Début de la déstalinisation

24 02 2009

Dans la nuit du 24 au 25 février 1956, à Moscou, les délégués du XXe Congrès du Parti Communiste d’URSS s’apprêtent à quitter la salle après dix jours de débats sans anicroche ni surprise. Les journalistes et les délégués étrangers sont déjà sortis.

Nikita Khrouchtchev, Premier secrétaire du parti, demande alors aux délégués de se rasseoir et pendant quatre heures, il va leur lire un rapport secret dont il leur sera expressément demandé de ne divulguer aucun extrait écrit à l’extérieur.

Devant les délégués abasourdis, le secrétaire général accuse son prédécesseur Staline de crimes ignobles, hélas bien réels. Notamment de la mise en accusation et de l’exécution de nombreux dirigeants communistes lors des grands procès de Moscou, vingt ans plus tôt (parmi lesquels Trotsky).

Il condamne également le culte de la personnalité qui a entouré le «petit père des peuples» et met en cause ses qualités de stratège pendant la Seconde Guerre mondiale.

Mais il reconnaît à Staline un «rôle positif» dans la collectivisation des terres et l’industrialisation, même si ces opérations se sont soldées par la déportation et le massacre de plusieurs millions de Soviétiques dans les années 1931-1936 !

Malgré toutes les précautions prises par les Soviétiques, le New York Times publie des extraits du rapport secret dès le 16 mars.

Le texte a été bienveillamment fourni au quotidien de New York par la CIA (Central Intelligence Agency), qui l’a elle-même obtenu d’un leader communiste polonais juif, irrité par des allusions antisémites de Khrouchtchev, par l’intermédiaire du Mossad (les services secrets israéliens).

Le rapport est publié in extenso quelques semaines plus tard. Il consacre la prise de pouvoir par Nikita Khrouchtchev et clôt son entreprise de «déstalinisation», trois ans après la mort du Vojd («Guide» en russe, surnom de Staline).

Avant le congrès

Nikita Khrouchtchev, dès son arrivée au pouvoir,  réoriente aussitôt la politique soviétique.

Comme Beria avait commencé d’élargir les prisonniers du Goulag , Khrouchtchev accélère le mouvement. Le 10 mars 1955, il octroie un passeport et le statut de citoyen à part entière à tous les anciens condamnés (plusieurs millions de personnes condamnées). Deux mois plus tard, il décrète une amnistie pour toutes les personnes condamnées pour collaboration (vraie ou supposée) avec les Allemands pendant la Seconde Guerre mondiale.

Le 14 mai 1955, en contrepoint à la formation de l’OTAN, six ans plus tôt, par les Occidentaux, Khrouchtchev signe à Varsovie un pacte militaire avec les représentants de sept pays satellites d’Europe centrale : Albanie, Bulgarie, Hongrie, Pologne, République démocratique allemande (RDA), Roumanie et Tchécoslovaquie. Les forces de ces pays sont placées sous un commandement unifié (soviétique). Elles interviendront dans les pays du Pacte eux-mêmes, en Hongrie puis en Tchécoslovaquie.

Mais dès le lendemain, en signe d’apaisement, «Monsieur K» signe aussi avec l’Autriche un traité de paix qui consacre la neutralité de ce pays et se solde par l’évacuation de toutes les troupes soviétiques du pays natal de Hitler ! Quelques jours plus tard, le 26 mai, il débarque à Belgrade, capitale de la Yougoslavie, pays communiste dissident, dirigé d’une main de fer par Josip Broz Tito. Et là aussi, il surprend son monde en reconnaissant les torts de l’URSS dans le conflit idéologique qui l’oppose depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale à la Yougoslavie.

La «déstalinisation» est dès lors bien engagée et l’URSS peut repartir de l’avant, du moins Khrouchtchev l’espère-t-il. La dénonciation des crimes de Staline – dans lesquels le Premier secrétaire du PCUS a eu une part active ! – est la cerise sur le gâteau.

