le jardin des retours

« Une bibliothèque est un acte de foi »

L’incendie de la bibliothèque Louis-Jouvet de Villiers-le-Bel nous a rappelé, en classe, ces vers de Victor Hugo, écrits le 25 juin 1871, après les incendies de la Commune de Paris.

Tu viens d’incendier la Bibliothèque ?
- Oui,

J’ai mis le feu là.

- Mais, c’est un crime inouï !
Crime commis par toi contre toi-même, infâme !
Mais tu viens de tuer le rayon de ton âme !
C’est ton propre flambeau que tu viens de souffler !
Ce que ta rage impie et folle ose brûler,
C’est ton bien, ton trésor, ta dot, ton héritage !
Le livre, hostile au maître, est à ton avantage.
Le livre a toujours pris fait et cause pour toi.
Une bibliothèque est un acte de foi


Publié le 27 novembre 2007 par Hugo Billard dans Actualité,Lire

ça s’est passé cette semaine (26 novembre-2 décembre)

Le visage de Toutankhamon, mort à 19 ansUne semaine historique pour plusieurs raisons…

LUNDI 26 NOVEMBRE

1620: arrivée du Mayflower sur la côte Est des futurs Etats-Unis. La première grande étape vers la formation des Etats-Unis…

1764: cédant aux pressions du Parlement, Louis XV dissout la Compagnie de Jésus en France.

1922: Howard Carter, Lord Carnarvon et l’ingénieur Callender découvrent la tombe du pharaon Toutankhamon: une momie, un masque d’or, des poussières et une malédiction naissent.

1965: avec le lancement de la fusée Diamant, la France devient la 3e puissance spatiale (après les Etats-Unis et l’URSS, of course).

Urbain II prêche la première CroisadeMARDI 27 NOVEMBRE

1095: Urbain II prêche la Croisade à Clermont pour défendre les chrétiens d’Orient que l’on pense attaqués par les Turcs Seldjoukides, et ainsi délivrer Jérusalem et permettre l’accès aux Lieux saints pour les chrétiens. Commencent trois siècles de croisades.


Publié le 25 novembre 2007 par Hugo Billard dans Non classé

On a retrouvé la grotte de Romulus et Rémus?

Les images de la sonde...Je découvre cette affaire sur le blog de Lyonel Kaufmann, toujours à l’affût. Qui a dit que Rome était un territoire archi-connu? Le Monde le révèle dans son édition de mercredi.

L’histoire est la suivante, rappelle Salvatore Aloïse dans ce journal : « les deux jumeaux, fils du dieu Mars, abandonnés sur la terre près des rives du Tibre, (sont) recueillis par une louve. Des archéologues pensent avoir trouvé cette grotte sacrée qui a été cherchée longtemps sans succès. Cette grotte fut, pendant des siècles, un lieu de culte reconnu, le Lupercale. La population y organisait une grande fête annuelle en l’honneur du dieu des troupeaux, Faunus Lupercus. Ce n’est qu’au Ve siècle après J.-C. que disparut cette tradition. Le pape Gélase I interdit alors la fête païenne où les hommes couraient après les femmes et les cinglaient avec des lanières découpées dans la peau de la bête que l’on venait d’égorger pour favoriser la fécondité et la montée du lait. »

A gauche le Mont Palatin, à droite les couches explorées pour atteindre la cavité.

On avait depuis perdu la trace du Lupercale, on ne savait plus exactement où se trouvait cette grotte. Une sonde munie d’une petite caméra a révélé les premières images de cette cavité ornée de mosaïques, à 16 mètres sous terre. Selon Francesco Rutelli, ministre de la culture (et ancien maire de la Ville), il s’agit de la découverte la plus importante depuis le XIX° siècle.

L’article de la Repubblica (en italien) qui rappelle la chronologie archéologique d’un endroit connu depuis longtemps, jamais complètement exploré: il ne s’agit plutôt d’une redécouverte.

