le jardin des retours

Indécence du sens

Ils l’ont fait. Détournement avéré de symbolique. A Toulouse, pour les élections européennes, la liste du Front National dirigée par Louis Aliot a utilisé une affiche représentant Jean Jaurès, le député des mineurs de Carmaux, le grand dirigeant du socialisme français. A force de détourner l’histoire, on en vient à cette aberration qu’un parti d’extrême-droite utilise Jean Jaurès, aussi absurde que si le PCF utilisait Pétain avec la mention « la terre, elle, ne ment pas » pour attirer les altermondialistes partisans du retour à la vie paysanne et à l’agriculture bio. Dangereux, de jouer avec les symboles: ils se retournent facilement contre ceux qui les manipulent.


Publié le 28 mars 2009 par Hugo Billard dans Actualité
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La princesse et le président

Paris ici et Paris là

Paris fait parler. La commission Balladur propose de regrouper les quatre départements de Paris et de petite couronne dans une même entité politique nommé Grand Paris. Les intercommunalités qui ont d’autres projets le refusent. Le maire de Paris s’y oppose. Les intellectuels s’en mêlent. Pourtant Paris s’est étendue par cercles concentriques progressifs et la muraille de Philippe Auguste n’est plus qu’une ruine… sera-ce l’avenir de la métropole parisienne? et au-delà, quelle réforme du pays aux 36000 communes?


Publié le 14 mars 2009 par Hugo Billard dans revue de presse
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Le travail de l’historien

Dans Le Monde du 07 février, les historiens Daniel Roche et Christophe Charle présentent leurs inquiétudes face au projet de grand musée de l’histoire de France que Nicolas Sarkozy voudrait voir créé aux Invalides. Cet article est aussi un prétexte à dire ce qu’est aujourd’hui le travail de l’historien:

L’historien n’est plus l’historiographe du prince

« Tout est bon pour l’historien de la charte au paysage, de l’objet à la trace, de l’image au son du passé. Ces nouveaux lieux de mémoire pourront-ils être mis en boîte sans parti pris ? (…) l’historien du XXe et du XXIe siècle ne croit plus à la finalité implicite et encore moins imposée de la recherche : ni l’idée de nation, ni la parousie du progrès, ni la révélation religieuse ou idéologique ne figurent plus dans les commandements de ses méthodes. »

L’historien n’est plus le thuriféraire du dieu Nation

« La France et surtout « l’âme de la France » ne sont rien d’autre que des abstractions complexes, rationnelles et politiques, poétiques et romantiques. Elles sont des entités changeantes et relatives qu’il faut comprendre selon les temps et les lieux, les milieux et les moments et non des données impassibles. Sans autre discussion, ce point de vue a priori nous enferme dans un anachronisme de pensée qui empêche la véritable compréhension du passé et nous fait glisser inévitablement dans la téléologie justifiée par la sélection des faits présentés, objectivés de surcroît dans les choses offertes au regard du visiteur. »

L’historien est le pédagogue de la complexité

« En revanche, les historiens voudraient saisir le sens des pratiques de tous, de ceux et celles qui travaillent et paient leurs impôts, de ceux et celles qui pensent et de ceux et celles qu’on empêche de penser ou même de vivre dignement. Comprendre la diversité des cultures, faire revivre la société et ceux qui la composent, voilà la tâche centrale des historiens d’aujourd’hui. C’est en y répondant qu’on comprendra la France et ceux qui l’ont faite et la feront. »

Et de terminer sur ce dernier tacle contre le projet de Musée: « Alors que les universités sont bousculées dans leurs fonctions, faut-il détourner l’attention par un leurre muséographique logé aux Invalides sous l’ombre intimidante de Louis XIV, Napoléon et de Gaulle ? »

A suivre. Gageons que cet article ne laissera pas indifférent.

Quelques nuances quand même ici: si l’historien peut toujours s’inquiéter des interférences du politique dans son travail ou dans l’idée que le politique doive définir le vrai (cf. son discours de Dakar, l’affaire de l’adoption par les classes de primaire de la mémoire d’un enfant déporté, ou encore l’affaire Guy Môquet), l’idée d’un musée est aussi d’attirer un public nouveau et de permettre à des historiens d’y travailler. Il faut donc attendre de mieux comprendre les intentions des fondateurs. Les critiques ont toujours été très nombreuses contre les musées avant leur création. So wait and see.

Rappel: ces extraits viennent de l’article « La France au Musée de l’Histoire« , à lire dans Le Monde daté du 07 février 2009.

A bientôt

Hugo Billard

(Photo: Nicolas Sarkozy en visite au Mémorial du plateau des Glières, un des hauts lieux de la Résistance, le 18 mars 2008).


Publié le 7 février 2009 par Hugo Billard dans Comprendre
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