Cataclysme planétaire

À l’Ouest, la déstalinisation favorise une meilleure définition des orientations politiques : si le Parti communiste français (PCF) refuse tout débat interne, d’autres partis, tels que le Parti communiste italien (PCI) ou les partis communistes d’Espagne, du Portugal et de Grande-Bretagne, entreprennent un examen critique de leur modèle idéologique et revoient leurs propres positions, en évitant toutefois de trop s’éloigner du modèle soviétique.

Mao Tsé-toung, le leader de la Chine populaire, s’inquiète de la brèche ouverte dans l’idéologie marxiste-léniniste. Il dénonce le «révisionnisme soviétique» et se fait le défenseur de l’orthodoxie. Il s’approprie la mémoire de Staline et prend ses distances avec l’URSS de Nikita Khrouchtchev. Les deux Grands du monde communiste sont bientôt au bord de la guerre et ne vont plus cesser de se quereller.

Une libéralisation culturelle, appelée « dégel », du nom d’une nouvelle d’Ilya Ehrenbourg, le Dégel, publiée en 1954, se fait jour. Le nom de Staline est retiré des manuels d’histoire et des ouvrages de référence soviétiques, ses œuvres disparaissent des librairies . La ville de Stalingrad est rebaptisée Volgograd. Ce contexte permet la diffusion, dans la presse, des critiques et des thèses révisionnistes post-staliniennes développées par les intellectuels. Les camps de concentration sont officiellement abolis en 1956, et de nombreux condamnés politiques sont réhabilités. En outre, des lois de décentralisation administrative et de réforme du système judiciaire sont promulguées en 1957.En octobre 1961, enfin, il achève la «déstalinisation» en faisant enlever le corps de Staline du mausolée de la Place Rouge, où repose déjà Lénine, et en le faisant inhumer au pied du mur du Kremlin, près des autres chefs soviétiques.

En Occident

Des signes de dégel se manifestent également dans le domaine des relations internationales. Khrouchtchev défend explicitement la nécessité d’une « coexistence pacifique » entre le bloc soviétique et le camp occidental, terme qu’il utilise au cours du XXe congrès pour caractériser la nouvelle politique étrangère soviétique. En septembre 1959, Khrouchtchev rencontre Dwight Eisenhower à Camp David. Dans le cadre d’un assouplissement des rapports Est-Ouest marqués par la guerre froide, les discussions abordent notamment la question allemande et celle de l’armement nucléaire. La détente est amorcée, mais elle sera de courte durée.

Les limites de la déstalinisation

En octobre 1956, la déstalinisation achoppe sur le soulèvement populaire hongrois, qui d’antistalinien devient vite antisoviétique. Les mesures de déstalinisation sont jugées insuffisantes, malgré l’action d’Imre Nagy en faveur d’une libéralisation. Déclenché conjointement par les ouvriers et les étudiants, le mouvement insurrectionnel — par lequel Nagy, qui a déclaré la neutralité de la Hongrie et son retrait du pacte de Varsovie, se laisse dépasser — est réprimé dans le sang avec l’intervention des blindés soviétiques à Budapest le 1er novembre. La vieille garde prosoviétique, dirigée par János Kádár, est ramenée au pouvoir, et Imre Nagy est condamné à mort (1958). En Occident, les événements de Hongrie sont suivis avec une tension croissante, notamment dans les milieux de gauche. De nombreux intellectuels et artistes quittent le parti communiste, notamment en France et en Italie.

La répression de l’insurrection hongroise a montré les limites de la déstalinisation, soit l’impossibilité de compromettre l’homogénéité idéologique du camp communiste et de remettre en question son unité politique, militaire et économique. La construction du mur de Berlin (1961) et la crise des fusées de Cuba (1962) entraîneront une dégradation progressive des relations entre l’URSS et les États-Unis, sans toutefois interrompre le dialogue. Les grands thèmes de l’équilibre mondial continueront de faire l’objet de rencontres au sommet, même après la destitution de Khrouchtchev (1964) et l’arrivée au pouvoir de Leonid Brejnev, qui laisse pourtant présager le retour en force des méthodes staliniennes.



