le jardin des retours

Un Français à la tête du Fonds Monétaire International (liens)

Dominique Strauss-KahnLe Français Dominique Strauss-Kahn est devenu vendredi le président du Fonds Monétaire International, après une campagne très active relayée sur internet.

Il rejoint la cohorte des Français qui président des institutions internationales (Pascal Lamy à l’OMC, Jean-Claude Trichet à la BCE). Dans le même temps les Français sont les champions du monde de l’altermondialisme. Paradoxe, paradoxe…

Pour savoir ce qu’est le FMI: le site officiel est aussi en français, on peut y trouver la carte d’identité du FMI. Le Monde nous explique tout. Afrik.com aussi.

Pour comprendre les enjeux que DSK va devoir affronter dans les semaines qui viennent, notamment la réforme du FMI, l’excellent Frédéric Lemaître fait le point pour nous.

Pour constater l’influence française aujourd’hui dans le monde, le journal Le Monde a proposé un portrait des Français les plus puissants du monde. Qui a dit que la France était à la traîne dans la mondialisation?

A bientôt

Hugo Billard


Publié le 30 septembre 2007 par Hugo Billard dans Actualité,Comprendre

Le Grenelle de l’Environnement, c’est quoi?

Depuis début juillet a commencé en France un marathon de négociations comme notre pays les aime: du monde, des idées, des confrontations, du consensus, et peut-être des avancées. La préservation de l’environnement est un des enjeux majeurs de la survie de notre modèle de société, le gouvernement a donc choisi l’association des compétences (presque toutes) pour parvenir à des idées et des lois qui vont concerner notre vie quotidienne pour les décennies à venir.

Participent à cette grand’messe syndicats, patronat, universitaires, hauts fonctionnaires, associations écologistes (pas toutes, notamment pas « sortir du nucléaire » car le nucléaire et l’EPR ont été retirés du champ des réflexions et négociations) mais peu de politiques car c’est à eux, au Parlement, que reviendront les décisions finales.

On parle d’un « Grenelle » par référence aux négociations de Grenelle qui avaient permis de mettre fin à la crise de mai 1968, même si les réunions d’aujourd’hui ne se déroulent pas dans la rue parisienne du même nom.

Voici le calendrier: du 6 juillet au 27 septembre première phase, celle des négociations-propositions, qui vient de s’achever. En octobre débats publics à Paris et en régions, puis en novembre grand raout final et décisions ultimes sous la forme de propositions de lois. L’an prochain une commission devrait en surveiller l’application.

Voir le lien vers le dossier de presse qui présente les intentions (et un peu plus).

Voici les liens vers les groupes de travail (mazette, quel panel!).

Voici le lien vers les propositions des groupes de travail sur le bâtiment, les déchets, les voitures, les énergies, les OGM, l’école, la santé et la biodiversité, annoncées hier.

Et pour calmer toutes les ardeurs et revenir aux fondamentaux, lire absolument ce qu’écrit Marlène sur le blog « Environnement » ici sur le développement du fret pour réduire le nombre de camions sur les routes.

Nous donnerons ici, régulièrement, un aperçu des propositions et réactions de ces travaux.

Bonne lecture et à bientôt

Hugo Billard


Publié le 28 septembre 2007 par Hugo Billard dans Actualité,Comprendre,sur le net

Birmanie sur le web (liens)

Après la répression des manifestations et les premières sanctions internationales, une revue de webs birmans que propose le Monde montre comment Internet peut être un outil: angoisses, rumeurs, appels et actions, tout y est.

Comme l’écrit un de ces blogueurs: « Le monde entier vous regarde, tenez un jour de plus« .

A bientôt

Hugo Billard


Publié le 28 septembre 2007 par Hugo Billard dans Comprendre,Vidéos

Les larmes d’Aung San Suu Kyi

Depuis quelques jours nos médias occidentaux commencent à montrer une actualité que l’on avait pu croire fossilisée. La Birmanie manifeste. Et cette contestation est menée par des bonzes (moines) bouddhistes. Et depuis lors se pose la question de la survie de la junte birmane.

Quelques éléments d’explications.

