le jardin des retours

Pendant ce temps, en Iran…

Pas simple de comprendre les manifestations iraniennes, surtout si vous arrivez de la planète Mars (pardon: si vous relevez la tête de vos révisions).

Mercredi 17 juin sur le site de la BBC

(mercredi 17 juin – photo AFP / BBC)

Cinq Six questions à se poser.

Pourquoi des manifestations monstres depuis vendredi dernier ?

Depuis vendredi 12 juin les élections présidentielles iraniennes ont permis au président conservateur Mahmoud Ahmadinejad de se succéder à lui-même pour un second mandat. Les partisans du candidat dit « réformateur » Mir Hossein Moussavi contestent dans la rue, tous les jours, le résultat du scrutin. 7 morts, des dizaines de blessés, arrestation de conseillers de Moussavi, journalistes étrangers interdits de travailler, blocage des modes de communication : le temps semble à la répression autant qu’à la révolution.

Quels sont les pouvoirs du président iranien ?

Il est officiellement le chef de l’exécutif, élu pour 4 ans. Dans les faits, ses actes sont sous le contrôle du Guide Suprême, Ali Khamenei, lui-même contrôlé par une Assemblée des Experts de 86 mollahs, élus pour 8 ans. Ce Guide suprême dispose d’une force armée, d’une milice, chargée de faire appliquer dans la rue ses décisions: les pasdarans, ou « gardiens de la révolution ». En apparence toutes les institutions se contrôlent les unes les autres, ce qui fait du président de la République iranienne l’homme le plus contrôlé du régime. La réalité est plus complexe. L’Etat iranien est divisé en clans qui ont chacun des orientations politiques différentes. Leur point commun est de ne vouloir rien changer à l’Islamisme du régime. Deux clans semblent apparaître : les partisans et les opposants au Guide Suprême de la révolution, Ali Khamenei. Le président sortant passe pour la créature du Guide Suprême alors que Mir Hossein Moussavi a reçu le soutien de tous ceux qui veulent succéder à Ali Khamenei. En apparence il s’agit d’une lutte entre conservateurs et réformateurs. En réalité il s’agit aussi d’une lutte au sommet pour le poste de Guide Suprême.

Qui sont les pro-Moussavi ?

Les manifestations prennent de l’ampleur depuis vendredi dernier, et semblent dépasser le candidat réformateur Mir Hossein Moussavi. Beaucoup de manifestants appellent à créer une véritable démocratie en Iran. Ces manifestants sont en grande partie issus d’une génération qui n’a connu, depuis 1979, que la théocratie. Le risque d’une véritable révolution n’a jamais été aussi fort, notamment parce que la corruption, les excès de la police religieuse (qui est une police politique autant qu’une milice armée) et les difficultés économiques se traduisent par une forte volonté de changement politique.

Quels sont les moyens des manifestants ?

Chacun des candidats fait assaut de nationalisme : les deux utilisent la couleur verte, qui est celle de l’Islam autant que du pays, et appellent à ce que l’Iran deviennent une puissance nucléaire. Mais le président sortant bénéficie des moyens officiels et exécutifs de communication (la télévision, la capacité à bloquer les réseaux téléphoniques et Internet) alors que le candidat contestataire ne peut utiliser que des moyens classiques ou constater que ses partisans utilisent des moyens clandestins. La blogosphère iranienne est presque entièrement pro-Moussavi, et Twitter est ainsi, depuis cinq jours, devenu l’outil favori d’information pour les médias étrangers et entre manifestants. Beaucoup de manifestants filment et racontent, appellent à se retrouver, convoquent des conférences de presse par ce biais, pensant aller plus vite que la censure. La censure est en Iran, comme dans tout régime autoritaire, une des armes les mieux contrôlées par le régime.

  • liste d’adresses twitter de militants pro-Moussavi: attention, de nombreuses images sont indiquées sans indication de lieu et certains de ces sites sont infiltrés par des pro-Ahmadinejad
  • les conditions de travail des journalistes, selon Delphine Minoui, du Figaro

La prise du pouvoir par Mir Hossein Moussavi changerait-elle quelque chose à la politique iranienne ?

