le jardin des retours

Sujets du bac 2007 histoire géographie en Amérique du Nord

Le site du lycée français de TorontoBonjour à tous,

Grâce à Virginie Sieg, du lycée français de Toronto, et à son message sur la liste des Clionautes, voici les sujets sur lesquels ont planché les candidats en histoire-géographie hier en Amérique du Nord.

SERIES L/ES: MAJEURE HISTOIRE, MINEURE GEO

Composition 1: « L’évolution de la vie politique en France depuis 1958« . Sujet de cours classique, qui plus est d’actualité (voir le dossier sur les présidents, un des aspects du sujet, celui sur les élections présidentielles, le billet sur le discours de Bayeux, et la vidéo qui analyse le sujet « le président de la République sous la V° République« ). Par ailleurs le sujet « la fonction présidentielle » est tombé à Pondichéry: voir le corrigé qu’en propose le blog du lycée Victor Louis.

Composition 2: « Emancipation et affirmation du Tiers-monde des années 1950 aux années 1970« . La difficulté résidait dans la définition des bornes chronologiques, et dans l’explication de la diversité des formes d’émancipation et d’affirmation des indépendances face aux deux Grands et face à l’ancien colonisateur (voir le billet sur les origines du tiers-monde).

Etude de documents: « Comment ont évolué les mémoires de la Seconde Guerre mondiale en France de 1945 à nos jours? » (5 docs: discours de De Gaulle le 25 août 1944; affiche du PCF en « parti des fusillés »; des photos du film « Nuit et Brouillard »; des extraits d’un dialogue entre le réalisateur Max Ophüls et des lycéens en 1980; un extrait du discours de Jacques Chirac en juillet 1995, qui reconnaît la responsabilité de l’Etat français dans les crimes de Vichy). Bien inscrire chacun des documents dans son contexte et souligner les évolutions, entre les appropriations partisanes (le résistancialisme gaullien, le PCF en parti des fusillés) et la reconnaissance de la responsabilité de l’Etat dans la déportation (film d’Ophüls et discours de Chirac). Voir le billet sur les Justes parmi les nations.

Croquis 1: « L’espace mondialisé, contrastes et interdépendances« . Il fallait éviter les légendes 1. Contrastes; 2. Interdépendances… voir les éléments des plans de Thomas sur l’espace mondialisé.

Croquis 2: « les contrastes spatiaux de la puissance économique de l’Union européenne« . Rien de difficile, croquis de cours. Des éléments de plans sur le blog de Thomas, et le très clair croquis de Francis Monthé sur l’organisation de l’espace de l’Union européenne.
Le site des Clionautes

SERIE S: MAJEURE HISTOIRE, MINEURE GEO

Composition 1: « L’évolution de la vie politique en France depuis 1958« . Sujet de cours classique. Vers une présidentialisation du régime? Voir le billet sur les élections présidentielles, la vidéo qui analyse le sujet « le président de la République sous la V° République », et le billet sur le discours de Bayeux. Par ailleurs le sujet « la fonction présidentielle » est tombé à Pondichéry: voir le corrigé qu’en propose le blog du lycée Victor Louis de Bordeaux.

Composition 2: « La Guerre froide (1947-1991)« , avec une chronologie. Rien de difficile, sujet de cours (tous les éléments de la chronologie étaient à reprendre et à expliquer dans le cours de la composition). Voir le billet sur le rideau de fer par Churchill, et celui sur la chute du mur de Berlin.

Etude de documents: « L’émancipation des pays du Tiers-monde: espoirs et réalités des années 1950 au milieu des années 1970 » (5 docs: extrait du discours de clôture de la conférence de Bandoung; une analyse du dirigeant africain Nyerere au même moment (1955); caricature « adieu le colonialisme »; un extrait des accords d’Evian; une affiche sur la nationalisation des mines de cuivre au Chili (1971). Pas évident, évident, ce sujet, surtout avec des documents souvent inconnus ou mal connus des candidats (Nyerere, le Chili). L’important est d’expliquer les différentes formes d’accès à l’indépendance, les formes de regroupement politique, économique, culturel et idéologique, des pays du Tiers-monde, et la relation des décolonisés avec l’ancienne colonie et par rapport aux deux Grands (acceptation, refus,…). Voir le billet sur les origines du Tiers-monde, et celui sur le coup d’Etat au Chili en 1973.

Croquis 1: « L’espace mondialisé, contrastes et interdépendances« . Rien de difficile. Eviter la légende 1. Contrastes 2. Interdépendances (à mon avis). Voir les éléments des plans de Thomas sur l’espace mondialisé.