La Birmanie a été une colonie britannique. George Orwell, l’auteur de « 1984″, a écrit de très belles pages sur la prise de conscience des dérives de la colonisation dans « Une histoire birmane » (en poche chez 10/18). Après l’indépendance de 1948 et quelques années d’expérience démocratique, la Birmanie est sous le contrôle d’une junte militaire depuis 1962 (ce qui n’empêche pas un Birman, U Thant, de diriger l’ONU de 1966 à 1971). Le 08.08.88 (8 août 1988), une manifestation est réprimée dans le sang: 3000 morts. Si elle pousse la junte à changer le nom du pays en Myanmar, elle l’oblige à organiser des élections libres, qui donnent en 1990 la victoire à la Ligue Nationale pour la Démocratie d’Aung San Suu Kyi. Les élections sont annulées et Aung San Suu Kyi, fille d’un militaire anticolonialiste, est emprisonnée.

Aung San Suu Kyi salue les manifestantsEn 1991 le combat pour la liberté des Birmans permet à Aung San Suu Kyi de recevoir le prix Nobel de la Paix (le discours, en anglais, retrace sa vie et son travail). Elle alterne depuis entre semi-liberté et résidence surveillée. Depuis 2003 elle est en résidence surveillée, et c’est pour passer devant chez elle que les 20 000 bonzes ont fait un détour sur le chemin de leur manifestation il y a quelques jours.

Elle est plus que jamais le symbole des libertés birmanes détruites par une junte qui utilise pour l’armée 30% du budget de l’Etat et qui contrôle directement 50% du PNB birman. Beaucoup de l’économie birmane dépend des relations avec le voisin chinois. Depuis longtemps la Birmanie figure sur la liste des Etats-voyous (Rogue State) de l’administration américaine. Point de risque nucléaire, mais un pays riche de gaz et de pétrole dont la junte profite.

Parmi d’autres compagnies, Total a été accusée de favoriser la junte et de profiter d’une population presque esclave. La compagnie Total s’en défend sur son site et avait demandé à Bernard Kouchner en 2003 un rapport dont le titre était « relation d’un voyage et de la découverte d’une industrie muette (après l’arrestation d’Aung San Suu Kyi) ». La polémique a été forte en Occident. En 2005 la capitale a été transférée de Rangoon vers le centre du pays, pour héberger la junte et l’administration loin de la majorité de la population.

Les manifestations semblent aux observateurs bien plus intenses, longues et violentes que lors des précédents mouvements. Ce qui laisse penser que si la Chine cède aux pressions internationales et coupe les vivres à la junte, le régime pourrait tomber et une démocratie revenir en Birmanie. L’avenir le dira: soit la fin de la junte soit un massacre immense de manifestants. La junte a montré qu’elle savait tirer sur les foules. Le risque est grand. Pourtant les enjeux liés à une ouverture de la Birmanie sont considérables: la liberté pour les Birmans permettrait une ouverture politique et économique nouvelle d’un pays riche en réserves naturelles entre l’Inde et Singapour.

Et Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix, pourrait sécher les larmes des Birmans. Mais l’avenir est bien sombre…

A bientôt, ouvrez l’oeil.

Hugo Billard – le 25 septembre 2007.

P.S.: pour compléter lisez le beau billet de Bruno Sentier sur son blog « les échos d’une heure. Le 26 septembre, couvre-feu, arrestations et répression ne succèdent en Birmanie. Mais la communauté internationale semble hausser la voix. Le 27 septembre,  au moins 9 morts, des centaines d’arrestation, l’armée a tiré sur la foule et la communauté internationale prend ses premières grandes sanctions contre le régime. On parle désormais de la REBELLION SAFRAN (en lien: un portfolio du Monde).


Publié le 25 septembre 2007 par Hugo Billard dans Actualité,Comprendre

Les « Trente Glorieuses » de Jean Fourastié (liens)

En 1979 l’économiste (et sociologue, et beaucoup encore) Jean Fourastié publiait une étude sur les 28 années de croissance ininterrompue que les pays industrialisés, dont la France, ont vécu depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale (1945-1973), et que le choc pétrolier de 1973 a contribué fortement à ralentir.

Vous trouverez ici de précieuses informations pour réviser le cours correspondant (Terminales).

Le site de la revue Sciences humaines propose un article succinct mais efficace sur le livre les Trente glorieuses : pour ne plus jamais oublier la comparaison entre Madère et Cessac.