Quand à savoir si Romulus et Rémus y furent réellement allaités par une louve… Il faut croire que même Rubens en doutait, qui a représenté la scène hors de toute grotte. Jacques Poucet analyse dans le détail ce mythe dans le bulletin électronique de l’université de Louvain. On peut remonter aux sources littéraires de l’antiquité.

On peut aussi, avec profit, consulter un travail de TPE de quatre élèves du Lycée Le Verger (Académie de la Réunion) sur « la fondation légendaire de Rome dans la littérature et dans l’histoire ». Quand je vous dis que les TPE sont INDISPENSABLES! Bravo à aux quatre, c’est du beau travail.

A bientôt

Hugo Billard

P.S.: sur son blog Lyonel Kaufmann indique un lien supplémentaire: le séminaire d’introduction du cours d’archéologie classique de l’université de Genève explique ce que les archéologues savent des origines de Rome. C’est très utile! Merci à lui!


Publié le 23 novembre 2007 par Hugo Billard dans Actualité,Comprendre,sur le net

ça s’est passé cette semaine (19-25 novembre)

19 novembre 1977 premiers pas d'un processus de paixQuelques anniversaires et moments particuliers qui se sont déroulés depuis un bon millénaire.

LUNDI 19 NOVEMBRE

1703: le « Masque de fer » meurt à la Bastille. Début d’un mystère que Voltaire assimilera aux excès de l’absolutisme, et dont Alexandre Dumas fera un sujet de fiction (un frère jumeau de Louis XIV?).

1919: le Congrès des Etats-Unis rejette le traité de Versailles pourtant habilement négocié par le président Wilson. Les Etats-Unis se mettent en retrait de la politique internationale (isolationnisme)… jusqu’au 7 décembre 1941 et le bombardement de Pearl Harbor par le Japon.

1977: le président égyptien Anouar El-Sadate se rend à Jérusalem où il rencontre Golda Meir et son successeur Mehanem Begin. Le début d’une reconnaissance commune entre l’Egypte et Israël qui semble clore, un temps, les guerres entamées en 1948 entre Israël et ses voisins. Le 17 septembre 1978 à Camp David (Etats-Unis) Israël et l’Egypte signent un traité de reconnaissance mutuelle. Begin et Sadate reçoivent en 1978 le prix Nobel de la Paix. Sadate meurt assassiné en 1981.

MARDI 20 NOVEMBRE


Publié le 19 novembre 2007 par Hugo Billard dans Non classé

La télé, la Shoah, Arendt et la mémoire (sur Bousquet et Eichmann)

Cette semaine deux événements télévisuels: le docu-fiction d’Arte « René Bousquet ou le grand arrangement » (2006) dans lequel l’excellent Daniel Prévost joue le rôle-titre, et le film « L’homme qui a capturé Eichmann » pour lequel Robert Duvall a été nominé pour les Emmy Awards en 1997. L’un comme l’autre film ont pour qualité commune de présenter la complexité des personnages et des contextes. Les Terminales qui travaillent sur la mémoire de la Seconde Guerre mondiale y trouveront matière à moudre. Et plus que cela encore, l’occasion de s’interroger sur l’histoire comme science et sur les sources comme fondement de compréhension des phénomènes (notamment les sources orales).

Bousquet lors de la rafle de MarseilleSur René Bousquet, la mémoire française et les études sur le génocide :

Le film raconte la vie de René Bousquet des années 1970 à 1993: entre les révélations de l’antisémite Darquier de Pellepoix à l’Express en 1978 (qui raconte que Bousquet était l’organisateur de la rafle du Vel d’Hiv de juillet 1942), et son assassinat en 1993 par Christian Didier, alors que l’inculpation de Bousquet était en cours et que le procès allait s’ouvrir. L’occasion de revenir sur le contexte de la Seconde Guerre et sur celui de la fin des années 1970 qui sert d’accélérateur à la prise de conscience des responsabilités françaises dans la Shoah.

