le jardin des retours

Philippe Meyer à Paris

Mon cher Vauban,

Les villes font marcher. Vous en prîtes quelques-unes, en connaissez les failles. Trop peuplées, elles font peur au cousin de campagne. Trop sales, elles ennuient le précieux. Trop chaudes, l’ours polaire. L’ours polaire, d’ailleurs, se fait rare à Paris. Canicule ? Réchauffement du climat? Non : souvenir. Souvenir de ses aïeux, dévorés par la grande boucherie, lorsque le Prussien tonnait du canon et gardait pour lui le blé de la boulange. Napoléon III depuis peu n’était plus empereur.

L’ours est bonapartiste. Il n’aime pas la commune.

Je ne suis pas ours, vous le savez. Ou si peu. Et depuis mon nid d’aigle, j’observe la capitale. Non que je m’ennuie de ma cité, qui creuse, grenouille, accueille et prospère ! Mais la contemplation du peu m’endort. Je me sens parfois comme un exilé chez moi. Alors je laisse mon esprit flâner.

Notre ami Philippe Meyer fait de même. Il raconte ses promenades parisiennes dans Un parisien à travers Paris, 17 euros agréablement dépensés, parfois vite lus. Il enchantait autrefois nos matinées sonores d’un appel départemental à faire regretter aux préfets la fin de la plaque d’immatriculation. Le voici condamné au piétinement. Il observe, l’œil vif et la narine gourmande, le roman municipal. Son héros est le piéton, être polymorphe, au passé glorieux, à l’avenir incertain (même si quelques réserves, rue Montorgueil ou passage du Désir, poussent à l’acclimatation). Etre courageux qui se risque parfois, comme l’auteur, à la vélocipédie.

A l’heure où les honnêtes gens rentrent chez eux fourbus, notre ami flâneur pousse la porte matelassée, au claquement ouaté, de l’église Saint-Eustache. Quel spectacle mon ami ! En enfer, Dante n’aurait pas poussé la porte de la cellule de Balzac avec moins de gourmandise : la messe du Souvenir de la Charcuterie. Le Ventre de Paris assemblé en chapelle, le vin de messe coulant sur le jésus salé.

L’appel à la mémoire des chairs cuitiers trépassés rappelle que la gourmandise est un vice tenace : frôlant l’indigestion consentie, Philippe Meyer se précipite à confesse. La maraude du Samu social lui servira de viatique, dont on ne sait s’il s’agit pour lui, comme pour son lecteur, de comprendre le fonctionnement honorable de cette utile association, ou de nous faire réviser les noms des secrétaires généraux du parti communiste polonais, tant les Polonais sont nombreux dans ce témoignage, et tant leurs noms sont transformés pour les besoins du récit. Récit sociologique, flânerie de carnaval. Plaisant.

Vous qui fûtes un père de la Statistique par vos Cochonneries, vous savez qu’il n’est de réalité que dans le cas concret et la botte fangeuse. Voici un cas : je me demande si la crise est si forte qu’on le dit. En 1929 de courageux exaltés dépressifs avaient affronté leur ruine en sautant des immeubles de Wall Street. En 2008, en pleine crise financière, alors que l’activité du croque-mort devrait se porter comme un charme, la plus florissante entreprise du secteur a été transformée en centre d’art. Les Pompes Funèbres parisiennes sont devenues le 104, rue d’Aubervilliers.

Philippe Meyer le visite comme je vous raconterais ma dernière tarte aux myrtilles. Il est bien plus fasciné par son guide, et par le public épars. Car l’humain n’est pas étranger à notre écrivain : avec lui le Vélib a son Saint-Simon et Paris-Plage son Savonarole, mais je sens bien, au flux des mots, qu’il préfère les malheurs de la pauvre Armelle ou l’enfance ardue du Rouergat à toutes ces parisiâneries qui faisaient déjà écrire à Rica que le roi de France faisait penser ses sujets comme il veut (lettre persane XXIV). Ce roi de France s’appelle administration. Il n’a pas changé depuis les révolutions.

Meyer s’en agace, il le fuit dans les bras des bougnats. « L’Aveyron compte à Paris à proportion du bruit qu’il ne fait pas » ? Auvergnat, Rouergat, revenus sur leurs terres, vendent aux Chinois. Les voici, les vrais rois de Paris. A quand une flânerie dans le XIII° ? Car tout ce qui est humain n’est pas étranger à cet homme, et je me suis laissé dire qu’il avait des étudiants heureux de vivre avec lui dans les rues la science se faisant.

Ce livre en est un fruit. C’est heureux pour son lecteur.

Nous sommes peu de choses.

Albertivillariennement vôtre,
M. d’Aubervilliers

Philippe Meyer, Un Parisien à travers Paris, Robert Laffont, 2009, 198 pages, 17 euros.


Publié le 11 juillet 2009 par Hugo Billard dans Lire
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Paris ici et Paris là

Paris fait parler. La commission Balladur propose de regrouper les quatre départements de Paris et de petite couronne dans une même entité politique nommé Grand Paris. Les intercommunalités qui ont d’autres projets le refusent. Le maire de Paris s’y oppose. Les intellectuels s’en mêlent. Pourtant Paris s’est étendue par cercles concentriques progressifs et la muraille de Philippe Auguste n’est plus qu’une ruine… sera-ce l’avenir de la métropole parisienne? et au-delà, quelle réforme du pays aux 36000 communes?


Publié le 14 mars 2009 par Hugo Billard dans revue de presse
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