le jardin des retours

Crise? Quelle crise? (II)

Le 4 mars 1933, Franklin Delano Roosevelt prononce à Washington son discours d’investiture à la présidence des Etats-Unis. Il y détaille son programme d’action pour surmonter la très grave crise économique que vit le pays, et par ricochet l’Europe, depuis 1929. Au coeur du discours, une vision philosophique du bonheur et du travail qui en dit long sur le rêve américain.

« Le bonheur ne se trouve pas dans la seule possession de biens, il se trouve dans la joie de la réussite, dans le plaisir de l’effort créateur. La joie et la stimulation morale que procure le travail ne doivent plus être oubliées dans la recherche effrénée de profits évanescents. Ces jours sombres vaudront tout ce qu’ils nous aurons coûté s’ils nous enseignent que notre véritable destinée n’est pas d’être secourus, mais de nous secourir nous-mêmes et nos semblables. »

Traduction: Pascale Haas (Editions Points, août 2009)

A suivre

H. Billard


Publié le 12 mai 2010 par Hugo Billard dans Comprendre

Crise? Quelle crise? (I)

La crise de 2008-2009 (-2010? -2011?) est souvent comparée, au choix, à la crise de 1929 ou à la crise de 1973. Elles sont nées de la spéculation financière et ont obligé les Etats, même les moins interventionnistes, à engager des fonds considérables pour relancer l’économie et éviter, parfois difficilement, les crises sociales.

Cette vidéo de France 5 propose en images les causes et les conséquences de la crise de 1929.

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A suivre!

H. Billard


Publié le 12 mai 2010 par Hugo Billard dans Comprendre,Vidéos

L’Europe? Quelle Europe?

Pastichant Staline qui aurait dit « Le Vatican ? Combien de divisions ? », ou Henry Kissinger : « L’Europe ? Quel numéro de téléphone ? », on peut s’interroger, depuis cette semaine, sur le nouveau visage de l’Union européenne. La ratification du traité de Lisbonne par la République tchèque, dernier à signer, a permis son application immédiate.

Schéma institutionnel de l’Union européenne

Et d’abord de nouvelles têtes à de nouveaux postes. Le Conseil européen des Chefs d’Etat et de gouvernement était autrefois dirigé par un Etat, tournant tous les six mois : un gage d’instabilité et de faible visibilité de l’Union. Depuis le 19 novembre 2009, ce Conseil a un président pour 2 ans et demi, mandat renouvelable une fois. Ce poste n’est pas celui d’un président de l’Union européenne, ni celui d’un Chef d’Etat.

L’UE a en réalité 4 têtes : le Belge Herman van Rompuy est devenu le président du Conseil européen, le Portugais José Manuel Barroso est président de la Commission européenne, le Polonais Jerzy Buzek est président du Parlement européen, et la Britannique Catherine Ashton est la Haute Représentante des Affaires Etrangères de l’Union européenne. On pourrait ajouter le Français Jean-Claude Trichet à la tête de la Banque Centrale européenne (Francfort), et le Grec Vassilios Skouris à celle de la Cour de Justice européenne (Luxembourg). Subtile alchimie nationale dans les nominations, fruits des textes et des rapports de force entre les Etats membres.

Leurs mandats sont inégaux : le président du conseil et la haute représentante des Affaires Etrangères sont nommés pour 2 ans et demi, le président de la Commission pour 5 ans, tous trois par le Conseil des Chefs d’Etat et de gouvernement ; le président du Parlement est le seul élu par les parlementaires européens, mais l’équilibre des pouvoirs fait partager ce poste entre la gauche et la droite, chacun pour 2 ans et demi au lieu de 5 ans. Le seul qui tienne la route sur le long terme est le président de la Commission, mais il ne s’est pas caractérisé par un activisme forcené ni par une résistance particulière aux désiderata des Chefs d’Etat et de gouvernement lors de son précédent mandat de 5 ans.

Bref, l’Union européenne construit progressivement ses institutions, lui donne des têtes, mais souffre toujours d’un déficit de démocratie pour être considéré comme un Etat (ce qu’elle n’est ni en droit ni en pratique), et d’un déficit de visibilité pour être estimé par les citoyens européens, qui n’ont jamais aussi peu voté aux élections européennes, tous pays et partis confondus.