Barack Obama a l’air de répondre non à cette questions. Le président iranien qui contrôlera le pouvoir après les manifestations devra d’abord réconcilier les Iraniens. S’il est conservateur il le fera en exacerbant la haine nationaliste contre une paire d’ennemis tout trouvé : les Etats-Unis et Israël. S’il est réformiste il le fera en accélérant la puissance nucléaire iranienne tout en amorçant un semblant de discours pour apaiser les tensions avec ses voisins. Puissance régionale et nucléaire sont liés : aucun des deux présidents possibles ne prendra le risque de retirer l’Iran d’une course technologique qui lui permettrait de s’affirmer comme la puissance incontournable de la région. Restent les réformes politiques : aucun des deux candidats n’a l’intention de réformer quoi que ce soit dans les institutions, et le Guide Suprême devrait conserver l’essentiel de son influence, largement supérieure au président de la République. Ce qui ne peut qu’envenimer l’avenir : l’essentiel de la jeunesse pro-Moussavi est éduquée, ouverte au monde, plutôt urbaine et bourgeoise, et minoritaire en Iran. Un échec des aspirations politiques provoquerait, dans quelques années, une nouvelle contestation du pouvoir dans la rue. Et même si des manifestations de ce genre ont déjà été réprimées, comme en 1999.

Quels sont les enjeux régionaux ?

Si Ahmadinejad a gagné les élections, c’est aussi parce qu’il a su redistribuer une partie de l’argent du pétrole iranien dans les campagnes ou auprès des classes populaires urbaines. Il avait été élu en 2005 en promettant de lutter contre la corruption, de mieux répartir les gains du pétrole et ainsi de lutter contre la pauvreté. L’inflation est de 30%, le chômage touche 12% de la population mais plus de 25% de la jeunesse. L’argent sans investissement de long terme dans la santé, les réseaux économiques, l’industrie, ne pourra que mener l’Iran dans une surenchère nationaliste qui utilise un discours religieux pour regrouper la population autour de quelques ennemis construits, comme Israël, les Etats-Unis ou les Etats sunnites comme les Emirats Arabes Unis tout proches, dans lesquels la France vient d’installer une base militaire permanente surarmée… et Israël a prévenu qu’elle pourrait répondre par la force à une menace potentielle…

Bref, un point chaud de la planète, assurément.

A+

HB


Publié le 17 juin 2009 par Hugo Billard dans Actualité,Comprendre
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Aung Sang Suu Kyi en prison

Son procès commence ce matin lundi.

Après l’échec de la révolution safran (2007), la dictature birmane s’est encore raidie. Et la répression s’abat aujourd’hui directement sur le symbole de la liberté des Birmans: la prix Nobel de la Paix Aung San Suu Kyi, qui était condamnée à la réclusion, chez elle, depuis 2003.

Sa peine arrivait à échéance: la dictature a pris pour prétexte l’initiative d’un Américain de se rendre chez elle (dans des conditions rocambolesques) pour enfermer Aung Sang Suu Kyi.

La pression internationale se fait sentir bien faiblement. Faible: c’est aussi l’état de santé de la prix Nobel de la Paix…

A bientôt


Publié le 16 mai 2009 par Hugo Billard dans Actualité
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Mayotte sur Creuse

Dimanche 29 mars 2009. Mayotte est devenue le 101e département français. Le territoire français est divisé en départements et régions métropolitains, départements d’outre-mer (DOM) et collectivités d’outre-mer (COM). Mayotte a choisi de devenir un DOM. Beaucoup de choses vont y changer dès lors que Mayotte intègre de fait le territoire français stricto sensu: elle intègre également les lois métropolitaines (fini le droit civil local, la polygamie, les tribunaux locaux), intègre les frontières communautaires (et son cortège renforcé de douaniers) et… vont payer des impôts inconnus jusque-là (taxes d’habitation, taxes foncières…). Pour en savoir plus:


Publié le 30 mars 2009 par Hugo Billard dans revue de presse
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Ambassadeur des pôles

C’est Le Monde qui l’annonce. Michel Rocard, bientôt retraité de la vie politique, pourrait être nommé ambassadeur chargé des négociations sur les pôles. Le statut de l’Antarctique (pôle sud) date de 1959 et doit être renégocié: espace réservé aux scientifiques, il est divisé entre huit Etats. On sait que son sous-sol regorge de richesses minérales. La question de l’Océan Glacial Arctique est différente: la fonte des glaces pourrait en faire un espace de forte circulation de marchandises dans les décennies à venir. La principale zone de passage pourrait se trouver entre le Nunavut canadien et le Groënland danois. Mais la Russie veut sa part du gâteau, comme la Norvège. Et les Etats-Unis ont toujours une base militaire à Thulé (Groënland), à l’ouverture du futur passage. Les enjeux sont denses, les discussions seront serrées.


Publié le 13 mars 2009 par Hugo Billard dans revue de presse
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