La matière du langage
Publié le 2 octobre 2006 par Emmanuel & Sylvie Laure Oudiette dans ComprendreLes mots constituent la matière du langage.
Homère rendait sensible la matérialité des mots, quand il faisait dire à ses personnages:
"Quel mot a franchi l'enclos de tes dents?"
De même que les atomes portent dans leur noyau les célèbres "quarks", dont le nom scientifique est issu d'une oeuvre littéraire (Finnegans Wake de James Joyce), et de même que ces "quarks" sont caractérisés par trois "couleurs" (rouge, vert, bleu) qui s'annulent pour former des protons sans couleur, de même les mots contiennent dans l'explicite de leur sens neutre, de leur dénotation, les couleurs implicites de leurs connotations et de l'argumentation qu'ils véhiculent. Un orateur antique comme Quintilien avait déjà évoqué les couleurs d'une argumentation, lorsque celle-ci quittait la neutre et froide objectivité.
Un autre exemple permet de se figurer la matière des mots et des textes. C'est celui des pixels, constitués des trois mêmes couleurs, et qui permettent d'élaborer une texture, comme les mots constituent un texte, tout en jouant de la transparence, comme les mots jouent de l'incolore et de l'implicite.
Rimbaud avait développé l'intuition de cette matière colorée des mots dans son poème "Voyelles", où les sommes de couleurs que sont le blanc et le noir s'associent à nos trois couleurs de quarks et de pixels:
"A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu" …
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14 mars 2008 à
est ce que par hasard vous auriez la référence de ce texte de Quintilien ???
merci
16 mars 2008 à
Bonjour Jean-Louis !
Voici les références :
Quintilien, De institutione oratoria, 4, 2, 88 et 12, 8, 6
Sénèque le rhéteur (père de Sénèque), Controversiae, 1, 1, 16
Très cordialement !