7 juin 1520: l’entrevue du camp du drap d’or ou de l’hypocrisie des monarques

9 06 2009

L’entrevue du Camp du Drap d’Or

Henry VIII
L’entrevue du Camp du Drap d’Or marque autant la fin du Moyen-age que l’entrée de l’ère moderne.
Cet événement devait en théorie sceller l’alliance militaire entre l’Angleterre et la France. Le but d’Henri VIII et de son ministre, le cardinal de Wolsey, étant d’éviter que François I° et Charles Quint ne s’unissent et surtout que l’un ne devienne plus puissant que l’autre.

Ce fut un échec. Pourquoi ? Durant trois semaines, les deux monarques, François 1er et Henri VIII, rivaliseront de richesses et d’apparats. Après tout, la politique n’est qu’affaire d’esbrouffe!!! Autant essayer d’écraser l’autre par sa magnificense!!
Après les rencontres préliminaires, où les envoyés spéciaux des deux royaumes conviennent des protocoles des cérémonies (mais aussi d’un possible mariage entre la fille de Henri VIII, Marie, alors âgée de quatre ans et le dauphin de France qui lui, est âgé de trois ans !*), les deux rois se rencontrent pour la première fois le 7 juin 1520, date à partir de laquelle se succèdent fêtes, tournois et dîners réunissant les pairs des deux royaumes. Parés de leurs plus beaux atours, François Ier et Henry VIII se témoignèrent une chaleureuse amitié. Les banquets succédèrent aux joutes, on donna une messe à laquelle les deux souverains assistèrent côte à côte au son des chants religieux scrupuleusement répartis à égalité entre chants français et chants anglais. C’est une véritable Cité qui est organisée pour l’occasion entre les deux villes frontalières d’Ardres la française, et de Guînes l’ anglaise, où les tentes, par centaines recouvertes d’étoffes brodées au fil d’or, laissent apparaître au spectateur un vaste « champ de drap d’or », que l’histoire retiendra sous le nom de Camp du Drap d’Or. Le Roi de France avait installé sa tente royale de drap d’or près des marais d’Andres. A Guînes, fief anglais, Henry VIII avait fait bâtir le palais de Cristal, un édifice original de bois et de verre aux couleurs des Tudor , le « palais de cristal », long de cent mètres et haut de quarante. Quant au pavillon du roi François 1er, il est « aussi haut que la plus haute tour connue » et surmontée d’une statue de Saint Michel combattant le dragon.
François 1erLa tapisserie intérieure est en velours bleu, parsemée de lys d’or et l’extérieur est décoré d’un drap d’or frisé. Les fêtes sont grandioses : joutes et épreuves de tir à l’arc sont organisées pour distraire et rapprocher les cours des deux monarques. Ah … l’entente franco-anglaise ne passera que par le plaisir ! François Ier se laisse aller à accepter une lutte avec son égal. C’est énorme. L’un et l’autre sont des gentilshommes de la Renaissance, intelligents, cultivés, charmeurs et sportifs . D’un croc en jambe adroit qui jette le roi d’Angleterre sur le sol devant une foule médusée, François 1er tient son orgueil au beau fixe mais ruine du même coup les efforts accomplis durant ces trois semaines pour obtenir un rapprochement avec l’Angleterre. La diplomatie a ses secrets que les rois ont parfois eu du mal à accepter. Henri VIII, forcément vexé, s’en est allé le 18 juillet dans son royaume, sans avoir concédé à la France cette alliance tant espérée. Bien au contraire. Avant son départ, il rencontre l’empereur d’Autriche Charles-Quint qui parviendra à s’assurer l’appui de l’Angleterre dans les conflits continentaux à venir.  Preuve supplémentaire de la fourberie de ce roi inconstant, le traité secret est signé entre les 2 souverains, qui promettent de se revoir et de parler ensemble de leurs intérêts… formule quelque peu ambiguë permettant à Henri VIII d’affirmer qu’il n’a pas signé d’alliance et qu’il demeure fidèle à ses engagements avec les français.

Les hostilités entre les trois protagonistes s’engagent en 1522. Voilà à quoi tient la paix et la guerre au XVI ème siècle. Une armée anglaise s’ébranle de Calais. La première ville française qu’elle assiège et incendie est… Ardres
Le
royaume de France sera désormais entouré d’ennemis. François Ier enrage.

Gravure de James Basire de 1774, d’après une peinture à l’huile du XVIe siècle

* A noter que Marie, future reine d’Angleterre aura été promise

successivement au Dauphin de France Henri II, à l’Empereur romain germanique Charles Quint et au Duc d’OrléansCharles II de France. Aucune de ces unions ne se réalisera.


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