Expliquer « l’incolore » d’un texte

Publié le 2 septembre 2006 par dans Comprendre

Le mot « incolore » n’est pas une métaphore.

C’est un terme technique, grammatical, pour certaines prépositions qui paraissent dénuées de sens propre.

Pourquoi les prépositions ?

  • Parce que ce sont les parts les plus anodines du discours : personne n’y porte attention.
  • Mais ce sont les plus fructueuses si vous savez les prendre en compte : Vous vous démarquerez ainsi de tous ceux qui vont chercher le sens uniquement dans l’explicite.                

Vous parvenez mal à distinguer dans un texte ce qu’il y a à expliquer ? Ne cherchez pas uniquement du côté de l’obscur ! Le principe de réussite est le suivant :

  • Votre travail (écrit ou oral) est d’autant plus apprécié qu’il met mieux en valeur les éléments transparents, incolores, donc les prépositions du texte à expliquer ou du sujet de dissertation.
  • L’incolore n’est pas caché dans la profondeur du texte ; il est visible à sa surface, mais il tend à passer inaperçu, comme un leurre ou un camouflage animal.

L’incolore des sujets de dissertation :

  • Les sujets sont souvent centrés autour d’un groupe prépositionnel, un phénomène discret, que vous avez tendance à négliger, alors que les pistes pour la dissertation proviennent du potentiel grammatical et sémantique de la préposition.
  • Les prépositions fonctionnent souvent par deux ou trois. L’une n’a de sens que par rapport à l’éclipse de l’autre, en fonction d’une alternance prépositionnelle.

Exemple :               « tel auteur rêvait de rédiger son autobiographie »

             n’est pas : « tel auteur songeait à rédiger son autobiographie »

  • La préposition "à" constitue le point d’application d’une volonté, d’un dessein, d’une intention, d’une réalisation en vue. C’est pourquoi, grammaticalement, il ne peut pas "rêver à" rédiger son autobiographie. Il y aurait contradiction, incompatibilité entre le sémantisme de la préposition et celui du verbe rêver. De même, on s’efforce de, mais on se force à.

L’observation des prépositions vous permet d’imaginer les sujets adjacents.

  • Vous situez donc le sujet sur un plan contrastif.
  • Vous évitez de vous tromper de sujet.
  • Vous traitez le sujet proposé.
  • Ce que l’on appelle « éclaircir » un texte ou un sujet, c’est en réalité, à l’inverse, révéler les couleurs sémantiques de ses particules incolores.

L’incolore des univers poétiques :

  • Les prépositions "à" et "de" sont au cœur de toute la poétique moderne. André Breton, dans une approche grammaticale intuitive, voit dans la préposition "à" une source créatrice : « Je choisissais un mot puis le reliais à un autre par la préposition à. La préposition en question apparaît bien en effet, poétiquement, comme le véhicule de beaucoup le plus rapide et le plus sûr de l’image » (André Breton)

Exemple :                 « L’arbre à rêves »

                               « L’arbre de rêve »

  • Le premier inspire des rêves à venir, il vivifie l’imagination, il féconde la créativité,
  • Le second correspond à un rêve advenu, il inspire la contemplation, et non pas la création.

Ainsi chacune de ces prépositions :

  • - établit des connexions inédites,
  • - engendre des mondes possibles, des univers de fiction,
  • - fait naître des scénarios.

La préposition est la matrice de toutes sortes d’univers poétiques.

2 commentaires pour “Expliquer « l’incolore » d’un texte”

  1. Eveillé dit :

    Votre analyse de l’exemple « tel auteur rêvait de… songeait à… » me fait réagir (!) car je n’en ai pas la même lecture. Je me suis donc penché vers le petit Robert (peut-être n’est-ce pas le bon outil mais j’apprécie tant Alain Rey) pour en lire les définitions, ce que je n’avais jamais fait, ce que j’aurais dû. Je retrouve alors pour « à » ce que vous écrivez, « marquant des rapports de direction, de position, la manière d’être ou d’agir » mais aussi défini comme un lien grammatical sans « sens » particulier. Je me penche sur « de » et je le retrouve, sans sens particulier (la fonction grammaticale primant le sens) mais aussi… comme marquant « l’origine concrète ou abstraite, des relations d’appartenance, la détermination ».
    L’analyse d’une « appartenance » du « rédiger » au « rêvait » m’apparaît alors intéressante. De plus, le jeu des sonorités lie (pour moi (!)) beaucoup plus étroitement le « rêvait » à(!) « rédiger » que le « songeait » à « rédiger » par le jeu de la dentale « d », par ailleurs plus sonore. Aussi, que « tel auteur rêvait de rédiger son autobiographie » me semble davantage une volonté que si ce même « auteur songeait à rédiger son autobiographie ». On peut avoir des « songes-creux » mais existe-t-il des « rêves-creux » ? Mais ma lecture n’aurait pas été la bonne, par conséquent… je ne serai pas admis à l’agrégation ! Cordialement.

  2. Emmanuel & Sylvie Laure Oudiette dit :

    Votre réaction pleine d’intérêt et de curiosité pour ces passionnantes prépositions incolores révèle que – vous vous en doutez bien un peu – vous avez toute chance d’être reçu à l’agrégation !
    Très cordialement !

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