La journée du 9 novembre a dans l'histoire allemande une résonance importante.
Excusez du peu: 9 novembre 1918 proclamation de la République de Weimar; 9 novembre 1923 Adolf Hitler fomente le "putsch de la Brasserie" à Munich; 9 novembre 1938 Nuit de Cristal; 9 novembre 1989 chute du mur de Berlin (construit le 13 août 1961). Autant d'événements qui résonnent autant dans l'histoire européenne que dans l'histoire allemande.
Le mur de Berlin a été construit le 13 août 1961; il ceinturait de fils de fer barbelés puis par un mur en béton 225 km de frontière entre Berlin-Ouest (RFA) et Berlin-Est (RDA). Pourquoi a-t-il été construit? En 1945 l'Allemagne a été divisée en quatre zones d'occupation, et Berlin en quatre secteurs (le futur Berlin Ouest est composé des zones américaine, britannique et française; le futur Berlin-Est est la zone d'occupation soviétique). La création des démocraties populaires en Europe de l'Est (1947-1949), la première crise de Berlin (1948-1949) et la révolte de Berlin-Est matée dans le sang (1953) avaient poussé à un fort mouvement d'émigration de l'Est de l'Allemagne vers l'Ouest. Entre 1949 et 1961 2.6 millions d'Allemands ont fui l'Est. Sans compter que la proximité entre Berlin Est et Ouest permettait à de nombreux Tchècoslovaques, Polonais et Hongrois de passer ainsi à l'Ouest. Ces migrants étaient le plus souvent des jeunes actifs instruits: une véritable hémorragie des élites des pays communistes.
Une rencontre entre Ulbricht (Secrétaire général du parti communiste de RDA) et Krouchtchev (secrétaire général du parti communiste soviétique) aboutit le 5 août 1961 à la décision secrète "d'assurer autour de Berlin-Ouest une surveillance fiable et un contrôle efficace". Dans la nuit du 12 au 13 août 1961, 14500 soldats bloquent rues, voies ferrées, métros et se massent aux postes frontières (les Check-point, comme CheckPointCharlie). 85 soldats, comme Conrad Schumann (photo), 216 civils, passent immédiatement à l'Ouest. A la fin de la journée, Berlin-Ouest est physiquement isolée du reste du monde.
Le chancelier Ouest-Allemand Adenauer appelle au calme - la guerre froide bat son plein, et si la détente est de rigueur depuis 1956, il s'agit plus d'une "coexistence pacifique": chacun garde son bloc, pas d'intervention extérieure au sein des blocs: l'échec de la révolte de Budapest et l'échec de Suez en 1956 ont été les premières étapes de cette doctrine de la "coexistence pacifique". Malgré tout, Adenauer craint les chars soviétiques. Le bourgmestre de Berlin, Willy Brandt, ne décolère pas, et 300 000 Berlinois le suivent dans une immense manifestation impuissante. Kennedy qualifie la construction du mur de "solution peu élégante, mais mille fois préférable à la guerre". Le premier ministre anglais MacMillan n'y voit "rien d'illégal". En visite à Berlin-Ouest en juin 1963, Kennedy se rattrapera aux yeux des Berlinois en s'écriant "Ich bin ein Berliner " (Je suis un Berlinois).
Mais la crise de Cuba était passée par là… Au début des années 1970 l'Ostpolitik du chancelier Willy Brandt ouvre un peu la frontière, les autorisations de voyage à l'Ouest sont simplifiées par la RDA. Le mur se dresse néanmoins, aux tours et no man's lands orientés vers l'intérieur de la RDA: l'objectif est bien d'enfermer les habitants de l'Est en RDA. "Imaginez la Seine devenue un mur hermétique avec ordre de tirer" écrira Gisela Thiele-Knobloch pour expliquer la situation à ses amis parisiens.
Le jeudi 9 novembre 1989, les habitants de Berlin-Est cassent les points de passage et détruisent le mur avec l'aide des Berlinois de l'Ouest. Cet événement, que les médias rendent immédiatement planétaire, va provoquer la chute progressive des régimes communistes du bloc de l'Est, la réunification allemande (3 octobre 1990) et la fin de la guerre froide (fin de l'URSS le 25 décembre 1991). Comment en sont-ils arrivés là? Depuis le début des années 1980 une série de contestations des régimes communistes se sont développés (arrestation d'opposants comme Havel en Tchécoslovaquie, climat insurrectionnel en Pologne par le syndicat Solidarnosc de Walesa aidé par le clergé catholique, multiplication des dissidents comme Sakharov en URSS), et en 1985 l'arrivée de Gorbatchev à la tête de l'URSS a laissé entrevoir un début d'ouverture ("Perestroïka" et "Glasnost"). La crise économique des pays du bloc de l'Est et de l'URSS, la répression permanente contre les opposants, les incitations fortes de l'Ouest à destination des contestataires obligent le gouvernement de RDA à lâcher un peu de lest.
La déclaration d'un membre du bureau politique du PC de la RDA annonçant un assouplissement des conditions de passage à l'Ouest va provoquer un afflux gigantesque de populations vers les points de passage frontaliers, que vont relayer les médias de Berlin-Ouest. La rumeur court: "le mur est ouvert!" A 23h un point de passage est ouvert, puis plusieurs (sans autorisation officielle). Berlinois de l'Ouest et de l'Est se retrouvent devant le mur de Berlin et commencent à casser le mur avec marteaux et pioches. Le violoncelliste Mislav Rostropovitch , dissident soviétique, encourage les BErlinois en jouant une suite de BAch (voir photo). A l'annonce de la chute du Mur, les députés allemands de l'Ouest, à Bonn, se lèvent et chantent l'hymne national.
Moins d'un an plus tard, l'Allemagne est réunifiée. Tous les régimes communistes d'Europe de l'Est vont progressivement s'effondrer. La guerre froide est terminée.
Les programmes d'histoire des élèves de Terminales et des classes préparatoires font directement référence au Mur de Berlin et au contexte historique qui a présidé à son existence.
A bientôt
Hugo Billard
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