On pourrait aussi dire l’inverse : l’UE n’a jamais été aussi démocratique ni aussi visible qu’aujourd’hui : les traités de Rome faisaient des territoires de ses membres une zone de coopération forte, le traité de Maastricht en a fait un espace de libre circulation et de coopération renforcée, le traité d’Amsterdam en a fait un espace financier commun et de contrôle commun, le traité de Nice a préparé l’extension à 27 Etats, et le traité de Lisbonne voulait lui donner une visibilité et simplifier son fonctionnement. Médiatiquement, c’est raté.

Tout dépend maintenant de la manière dont les nouveaux titulaires de ces postes européens vont agir. Le mieux est sans doute de lire l’histoire des relations entre les Etats fédérés des Etats-Unis et leur pouvoir central : nous semblons louer l’unité américaine et la visibilité de son président, mais cette unité ne va pas de soi, et son président n’a acquis une réelle marge d’action que depuis l’entre-deux guerres et les mandats du président Roosevelt.

Le site touteleurope.fr vous explique toutes les institutions et les traités.

A lundi !

Hugo Billard


Publié le 22 novembre 2009 par Hugo Billard dans Actualité,Comprendre

L’honneur de la police

Le 29 mai 1968, après plusieurs semaines d’affrontements entre policiers et étudiants puis grévistes, le Préfet de Police Maurice Grimaud, que l’on voyait tous les jours sur le terrain, écrit une lettre aux forces de l’ordre, adressée chez eux à tous les policiers dont il a la charge. Texte intégral:

« LE PREFET DE POLICE

Paris, le 29 mai 1968

Je m’adresse aujourd’hui à toute la Maison : aux gardiens comme aux gradés, aux officiers comme aux patrons, et je veux leur parler d’un sujet que nous n’avons pas le droit de passer sous silence : c’est celui des excès dans l’emploi de la force.

Si nous ne nous expliquons pas très clairement et très franchement sur ce point, nous gagnerons peut-être la bataille dans la rue, mais nous perdrons quelque chose de beaucoup plus précieux et à quoi vous tenez comme moi : c’est notre réputation.

Je sais pour en avoir parlé avec beaucoup d’entre vous que, dans votre immense majorité, vous condamnez certaines méthodes. Je sais aussi, et vous le savez avec moi, que des faits se sont produits que personne ne peut accepter.

Bien entendu, il est déplorable que, trop souvent, la presse fasse le procès de la police en citant ces faits séparés de leur contexte et ne dise pas, dans le même temps, tout ce que la même police a subi d’outrages et de coups en gardant son calme et en faisant simplement son devoir.

Je suis allé toutes les fois que je l’ai pu au chevet de nos blessés, et c’est en témoin que je pourrais dire la sauvagerie de certaines agressions qui vont du pavé lancé de plein fouet sur une troupe immobile, jusqu’au jet de produits chimiques destinés à aveugler ou à brûler gravement.

Tout cela est tristement vrai et chacun de nous en a eu connaissance.

C’est pour cela que je comprends que lorsque des hommes ainsi assaillis pendant de longs moments reçoivent l’ordre de dégager la rue, leur action soit souvent violente. Mais là où nous devons bien être tous d’accord, c’est que, passé le choc inévitable du contact avec des manifestants agressifs qu’il s’agit de repousser, les hommes d’ordre que vous êtes doivent aussitôt reprendre toute leur maîtrise.

Frapper un manifestant tombé à terre, c’est se frapper soi-même en apparaissant sous un jour qui atteint toute la fonction policière. Il est encore plus grave de frapper des manifestants après arrestation et lorsqu’ils sont conduits dans des locaux de police pour y être interrogés.

Je sais que ce que [je] dis là sera mal interprété par certains, mais je sais que j’ai raison et qu’au fond de vous-même vous le reconnaissez.

Si je parle ainsi, c’est parce que je suis solidaire de vous. Je l’ai dit déjà et je le répèterai : tout ce que fait la police parisienne me concerne et je ne me séparerai pas d’elle dans les responsabilités.

C’est pour cela qu’il faut que nous soyons également tous solidaires dans l’application des directives que je rappelle aujourd’hui et dont dépend, j’en suis convaincu, l’avenir de la Préfecture de Police.

Dites-vous bien et répétez-le autour de vous : toutes les fois qu’une violence illégitime est commise contre un manifestant, ce sont des dizaines de ses camarades qui souhaitent le venger. Cette escalade n’a pas de limites.

