C’est fait, la France a un nouveau président de la République, Nicolas Sarkozy, issu de la génération politique qui a grandi bien après mai 1968, s’est développée dans les années 1980/1990 et arrive aux responsabilités à un âge commun à toutes les démocraties (le Britannique Blair, l’Allemande Merkel, l’Etats-unien Bush et l’Espagnol Zapatero ont tous entre 50 et 60 ans).
Pour mettre en perspective les résultats du vainqueur, quelques éléments de comparaison.
L’élection de 1958 s’est déroulée au suffrage indirect (Charles de Gaulle avait obtenu 78.5% des suffrages), aucune comparaison n’est possible avec les suivantes qui se déroulent au suffrage universel direct depuis que les électeurs en ont approuvé l’idée par référendum en 1962.
En 1965, sur 84.3% de suffrages exprimés, 13 millions d’électeurs avaient voté Charles de Gaulle (55.2% des voix). En 1969, sur 58.2% de suffrages exprimés, 11 millions d’électeurs avaient voté Georges Pompidou, 58.2% des voix (son challenger, Alain Poher, était issu du centre, ce qui explique la faible mobilisation de la gauche et un % de suffrages exprimés si faible). En 1974, sur 86.1% de suffrages exprimés, 13.4 millions d’électeurs avaient voté Valéry Giscard d’Estaing (50.8% des voix). En 1981, sur 83.4% de suffrages exprimés, 15.7 millions d’électeurs avaient voté François Mitterrand (51.76% des voix). En 1988, sur 81% de suffrages exprimés, 16.7 millions d’électeurs avaient voté François Mitterrand (54.02% des voix). En 1995, sur 75% de suffrages exprimés, 15.7 millions d’électeurs avaient voté Jacques Chirac (52.64% des voix). En 2002, sur 75.3% de suffrages exprimés, 25.5 millions d’électeurs avaient voté Jacques Chirac (82.21% des voix) qui affrontait Jean-Marie le Pen. En 2007, sur 85% de suffrages exprimés, près de 20 millions d’électeurs ont voté Nicolas Sarkozy (53% des voix).
Quelques éléments d’analyse à chaud.
Si par rapport aux résultats précédents le score de Nicolas Sarkozy est dans la moyenne supérieure des vainqueurs, le scrutin a bénéficié d’un assise importante de votants: sur 44 millions d’inscrits (un record depuis 1958, même si on la compare à la croissance démographique), 19.8 millions ont voté pour le vainqueur (53% des voix, des votes exprimés). Lorsque l’on considère que l’habitude depuis 1958 est dans un affrontement bipolaire entre gauche et droite, les scrutins de 1969 et de 2002 ont été exceptionnels et frustrants pour les électeurs des deux pôles classiques (qui sont le PS et la droite gaulliste sauf en 1974 PS et droite démocrate-chrétienne), ce qui explique les taux de participation importants de 1974 et de 2007.
Les analystes chevronnés de la chose publique (la res publica) expliqueront dans les jours qui viennent quel sort la gauche se réserve à elle-même (rupture définitive entre une partie du PS proche de l’extrême-gauche, et l’autre partie proche du centre? reprise en main par la gauche du parti? maintien de la ligne Royal?). Dans tous les cas les lendemains de défaite sont une époque de remise en question. Néanmoins son débat apaisé et approfondi d’entre-deux-tours avec François Bayrou inaugure un nouveau type de communication politique qui permet de sortir symboliquement de la bipolarisation classique.