Les sanctuaires grecs

11 02 2009

Pour les Grecs de l’Antiquité, religion et mythologie étaient intimement liées. C’est d’ailleurs essentiellement par les mythes, tels que nous les rapportent Homère et les auteurs classiques, que la religion grecque nous est connue.

La religion grecque, d’une façon générale et exception faite des religions à mystère, n’a pas de corps de doctrine. Elle exige de ses fidèles qu’ils observent les rituels dans l’état d’esprit qui convient.

Dans les formes cultuelles adoptées par la religion grecque antique, les principaux rites sont les prières, les offrandes, les sacrifices, les fêtes publiques et les jeux [1]. Ces rites ne s’excluent pas, au contraire : une offrande s’accompagne d’une prière, de même un sacrifice, qui lui-même peut couronner une fête publique.

En outre, les grands festivals religieux qui se tiennent régulièrement sont l’occasion de sacrifices, de concours d’athlétisme, de processions et de représentations théâtrales. La participation à ces festivals est donc un acte à la fois religieux et politique. Mais les grandes manifestations publiques, comme les Panathénées d’Athènes, ne satisfont pas entièrement les besoins religieux de la population. De nombreux actes cultuels se pratiquent donc en privé ou dans le cadre familial. Dans la société rurale dépeinte par Hésiode, l’agriculteur observe de nombreux interdits et exécute de petits actes rituels pour s’attirer la bienveillance des dieux. Plus tard, de petits sanctuaires vont s’élever un peu partout dans les campagnes, mais aussi dans les villes, où certaines familles honorent par des offrandes simples – une guirlande de fleurs, par exemple, ou quelques gouttes de vin en guise de libation – la divinité de la maison.

Il n’y a pas de clergé, mais il existe des fonctions liturgiques spéciales comme celles de la Pythie à Delphes ou de la prêtrise héréditaire des Eumolpides à Eleusis. La statue du dieu est à l’intérieur du temple, mais il y en a parfois une seconde à l’extérieur. Les cultes publics se pratiquent en plein air.

La religion grecque de l’âge classique est dans l’ensemble optimiste et rationnelle. Les dieux s’intéressent de près aux affaires humaines. L’homme s’attend à être bien traité des dieux s’il remplit correctement la part qui lui revient dans la relation.

Les Grecs, qui ont aussi leurs superstitions et leurs craintes concernant l’avenir, pratiquent des rites magiques, généralement très simples, tels que le port d’amulettes. Les présages et les prophéties occupent en revanche une place importante. Zeus et Apollon, en particulier, connaissent l’avenir, qu’ils annoncent par la voix des oracles, dont les plus grands sont ceux de Zeus à Dodone et d’Apollon à Delphes. Ce dernier centre reçoit des délégations qui viennent de tout le monde grec y chercher des conseils politiques ou religieux, mais aussi des personnes qui consultent à titre privé. Apollon parle par la bouche d’une prêtresse, la Pythie, que l’on pense être «possédée» par le dieu. Ses propos sont interprétés par les prêtres et transcrits en vers à l’intention du demandeur.

Athènes et d’autres cités ont ainsi des «exégètes», c’est-à-dire des «interprètes» officiellement désignés comme représentants d’Apollon pour donner des conseils en matière religieuse.

En Grèce, les jeux faisaient, à l’origine, partie de plusieurs cultes religieux. Certains avaient lieu en l’honneur des dieux, d’autres en guise d’actions de grâce. Plus tard, ils se tinrent en l’honneur d’êtres humains. Les jeux grecs, avec leur cortège de processions, de fêtes et de musique, jouèrent un rôle important dans le développement du goût de la beauté physique. Jusqu’à une époque relativement tardive, les participants aux Jeux étaient choisis parmi les citoyens plutôt que parmi des athlètes professionnels. Au fur et à mesure que les jeux prirent un caractère plus professionnel, leur popularité déclina. Les quatre cycles de jeux majeurs étaient les jeux Olympiques, les jeux Pythiques, les jeux Isthmiques et les jeux Néméens.

