25 octobre 1836: Erection de l’Obélisque de Louxor
26 10 2009Il est environ quinze heures et c’est sous les applaudissements de plusieurs dizaines de milliers de spectateurs que l’Obélisque du Louxor atteint la verticale et trône enfin au milieu de la place de la Concorde. Il a fallu pas moins de quatre heures, trois cents personnes et l’aide d’une petite machine à vapeur pour dresser les 230 tonnes de granit. L’aventure remonte en fait à 1832, lorsque le Pacha Muhammad Ali offre à Louis-Philippe un des deux obélisques du temple de Thèbes, vieux de trois milles ans et dédié à Ramsès II. Il faut tout le talent de l’ingénieur Philippe LeBas, pour permettre au monument de passer de Louxor à Paris, descendant le Nil, traversant la Méditerranée et remontant la Seine sur un parcours de 12000 kilomètres.
Au départ: le don
Ce don constitue également une histoire à lui seul. A cette époque, l’Egypte se trouve sous la férule de l’Empire ottoman. A l’inverse, la France est l’alliée de l’Angleterre et de la Russie, coalition qui défait , en 1827, la flotte turco-égyptienne à Navarin en Grèce. Toutefois, Méhémet Ali entretient des relations chaleureuses avec la France. Il a été dans sa jeunesse simple soldat dans l’armée ottomane, cette même armée qui met fin à l’Expédition d’Egypte de Bonaparte lors de la bataille de Canope. En 1805, il s’impose comme gouverneur d’Egypte et veut moderniser son pays avec l’aide d’ingénieurs et de savants français. Cette relation franco-égyptienne se poursuit bien au-delà de l’Empire napoléonien, notamment par le biais de missions archéologiques. Méhémet Ali veut profiter de ces relations pour se défaire de la tutelle ottomane. Pour ce faire, il multiplie les signes de bonne volonté à l’égard de la France et en particulier de Charles X à qui il offre une girafe qui sera la curiosité parisienne du moment. Cependant, les Français, dans la mouvance de l’égyptomanie, rêvent d’un obélisque pour Paris. Le seul ennui est qu’ils sont devenus très rares en Egypte même. A l’époque des pharaons, une cinquantaine se dressait fièrement le long du Nil. Lors de la conquête romaine, ces monuments deviennent les plus recherchés pour être exposés à Rome ou à Constantinople. Une quarantaine est prélevée dont un se trouve aujourd’hui sur la place du Latran à Rome et il symbolisera par la suite le christianisme triomphant. Puis
au Moyen Age, ils sont abandonnés pour être ensuite redressés voire déplacés au cours du XVIème siècle. Au XIXème siècle, il ne restait alors plus en Egypte qu’une dizaine d’obélisques dont les deux de Louxor et les deux « Aiguilles de Cléopâtre » à Alexandrie.
Les consuls Drovetti puis Mimaut sollicitent Méhémet Ali qui leur propose de prendre un des deux obélisques d’Alexandrie, petits et très endommagés par l’air marin. Cependant, Champollion, arrivé en Egypte en mars 1838, s’intéresse de près à ceux de Louxor et intervient vivement pour obtenir l’un d’entre eux. Le vice-roi accepte un an après. Pour Méhémet Ali, il s’agit de donner « un débris d’une vieille civilisation (…) en échange de la civilisation nouvelle ».Le vice-roi d’Egypte avait en fait offert les deux obélisques du temple de Louxor, mais finalement on n’en transporta qu’une. Ce fut Champollion qui désigna celle qu’on emporterait à Paris.
Puis le transport:
Comment transporter ce monolithe de 250 tonnes jusqu’en France ? Plusieurs solutions sont envisagées notamment celle du Baron de Haussez qui propose de découper l’obélisque en trois morceaux. Champollion intervient et propose quant à lui de le transporter entier. Un navire est construit spécialement à Toulon en même temps que les 300 navires en vue de l’expédition à Alger. Le navire est conçu par l’ingénieur Rolland. Il lui fallut une grande dose de génie pour imaginer un navire qui puisse naviguer à la fois sur la Méditerranée et sur l’Atlantique, remonter la Seine et le Nil. Pour se faire, le navire est élaboré avec un tirant d’eau très faible (moins de deux mètres), une mâture démontable pour pouvoir passer sous les ponts de la Seine. Une étrave amovible est également imaginée pour pouvoir embarquer l’obélisque par l’avant. De plus, ce navire devra être capable de s’échouer sur les rives du Nil sans perdre de sa stabilité. Il possédera cinq quilles, aura la forme d’un parallélépipède. Le bateau est construit en un an à peine et est près en août 1830. La rade de Toulon est en ébullition, les ouvriers du chantier naval travaillent jour et nuit à la lueur des bougies.
Le Luxor est placé sous le commandement du lieutenant de vaisseau Verninac Saint Maur. L’ingénieur Le Bas, quant à lui, est chargé des opérations terrestres. Le 30 juillet 1830, Louis Philippe a remplacé Charles X à la tête de l’Etat et l’on craint que Méhémet Ali ne retire sa promesse. Le cadeau est cependant confirmé et le navire aurait pu appareiller si la fin de l’été n’avait pas été défavorable à la navigation sur la Méditerranée à cause de fréquentes tempêtes.