Croquis 2: « Les Suds, une inégale intégration dans l’espace mondial« . Sujet pas difficile et intéressant parce qu’il permet d’exprimer de nombreux aspects du cours: la mondialisation, les métropoles, les inégalités internes au Sud, la Méditerranée comme espace de contact, etc. Voir les plans de Thomas sur les nords et les suds, et l’excellent croquis de Francis Monthé sur la diversité des Suds.

Pour trouver des croquis du bac, leurs légendes, et la méthodologie du croquis, voir les liens que propose Daniel Letouzey sur son site Clioweb.

Dans quelques jours je vous proposerai des corrigés plus complets. Bravo à ceux qui ont composé, merci à tous ceux vers lesquels les liens convergent, et courage aux candidats pour les épreuves à venir en Amérique du Nord!

Hugo Billard


Publié le 31 mai 2007 par Hugo Billard dans Réviser le bac

Le discours du « rideau de fer » (Churchill, 5 mars 1946)

Winston ChurchillLe 5 mars 1946, l’ancien Premier ministre britannique Winston Churchill prononce, devant le président Truman et les étudiants du Westminster College de Fulton, un discours sur la situation internationale. C’est au cours de ce discours qu’est utilisée pour la première fois l’expression « rideau de fer ».

Le document (texte intégral): en français et en anglais.
Le document pour le bac: un extrait

Pour lire une bio et écouter Churchill, lire le blog d’Anne d’Angély.

Etude d’un document type bac

4 questions pour réviser le bac:

1) présentez le document et son contexte;

2) expliquez les formes de l’influence soviétique que constate Churchill;

3) expliquez l’expression « rideau de fer »;

4) quelles sont les craintes de Churchill à propos des événements en Grèce?

Ecoutez/Téléchargez la correction (5:45): Churchill en mp3

A bientôt

Hugo Billard


Publié le 29 mai 2007 par Hugo Billard dans Réviser le bac

Une histoire de la Bretagne

L'enclos paroissial de Saint-Thégonnec et son calvaireA la demande d’Aziliz et Tiphaine, bretonnes bretonnantes atteintes d’une bretonnitude aiguë mâtinée de seine-et-marnitude, quelques éléments subjectifs et incomplets sur l’histoire de la Bretagne. Autant le dire, il n’est pas question ici de faire l’histoire de cette bien belle région, mais de donner quelques pistes internet et biblio. A compléter par qui le veut bien.

Pour l’histoire bretonne point besoin d’aller très loin: l’excellent et très complet site des archives départementales de Loire-Atlantique propose des documents et points d’histoire pour toutes les périodes. A propos, Nantes est-elle bretonne? Le département de Loire-Atlantique a été détaché de la Bretagne par le Régime de Vichy en 1941, donc la question culturelle se pose toujours… Pour trouver d’autres documents le site Lexilogos est truffé de documents, notamment iconographiques (le style romantique y est très présent).

La plus récente histoire de la BretagneLa plus récente – et très complète – histoire de cette région a été publiée en 2005 au Seuil: un beau coffret, un gros travail iconographique, deux tomes denses et bien écrits comme Joël Cornette en a l’habitude, et qui raconte ses intentions et son itinéraire ici. Pour lire une histoire plus rapide mais également bien documentée, Michel Renouard, aux éditions Ouest-France, a publié une Histoire de la Bretagne à mettre dans toutes les bourses. Bernard Tanguy et Michel Lagrée ont publié un Atlas d’histoire de la Bretagne en 2002 qui est déjà épuisé. A quand une nouvelle édition?

On ne peut pas faire l’histoire de la Bretagne sans faire l’histoire de la culture celte ni celle du kilt: lisez ces quelques paragraphes vous serez incollables sur la question. La Bretagne est une terre de révoltes, une terre de révolution culturelle, une terre de spiritualités tant traditionnelles que chrétiennes: voir ces sites sur les alignements de Carnac, sur les enclos paroissiaux (site de celui de Saint-Thégonnec) et sur les calvaires (par communes dans le Finistère, sinon voir le beau catalogue collectif des calvaires sur flickr.

Billet à compléter par vos propositions de sites en commentaires. Je ferai un autre billet pour synthétiser vos trouvailles.