Pour aller beaucoup plus loin Daniel Letouzey, sur Clioweb, proposent une série de liens sur l’histoire économique très utiles aussi en SES, une mine pour des TPE. On peut voir et lire aussi le site www.jean-fourastie.org propose dans l’onglet « biographie » une étude de son itinéraire et de sa pensée. Pour les trente glorieuses, beaucoup à lire pour découvrir la richesse de ce professeur qui ne fut pas qu’économiste ou sociologue.

A bientôt

Hugo Billard

P.S.: 150e article de ce blog pour le 450e jour d’existence… merci aux lecteurs et commentateurs fidèles et bienvenue aux autres!


Publié le 16 septembre 2007 par Hugo Billard dans sur le net

Albert Camus, édito de « Combat » après Hiroshima (liens)

Pour lire les 165 éditos de Camus à CombatDès la nouvelle de l’explosion de la bombe atomique sur Hiroshima, les journaux se sont généralement félicités de l’impact qu’elle ne manquerait pas d’avoir sur le gouvernement japonais. Un des rares à s’inquiéter des conséquences de la bombe est Albert Camus (bio en lien) dans un éditorial du journal Combat, le 8 août 1945.

Le texte de l’éditorial est à compléter avec les documents sur le contexte de l’époque que propose Cliotexte, sans oublier les sons et vidéos du site de France 5, et notamment un infographie sur la bombe atomique tombée sur Hiroshima.

Le webcamus donne des indications sur les activités de journaliste de Camus, à l’Alger républicain puis à Combat.

Camus a reçu le prix Nobel de Littérature en 1957. Son discours, que l’on peut lire et dont on peut écouter le début (avec Realplayer), explique pourquoi il a choisi l’écriture comme mode d’expression, et éclaire son parcours d’intellectuel actif dans les journaux.

Et pour aller plus loin, en 2002 les 165 éditoriaux de Camus dans Combat ont fait l’objet d’une édition présentée par Jacqueline Lévi-Valensi (Gallimard, Cahiers Albert Camus).

Bon travail à mes TES1 pour l’étude de ce document…

A bientôt

Hugo Billard

P.S.: pour mes TES1 la correction est là


Publié le 9 septembre 2007 par Hugo Billard dans Comprendre,Réviser le bac

Nouvelle rentrée, nouvelle école?

Helen Levitt, New York, vers 1940Chaque rentrée scolaire s’exprime en moi par des sentiments mélancoliques et joyeux. Mélancoliques face au temps qui passe, aux élèves qui partent vers d’autres horizons intellectuels, que l’on a porté sans savoir ce qui grandira. Je me souviens alors qu’en 1883, dans sa lettre aux instituteurs, Jules Ferry rappelait: « ce n’est pas dans l’école, c’est surtout hors de l’école qu’on pourra juger ce qu’a valu votre enseignement ». Comme un cuisinier aux fourneaux qui ne verrait pas les pupilles gourmandes et les papilles affolées des gastronomes. Joyeux parce qu’à nouvelles têtes nouvelles humeurs et à nouveaux programmes nouvelles approches, et que chaque année est un prétexte à être heureux en éveillant au monde tel qu’il va ceux qui veulent y comprendre quelque chose.

Donc lorsque dans sa « lettre aux éducateurs » Nicolas Sarkozy appelle à « remettre la culture générale au coeur de notre ambition éducative », à cultiver « l’interdisciplinarité », à confronter « les grandes oeuvres de l’esprit humain » à tous, y compris dans ma chère banlieue, j’applaudis des deux mains. Lorsqu’il écrit qu’ « à un enfant qui ne sera jamais musicien, il ne faut pas renoncer à donner le goût de la musique », qu’ « il ne faut pas que les enfants restent enfermés dans leur classe », que nous pourrons « choisir la pédagogie » la mieux adaptée aux élèves dans des établissements qui « auront une plus grande autonomie dans le choix de leur projet et de leur organisation », je dis oui, mais comment? Pourquoi avoir supprimé les travaux interdisciplinaires au collège et réduit ceux des lycées à la portion congrue? L’école aura pour objectif de faire « mieux comprendre la nature du fait religieux », d’empêcher que s’étiole « la culture humaniste » et que régresse « la culture scientifique ». Mais que met-on derrière ces termes? Ils sont pourtant présents dans les programmes! J’enseigne la diffusion du christianisme, l’Islam d’Avicenne et le Judaïsme de Maïmonide en classe de Seconde, le développement des Sciences et la séparation des Eglises et de l’Etat en Première, les religions dans le monde aujourd’hui en Terminale… tout est dans les programmes, alors pourquoi insister dans cette lettre sur ces inquiétudes, que j’approuve? Parce que l’Etat (Jules Ferry autant que Nicolas Sarkozy) a de l’institution scolaire une image inféodée. Jules Ferry sans l’affirmer clairement: il suggère aux instituteurs de se référer aux conseils des programmes. Nicolas Sarkozy en l’affirmant sans nuances.

