Réussir : Découvrez le Xiong-Ji
Publié le 13 novembre 2007 par Emmanuel & Sylvie Laure Oudiette dans ComprendreSi l’on vous dit que l’acte d’invention d’un sujet de concours constitue un « Elan créatif » de type yang, et que sa prise en considération représente un « Elan réceptif » de type yin, comprenez-vous d’emblée tout ce que vous offrent ces mots ? Vous désirez quelques précisions ? Vous avez raison !
Parce que dans ce cas, vous allez hériter de l’expérience immémoriale du Yi Jing, autrement dit de l’art typiquement chinois de deviner la qualité du présent.
Quoi de plus présent, en effet, que le choc de la rencontre avec un sujet déroutant ? Rencontrer un sujet de concours, prévisiblement imprévisible, comme le loup au coin d’un bois, comme la vie, c’est rencontrer l’instant.
Un sujet de concours ? Un instant énergétique.
« La seule chose qui ne changera jamais, dit un texte du Yi Jing, c’est que tout est toujours en train de changer », ce qui permet de s’attendre … à de l’inattendu !
Pour continuer de bénéficier de la génialissime Introduction de Cyrille J.-D Javary et de profiter de son « regard renouvelé sur le vieux classique des changements » (le Yi Jing, Albin Michel), dites-vous qu’un sujet de dissertation constitue avant tout une situation, une circonstance, une occasion, un événement, « un agencement énergétique spécifique ».
Deviner la teneur de l’instant, pour y insérer l’action adéquate, c’est déchiffrer « la qualité énergétique du moment » (étymologiquement le « moment » est synonyme de »mouvement ») « et de l’adéquation de ce qu’on projetait d’irréalisé ».
Réussir au concours grâce au Yi Jing, telle est la voie royale à vous chanceusement proposée !
Trop osé ? Récapitulons ! Un sujet de dissertation n’est pas d’abord d’ordre intellectuel, c’est un moment énergétique, une situation, une structure momentanée, un événement, la qualité particulière d’un instant : un choc !
Or, le Yi Jing est justement « un manuel pratique d’aide à la prise de décision », face à la configuration d’abord problématique de l’instant. Quant au sujet, comment mieux l’aborder que dans un esprit chinois, en s’efforçant « de prendre en compte plus que ce que le texte comporte, de solliciter aussi tout le jeu qui se trame entre ce qui est et ce qui manque », en scrutant les blancs du sujet, ses ellipses et ses réticences, bref tout ce qu’il tait ? Dans la configuration subite et dans la « propension du moment », c’est là qu’est tapi le sujet.
« La qualité énergétique de la circonstance », voilà donc le sujet réel, qualité qui transparaîtra dans la couleur de la matière verbale du libellé, mais surtout dans celle des pensées et des émotions immédiates qu’il suscite.
Quand vous lisez un sujet, ce à quoi vous réagissez, la circonstance, la conjoncture à laquelle vous vous adaptez, souplement ou bien rigidement, amèrement ou jovialement, avec sympathie ou apathie, empathie ou contrariété, ce ne sont pas d’abord et avant tout des mots, ce sont des grains de sablier, des gouttes d’eau de la clepsydre, dont certaines font déborder le vase, bref des configurations actuelles de l’instant réceptif ou déceptif : celui du choc d’une rencontre inédite, insolite, avec une présentation de l’oeuvre au concours qu’il vous est loisible de trouver opportune ou inopportune, intempestive ou bienvenue.
De même, lorsque vous choisissez de citer l’oeuvre, votre citation n’est pas d’abord un ensemble de mots, mais un moment opportun ou intempestif d’insertion, dans votre parole, de celle de l’auteur au programme. Si le moment est mal choisi, l’exemple n’est pas probant. Une perception Xiong-Ji de la dissertation modifie radicalement l’attitude mentale face au déroulement argumentatif de votre dissertation, à la fluidité de sa progression.
La dissertation d’agrégation se déroule en 7 heures. Vous aurez le temps d’avoir besoin de l’art du Tuan Ji-Xiong ! Cette expression signifie « mot à mot discerner (Tuan) les moments où le flux du Tao stagnent (Xiong) de ceux où ils s’écoulent de manière féconde (Ji) ».
Or, selon le mouvement de vos pensées, vous passerez par des alternatives de stagnation et d’élan inspiré, ou bien inversement. C’est assez dire à quel point savoir discerner où stagne une pensée est crucial. C’est par exemple savoir localiser son lieu de stagnation dans l’explicite vague du sujet, dans l’implicite mal explicité, dans le littéral inouï et inédit, mal reconstitué, mal reconsidéré, donc déconsidéré, là où le sens ne circule plus avec fluidité.
Savoir ainsi prévoir et anticiper permet d’être attentif aux flux du sens, à ses fluctuations latentes, discrètes, comme à ses fructifications bénéfiques.