Ce billet est dédié au très cher Philippe Jung, parti au soleil pour un avenir radieux, qui nous avait fait découvrir le littoral, les algues, les crabes et le cidre breton ;-)

A bientôt

H. Billard


Publié le 22 mai 2007 par Hugo Billard dans Comprendre,sur le net

Eugen Weber ou la fin des terroirs

Pourquoi faut-il toujours attendre la mort des grands historiens pour parler de leur oeuvre? Parce qu’il faut un prétexte, me direz-vous, et qu’alors le contexte s’y prête. Alors parlons-en. C’est Pierre Assouline, sur son blog, qui l’annonce: l’historien états-unien Eugen Weber est mort, il y a quelques jours, à un âge avancé mais c’est toujours trop jeune pour les esprits curieux.

Professeur à l’UCLA (Los Angeles), Eugen Weber est l’historien des mutations de la France rurale au XIX° siècle, de l’imaginaire politique rural, des conséquences de la révolution industrielle sur le dynamisme des « terroirs », de l’imprégnation du monarchisme, du bonapartisme puis de la république dans nos villages. Il est l’historien d’un de ces très grands livres qui font peur aux étudiants en histoire avant de s’en saisir, et qu’ils ne peuvent plus lâcher dès qu’ils l’ont commencé: La fin des terroirs. La modernisation de la France rurale (1870-1914). Ce livre a été publié en français en 1983, il n’a que peu de rides, et c’est un livre idéal pour comprendre ce qu’est la méthode historique: des faits, des faits, des faits, des territoires de plus en plus larges, et ensuite seulement une synthèse généraliste. Ce livre est bourré d’exemples, d’anecdotes, de tranches de vie: d’abord « les choses telles qu’elles étaient« , l’image du roi, la division des terroirs, le travail quotidien, l’imaginaire du pain comme instrument de survie et instrument de pouvoir, ensuite « les agents du changement« , ces flux terrestres tentaculaires, routes, trains, canaux, exode rural, service militaire, l’école, Dieu et l’Etat (tout cela rappellera bien des choses à mes élèves de Première; ce n’est pas la Révolution française et la capacité d’acheter des terres, contrairement à ce que pensait Soboul, mais l’insertion de ces agents du changement qui a inséré l’Etat dans les campagnes), enfin « changement et assimilation« : fêtes, foires, veillées, les transformations liées à la presse, les conflits entre respect des traditions et usages de la modernité. Questions anciennes autant que contemporaines.

Le chef-d'oeuvre d'Eugen WeberWeber, c’est un style, visible dès les premières lignes de ce livre: « Vous n’avez pas besoin d’aller en Amérique pour voir des sauvages » songeait un Parisien en traversant la campagne bourguignonne vers 1840. « Les Peaux-Rouges de Fenimore Cooper sont ici » écrivait Balzac, dans ses Paysans (1844). De fait, de nombreux témoignages nous suggèrent qu’une grande partie de la France du XIX° siècle était habitée par des sauvages. Louis Chevalier nous a appris qu’on épinglait de ce terme les pauvres des villes – « classe laborieuse, classe dangereuse » – vers le milieu du siècle dernier. Mais on peut aussi bien l’appliquer, et pendant une période plus longue, à certaines parties de la population rurale, tout aussi étranges et peu connues, tout aussi laborieuses, quoique peut-être moins dangereuses, parce que moins concentrées. » (p. 17 de la compilation publiée par Fayard en 2005, La France de nos aïeux, regroupant La fin des terroirs, 1983, et Les imaginaires et la politique au XIX° siècle, 1991). Vous pouvez lire quelques extrait de ses analyses sur l’école comme ferment d’intégration des campagnes à l’Etat (en pdf sur le site de Sciences Po Bordeaux).

Eugen Weber a bien sûr été discuté, critiqué (l’essentiel de ses sources portent sur le sud de la ligne Saint-Malo/Genève, ce qui fausse ses généralisations par ailleurs rares), continué, mais son oeuvre marque un tournant dans les études historiques sur la France du XIX° siècle. Il a aussi écrit des travaux importants sur L’Action française, sur La France des années 30, sur les mythes politiques, et, plus récemment, sur les millénarismes.

La France rurale a été le creuset de recherches d’un Américain en province: comme Paxton obligeant les historiens français à remettre en cause leurs idées sur la France de Vichy, Weber (dans un tout autre registre bien sûr) a poussé les historiens français à remettre en cause leurs idées traditionnelles (et fortement teintées alors d’une imprégnation déterministe et marxiste) sur ces Français des terroirs dont le destin construit la France contemporaine.

