9 fevrier 1950: début de la « chasse aux sorcières »

9 02 2009

Le sénateur Joseph McCarthy

McCarthy, en homme ambitieux et avide de popularité, fit des tournées de discours, intervenant devant de nombreuses organisations sur des sujets très divers. Le 9 février 1950, devant le Club des Femmes Républicaines de Wheeling, en Virginie-Occidentale, il brandit une liste de fonctionnaires du département d’État (le ministère des Affaires étrangères) qu’il accuse d’être des «communistes notoires» coupables de collusion avec l’Union soviétique et les agents de Staline.

Les paroles prononcées par McCarthy ne furent pas enregistrées de façon fiable, la présence des médias étant minimale, et sont donc sujettes à débat.  McCarthy aurait notamment déclaré :

« Je tiens là une liste de 205 personnes dont le Secrétaire d’État sait qu’ils sont affiliés au Parti Communiste et qui sont néanmoins en poste et façonnent la politique du Département d’État. »

McCarthy déclara par ailleurs qu’il faisait allusion à 57 « communistes notoires », le nombre de 205 faisait référence au nombre de personnes travaillant au Département d’État et qui pour une raison ou une autre n’auraient pas dû être en poste.

Le discours de McCarthy, dans un pays inquiet de l’agressivité de l’Union Soviétique en Europe, fit l’effet d’une traînée de poudre. La population prit les accusations de McCarthy comme une explication de la chute de la Chine aux mains de Mao Zedong, et du développement de l’armée nucléaire soviétique l’année précédente.

Il est dès lors entraîné dans une campagne hystérique qui va bouleverser l’Amérique triomphante de l’après-guerre.

Le président démocrate Harry Truman lui répond rapidement. Il assure qu’il a lui-même déjà écarté de la haute administration toutes les personnes suspectes de collusion avec l’URSS. Il met en garde aussi les Américains contre le risque d’une atteinte à la démocratie : «N’instaurons pas un totalitarisme de droite sous prétexte de lutter contre un totalitarisme de gauche», dit-il en substance.

Infiltrations communistes

Il est vrai que, dès avant la Seconde Guerre mondiale, le service d’espionnage soviétique a infiltré les milieux scientifiques américains et recruté des savants comme Julius Rosenberg. En 1938, la menace est jugée assez sérieuse pour que la Chambre des représentants institue une commission des activités anti-américaines (House Un-American Activities Committee, HUAC). Elle s’en prend aux menées nazies et communistes.

En plein conflit mondial, pendant la conférence de Yalta, il apparaît que des conseillers du président Roosevelt ont transmis des secrets à Staline afin de favoriser ses desseins.

Après la victoire sur le nazisme, le parti communiste américain et ses syndicats, bien que forts d’un maximum de 70.000 membres, ont préparé la guerre qu’ils jugeaient inévitable entre le camp capitaliste et le camp socialiste. Dans un but de propagande, ils ont tenté de s’imposer dans la cité du cinéma en déclenchant de grandes grèves.

En 1947, dans le contexte de la guerre froide et de la course à l’arme thermonucléaire, tandis que les communistes étendent leur emprise à la Chine communiste, le président Truman institue des commissions, les «loyalty boards», pour repérer et écarter les fonctionnaires fédéraux coupables de collusion avec l’Union soviétique. Ces commissions envoient quelques fonctionnaires devant un tribunal mais sans résultat spectaculaire.

«Chasse aux sorcières»

La campagne du sénateur McCarthy relance les soupçons, d’autant qu’elle survient au moment de l’arrestation par la police fédérale, le FBI, des époux Rosenberg, accusés d’avoir livré à l’URSS des secrets atomiques.

Après l’élection du général Dwight Eisenhower à la présidence et surtout le triomphe du parti républicain au Sénat, en 1952, McCarthy accède à la présidence d’un sous-comité sénatorial d’enquête permanent. Désormais, un fonctionnaire peut être soumis à une enquête policière et révoqué sur un simple soupçon de sympathie avec l’Union soviétique de Staline.