Début 1831, tout est près. Les 130 sont à bord, les vivres réunis, le matériel et les cadeaux pour le vice-roi embarqués (armes, casques, cuirasses, cristaux de table, un exemplaire richement relié de la Description de l’Egypte publiée en 1810-1822). Le 15 avril 1831, le Luxor part dans l’enthousiasme général. Après avoir longé les côtes de la Sicile, la mer devient mauvaise et on craint à tout moment de dériver. On comprend alors qu’il faudra revenir en France avec un remorqueur. Enfin le 3 mai, le navire jette l’ancre à Alexandrie et ne pourra repartir qu’en juillet lorsque le Nil aura amorcé sa crue. Pendant ce temps, Le Bas part en compagnie de deux chirurgiens, des ouvriers et une partie de l’équipage à Louxor par voie terrestre. Le 14 août 1831, le Luxor arrive dans le petit canal perpendiculaire au Nil creusé par l’équipe de Le Bas.
A la baisse de la crue, le Luxor se retrouve à sec. On démonte alors son étrave et la coque est protégée par des nattes mouillées pour éviter que le bois ne se dessèche. Commence alors la construction d’un chemin incliné en pente douce de l’obélisque jusqu’au navire. L’abattage de l’obélisque est retardé par une série d’épidémies dont le choléra qui touchera 15 matelots, qui en guériront et 800 villageois. L’obélisque est abattu le 15 décembre 1831. Il faut cependant attendre le retour de la crue au mois de juillet suivant pour pouvoir repartir vers la France. En août 1832, c’est le départ mais le Luxor s’échoue à plusieurs reprises, perd ses ancres et n’arrive à Rosette qu’à la fin septembre. Le fleuve a terminé sa crue et les matelots doivent trouver un autre passage que la barre de Rosette pour s’engager en Méditerranée qu’ils n’atteindront qu’au 1er janvier 1833. Le Luxor est alors remorqué vers Alexandrie par le Sphinx (un autre navire ? ne doit-on pas le préciser ? c’est un remorqueur donc je pense que c’est assez clair, non? ). Le 1er avril 1833, il fait enfin route pour la France. Dans la nuit du 10 au 11 mai 1833, il arrive à Toulon après être parti de ce même port quelques deux ans plus tôt. Le 12 août 1833, il atteint Cherbourg où le roi Louis Philippe attend son arrivée avec impatience. A Rouen, le mât est démonté pour pouvoir passer sous les ponts de la Seine et son tirant d’eau est réduit au minimum mais la Seine est trop basse et le Luxor ne repart que le 11 décembre hâlé par 16 chevaux. Le navire ressemble alors à une péniche. Le 23 décembre 1833, « l’obélisque est à Paris ! », devant le roi, les parlementaires, les membres de l’Institut et de l’Académie.
Là, une surprise de taille attend l’expédition et l’obélisque baptisé à présent ‘La Pierre Haute’ : le socle destiné à recevoir le monolithe n’est pas encore commencé !
Trois années de plus seront nécessaires !Enfin… le 25 octobre 1836, devant la famille royale,
l’ultime manoeuvre peut avoir lieu Place de la Concorde ! Il faudra, à cet effet, quatre cents militaires pour ériger l’obélisque. Durant ce travail délicat les haubans de tension faillirent rompre tant l’effort était à son maximum. Le pire fut éviter par une voix forte s’élevant de la foule qui ordonna d’arroser les cordages tendus à l’extrême. L’ordre étrange fut exécuté machinalement et la ‘pierre haute’, dans un dernier soubresaut, se retrouva où elle est encore sous le nom de ‘Obélisque de la Concorde’. Le dernier incident fut oublié très vite et peu de personnes hormis le responsable des charpentes, Ferdinand Malosses qui consignera ses observation dans ses carnets de notes, observeront que l’ordre impératif sauvant la manœuvre de la catastrophe fut crié avec un fort accent arabe, puis suivi de cris et imprécations en sa langue, repris par d’autres voix de même nationalité très vite couvertes par les ovations joyeuses de la foule…
Le Luxor repart aussitôt à Brest chercher un bloc de granit qui servira à l’obélisque de piédestal. Il en possède déjà un ,mais ce piédestal comportait sur ces quatre faces des babouins nus en adoration devant le soleil. La reine, jugeant le piédestal de mauvais goût, préféra qu’on le mette au Louvre et que l’on ramène un bloc de granit pour qu’il serve de nouveau piédestal à l’obélisque.

érection de l’obélisquede Louxor, Place de la Concorde François DUBOIS – Musée Carnavalet
Le sommet de l’obélisque est surmonté d’un pyramidion pointu et étincelant, de bronze et de feuilles d’or, ajouté en mai 1998. Il est censé remplacer un précédent ornement, qui avait été volé, à Louxor, lors d’invasions en Égypte au VIe siècle.
En échange des obélisques, la France offrit une horloge qui orne aujourd’hui la citadelle du Caire, mais qui ne fonctionna jamais, aux dires des Cairotes. Le deuxième obélisque a été officiellement rendu à l’Égypte par le Président François Mitterrand, lors de son premier septennat.
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