Pour se faire plaisir, le programme de printemps des cours d’Eugen Weber à l’UCLA sur l’Ouest depuis les Lumières. Boutade à moitié sérieuse: à quand des cours/séminaires de longue durée dans nos lycées?

A bientôt

Hugo Billard

Pour écouter cet article: Ecouter le billet sur Eugen Weber


Publié le 21 mai 2007 par Hugo Billard dans Actualité,Comprendre,Lire

Le développement durable: une histoire

A lire d'urgenceAlors qu’Alain Juppé vient, en France, d’être nommé ministre du développement durable, quelques éléments sur l’histoire d’une notion souvent difficile à définir.

Sur son blog, l’ami Lyonel Kaufmann présente un lien très efficace: le gouvernement du Québec a mis en ligne les étapes historiques et les textes internationaux qui ont progressivement construit l’idée du développement durable: le rapport « Halte à la croissance » du Club de Rome (1968), la Commission Bruntland sur l’environnement et le développement (1984), qui a popularisé le terme de « développement durable », le Sommet de la Terre et la Déclaration de Rio sur l’environnement et le développement (1992), le programme dit Action 21 pour l’appliquer, et le sommet de Johannesburg (2002). Autant de contextes, autant de textes.

Marlène Jaulin vient de mettre sur son blog Environnement plusieurs billets très révélateurs sur les pollutions en Chine et a déjà proposé de nombreux exemples concrets liés au développement durable (comme les biocarburants au Brésil, la fin des ampoules classiques et la déforestation en vidéo), et est revenue sur les réunions d’expert sur le réchauffement climatique à Bangkok il y a quelques semaines.

Pour aller plus loin, je vous conseille la lecture du très efficace Atlas mondial du développement durable, d’Anne-Marie Sacquet, directrice du Comité français pour l’environnement et le développement durable, un comité né de la Déclaration de Rio. Il comprend notamment un chapitre sur le développement durable en France utile pour les profs dans leurs cours, les élèves dans leur apprentissage et les citoyens pour leur vie quotidienne.

Il y a quelques mois, Jean-Christophe Victor et son émission le Dessous des Cartes avaient consacré un numéro à la glaciologie comme moyen de comprendre le réchauffement climatique. C’est génial!

A bientôt

Hugo Billard


Publié le 18 mai 2007 par Hugo Billard dans Actualité,Comprendre,Lire,sur le net

Guy Môquet et Nicolas Sarkozy: de l’usage de l’esprit de résistance

Le président de la république ravive la flamme du Soldat Inconnu à l'Arc de TriompheA la demande de Schlouch quelques explications sur la manière dont le nouveau président de la République, Nicolas Sarkozy, a présenté et utilisé des symboles et moments de l’histoire lors de sa journée d’investiture.

Gestes et symboles

L’hommage rendu à Clemenceau est aisé à comprendre: maire de Montmartre sous la Commune (1871), éditeur du « J’Accuse » de Zola pour défendre Dreyfus, ministre de l’Intérieur, président du Conseil lors de la victoire de 1918, négociateur du Traité de Versailles, Clemenceau est un homme énergique, qui rassemble par sa vie autant la gauche que la droite, une image de rassemblement et d’énergie. L’hommage à Charles de Gaulle était plus attendu – la présence du fils, Philippe de Gaulle, auprès du président, l’a rendu émouvant -, en prêtant attention au contexte: la statue était celle du De Gaulle descendant les Champs-Elysées en 1944, le chef de la Résistance qu’attendent de longues épreuves de reconstruction et de réforme de l’Etat. Symbole actuel.

La biographie de Georges Mandel par Nicolas SarkozyL’hommage aux fusillés du Bois de Boulogne et la lecture de la lettre de Guy Môquet étaient moins attendus pour qui n’a pas suivi l’itinéraire intellectuel de Nicolas Sarkozy. Le président n’a pas fait l’ENA, mais est avocat. Sa formation le rend sensible au verbe et à ses usages. Politiquement proche de Philippe Séguin, grand gaulliste social et biographe remarqué de Napoléon III, et proche de Jean-Michel Gaillard, historien de la III° République trop tôt disparu, il est l’auteur de la biographie de Georges Mandel (1994), ce qui en dit autant du sujet que des intentions de l’auteur: plusieurs fois ministre, antifranquiste, antifasciste de droite, prêt à la résistance dès juin 1940, arrêté en août 1940, fusillé par la Milice française en 1944 (comme Marc Bloch), Mandel est un des symboles de la résistance et de l’engagement en politique.