Pour finir, voici un diaporama sur les sanctuaires grecs



9 fevrier 1950: début de la « chasse aux sorcières »

9 02 2009

Le sénateur Joseph McCarthy

McCarthy, en homme ambitieux et avide de popularité, fit des tournées de discours, intervenant devant de nombreuses organisations sur des sujets très divers. Le 9 février 1950, devant le Club des Femmes Républicaines de Wheeling, en Virginie-Occidentale, il brandit une liste de fonctionnaires du département d’État (le ministère des Affaires étrangères) qu’il accuse d’être des «communistes notoires» coupables de collusion avec l’Union soviétique et les agents de Staline.

Les paroles prononcées par McCarthy ne furent pas enregistrées de façon fiable, la présence des médias étant minimale, et sont donc sujettes à débat.  McCarthy aurait notamment déclaré :

« Je tiens là une liste de 205 personnes dont le Secrétaire d’État sait qu’ils sont affiliés au Parti Communiste et qui sont néanmoins en poste et façonnent la politique du Département d’État. »

McCarthy déclara par ailleurs qu’il faisait allusion à 57 « communistes notoires », le nombre de 205 faisait référence au nombre de personnes travaillant au Département d’État et qui pour une raison ou une autre n’auraient pas dû être en poste.

Le discours de McCarthy, dans un pays inquiet de l’agressivité de l’Union Soviétique en Europe, fit l’effet d’une traînée de poudre. La population prit les accusations de McCarthy comme une explication de la chute de la Chine aux mains de Mao Zedong, et du développement de l’armée nucléaire soviétique l’année précédente.

Il est dès lors entraîné dans une campagne hystérique qui va bouleverser l’Amérique triomphante de l’après-guerre.

Le président démocrate Harry Truman lui répond rapidement. Il assure qu’il a lui-même déjà écarté de la haute administration toutes les personnes suspectes de collusion avec l’URSS. Il met en garde aussi les Américains contre le risque d’une atteinte à la démocratie : «N’instaurons pas un totalitarisme de droite sous prétexte de lutter contre un totalitarisme de gauche», dit-il en substance.

Infiltrations communistes

Il est vrai que, dès avant la Seconde Guerre mondiale, le service d’espionnage soviétique a infiltré les milieux scientifiques américains et recruté des savants comme Julius Rosenberg. En 1938, la menace est jugée assez sérieuse pour que la Chambre des représentants institue une commission des activités anti-américaines (House Un-American Activities Committee, HUAC). Elle s’en prend aux menées nazies et communistes.

En plein conflit mondial, pendant la conférence de Yalta, il apparaît que des conseillers du président Roosevelt ont transmis des secrets à Staline afin de favoriser ses desseins.

Après la victoire sur le nazisme, le parti communiste américain et ses syndicats, bien que forts d’un maximum de 70.000 membres, ont préparé la guerre qu’ils jugeaient inévitable entre le camp capitaliste et le camp socialiste. Dans un but de propagande, ils ont tenté de s’imposer dans la cité du cinéma en déclenchant de grandes grèves.

En 1947, dans le contexte de la guerre froide et de la course à l’arme thermonucléaire, tandis que les communistes étendent leur emprise à la Chine communiste, le président Truman institue des commissions, les «loyalty boards», pour repérer et écarter les fonctionnaires fédéraux coupables de collusion avec l’Union soviétique. Ces commissions envoient quelques fonctionnaires devant un tribunal mais sans résultat spectaculaire.

«Chasse aux sorcières»

La campagne du sénateur McCarthy relance les soupçons, d’autant qu’elle survient au moment de l’arrestation par la police fédérale, le FBI, des époux Rosenberg, accusés d’avoir livré à l’URSS des secrets atomiques.

Après l’élection du général Dwight Eisenhower à la présidence et surtout le triomphe du parti républicain au Sénat, en 1952, McCarthy accède à la présidence d’un sous-comité sénatorial d’enquête permanent. Désormais, un fonctionnaire peut être soumis à une enquête policière et révoqué sur un simple soupçon de sympathie avec l’Union soviétique de Staline.