Car la nouveauté politique du scrutin a été le bon score de François Bayrou, qui a réuni 6.8 millions d’électeurs: le choix de ses électeurs de voter Sarkozy ou Royal a été déterminant. Il faudra du temps pour savoir s’il s’agit majoritairement d’un vote d’adhésion aux idées de François Bayrou, d’un “vote protestataire de gouvernement” (c’est-à -dire pas pour les extrêmes mais pas pour les deux grands partis), ou d’un attachement à la personne et au courage politique manifesté par Bayrou depuis 2002. L’avenir le dira, mais le Mouvement Démocrate (nom du nouveau parti qu’il crée pour remplacer l’UDF et l’ouvrir à gauche) mettra du temps pour s’imposer: la bipolarisation est encore forte en France. Un élément de comparaison néanmoins: au Royaume-Uni et en Allemagne il existe un parti central dont la masse électorale évolue selon l’élection mais qui est indispensable à toute majorité pour gouverner. Sur le long terme (un siècle) ce parti est parfois devenu le grand parti de la gauche ou de la droite de gouvernement (FDP en Allemagne, Libéraux au Royaume-Uni). Alors suivre l’histoire électorale de ce parti va être intéressant dans les années à venir, surtout s’il maintient son axe idéologique pro-européen, décentralisateur, social et politiquement libéral, qui le fait ressembler aux grandes formations européennes actuellement au pouvoir.
Du grand à moudre, à terme, pour les historiens.
Sur l’histoire politique de la France, je conseille la lecture des deux tomes du Droit constitutionnel d’Olivier Duhamel: Le pouvoir politique en France (tome 1) pour tout comprendre à la V° République (et même avant) et les démocraties (tome 2) qui compare les constitutions et l’histoire politique d’une dizaine de pays. Très éclairant!
Pour voir les résultats du 2e tour de 2007, cartographie de l’élection sur géoclip ici (cliquez en haut à droite sur l’onglet “présidentielles 2007″). Merci à Daniel Letouzey et aux Clionautes pour l’indication du lien.
Pour une étude cartographique du comportement électoral, voir l’étude de Michel Bussi, Céline Colange et Jean-Paul Gosset, de l’Université de Rouen. Détaillé, précis, mais éclairant pour aller plus loin dans l’analyse (voir notamment la théorie des 3 P).
A bientôt
Hugo Billard

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2 réponses à ce jour ↓
1 GUY // 7 mai 2007 le
Pour moi les points les plus marquant de cette élection sont:
Le rajeunissement de l’élu et de la challenger
La forte participation et la reprise en main par les electeurs de la démocratie. La France n’est elle pas un des pays démocratique ou la participation est la plus forte?
Une femme au deuxieme tour ce qui est un fait de société fort
L’ affaiblissement du front national avec le résultat du premier tour et les consignes d’abstention qui n a pas été suivi.
2 Sujets du bac 2007 histoire géographie en Amérique du Nord - Le jardin des retours - LeWebPédagogique // 31 mai 2007 le
[...] Composition 1: “L’évolution de la vie politique en France depuis 1958“. Sujet de cours classique, qui plus est d’actualité (voir le dossier sur les présidents, un des aspects du sujet, celui sur les élections présidentielles, le billet sur le discours de Bayeux, et la vidéo qui analyse le sujet “le président de la République sous la V° République“). Composition 2: “Emancipation et affirmation du Tiers-monde des années 1950 aux années 1970“. La difficulté résidait dans la définition des bornes chronologiques, et dans l’explication de la diversité des formes d’émancipation et d’affirmation des indépendances face aux deux Grands et face à l’ancien colonisateur (voir le billet sur les origines du tiers-monde). Etude de documents: “Comment ont évolué les mémoires de la Seconde Guerre mondiale en France de 1945 à nos jours?” (5 docs: discours de De Gaulle le 25 août 1944; affiche du PCF en “parti des fusillés”; des photos du film “Nuit et Brouillard”; des extraits d’un dialogue entre le réalisateur Max Ophüls et des lycéens en 1980; un extrait du discours de Jacques Chirac en juillet 1995, qui reconnaît la responsabilité de l’Etat français dans les crimes de Vichy). Bien inscrire chacun des documents dans son contexte et souligner les évolutions, entre les appropriations partisanes (le résistancialisme gaullien, le PCF en parti des fusillés) et la reconnaissance de la responsabilité de l’Etat dans la déportation (film d’Ophüls et discours de Chirac). Voir le billet sur les Justes parmi les nations. [...]
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