De quoi s’agit-il?

Les fusillés du Bois de Boulogne sont 35 jeunes gens, communistes, gaullistes ou démocrates-chrétiens, arrêtés sur dénonciation d’un agent infiltré le 16 août 1944, fusillés dans la nuit, et dont un sobre monument rappelle le sacrifice. Une belle image de rassemblement de toutes les opinions politiques autour d’une idée supérieure – et de la fonction d’arbitre des institutions que le chef de l’Etat est, selon la lettre des institutions. Mais ces symboles sont à double tranchant: elles exigent du nouveau président et de son gouvernement l’application des idéaux de rassemblement, d’ouverture et de réforme. La roche tarpéienne est proche du Capitole..

Guy Môquet (1924-1941)La lettre que Guy Môquet écrit à ses parents la veille de son exécution reprend les idéaux d’engagement, de devoir et d’exemplarité: « que ma mort serve à quelque chose » (engagement), « j’ai fais de mon mieux pour suivre la voie que tu m’a tracée » (fidélité et tradition), « vous tous qui restez, soyez dignes de nous » (exemplarité).

Faire écouter, tout de suite après, le magnifique Chant des Partisans de Kessel et Druon, que l’on peut écouter ici chanté par Germaine Sablon écouter, donne la chair de poule.

Pourquoi une telle mise en scène que l’on peut revoir ici?

Guy Môquet est un modèle habituellement revendiqué par la gauche communiste (il était membre des jeunesses communistes et des Francs-Tireurs et Partisans, la résistance communiste), que Nicolas Sarkozy a repris pour trois raisons: d’abord couper l’herbe sous le pied de la gauche rendue coupable d’avoir négligé l’histoire comme modèle à suivre (ce qui pose la question des usages politiques de l’histoire, donc de la manipulation de la mémoire à des fins particulières, comme celle de la concurrence des mémoires sur laquelle je reviendrai un jour), ensuite couper l’herbe sous le pied de l’extrême-droite rendue coupable d’utiliser des symboles positifs à des fins d’exclusion (à quand un discours du nouveau président à Orléans ou à Rouen pour rendre hommage à Jeanne d’Arc, d’ailleurs?), enfin parce que si Guy Môquet est un résistant, il est par sa lettre un modèle universel qui met d’autant plus en valeur le « miracle » de la construction européenne sous l’impulsion du couple franco-allemand. Ce qui explique l’empressement du nouveau président, immédiatement après avoir rendu hommage à Guy Môquet, de rappeler à Berlin le caractère « sacré » de l’amitié franco-allemande.

L’histoire énonce des faits, la mémoire est – elle – un assemblage de souvenirs, de gestes et de symboles, et les historiens n’y ont qu’une part.

Pour aller plus loin

Sur l’histoire des fusillés de la cascade du Bois de Boulogne, la mairie de Paris a édité un excellent petit livret, téléchargeable ici en pdf.

On pourra utilement découvrir le plateau des Glières que Nicolas Sarkozy veut arpenter chaque année de son quinquennat (et beaucoup lui ont contesté ce geste).

Enfin une bibliographie sur les jeunes dans la résistance donnera des idées à ceux qui veulent aller plus loin.

A bientôt,

Hugo Billard


Publié le 17 mai 2007 par Hugo Billard dans Actualité,Comprendre

Avec Paul Veyne, pour comprendre le passé

Article à lire en dessous ou à télécharger/écouter ici ce billet sur Paul Veyne en mp3
Bon, soyons clair. Il y a les écrivains que l’on lit et ceux qu’on admire. Les historiens qu’il faut connaître et qu’il faut lire mais qui sont parfois bien ardus, et ceux que l’on prend plaisir à lire et qui, sans difficultés de style, permettent de penser sans souffrance. Paul Veyne fait partie de cette catégorie des historiens-écrivains du plaisir qui poussent sans difficulté l’esprit à se mettre en marche. Quelques mots pour un portrait incomplet et subjectif.

Un entretien avec Paul Veyne dans Philosophie magazine de ce moisPaul Veyne, ancien professeur au Collège de France, est un historien de l’Antiquité (sa thèse portait sur l’évergétisme à Rome, c.a.d. les liens entre jeux, approvisionnement et pouvoir politique à Rome, dans Le Pain et le Cirque, publié en poche), un athée qui étudie le christianisme, un ex-communiste vacciné contre les idéologies et l’esprit de système et de causalité.

