le jardin des retours

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Alfred Sauvy, extrait de Trois Mondes, une planète (14 août 1952)

« Il y a dans cette aventure une fatalité mathématique qu’un immense cerveau pourrait se piquer de concevoir. La préparation de la guerre étant le souci n°1, les soucis secondaires comme la faim du monde ne doivent retenir l’attention que dans la limite juste suffisante pour éviter l’explosion ou plus exactement pour éviter un trouble susceptible de compromettre l’objectif n°1. Mais quand on songe aux énormes erreurs qu’ont tant de fois commises, en matière de patience humaine, les conservateurs de tout temps, on peut ne nourrir qu’une médiocre confiance dans l’aptitude des américains à jouer avec le feu populaire. Néophytes de la domination, mystiques de la libre entreprise au point de la concevoir comme une fin, ils n’ont pas nettement perçu encore que le pays sous-développé de type féodal pouvait passer beaucoup plus facilement au régime communiste qu’au capitalisme démocratique. Que l’on se console, si l’on veut, en y voyant la preuve d’une avance plus grande du capitalisme, mais le fait n’est pas niable. Et peut-être, à sa vive lueur, le monde n°1, pourrait-il, même en dehors de toute solidarité humaine, ne pas rester insensible à une poussée lente et irrésistible, humble et féroce, vers la vie. Car enfin ce Tiers Monde ignoré, exploité, méprisé comme le Tiers Etat, veut, lui aussi, être quelque chose. »

Cet dans cet extrait de l’article Trois mondes, une planète, paru dans l’Observateur du 14 août 1952, qu’Alfred Sauvy utilise pour la première fois le terme Tiers monde.

E.M.

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