Dites-vous aussi que lorsque vous donnez la preuve de votre sang-froid et de votre courage, ceux qui sont en face de vous sont obligés de vous admirer même s’ils ne le disent pas.

Nous nous souviendrons, pour terminer, qu’être policier n’est pas un métier comme les autres ; quand on l’a choisi, on en a accepté les dures exigences mais aussi la grandeur.

Je sais les épreuves que connaissent beaucoup d’entre vous. Je sais votre amertume devant les réflexions désobligeantes ou les brimades qui s’adressent à vous ou à votre famille, mais la seule façons (sic) de redresser cet état d’esprit déplorable d’une partie de la population, c’est de vous montrer constamment sous votre vrai visage et de faire une guerre impitoyable à tous ceux, heureusement très peu nombreux, qui par leurs actes inconsidérés accréditeraient précisément cette image déplaisante que l’on cherche à donner de nous.

Je vous redis toute ma confiance et mon admiration pour vous avoir vus (sic) à l’œuvre pendant vingt-cinq journées exceptionnelles, et je sais que les hommes de cœur que vous êtes me soutiendront totalement dans ce que j’entreprends et qui n’a d’autre but que de défendre la police dans son honneur et devant la Nation.

Maurice GRIMAUD »

Maurice Grimaud est mort avant-hier, à 95 ans. Il avait depuis 1977 raconté dans plusieurs livres son Mai 1968. Le Monde retrace ses engagements dans la Préfectorale et en politique (il a été ministre sous Fabius). Il avait donné au Monde2 une interview dans laquelle il explique son parcours. Le mieux reste de l’écouter raconter.

L’ancien leader du mouvement étudiant Daniel Cohn-Bendit a salué en lui « un véritable républicain ».

A bientôt

Hugo Billard


Publié le 23 juillet 2009 par Hugo Billard dans Comprendre,Réviser le bac
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Robert McNamara (1916-2009)

Pour ceux qui ont oublié qui a été l’ancien Secrétaire d’Etat Robert McNamara, trois rappels:

Comme Secrétaire d’Etat à la Défense il a mené la guerre du Vietnam sous l’autorité des présidents Kennedy puis Johnson (qui l’a renvoyé parce qu’il doutait finalement de la victoire… jusqu’à la regretter profondément dans les années 1980).

Comme président de la Banque mondiale il a vécu 13 années qui ont vu l’Amérique latine et l’Afrique se convertir partiellement au libéralisme.

Comme analyste politique et historien de sa propre action il a permis de revisiter ces années cruciales de la guerre froide, des crises pétrolières et de l’extension de la superpuissance américaine avec une certaine lucidité. Parfois contre Henry Kissinger, cet autre intellectuel actif en géopolitique.

  • Pour aller plus loin le Monde propose un retour sur la vie de Robert McNamara.
  • Pour les anglicistes le Washington Post a préparé un petit dossier
  • Lyonel Kaufmann a écrit dans Le Temps un article qui explique tout et qui propose une vidéo de Robert McNamara.

A bientôt

H. Billard


Publié le 6 juillet 2009 par Hugo Billard dans Actualité,Comprendre
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Pendant ce temps, en Iran…

Pas simple de comprendre les manifestations iraniennes, surtout si vous arrivez de la planète Mars (pardon: si vous relevez la tête de vos révisions).

Mercredi 17 juin sur le site de la BBC

(mercredi 17 juin – photo AFP / BBC)

Cinq Six questions à se poser.

Pourquoi des manifestations monstres depuis vendredi dernier ?

Depuis vendredi 12 juin les élections présidentielles iraniennes ont permis au président conservateur Mahmoud Ahmadinejad de se succéder à lui-même pour un second mandat. Les partisans du candidat dit « réformateur » Mir Hossein Moussavi contestent dans la rue, tous les jours, le résultat du scrutin. 7 morts, des dizaines de blessés, arrestation de conseillers de Moussavi, journalistes étrangers interdits de travailler, blocage des modes de communication : le temps semble à la répression autant qu’à la révolution.

Quels sont les pouvoirs du président iranien ?