Les annonces de la rentrée sont intéressantes. Aider à l’insertion des handicapés à l’école, bravo! Limiter les rigidités de la carte scolaire, pourquoi pas si l’on donne plus de moyens humains aux établissements lésés. Un grand service public de l’orientation? Il existe déjà, à l’état parcellaire, enfoui sous les décombres d’un décentralisation très mal gérée depuis quelques années. Multiplier les passerelles entre les filières? Excellent, et développer les VAE et les GRETA aussi, s’ils en reçoivent les moyens humains et matériels. Développer la formation des professeurs, très bien! Les jeunes profs seront un peu moins des bouche-trous pour classes difficiles! Redéfinir, en concertation, le mêtier d’enseignant, pourquoi pas, même si l’usine à gaz est une tentation facile… Toutes ces annonces sont, comme les années précédentes, de bonnes idées. Le tout est de savoir si elles sont des effets d’annonce pour un Etat-média ou si les réalisations suivront. Nous verrons, et je prendrai ma part à ce qui sera possible.

Guy Môquet ou la mémoire instrumentalisée par l'EtatEn revanche, il me faudra lire en classe, le 22 octobre, la jolie lettre de Guy Môquet à ses parents.

Je m’y refuse.

En l’écrivant je ne prends pas grand risque. Il faudra que ce jour-là les lycées organisent les modalités de lecture et d’analyse à fin d’édification exemplaire de cette lettre. Il n’y est pas ordonné que les professeurs d’histoire en seront les instruments. Mais pourquoi ce refus? Parce que je suis, depuis toujours, rétif aux oukases de ceux qui considèrent détenir la vérité. J’avais, sur ce blog, exprimé un avis nuancé mais non hostile à l’idée de lire, un jour, dans les programmes, cette lettre de Guy Môquet. Elle fait partie des textes souvent étudié en classe de Première, lorsque s’impose le cours sur la France dans la Seconde Guerre mondiale.

Mais l’idée d’étudier un texte dans un but moral, donc politique, en quelques minutes, sans son contexte, un jour donné, est une absurdité pour qui est attaché bec et ongles à la neutralité de l’historien. On ne s’est pas battu contre les orientations marxistes de l’histoire pour se retrouver dans le même cas de figure de l’autre côté de l’échiquier politique. Il y a encore une autre raison. L’instrumentalisation de l’histoire est un fait politique ancien. L’histoire a toujours, peu ou prou, été utilisée par le pouvoir ou par certains historiens, dans un but politique. Est-ce pour cela qu’il faut l’accepter? Faut-il accepter que l’Etat dise à l’historien ce qu’il faut penser d’un événement historique et lui imposer une analyse morale de ce phénomène? Que l’Etat propose une commémoration, soit! C’est son rôle, c’est sa fonction, et le Panthéon est utilisé pour cela. Que l’Etat dicte comment enseigner un phénomène historique, là non! Je refuse cette « caporalisation mémorielle ».

Jean-Pierre Azéma, dans le magazine L’histoire de ce mois n’écrit pas autre chose: « Laissons donc les enseignants organiser leurs cours comme ils l’entendent, et, s’ils font le choix de cette lettre, ils sauront la lire au bon moment, mis en perspective par les travaux qui l’éclairent« . Le ministre de l’Education nationale a, semble-t-il, anticipé ce genre de réactions: dans le dossier qui accompagne, au bulletin officiel, l’annonce de la journée du 22 octobre, une dizaine d’autres textes accompagnent la lettre de Guy Môquet. Le problème reste.

A bientôt, et bonne rentrée à tous!

Hugo Billard


Publié le 6 septembre 2007 par Hugo Billard dans Actualité

Chronique n°7: 496 le baptême de Clovis

Le baptême de Clovis par Dejuinne (1839)La conversion au christianisme de Clovis, roi des Francs Saliens, est une des plus grandes opérations de communication politique du V° siècle. Qu’en est-il en réalité?