Voyant un espion communiste derrière chaque personnalité du pays, hauts fonctionnaires, journalistes, cinéastes d’Hollywood et intellectuels de la côte Est, le sénateur se lance dans une délirante «chasse aux sorcières».

D’éminentes personnalités en sont victimes, comme le général George Marshall, auteur du plan éponyme et ancien secrétaire d’État à la Défense, le savant atomiste Robert Oppenheimer ou encore Charlie Chaplin. Déjà épinglé en 1947 par la commission des activités anti-américaines en raison de ses options de gauche, «Charlot» est privé d’un visa de retour lors d’un voyage en Europe en 1952 !

Mais d’autres cinéastes comme Walt Disney et Elia Kazan s’associent à la campagne anticommuniste en désignant des confrères suspects de sympathies pro-soviétiques.

Les nababs d’Hollywood, dans la crainte que le public ne boude un acteur mal-pensant, prennent les devants en publiant une «liste noire» de tous ceux qu’il serait risqué d’engager. Au demeurant, la campagne n’empêche pas le réalisateur Donald Trumbo, ouvertement à gauche, de remporter plusieurs Oscars

La chute

Dans son délire, le sénateur McCarthy en vient à attaquer l’armée elle-même. C’en est trop. Le président Eisenhower, qui le déteste, joint ses efforts à ceux des militaires pour le faire tomber. Au début de l’année 1954, l’armée accusa McCarthy et son conseiller en chef Roy Cohn d’exercer des pressions pour un traitement de faveur de G. David Schine, ami et ancien adjoint de Cohn. McCarthy réfuta ces accusations, faites selon lui en représailles de ses déclarations sur un général l’année précédente.

Une des attaques les plus virulentes contre les méthodes de McCarthy fut un épisode de la série documentaire See It Now animée par Edward R. Murrow (cet épisode fut le thème du film Good Night, and Good Luck. de George Clooney, sorti en 2005), qui fut diffusé le 9 mars 1954. L’émission consistait en des extraits de discours de McCarthy, où celui-ci accusait le Parti Démocrate de « vingt ans de trahison » (1933-1953), il faisait la même accusation pour les administrations de Franklin Roosevelt et Harry Truman) et insultait des témoins, incluant un général de l’armée.

Le reportage de Murrow couplé à l’affaire de David Schine la même année, déclencha une lourde perte de popularité de McCarthy car il s’agissait de la première remise en cause publique de ses agissements par des personnalités respectables. Pour contrer cette mauvaise publicité, McCarthy fit une apparition dans See It Now trois semaines plus tard en émettant diverses attaques personnelles contre Murrow. Cette réponse fut mal accueillie par le public et fit décroître d’autant plus sa popularité.

En décembre 1954, McCarthy est censuré par le Sénat américain, par 67 voix contre 22, et est définitivement écarté de la politique.

Le 2 décembre 1954, par un blâme officiel, le Sénat américain met enfin un terme aux entreprises calomniatrices du sénateur. Celui-ci va mourir dans l’indifférence trois ans plus tard.

La «chasse aux sorcières» se solde par plusieurs milliers d’enquêtes sur des citoyens et fonctionnaires, environ 7.000 démissions d’agents fédéraux, 700 révocations et un grand nombre de drames individuels.

Cet épisode peu reluisant de la guerre froide entre les États-Unis et l’URSS ne s’achève pas immédiatement après la révocation de McCarthy. Jusqu’en 1957, des citoyens américains continuent d’être l’objet de poursuites pour raisons politiques.

Le terme de « maccarthisme » est depuis devenu synonyme d’activités gouvernementales visant à réduire l’expression d’opinions politiques ou sociales gauchisantes, en limitant les droits civils sous prétexte de sécurité nationale.

d’apres Joseph Savès, site herodote.


4 février 1945: conférence de Yalta

4 02 2009

Tenue du 4 au 11 février 1945 dans la station balnéaire de Yalta, sur la côte de la mer Noire, en Crimée, la conférence de Yalta réunit en grand secret les chefs de gouvernement de l’Union soviétique (Joseph Staline), du Royaume-Uni (Winston Churchill) et des États-Unis (Franklin D. Roosevelt), dans les buts suivants :

  • adopter une stratégie commune afin de hâter la fin de la guerre,
  • régler le sort de l’Europe après la défaite du IIIe Reich et
  • garantir la stabilité du monde au-delà de la victoire.