Il est officiellement le chef de l’exécutif, élu pour 4 ans. Dans les faits, ses actes sont sous le contrôle du Guide Suprême, Ali Khamenei, lui-même contrôlé par une Assemblée des Experts de 86 mollahs, élus pour 8 ans. Ce Guide suprême dispose d’une force armée, d’une milice, chargée de faire appliquer dans la rue ses décisions: les pasdarans, ou « gardiens de la révolution ». En apparence toutes les institutions se contrôlent les unes les autres, ce qui fait du président de la République iranienne l’homme le plus contrôlé du régime. La réalité est plus complexe. L’Etat iranien est divisé en clans qui ont chacun des orientations politiques différentes. Leur point commun est de ne vouloir rien changer à l’Islamisme du régime. Deux clans semblent apparaître : les partisans et les opposants au Guide Suprême de la révolution, Ali Khamenei. Le président sortant passe pour la créature du Guide Suprême alors que Mir Hossein Moussavi a reçu le soutien de tous ceux qui veulent succéder à Ali Khamenei. En apparence il s’agit d’une lutte entre conservateurs et réformateurs. En réalité il s’agit aussi d’une lutte au sommet pour le poste de Guide Suprême.

Qui sont les pro-Moussavi ?

Les manifestations prennent de l’ampleur depuis vendredi dernier, et semblent dépasser le candidat réformateur Mir Hossein Moussavi. Beaucoup de manifestants appellent à créer une véritable démocratie en Iran. Ces manifestants sont en grande partie issus d’une génération qui n’a connu, depuis 1979, que la théocratie. Le risque d’une véritable révolution n’a jamais été aussi fort, notamment parce que la corruption, les excès de la police religieuse (qui est une police politique autant qu’une milice armée) et les difficultés économiques se traduisent par une forte volonté de changement politique.

Quels sont les moyens des manifestants ?

Chacun des candidats fait assaut de nationalisme : les deux utilisent la couleur verte, qui est celle de l’Islam autant que du pays, et appellent à ce que l’Iran deviennent une puissance nucléaire. Mais le président sortant bénéficie des moyens officiels et exécutifs de communication (la télévision, la capacité à bloquer les réseaux téléphoniques et Internet) alors que le candidat contestataire ne peut utiliser que des moyens classiques ou constater que ses partisans utilisent des moyens clandestins. La blogosphère iranienne est presque entièrement pro-Moussavi, et Twitter est ainsi, depuis cinq jours, devenu l’outil favori d’information pour les médias étrangers et entre manifestants. Beaucoup de manifestants filment et racontent, appellent à se retrouver, convoquent des conférences de presse par ce biais, pensant aller plus vite que la censure. La censure est en Iran, comme dans tout régime autoritaire, une des armes les mieux contrôlées par le régime.

  • liste d’adresses twitter de militants pro-Moussavi: attention, de nombreuses images sont indiquées sans indication de lieu et certains de ces sites sont infiltrés par des pro-Ahmadinejad
  • les conditions de travail des journalistes, selon Delphine Minoui, du Figaro

La prise du pouvoir par Mir Hossein Moussavi changerait-elle quelque chose à la politique iranienne ?

Barack Obama a l’air de répondre non à cette questions. Le président iranien qui contrôlera le pouvoir après les manifestations devra d’abord réconcilier les Iraniens. S’il est conservateur il le fera en exacerbant la haine nationaliste contre une paire d’ennemis tout trouvé : les Etats-Unis et Israël. S’il est réformiste il le fera en accélérant la puissance nucléaire iranienne tout en amorçant un semblant de discours pour apaiser les tensions avec ses voisins. Puissance régionale et nucléaire sont liés : aucun des deux présidents possibles ne prendra le risque de retirer l’Iran d’une course technologique qui lui permettrait de s’affirmer comme la puissance incontournable de la région. Restent les réformes politiques : aucun des deux candidats n’a l’intention de réformer quoi que ce soit dans les institutions, et le Guide Suprême devrait conserver l’essentiel de son influence, largement supérieure au président de la République. Ce qui ne peut qu’envenimer l’avenir : l’essentiel de la jeunesse pro-Moussavi est éduquée, ouverte au monde, plutôt urbaine et bourgeoise, et minoritaire en Iran. Un échec des aspirations politiques provoquerait, dans quelques années, une nouvelle contestation du pouvoir dans la rue. Et même si des manifestations de ce genre ont déjà été réprimées, comme en 1999.

Quels sont les enjeux régionaux ?

