure.
Le grand résistant Emmanuel d’Astier de la Vigerie l’a surnommée « Madame Conscience« . Elle était une conscience pour tous ceux qui ont eu la chance de l’écouter. Les étudiants de l’Université Lyon-II ont réalisé en 2004 un joli petit court-métrage dans lequel elle revient sur la notion d’acte de résistance. Ce petit film peut être utile aux élèves de terminale qui travaillent sur l’histoire et la mémoire de la Seconde Guerre mondiale.
Le cinéma a rappelé en 2002 l’action des Aubrac dans Lucie Aubrac de Claude Berri (Carole Bouquet y joue Lucie, Daniel Auteuil y joue Raymond). La bande-annonce insiste sur leur vie de couple, mais la présence du SS Klaus Barbie rappelle que les Aubrac ont vécu les moments les plus emblématiques de la Résistance intérieure.
Ce film est facilement utilisable en classe (encore merci aux Clionautes!).
Elle était l’auteur d’un très efficace La Résistance expliquée à mes petits-enfants (2000). Elle a souvent raconté qu’elle avait pris conscience de la fureur de l’antisémitisme nazi en se rendant en 1936 en Allemagne pour les Jeux Olympiques. A méditer…
Elle sera inhumée aux Invalides auprès des autres Compagnons de la Libération. Elle aurait sa place au Panthéon.
A bientôt
Hugo Billard
Publié par Hugo Billard le 15 mars 2007 dans Actualité,Comprendre
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Compteur
21 mars 2007
Bonjour Hugo,
l’article est vraiment très intéressant. je ne savais pas qu’un film avait été consacré à Lucie Aubrac, je pense que j’essaierai de me le procurer.
Tu dis « Elle aurait sa place au Panthéon ». Je ne suis pas tout à fait d’accord. Jean Moulin est d’ores-et-déjà au Panthéon, il y représente la Résistance, l’héroïsme de ces hommes qui ont libéré la France. Je pense qu’inhumer Lucie Aubrac aux Invalides est un honneur qu’elle mérite, mais le Panthéon est un lieu d’hommage, où quelques hommes représentent les autres qui se sont battus à leurs côtés, et qui rend par là même hommage à Lucie Aubrac.
Enfin, si on m’annonçait sa panthéonisation, je n’en ferais pas un drame non plus.
22 mars 2007
Pierre Assouline donne dans son blog une image interessante de cette femme qui etait une grande dame, mais aussi une femme ordinaire, qui voulait continuer a vivre libre.
http://passouline.blog.lemonde.fr/2007/03/16/lecon-de-vie-de-lucie-aubrac/
15 avril 2007
[...] Bon, là, ça fait beaucoup. Après Pierre Vidal-Naquet, Jean-Pierre Vernant et Lucie Aubrac, la communauté des historiens engagés et des témoins de l’époque contemporaine vient de prendre un nouveau coup. [...]