Dans un entretien à Philosophie Magazine ce mois il annonce le fond de son mode de pensée: « L’histoire du passé, si elle est bien analysée, montre la formidable variété humaine et non une quelconque idée générale ». Ce qui le pousse à écrire clairement, à partir des faits, des exemples, pour expliquer un contexte, sans fioritures, sans mises en scène. Il revendique l’influence qu’a eue sur lui la pensée de Foucault (la recherche de ce qui existe derrière les discours formels), sans en être aucunement prisonnier. Veyne est un honnête homme qui écrit pour ceux qui ne veulent pas être enfermés dans des codes et qui veulent, tout simplement, prendre du plaisir au contact d’une écriture aisée et d’une pensée fluide.

Deux livres récents qui m’ont marqué.

Pour moi un des meilleurs livres d'histoire de la décennieVeyne a publié en 2005 un gros livre, l’Empire gréco-romain, qui explique les liens et l’influence commune que les Grecs et les Romains ont développé entre le I° et le IV° siècle. Il part de questions sur la politique, l’art, la littérature, les relations entre parents et enfants, entre lettrés et illettrés, pour emmener le lecteur à se poser des questions lui-même sur l’influence des Grecs sur les Romains et des Romains sur les Grecs.

 

L'histoire, ce sont les faitsEt Veyne vient de publier Quand notre monde est devenu chrétien (312-394), qui explique, à partir des sources, des faits, et d’une longue pratique de la période, que Constantin s’est revendiqué comme chef de l’Eglise chrétienne et a progressivement fait de l’Eglise un des piliers de son pouvoir non pas par raison d’Etat mais par sincérité à l’idée que lui seul pouvait sauver l’Eglise et l’Empire, par mégalomanie en considérant qu’un grand empereur mérite une grande religion (et non l’inverse qui l’aurait rendu dépendant), et par compréhension de la population qui devient chrétienne moins par conviction que par imitation et conformisme social. Alors le christianisme est-il une idéologie? un instrument politique? un instrument de propagande? Veyne termine par la question des racines chrétiennes de l’Europe, en proposant l’idée suivante: l’Europe a fait le christianisme plus que le christianisme a fait l’Europe. Un livre à lire pour en discuter.

Pour aller plus loin

Pour les apprentis historiens, il a publié en 1971 Comment on écrit l’histoire, qui devait être l’introduction de sa thèse, et dans laquelle se trouvent déjà un style, des questions, et un « détachement passionné » pour l’histoire: pour faire de l’histoire, il faut « comprendre l’intrigue », il ne s’agit pas d’une science mais d’une relation aux faits, une activité intellectuelle et non idéologique. Du grand art. A lire, à relire, dans la catégorie « livres pour le plaisir de comprendre qui nous sommes ».

Lien vers l'APHG de CaenPour ceux qui voudraient comprendre le contexte dans lequel se débat la christianisation du IV° siècle, l’APHG de Caen a mis en ligne, sous la fine houlette de Daniel Letouzey (merci à lui pour le lien), une conférence d’Yves Modéran (Université de Caen) sur « la conversion de Constantin et la christianisation de l’Empire romain« . Ce texte est truffé de liens vers des textes de l’époque, pose en historien la question des sources (contexte, utilisation, fiabilité) et propose trois hypothèses à propos des causes de la conversion de Constantin.

A bientôt

Hugo Billard


Publié le 8 mai 2007 par Hugo Billard dans Actualité,Comprendre,Lire

Les résultats des 2e tours sous la V° République

Le Palais de l'Elysée, siège de la présidence de la République en FranceC’est fait, la France a un nouveau président de la République, Nicolas Sarkozy, issu de la génération politique qui a grandi bien après mai 1968, s’est développée dans les années 1980/1990 et arrive aux responsabilités à un âge commun à toutes les démocraties (le Britannique Blair, l’Allemande Merkel, l’Etats-unien Bush et l’Espagnol Zapatero ont tous entre 50 et 60 ans).

Pour mettre en perspective les résultats du vainqueur, quelques éléments de comparaison.

L’élection de 1958 s’est déroulée au suffrage indirect (Charles de Gaulle avait obtenu 78.5% des suffrages), aucune comparaison n’est possible avec les suivantes qui se déroulent au suffrage universel direct depuis que les électeurs en ont approuvé l’idée par référendum en 1962.