Si Ahmadinejad a gagné les élections, c’est aussi parce qu’il a su redistribuer une partie de l’argent du pétrole iranien dans les campagnes ou auprès des classes populaires urbaines. Il avait été élu en 2005 en promettant de lutter contre la corruption, de mieux répartir les gains du pétrole et ainsi de lutter contre la pauvreté. L’inflation est de 30%, le chômage touche 12% de la population mais plus de 25% de la jeunesse. L’argent sans investissement de long terme dans la santé, les réseaux économiques, l’industrie, ne pourra que mener l’Iran dans une surenchère nationaliste qui utilise un discours religieux pour regrouper la population autour de quelques ennemis construits, comme Israël, les Etats-Unis ou les Etats sunnites comme les Emirats Arabes Unis tout proches, dans lesquels la France vient d’installer une base militaire permanente surarmée… et Israël a prévenu qu’elle pourrait répondre par la force à une menace potentielle…

Bref, un point chaud de la planète, assurément.

A+

HB


Publié le 17 juin 2009 par Hugo Billard dans Actualité,Comprendre
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Ritals go home (Aigues-Mortes, 1893)

La crise a des conséquences sociales que l’on croyait écartées du champ européen. En tout cas à l’ouest. Depuis fin janvier les manifestations se multiplient au Royaume-Uni contre les Polonais et les Italiens accusés de prendre les emplois des britanniques. Accusation accentuée par un fort sentiment anti-européen, l’UE favorisant la libre circulation des travailleurs. Eve Mongin fait le parallèle avec la situation des Italiens en France à la fin du XIX° siècle, en pleine dépression: même accusation, l’UE en moins, contre des Italiens accusés d’accepter des salaires plus faibles que les locaux. 16 août 1893, une « chasse à l’Italien » à Aigues-Mortes fait selon les sources entre 8 et 17 morts et 36 à 150 blessés. Le 17 août 1893 un commandant de gendarmerie écrit: « l’hostilité actuelle des ouvriers français contre les ouvriers italiens est (…) arrivée à un tel degré de férocité que tout ouvrier italien qui serait rencontré isolément serait infailliblement massacré » (Noiriel 2007 p.148).


Publié le 18 mars 2009 par Hugo Billard dans Comprendre,revue de presse
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Le travail de l’historien

Dans Le Monde du 07 février, les historiens Daniel Roche et Christophe Charle présentent leurs inquiétudes face au projet de grand musée de l’histoire de France que Nicolas Sarkozy voudrait voir créé aux Invalides. Cet article est aussi un prétexte à dire ce qu’est aujourd’hui le travail de l’historien:

L’historien n’est plus l’historiographe du prince

« Tout est bon pour l’historien de la charte au paysage, de l’objet à la trace, de l’image au son du passé. Ces nouveaux lieux de mémoire pourront-ils être mis en boîte sans parti pris ? (…) l’historien du XXe et du XXIe siècle ne croit plus à la finalité implicite et encore moins imposée de la recherche : ni l’idée de nation, ni la parousie du progrès, ni la révélation religieuse ou idéologique ne figurent plus dans les commandements de ses méthodes. »

L’historien n’est plus le thuriféraire du dieu Nation

« La France et surtout « l’âme de la France » ne sont rien d’autre que des abstractions complexes, rationnelles et politiques, poétiques et romantiques. Elles sont des entités changeantes et relatives qu’il faut comprendre selon les temps et les lieux, les milieux et les moments et non des données impassibles. Sans autre discussion, ce point de vue a priori nous enferme dans un anachronisme de pensée qui empêche la véritable compréhension du passé et nous fait glisser inévitablement dans la téléologie justifiée par la sélection des faits présentés, objectivés de surcroît dans les choses offertes au regard du visiteur. »

L’historien est le pédagogue de la complexité

« En revanche, les historiens voudraient saisir le sens des pratiques de tous, de ceux et celles qui travaillent et paient leurs impôts, de ceux et celles qui pensent et de ceux et celles qu’on empêche de penser ou même de vivre dignement. Comprendre la diversité des cultures, faire revivre la société et ceux qui la composent, voilà la tâche centrale des historiens d’aujourd’hui. C’est en y répondant qu’on comprendra la France et ceux qui l’ont faite et la feront. »

Et de terminer sur ce dernier tacle contre le projet de Musée: « Alors que les universités sont bousculées dans leurs fonctions, faut-il détourner l’attention par un leurre muséographique logé aux Invalides sous l’ombre intimidante de Louis XIV, Napoléon et de Gaulle ? »

A suivre. Gageons que cet article ne laissera pas indifférent.