Eichmann lors de son procès
Sur Adolf Eichmann: son action, l’analyse d’Arendt et les archives du procès:

Le film raconte comment un des grands responsables de l’organisation de la Solution finale a été repéré en 1960 en Argentine, a été enlevé par les services secrets israéliens (le Mossad) et se termine sur un long interrogatoire d’Eichmann pour préparer son procès en Israël.

1. Pour savoir qui est Adolf Eichmann, son action dans la Solution finale et les accusations du procès de 1961, le Holocaust Museum de Washington propose une page très complète (en français par les bons soins du Mémorial de la Shoah).

2. En 1963 la philosophe Hannah Arendt a publié le récit construit du procès dans « Eichmann à Jérusalem ». Un livre qui a provoqué une très grande polémique autour de ses trois thèses:

  • 1ère thèse: Eichmann était un homme banal, un médiocre, en rien un archétype d’antisémite viscéral;
  • 2e thèse: l’absence de questionnement intime d’Eichmann sur ses actes rend compte d’une « banalité du mal » sans laquelle on ne peut comprendre l’obéissance des administrations et des agents aux mécanismes de la Solution finale;
  • 3e thèse: « la coopération des autorités juives à la destruction des Juifs d’Europe »: cette thèse est celle qui a été la plus discutée, la plus déformée aussi par les négationnistes, mais qui est bien connue aujourd’hui: les nazis exigeaient des communautés juives qu’elles participent à l’organisation de chacune des étapes de la Solution finale (direction et gestion des ghettos par exemple), ce qui affaiblissait la capacité de résistance des Juifs, et assurait une possibilité de dénégation de leur responsabilité aux nazis (première étape du négationnisme, rappelait dans ses écrits le grand Pierre Vidal-Naquet).
  • Pour comprendre cette 3e thèse d’Arendt, lire les explications de Dominique Natanson. Arendt a eu le mérite d’obliger les historiens à accélérer leurs travaux, alors bien minces, sur la Solution finale.

3. Voir des archives du procès Eichmann: en 1998 Rony Brauman et Eyal Sivan ont réalisé un film-documentaire, « un spécialiste », à partir des vidéos d’archives du procès Eichmann. Le site paris4philo.org propose 19 extraits de ce documentaire (malheureusement ces vidéos ne sont pas légendées d’une ligne qui aurait permis de faire le tri par thème traité).

A bientôt

Hugo Billard


Publié le 18 novembre 2007 par Hugo Billard dans Comprendre,Lire,sur le net,Vidéos

Tony Judt « Après guerre »

Un des plus grands ouvrages de la décennie pour moiJe l’avais promis il y a quelques billets. Tony Judt a publié en français, chez Armand Colin, sa somme Postwar (2005) sous le titre Après guerre. Une histoire de l’Europe depuis 1945. Autant dire que l’ouvrage est impossible à résumer ou à analyser simplement.

Que dit ce livre?

Le site nonfiction.fr propose trois recensions d’un aspect du livre

Son influence

Les polémiques autour du livre avaient été nombreuses aux Etats-Unis: son penchant en faveur de la construction européenne était mal passé auprès d’une partie des néo-conservateurs.

En février 2005, dans un article de la très prestigieuse New York Review of Books, Europe vs. America (en anglais), Tony Judt était revenu sur ces polémiques et surtout proposait une comparaison de la construction des Etats-Unis et de l’Union européenne. Décoiffant (et très plaisant, autant le dire, en plus d’être intellectuellement très très stimulant).

Il est trop tôt pour expliquer son influence en Europe: mais hier l’Ecole Normale Supérieure a organisé une conférence autour de Tony Judt et de son ouvrage. Veinards sont ceux qui ont pu y assister. Ce blog est ouvert à qui veut parler de ce qu’il y a entendu.

Le lire

Je me contenterai ici de faire ce qu’il ne faut jamais faire dans un roman (mais ce n’en est pas un, j’en profite): en donner les dernières lignes.