Le baptême

Le 25 décembre 496 (ou 498, ou 500, ou après, rien n’est très sûr) le roi des Francs Saliens Clovis est baptisé par Rémi, évêque de Reims, et 3000 soldats avec lui. Notre unique source d’époque est une lettre d’Avit, évêque de Vienne. Donc rien n’est très sûr.

Entouré de nombreux autres évêques, Rémi de Reims s’approche, entre en partie dans le bain froid, lève le saint-chrème et s’adresse au roi des Francs : « Depone colla, Sigamber », mots longtemps traduits par « Courbe la tête, fier Sicambre » mais qui se traduit par « Dépose tes colliers, Sicambre » : les colliers sont ceux de l’ancienne religion païenne que Clovis abandonne. Baptisé par saint Rémi, Clovis fonde ainsi l’imaginaire d’une nation chrétienne bénie par Dieu et par ses saints.

Qui est alors Clovis ?

Après avoir abattu les Francs Ripuaires, les Thuringiens et les Alamans, Clovis, roi des Francs Saliens depuis 481, est maître de la Gaule du Nord. Son mariage avec la princesse Clotilde lui a assuré le soutien du roi burgonde, son père, qui contrôle tout le sud-est de la France. Sa conversion lui assure alors le soutien du clergé catholique et d’une partie de la population gallo-romaine. En 507 sa victoire contre les Wisigoths, à Vouillé, lui assure le contrôle de tout le sud-ouest de la Gaule.

Clovis a unifié sous son autorité la Gaule. Elle devient la France.

Cette autorité lui permet de recevoir de l’empereur d’Orient, qui est théoriquement le souverain de cette partie de l’Empire, les insignes de consuls. Pour Grégoire de Tours, un siècle plus tard, Clovis est ainsi devenu un nouveau David, un nouveau Constantin : un personnage désigné par Dieu pour protéger les chrétiens et les mener vers la victoire contre les païens.

A dévorer, très bien écritMais l’affaire n’a pas été simple.

Comme l’écrit Bruno Dumézil : « seule la victoire militaire et la prospérité économique, intimement liées, pouvaient être tenues pour preuves de la protection divine entourant le souverain. » (p.219). Clovis s’est bien gardé d’imposer le catholicisme à l’ensemble de ses troupes : seuls ceux qui lui sont personnellement liés (sa truste) ont reçu le baptême. Les trois enfants qu’il a de Clotilde sont baptisés, mais pas Thierry, issu d’une première liaison. En 511 Clovis réunit à Tours l’ensemble des évêques de Gaule pour leur imposer son autorité (comme Constantin l’avait fait à Nicée en 325). Ce qui signifie que cette autorité n’était pas très bien assurée…

Ainsi, si Clovis s’est converti plus ou moins sincèrement, il n’a pas converti la Gaule (les Gaules devrait-on dire), et la christianisation de la France mettra encore quelques longs siècles…

Pour aller plus loin je conseille deux ouvrages : la biographie de Clovis, par Michel Rouche (1996) et le très très bien écrit Les racines chrétiennes de l’Europe de Bruno Dumézil (2005) chez Fayard.

A bientôt

© Hugo Billard (2007).


Publié le 2 septembre 2007 par Hugo Billard dans Non classé

Chronique n°37: 1720 la banqueroute de Law

John Law (1671-1729)Dans le Paris de la Régence, alors que le petit Louis XV fait l’apprentissage du métier de Roi sous la férule commode de son oncle le Régent, a lieu une expérience fort étrange: un Ecossais du nom de John Law (prononcez « lass ») veut échanger de l’argent sonnant et trébuchant contre du papier. Est-ce la naissance du billet de banque?

Pas exactement. Généralement les affaires se réglaient en monnaie « sonnante et trébuchante ». Or dès avant la mort de Louis XIV l’Etat est très fortement endetté, et l’habitude a été prise d’émettre du papier monnaie en en garantissant la valeur sur les terres du pays. Le Régent Philippe d’Orléans, qui gouverne au nom de l’enfant Louis XV à partir de 1715, fait appel aux banquiers pour investir et relancer l’économie. Parmi ceux-là l’Ecossais John Law.

Law n’est pas un inconnu.