Quelques nuances quand même ici: si l’historien peut toujours s’inquiéter des interférences du politique dans son travail ou dans l’idée que le politique doive définir le vrai (cf. son discours de Dakar, l’affaire de l’adoption par les classes de primaire de la mémoire d’un enfant déporté, ou encore l’affaire Guy Môquet), l’idée d’un musée est aussi d’attirer un public nouveau et de permettre à des historiens d’y travailler. Il faut donc attendre de mieux comprendre les intentions des fondateurs. Les critiques ont toujours été très nombreuses contre les musées avant leur création. So wait and see.

Rappel: ces extraits viennent de l’article « La France au Musée de l’Histoire« , à lire dans Le Monde daté du 07 février 2009.

A bientôt

Hugo Billard

(Photo: Nicolas Sarkozy en visite au Mémorial du plateau des Glières, un des hauts lieux de la Résistance, le 18 mars 2008).


Publié le 7 février 2009 par Hugo Billard dans Comprendre
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Prêter serment, toute une histoire

Avec quelques variantes, de Georges Washington le 30 avril 1789 à New York, à Barack Obama à Washington le 20 janvier 2009, l’entrée officielle en fonction du président des Etats-Unis est symboliquement marquée par la prestation de serment du président (oath office). D’où l’extrême importance dans l’histoire juridique et judiciaire américaine de la notion de serment (pour avoir menti face à des jurys, Nixon et Clinton s’en sont mordus les doigts).

Ce serment est ordinairement prêté sur la Bible, comme livre symbole de valeurs communes; Theodore Roosevelt a néanmoins refusé de le faire sur la Bible pour signifier la séparation des Eglises et de l’Etat aux Etats-Unis. La date aussi a évolué (liste ici): ordinairement le 4 mars après Washington, 20 ou 21 janvier à 12h après 1937.

Le texte officiel est très simple:

I do solemnly swear (or affirm) that I will faithfully execute the Office of President of the United States, and will to the best of my Ability, preserve, protect and defend the Constitution of the United States.

Je jure solennellement de remplir fidèlement les fonctions de président des États-Unis, et, dans toute la mesure de mes moyens, de sauvegarder, protéger et défendre la Constitution des États-Unis.

Le texte qui s’est progressivement imposé dans la pratique est parfois plus détaillé mais montre aussi l’évolution du rôle du président et ce qui est attendu de lui par la population.

Discours inaugural

La prestation de serment (oath of office) est suivie du discours inaugural du président. Souvent l’occasion de phrases historiques comme

« mettons-nous à l’œuvre afin d’achever la tâche qui nous occupe, de panser les blessures de notre nation, de porter soin à l’homme qui a affronté le combat et soulagement à sa veuve et à son orphelin, enfin de faire tout pour réaliser et honorer une paix juste et durable entre nous et avec toutes les nations » (Lincoln, 1865),

ou

« la seule chose que nous ayons à craindre est la crainte elle-même » (Roosevelt, 1933)

ou encore

« ne vous demandez pas ce que les Etats-Unis peuvent faire pour vous mais demandez-vous ce que vous pouvez faire pour les Etats-Unis » (Kennedy, 1961).

L’image et le son

Une vidéo bien pratique montre les prestations de serment des présidents de Roosevelt (1933) à Bush (2001). Attention à l’erreur lors de la prestation de Nixon (en 1969 et non 1961).

Voir aussi les photographies des prestations de serment non prévues (Truman en 1945 après la mort de Roosevelt, Johnson en 1963 dans Air Force One après l’assassinat de Kennedy).

Image de prévisualisation YouTube

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Demain, mardi 20 janvier 2009, à 12h heure de Washington, Barack Obama prêtera serment et deviendra le 44e président des Etats-Unis.

A bientôt

Hugo Billard

Illustrations: prestation de serment de Georges Washington (1789) et Abraham Lincoln (1865).


Publié le 19 janvier 2009 par Hugo Billard dans Actualité,Comprendre
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Le choc des civilisations…

… est une théorie de sciences politiques qui fait florès et controverse aujourd’hui. Elle a été inventée en 1993 par le politologue américain Samuel Huntington.

Samuel Huntington vient de mourir. L’occasion de faire le point sur sa théorie.

C’est dans Le Monde ici que vous la trouverez.

Belles fêtes à tous

Hugo Billard


Publié le 28 décembre 2008 par Hugo Billard dans Actualité,Comprendre,Réviser le bac
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