Voyant un espion communiste derrière chaque personnalité du pays, hauts fonctionnaires, journalistes, cinéastes d’Hollywood et intellectuels de la côte Est, le sénateur se lance dans une délirante «chasse aux sorcières».

D’éminentes personnalités en sont victimes, comme le général George Marshall, auteur du plan éponyme et ancien secrétaire d’État à la Défense, le savant atomiste Robert Oppenheimer ou encore Charlie Chaplin. Déjà épinglé en 1947 par la commission des activités anti-américaines en raison de ses options de gauche, «Charlot» est privé d’un visa de retour lors d’un voyage en Europe en 1952 !

Mais d’autres cinéastes comme Walt Disney et Elia Kazan s’associent à la campagne anticommuniste en désignant des confrères suspects de sympathies pro-soviétiques.

Les nababs d’Hollywood, dans la crainte que le public ne boude un acteur mal-pensant, prennent les devants en publiant une «liste noire» de tous ceux qu’il serait risqué d’engager. Au demeurant, la campagne n’empêche pas le réalisateur Donald Trumbo, ouvertement à gauche, de remporter plusieurs Oscars

La chute

Dans son délire, le sénateur McCarthy en vient à attaquer l’armée elle-même. C’en est trop. Le président Eisenhower, qui le déteste, joint ses efforts à ceux des militaires pour le faire tomber. Au début de l’année 1954, l’armée accusa McCarthy et son conseiller en chef Roy Cohn d’exercer des pressions pour un traitement de faveur de G. David Schine, ami et ancien adjoint de Cohn. McCarthy réfuta ces accusations, faites selon lui en représailles de ses déclarations sur un général l’année précédente.

Une des attaques les plus virulentes contre les méthodes de McCarthy fut un épisode de la série documentaire See It Now animée par Edward R. Murrow (cet épisode fut le thème du film Good Night, and Good Luck. de George Clooney, sorti en 2005), qui fut diffusé le 9 mars 1954. L’émission consistait en des extraits de discours de McCarthy, où celui-ci accusait le Parti Démocrate de « vingt ans de trahison » (1933-1953), il faisait la même accusation pour les administrations de Franklin Roosevelt et Harry Truman) et insultait des témoins, incluant un général de l’armée.

Le reportage de Murrow couplé à l’affaire de David Schine la même année, déclencha une lourde perte de popularité de McCarthy car il s’agissait de la première remise en cause publique de ses agissements par des personnalités respectables. Pour contrer cette mauvaise publicité, McCarthy fit une apparition dans See It Now trois semaines plus tard en émettant diverses attaques personnelles contre Murrow. Cette réponse fut mal accueillie par le public et fit décroître d’autant plus sa popularité.

En décembre 1954, McCarthy est censuré par le Sénat américain, par 67 voix contre 22, et est définitivement écarté de la politique.

Le 2 décembre 1954, par un blâme officiel, le Sénat américain met enfin un terme aux entreprises calomniatrices du sénateur. Celui-ci va mourir dans l’indifférence trois ans plus tard.

La «chasse aux sorcières» se solde par plusieurs milliers d’enquêtes sur des citoyens et fonctionnaires, environ 7.000 démissions d’agents fédéraux, 700 révocations et un grand nombre de drames individuels.

Cet épisode peu reluisant de la guerre froide entre les États-Unis et l’URSS ne s’achève pas immédiatement après la révocation de McCarthy. Jusqu’en 1957, des citoyens américains continuent d’être l’objet de poursuites pour raisons politiques.

Le terme de « maccarthisme » est depuis devenu synonyme d’activités gouvernementales visant à réduire l’expression d’opinions politiques ou sociales gauchisantes, en limitant les droits civils sous prétexte de sécurité nationale.

d’apres Joseph Savès, site herodote.
Tags :

Actions

Informations

Laisser un commentaire