28 janvier 1393: bal des ardents
28 01 2009Alors que le roi Charles VI célèbre le mariage d’une des dames d’honneur de la reine Isabeau de Bavière à l’hôtel Saint-Pol à Paris, son frère le Duc d’Orléans entre dans la salle de bal accompagné de cinq porteurs de torches. L’un deux s’approche trop près de l’un des seigneurs du roi. Son déguisement s’embrase ainsi que celui du roi et de quatre compagnons. Le roi est sauvé, mais les cinq seigneurs périssent.
Les premiers signes de folie
Le 5 août 1392, Charles VI (24 ans) traverse la forêt du Mans à la tête de ses troupes. Le roi, que ses sujets surnomment le Bien Aimé pour les avoir délivrés des exactions de ses puissants oncles, entreprend une expédition contre le duc de Bretagne Jean IV, allié aux Anglais.
Un illuminé surgit soudain, saisit la bride de son cheval et lui crie : «Arrête, noble roi, tu es trahi ! » Peu après, la lance d’un soldat heurte un bouclier. Au bruit, le roi qui s’était assoupi sous l’effet de la chaleur, tire son épée et frappe ses compagnons. Six chevaliers sont tués avant qu’on ait pu le maîtriser!

Un vieux médecin de grande réputation est requis par le conseiller Enguerrand de Coucy pour le soigner. Il s’agit de Guillaume de Harcigny, né à Laon neuf décennies plus tôt. Il voit immédiatement dans la folie du roi une maladie congénitale héritée de sa mère Jeanne de Bourbon : «cette maladie est venue au roi de coulpe ; il tient trop de la moiteur de sa mère», dit-il. Nommé premier médecin du roi, il obtient une rémission de la maladie en six semaines mais, lui-même trop usé, il abandonne sa charge et meurt peu après.
En ce 28 janvier 1393, Charles VI organise un bal à l’Hôtel Saint-Pol, demeure royale située à Paris sur le bord de la Seine (actuel quai des Célestins), pour les noces d’une demoiselle d’honneur de la reine Isabeau de Bavière, Catherine l’Allemande, veuve du sire de Hainceville. La dame se marie pour la troisième fois avec un homme choisi par la reine. À l’occasion d’un remariage comme dans le cas de Catherine l’Allemande, il est de coutume d’organiser un charivari.
La journée se déroule gaiement en fêtes et en banquets. Toute la cour a été invitée aux festivités qui se poursuivent le soir par un bal .
Sur une idée de Charles VI et de Hugues de Guisay, avec quatre autres de ses amis (Milon, comte de Joigny, le bâtard Yvain de Foix, Ogier de Nantouillet et Aymard de Poitiers), le roi et ses compagnons décident d’animer la fête en se déguisant en « sauvages ». Ils s’enduisent de poix recouverte de plumes et de poils d’étoupe avant de se lier les uns aux autres au moyen de chaînes. Seul le roi n’est pas attaché, ce qui lui sauvera sans doute la vie.
La noce bat son plein jusqu’au milieu de la nuit, lorsque les lumières s’éteignent et que les six sauvages se glissent au milieu des invités, gestuelles et cris à l’appui (danse de la sarrasine). D’abord surpris, les invités se prennent au jeu. Mais arrivent bientôt le duc d’Orléans, frère du roi, et son oncle le duc de Berry, qui ont déjà passé une partie de la soirée dans une taverne.
Intrigué par les danses de ces étranges sauvages, le frère du roi s’empare d’une torche pour mieux voir qui se cache sous les masques. Mais le duc d’Orléans s’approche trop près des déguisements et les costumes prennent feu immédiatement alors que les fêtards ne peuvent se dépêtrer à cause des chaînes.
Le roi ne doit son salut qu’à la présence d’esprit de sa tante Jeanne de Boulogne, duchesse de Berry, qui l’enveloppe immédiatement de sa robe et de ses jupons pour étouffer les flammes. Le sire Ogier de Nantouillet réussit à se libérer de sa chaîne et se jette dans un cuvier où se rinçaient les hanaps. Yvain de Foix, quant à lui, tente d’atteindre la porte où deux valets l’attendent avec un linge mouillé. Mais transformé en torche vivante, il n’y parvient pas. Les autres compagnons brûlent pendant une demi-heure sous les yeux impuissants du roi. Ils mourront l’un après l’autre après trois jours d’une terrible agonie.
Les Parisiens, plus ou moins informés du drame, manifestent autour de l’hôtel. Autant ils aiment le roi, autant ils détestent ses oncles et appréhendent leur retour au pouvoir. Le roi tente de les rassurer en se montrant à la cathédrale Notre-Dame pour une messe d’actions de grâces. Mais sa folie est désormais de notoriété publique de même que la mainmise des grands seigneurs sur le pouvoir.
Les crises de démence du souverain sont toutefois passagères et entrecoupées de plusieurs semaines ou plusieurs mois durant lesquels le roi recouvre tout son discernement et gouverne avec sagesse. Personne ne songe donc à placer le roi sous tutelle.
Cette situation malsaine va perdurer jusqu’à la mort du souverain, en 1422, après un règne exceptionnellement long de 42 ans et particulièrement dramatique.
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