Les accords que les trois « grands » signèrent le 11 février 1945 allaient se révéler essentiels pour l’après-guerre, bien qu’à Yalta le monde ne fut pas partagé en zones d’influence, comme le prétendit Charles de Gaulle par la suite.

Le propos principal de Staline était sans doute de préserver son pays de futures attaques, comme en 1914 et en 1941, en le protégeant par un glacis territorial et politique. La meilleure solution pour lui, c’était la création d’une Pologne qui serait dirigée par un gouvernement ami de l’Union soviétique.

Churchill et Roosevelt, de leur côté, étaient disposés à obtenir de la part de Staline la promesse que l’URSS entrerait en guerre contre le Japon dans les trois mois après la capitulation de l’Allemagne. Il est vrai que Staline négociait en position de force, les armées soviétiques n’étant plus qu’à une centaine de kilomètres de Berlin. Par ailleurs, Roosevelt, dont la santé se dégradait de plus en plus, faisait preuve d’une incroyable candeur. « Si je lui donne (i.e. à Staline), estima-t-il, tout ce qu’il me sera possible de donner sans rien réclamer en échange, noblesse oblige, il ne tentera pas d’annexer quoi que ce soit et travaillera à bâtir un monde de démocratie et de paix. »

Les accords de Yalta furent rapidement violés par Staline en Pologne. L’Union Soviétique et les Alliés avaient des conceptions très différentes en ce qui concernait la démocratie et l’avenir de l’Europe. Certains historiens pensent même que les accords de Yalta avaient fait le lit de la guerre froide. L’accord stipulait aussi le renvoi en URSS de tous les prisonniers russes, ainsi que de ceux qui avaient rejoint la Wehrmacht pour combattre le communisme.

Palais de Livadia où les accords furent signés

Les accords conclus à l’issue des rencontres prévoyaient :

  • des élections libres dans les États européens libérés, les Trois Grands s’engageant à « constituer des autorités gouvernementales provisoires largement représentatives de tous les éléments démocratiques des populations et qui s’engageront à établir, dès que possible, par des élections libres, des gouvernements qui soient l’expression de la volonté des peuples »
  • l’organisation en avril 1945 de la conférence de San Francisco ;
  • l’entrée en guerre de l’Union soviétique contre le Japon dans les 3 mois qui suivront la défaite de l’Allemagne, l’URSS recevant en échange le sud de l’île de Sakhaline et les îles Kouriles ;
  • la destruction du militarisme allemand et du nazisme ;
  • la division de l’Allemagne en trois zones occupées par les trois vainqueurs : États-Unis, URSS, Royaume-Uni (Par la suite, Churchill soutiendra une division de l’Allemagne en quatre zones d’occupation : la quatrième revenant alors à la France. Cette proposition aboutira peu après la conférence de Yalta) ;
  • déplacement de la Pologne vers l’ouest : elle céderait des territoires à l’URSS et recevrait en compensation des territoires enlevés à l’Allemagne ;
  • l’avancement de la frontière soviéto-polonaise jusqu’à la ligne Curzon ;
  • la réorganisation du « Comité de Lublin », gouvernement pro-soviétique établi en Pologne libérée, « suivant des bases démocratiques plus étendues, avec l’inclusion des chefs démocrates se trouvant à l’étranger », c’est-à-dire des membres du gouvernement polonais en exil à Londres.
  • quelques modalités concernant le fonctionnement de l’ONU, dont la création avait été décidée en 1944 à la conférence de Dumbarton Oaks : le droit de veto des membres permanents du Conseil de sécurité jouera pour tous les cas sauf pour les questions de procédure ; l’URSS demande autant de sièges qu’il compte de provinces et de régions (soit 16), mais en obtient « seulement » 3 (Russie, Ukraine, Biélorussie) ; les Nations unies auront un droit de regard sur l’organisation de l’Europe.
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