Il est un mercantiliste, c’est-à-dire un penseur de l’économie qui considère que la fonction de l’Etat est d’assurer la richesse du pays. Pour lui si l’Etat est très endetté c’est parce que les gens n’ont pas suffisamment d’argent pour investir et que l’Etat a dû se substituer à eux. Il faut donc qu’il y ait beaucoup plus d’argent en circulation. Pour organiser cette distribution il propose la création d’une grande banque de crédit sur le modèle de la Banque d’Angleterre (créée en 1691), qui prêterait de l’argent à très faible taux d’intérêt pour faciliter la circulation de l’argent, développer le commerce et notamment le commerce en provenance des colonies antillaises. Pour éviter une circulation difficile de grandes quantités de pièces il propose la généralisation des billets de banque et des billets au porteur (sortes de chèques). Le régent donne son accord, permet la création d’une banque privée d’escompte (prêt) et d’émission (création de papier monnaie), et John Law l’ouvre à Paris, rue Quincampoix.

Face au succès, Law va plus loin.

Il crée une Compagnie chargée par le roi de gérer les mines, les terres et le commerce du castor dans les terres françaises des Amériques (Antilles, embouchure du Mississippi, Québec). En investissant fortement là-bas, il pense pouvoir enrichir ceux à qui il prête, s’enrichir, et ainsi rapporter de l’argent au royaume. En 1718 et 1719 le succès est tel que la banque privée devient banque royale et étend les investissements de la Compagnie de commerce aux terres françaises d’Afrique (Sénégal) et d’Asie (littoral indien), s’installant même en Chine. Fin 1719 il va encore plus loin : le régent le charge de gérer la dette publique et la frappe de monnaie. Law propose alors de réformer l’impôt en abolissant tous les impôts pour ne taxer que le capital, ce qui obligerait les Français à investir partout. Consécration lui est offerte en janvier 1720, il devient Contrôleur général des Finances, c’est-à-dire Ministre de l’Economie du royaume.

Et c’est là que tout va basculer.

La banque de Law a trop prêté. Appâtés par les gros profits promis par le commerce américain, africain et asiatique, beaucoup de Français qui avaient un peu d’argent se sont rués sur les emprunts de Law. Lorsqu’apparaissent les premières difficultés de remboursement, en janvier 1720, beaucoup d’emprunteurs s’affolent, exigent d’être remboursés, mais les banquiers de Law n’ont pas suffisamment de réserves pour faire face aux demandes. Le coup de grâce est porté en février lorsque quelques grands personnages du royaume (Conti, Bourbon) exigent, et le font savoir, le paiement de leurs dividendes et le remboursement de leurs emprunts. Toute la place de Paris s’affole.

Le 17 juillet 1720 une immense émeute a lieu au Palais-Royal et rue Quincampoix.

La foule en rage exige son argent en monnaie. Invectives, bagarres, on s’empoigne, on se blesse, on s’étouffe. Trois morts, peut-être quatre. Mais c’est le signal de la fin. Tout le monde vend. Devant cette débandade, le régent doit lâcher John Law. Sa banque est dissoute en octobre 1720. Arguant du statut de banque privée l’Etat ne rembourse presque pas les emprunteurs, réalisant par là même une excellente affaire financière (Law s’était chargé du remboursement partiel de la dette de l’Etat). Quand à John Law, lâché par tous après être devenu un des hommes les plus importants et les plus riches du royaume, il s’exile, s’enfuit plutôt, et meurt misérablement, à Venise, en 1729.

Malgré tout l’expérience Law a été en partie bénéfique pour l’Etat, mais pas pour tous.

Ses finances sont en partie assainies, le commerce colonial est lancé, et le système fiscal simplifié. Mais psychologiquement les effets sont désastreux : de très nombreux petits débiteurs sont ruinés, et parmi eux beaucoup de petits investisseurs des villes (commerçants, artisans, petits nobles), et l’image du papier-monnaie devient un repoussoir absolu. Lorsque sous la Révolution le gouvernement va vouloir introduire l’assignat sous forme de papier-monnaie, la confiance dans cette monnaie sera presque nulle.

Pour aller plus loin, le livre majeur sur le sujet est déjà ancien : Edgar Faure, en 1977, a publié dans la collection « Trente journées qui ont fait la France » un 17 juillet 1720. La banqueroute de Law, chez Gallimard.

A bientôt

© Hugo Billard 2007.


Publié le 1 septembre 2007 par Hugo Billard dans Non classé