Que de souvenirs de latin affluent à la seule citation du nom de Ciceron!!!!!! ( quousque tandem abutere Catilina patientia nostra? Quem ad finem sese effrenata jactabit audacia!!! Comme quoi même 20 ans plus tard j’ai de beaux restes!!!). Qu’en est-il de ces Catilinaires donc?
Le 9 novembre de l’an 63 avant notre ère, Cicéron (Marcus Tullius Cicero), en sa qualité de consul du peuple romain, convoque le Sénat dans le temple de Jupiter Capitolin pour dénoncer solennellement les menées d’une bande de stipendiés à la solde de son adversaire politique, le dénommé Catilina.
Ancien agent du dictateur Sylla, celui-ci avait déjà tenté de renverser les institutions républicaines en se servant du parti populaire et s’apprêtait à récidiver.
Un génie de l’art oratoire
Cicéron est l’un des rares sénateurs issus de l’ordre équestre et non d’une famille patricienne. C’est ce qu’on appelle un «homme nouveau».

À 43 ans, il s’est déjà acquis dans le milieu politique romain une réputation de fervent républicain en dénonçant les prévarications de Verrès, propréteur de Sicile, dont la vénalité avait dépassé les bornes.
Trois ans plus tôt, il a aussi plaidé pour que Pompée obtienne des pouvoirs exceptionnels en vue de combattre en Orient Mithridate, roi du Pont.
Quand Cicéron prend une nouvelle fois la parole devant le Sénat, Catilina n’hésite pas à s’asseoir au premier rang de l’auditoire, ce qui offre à l’orateur l’occasion de le prendre à partie dès les premiers mots sans autre préambule :
«– Mais enfin jusqu’où, Catilina, prétends-tu abuser de notre patience ?
– Jusques à quand auras-tu l’insolence de nous narguer ?
– Jusqu’à quelle extrémité l’audace effrénée dont tu fais preuve va-t-elle t’entraîner ?»


Le consul dénonce en termes explicites les détails de la conjuration et la menace qu’elle fait peser sur la sécurité de l’État. Il fait une telle impression sur les sénateurs que Catilina ne peut rétorquer. Il ne trouve rien de mieux à faire que de s’enfuir et de susciter une rébellion armée.
Antonius, collègue de Cicéron, rassemble une armée et en vient à bout au cours de l’année suivante. Catilina perd la vie au combat et ses complices sont exécutés.
Cicéron poursuit son enquête et en expose les résultats dans quatre fameux discours, les Catilinaires, refusant toute gratification pour sa conduite.
Le Sénat lui témoigne sa reconnaissance en lui décernant le titre de Pater patriæ (Père de la patrie). Cicéron apparaît désormais comme l’un des chefs du parti des optimates, qui regroupe les partisans de l’ordre traditionnel et s’oppose au parti des popolares ou parti populaire.
Un honnête homme
En 60, quand César, Crassus et Pompée forment une association de circonstance qu’on appellera plus tard le premier triumvirat, Cicéron dénonce les menaces qui pèsent sur les institutions républicaines.
En 58, Clodius est élu tribun de la plèbe. Comme il en veut à Cicéron de l’avoir dénoncé dans l’affaire de la Bonne Déesse, il se venge en l’accusant d’avoir poursuivi Catilina sans mandat et l’envoie en exil. Mais l’opinion publique se retourne en sa faveur et, l’année suivante, les Romains accueillent le sénateur en héros.
En 52, Milon est accusé du meurtre de Clodius et Cicéron rédige un discours pour sa défense : Pro Milone - Mais il n’aura pas le courage de le prononcer.
Lors de la rupture entre César et Pompée, Cicéron fait le mauvais choix en se ralliant au second. Mais César, sensible à ses qualités et à son entregent, ne lui en garde pas rancune. L’orateur se retire alors de la vie publique et se consacre à ses travaux littéraires et philosophiques.
Après l’assassinat de César, il croit possible la restauration de la République et prend le parti du jeune Octave, qu’il croit pouvoir manipuler, contre Marc-Antoine.
Mais les deux candidats à la succession de César se réconcilient dans son dos et Marc-Antoine inscrit Cicéron sur la liste des proscrits. L’infortuné Cicéron est rejoint à Gaète par une troupe de spadassins et meurt courageusement le 7 décembre 43 avant JC.
Voici ce que rapporte Plutarque:
Le 7 décembre 43 av. J.-C, Cicéron est en fuite. Frappé par les
proscriptions, l’ancien consul tente de rejoindre la
Macédoine. Mais l’armée d’Antoine, qui cherche à prendre la succession
de César, parvient à l’arrêter.
« Sur ces entrefaites, les assassins arrivèrent : c’étaient le centurion
Herennius et le tribun militaire Popillius
que Cicéron avait autrefois défendu dans un procès de parricide et, avec
eux, une troupe de satellites’.
Ayant trouvé les portes closes, ils les enfoncèrent et comme Cicéron ne
paraissait pas et que les gens de la
maison affirmaient ne rien savoir, un jeune homme, dit-on, instruit par
Cicéron dans les belles lettres et les
sciences [...] apprit au tribun qu’on portait la litière2 vers la mer
par les allées boisées et couvertes. Le
tribun prit avec lui une poignée d’hommes et courut par un détour à
l’endroit où débouchaient les allées.
Cicéron, ayant entendu le bruit de la course d’Herennius par les ailées,
ordonna à ses serviteurs de déposer
là sa litière et, portant, d’un geste qui lui était familier, la main
gauche à son menton, fixa droit les
meurtriers, plein de poussière, les cheveux en désordre et le visage
contracté par l’angoisse, si bien que la
plupart se voilèrent le visage pendant qu’Herennius l’égorgeait. II se
laissa égorger en tendant le cou hors
de la litière. II avait soixante-quatre ans. Ils lui coupèrent la tête
et les mains, ainsi que l’avait ordonné
Antoine, les mains avec lesquelles il avait écrit les Philippiques.
Antoine ordonna de placer sa tête et ses
mains au-dessus des Rostres, à la tribune, spectacle qui fit frissonner
les Romains convaincus de voir, non
le visage de Cicéron, mais l’image de l’âme d’Antoine. »
Plutarque, /Vies Parallèles/, « Vie de Cicéron », 48-49 trad. J.-A.
Pierron © Flammarion -1996
Article réalisé à partir de celui de Gabriel Vital-Durand (site Hérodote).