En 1965, sur 84.3% de suffrages exprimés, 13 millions d’électeurs avaient voté Charles de Gaulle (55.2% des voix). En 1969, sur 58.2% de suffrages exprimés, 11 millions d’électeurs avaient voté Georges Pompidou, 58.2% des voix (son challenger, Alain Poher, était issu du centre, ce qui explique la faible mobilisation de la gauche et un % de suffrages exprimés si faible). En 1974, sur 86.1% de suffrages exprimés, 13.4 millions d’électeurs avaient voté Valéry Giscard d’Estaing (50.8% des voix). En 1981, sur 83.4% de suffrages exprimés, 15.7 millions d’électeurs avaient voté François Mitterrand (51.76% des voix). En 1988, sur 81% de suffrages exprimés, 16.7 millions d’électeurs avaient voté François Mitterrand (54.02% des voix). En 1995, sur 75% de suffrages exprimés, 15.7 millions d’électeurs avaient voté Jacques Chirac (52.64% des voix). En 2002, sur 75.3% de suffrages exprimés, 25.5 millions d’électeurs avaient voté Jacques Chirac (82.21% des voix) qui affrontait Jean-Marie le Pen. En 2007, sur 85% de suffrages exprimés, près de 20 millions d’électeurs ont voté Nicolas Sarkozy (53% des voix).

Quelques éléments d’analyse à chaud.

Si par rapport aux résultats précédents le score de Nicolas Sarkozy est dans la moyenne supérieure des vainqueurs, le scrutin a bénéficié d’un assise importante de votants: sur 44 millions d’inscrits (un record depuis 1958, même si on la compare à la croissance démographique), 19.8 millions ont voté pour le vainqueur (53% des voix, des votes exprimés). Lorsque l’on considère que l’habitude depuis 1958 est dans un affrontement bipolaire entre gauche et droite, les scrutins de 1969 et de 2002 ont été exceptionnels et frustrants pour les électeurs des deux pôles classiques (qui sont le PS et la droite gaulliste sauf en 1974 PS et droite démocrate-chrétienne), ce qui explique les taux de participation importants de 1974 et de 2007.

Les analystes chevronnés de la chose publique (la res publica) expliqueront dans les jours qui viennent quel sort la gauche se réserve à elle-même (rupture définitive entre une partie du PS proche de l’extrême-gauche, et l’autre partie proche du centre? reprise en main par la gauche du parti? maintien de la ligne Royal?). Dans tous les cas les lendemains de défaite sont une époque de remise en question. Néanmoins son débat apaisé et approfondi d’entre-deux-tours avec François Bayrou inaugure un nouveau type de communication politique qui permet de sortir symboliquement de la bipolarisation classique.

Car la nouveauté politique du scrutin a été le bon score de François Bayrou, qui a réuni 6.8 millions d’électeurs: le choix de ses électeurs de voter Sarkozy ou Royal a été déterminant. Il faudra du temps pour savoir s’il s’agit majoritairement d’un vote d’adhésion aux idées de François Bayrou, d’un « vote protestataire de gouvernement » (c’est-à-dire pas pour les extrêmes mais pas pour les deux grands partis), ou d’un attachement à la personne et au courage politique manifesté par Bayrou depuis 2002. L’avenir le dira, mais le Mouvement Démocrate (nom du nouveau parti qu’il crée pour remplacer l’UDF et l’ouvrir à gauche) mettra du temps pour s’imposer: la bipolarisation est encore forte en France. Un élément de comparaison néanmoins: au Royaume-Uni et en Allemagne il existe un parti central dont la masse électorale évolue selon l’élection mais qui est indispensable à toute majorité pour gouverner. Sur le long terme (un siècle) ce parti est parfois devenu le grand parti de la gauche ou de la droite de gouvernement (FDP en Allemagne, Libéraux au Royaume-Uni). Alors suivre l’histoire électorale de ce parti va être intéressant dans les années à venir, surtout s’il maintient son axe idéologique pro-européen, décentralisateur, social et politiquement libéral, qui le fait ressembler aux grandes formations européennes actuellement au pouvoir.

Du grand à moudre, à terme, pour les historiens.

La constitution et l'histoire politique de la V° République dans un langage clairPour aller plus loin

Sur l’histoire politique de la France, je conseille la lecture des deux tomes du Droit constitutionnel d’Olivier Duhamel: Le pouvoir politique en France (tome 1) pour tout comprendre à la V° République (et même avant) et les démocraties (tome 2) qui compare les constitutions et l’histoire politique d’une dizaine de pays. Très éclairant!

Pour voir les résultats du 2e tour de 2007, cartographie de l’élection sur géoclip ici (cliquez en haut à droite sur l’onglet « présidentielles 2007″). Merci à Daniel Letouzey et aux Clionautes pour l’indication du lien.