« Si, dans les années à venir, nous voulons nous rappeler pourquoi il a paru si important de construire une sorte d’Europe sur les crématoires d’Auschwitz, l’histoire seule peut nous y aider. La nouvelle Europe, liée par les signes et les symboles de son terrible passé, est une remarquable réalisation; mais elle demeure à jamais hypothéquée à ce passé. Si les Européens veulent conserver ce lien vital – pour que le passé de l’Europe continue de donner à l’Europe présente un sens qui vaille réprobation et un dessein moral -, il faudra l’enseigner à nouveau à chaque relève des générations. L’ « Union européenne » peut bien être une réponse à l’histoire, elle ne saurait jamais en être le substitut. » (p.963).

Pour aller plus loin

Tony Judt et Enzo Traverso étaient mardi les invités de l’émission « Du grain à moudre » sur France Culture. L’émission est extraordinaire à écouter.

A bientôt

Hugo Billard


Publié le 8 novembre 2007 par Hugo Billard dans Lire

Saint Lazare des Arméniens (Venise)

4500 manuscrits préservés dans cette îleUne semaine vénitienne est comme un café-crème: chaud, froid, et les deux.

On peut y trouver son miel, comme dans le silence du cloître de San Francesco della Vigna, ou face à un Spritz sur les Zattere baignés de vent et de soleil, ou pester, comme Régis Debray, Contre Venise, ce « rendez-vous le plus vulgaire des gens de goût » (p.11) dont la Biennale délivre le « bon pour le musée » (p.72). Donc aujourd’hui je ne vous parlerai que de mon lieu préféré, parce qu’il est encore (oui, encore) préservé des chapeaux « Venezia » et des gondoles en plastiques.

L’île-monastère Saint Lazare des Arméniens

Refuge pour l’Eglise arménienne au début du XVIII° siècle sous l’autorité du moine Mekhitar, cette île est un monastère bénédictin, un lieu majeur de la culture arménienne (4500 manuscrits, 150 000 volumes), et une immense maison d’édition qui promeut l’histoire et la religion arméniennes. Elle a aussi été un mythe romantique, lorsque Byron s’y complût quelques temps. Elle est aussi aujourd’hui un lieu d’expression artistique pour les manifestations de la Biennale d’Art Contemporain: Joseph Kosuth y utilise les murs d’enceinte pour entrecroiser mots et liens.

Moins facilement desservie que les autres îles de la Lagune, elle mérite le détour pour qui veut comprendre la nature de la République de Venise lorsqu’elle était une puissance méditerranéenne, et pour qui veut sentir la beauté et la profondeur de la culture arménienne. Jusqu’à vivre dans sa chair le sentiment de fragilité et de puissance physique qu’est le contrôle entier d’une île.

Pour aller plus loin, quelques liens

Salve!

H. Billard


Publié le 6 novembre 2007 par Hugo Billard dans Comprendre,sur le net

Venise (liens)

L'escargot vénitienVenise est, sur le net comme en littérature, la championne du monde des références.

Alors quelques liens pour qui veut y comprendre quelque chose (et rêver, aussi):

Le site Geoeye propose une vue aérienne de l’escargot vénitien qui aspire le spectateur (et merci à Daniel Letouzey d’avoir suggéré ce site).

Le blog TraMeZinniMag, de Lorenzo, qui donne, au jour le jour, des nouvelles de ce qui s’y passe (une mine d’informations, et de prétextes aux rêves).

Le site « Vivre Venise » qui propose histoire, géographie, musées, et tout ce que vous voulez savoir sur Venise en n’y étant pas comme en s’y trouvant (impec pour l’histoire de la Cité des doges).

Le site de photographies lapanse.com qui donne une idée différente des cartes postales classiques, et ouf! ça fait du bien. On peut aller voir aussi rioba.it qui propose des photos prises par des Vénitiens de la vie chez eux.

Et bien sûr le site de la Biennale d’art contemporain, du Musée Guggenheim, et celui du superbe Palazzo Grassi que possède aujourd’hui la fondation Pinault.

Depuis le campiello San Giorgio dei Greci,

Ciao a tutti!

Hugo Billard


Publié le 3 novembre 2007 par Hugo Billard dans Actualité,sur le net