Pour une étude cartographique du comportement électoral, voir l’étude de Michel Bussi, Céline Colange et Jean-Paul Gosset, de l’Université de Rouen. Détaillé, précis, mais éclairant pour aller plus loin dans l’analyse (voir notamment la théorie des 3 P).

A bientôt

Hugo Billard


Publié le 6 mai 2007 par Hugo Billard dans Actualité,Comprendre

« Un quarteron de généraux en retraite »

De Gaulle à la télévision le 23 avril 1961Le président de la République est le chef des armées. Il peut, par l’article 16, suspendre les libertés publiques et la séparation des pouvoirs si les circonstances l’exigent. Ce cas de figure s’est présenté une fois sous la V° République, à la fin du mois d’avril 1961.

L’annonce d’une indépendance algérienne inéluctable pousse une partie de l’armée française, sous l’autorité des généraux Salan, Challe, Zeller et Jouhaud, à proclamer depuis Alger un gouvernement provisoire. Or le chef de l’Etat est Charles de Gaulle depuis 1958. Il s’agit donc d’une tentative de coup d’Etat (un putsch). Le soir du 23 avril 1961 de Gaulle s’adresse à la nation pour 1) empêcher que l’armée ne rejoigne le groupe des putschistes; 2) annoncer qu’il suspend les libertés publiques le temps de vaincre les puschistes; 3) créer un climat d’unanimité nationale autour de sa fonction.

Cliquez ici pour lire le discours de De Gaulle (sur un site politique mais qui est riche en informations).
Cliquez ici pour écouter le début du discours: écouter le début du discours (« un quarteron de généraux en retraite »)

Cliquez ici pour écouter la fin du discours (« Français, aidez-moi! »), sur le site de l’INA
La belle bio de De Gaulle par Roussel, en poche

Pour aller plus loin sur la période, les pouvoirs de De Gaulle et la manière dont il considérait la fonction présidentielle, il faut lire la belle biographie d’Eric Roussel (en poche), qui est aussi biographe de Jean Monnet et Pierre Mendès-France.

A bientôt

Hugo Billard

P.S.: petit mot spécial pour mes élèves de 1°ES et de TS de ce matin: vous avez été exceptionnels, les journalistes étaient épatés. Maintenant wait and see…


Publié le 5 mai 2007 par Hugo Billard dans Comprendre,Lire,Réviser le bac

Un tunnel sous le détroit de Béring?

Dans la série « tout le monde s’énerve », un peu de calme dans cet entre-deux-tours qui agite les landerneaux. Alors que le Mali s’embrase, que le Darfour agonise, que la Turquie s’inquiète et que la France s’interroge, une bonne nouvelle. Béring ne sera plus seulement un détroit.

On avait ici parlé d’un tunnel sous le détroit de Gibraltar, qui avance lentement mais sûrement. Depuis quelques jours un autre projet de tunnel est en l’air, celui qui relierait la Russie et les Etats-Unis (Alaska) par-dessous le détroit de Béring.

Infrastructures liées au tunnel envisagé

L’idée existe depuis 1905. L’ingénieur français Loïc de Lobel l’avait déjà proposé à Nicolas II, tsar de Russie, sans grand succès. Un tunnel ferroviaire, autoroutier, gazier et pétrolier passerait à 65 mètres sous le plancher océanique, d’après Le Monde, serait d’une longueur d’environ 110 km et coûterait 48 milliards d’euros après 10/15 ans de travaux. Le symbole est beau. Les investisseurs privés annoncent qu’ils pourront rentabiliser l’ensemble en 30 ans. La question se pose quand même de sa faisabilité technique (120 millions de dollars seront consacrés à l’étude préliminaire), de son utilité économique (en-dehors des acheminements en pétrole et en gaz) et de ses conséquences environnementales (mais nous en saurons certainement plus dans les mois qui viennent).

Sur l’histoire du détroit de Béring et sur l’histoire mouvementée de l’Alaska (russe puis américaine) vous trouverez des infos sur le site du groupe américain qui participe à l’opération, et sur un site consacré à la géographie de l’Alaska (et pas seulement à la géo).

Petit mot pour mes élèves: pas d’inquiétude, je retourne bientôt aux analyses de l’actualité, mais les périodes d’élection n’y sont que peu propices…

A bientôt

H. Billard


Publié le 3 mai 2007 par Hugo Billard dans Actualité,Comprendre