Notre façon d’aborder les concours selon la méthode Xiong-Ji vise à fluidifier la pensée pour que, devenue consciente d’elle-même, elle puisse localiser le Xiong, c’est-à-dire, selon l’Introduction du Yi Jing, les « bouchons où elle s’englue – Xiong : un flux qui temporairement se bloque », sans qu’il y ait faute, juste faute d’inspiration. La pensée peut ainsi s’imposer d’elle-même des limitations … de lenteur et d’apathie ! Le Yi Jing sert en quelque sorte de signalisation routière : « il y a danger » ou « il y a ouverture ». Il recommande une certaine attitude face à la consistance et à la configuration momentanée de l’instant.
La teneur Yin d’une pensée - celle qui, favorisant le Ji, ouvre l’esprit aux modulations, aux floraisons et aux flottaisons de l’implicite, c’est-à-dire de l’inconscient du texte (et le sujet est un micro-texte ) – nous rend sensibles à « l’idée que l’absence, tout autant que la présence, puisse être porteuse de sens » et puisse nous servir de « base de décryptage » d’un discours, éclairé à la lumière de ce qu’il veut ne pas dire - mais peut-être nous faire dire -, en nous invitant « à accorder autant d’importance à ce qui n’est pas mentionné qu’à ce qui l’est », et donc autant d’attention à l’ometteur qu’à l’émetteur.
La posture Yang tend, chez le candidat, à vouloir lui faire ressentir dans n’importe quel sujet un rival perfide de sa lecture, un gêneur Xiong qui s’interpose entre lui et l’auteur au programme, dans sa relation fusionnelle à son livre. Et donc il tend à vouloir l’expulser. L’expression « hors sujet » n’est pas une expression adéquate. Elle clarifie mal le processus mental et passionnel, et l’attitude agressive qui mène à ce dérapage rectiligne, que nous pourrions traduire par les injonctions : Dehors, mauvais sujet ! sujet patibulaire ! ote-toi de mon soleil ! La posture Yang belliqueuse et impérative commande toute une gamme d’affects, d’autant plus véhéments qu’ils ne sont pas perçus par la conscience, et que le candidat ne s’y livre qu’à son insu.
Nous avions présenté l’épreuve de dissertation comme un rodéo, sous un éclairage Yang, où le sujet-étalon, obstacle en mouvement, en symbiose avec le Yang du candidat, n’était pas vécu comme ennemi mais comme domptable, et de ce fait se trouvait maîtrisé.
Eclairons le rodéo sous une autre lumière. C’est le sujet qui est maintenant le cavalier, et c’est le Yang récalcitrant du candidat le cheval, rétif au mors du sujet comme à l’éperon, qui se cabre, qui regimbe jusqu’à désarçonner le sujet et lui faire vider les étriers. Tant le candidat refuse véhémentement de se laisser apprivoiser par le sujet, de se laisser mordre l’oreille c’est-à-dire de lui prêter une oreille attentive, d’accepter son éperon stimulant pour l’intelligence.
La métaphore ainsi renversée dialectiquement est plus difficile encore à admettre que la précédente, puisqu’elle confère au Yang une position basse par rapport au sujet. Cette « réaction brutale nous est à chacun spontanée, elle ne demande aucune maîtrise particulière, alors que la retenue doit être apprise et réapprise souvent ». Or, avec le Yi Jing, c’est cette retenue que tout l’orient cultive, comme racine et matrice de ses arts martiaux !
Les métaphores Xiong-Ji sont sélectionnées pour leur caractère éminemment énergétique, et en vertu de leur pouvoir d’adaptation souple à la dynamique de l’instant.
Traditionnellement comparées à des flèches, liées à « l’art chevaleresque du tir à l’arc », elles sont conçues pour s’adapter au centre de la cible, c’est-à-dire ici au coeur du sujet, et pour que leur vibration attire du provisoirement encore non ciblable, c’est-à-dire tout l’implicite.
Oui, le Xiong-Ji constitue un art martial de la pensée.
Et chaque métaphore est de l’énergie.
Sous cette lumière, que fait le mauvais candidat Yang, dans une attitude Xiong de refus et d’opposition au sujet, de maintien dans ses idées sur l’oeuvre ? Il supplante, il surpasse. Mais qui élimine-t-il ? Surtout pas ses concurrents, mais d’abord le sujet, ensuite le jury, et enfin l’admissible qu’il se refuse à être, en refusant d’admettre un sujet aussi … cavalier.
Que fait le candidat qui laisse sa pensée se mouvoir dans la fluidité du Ji ? L’inverse ! Il fait du sujet une parole noble, un adversaire à sa mesure, qu’il sera valeureux et valorisant de combattre avec vaillance et élégance. Il en fait son égal, conformément au Tao-tö-king, qui lui dit que « quiconque veut s’emparer du monde et s’en servir court à l’échec ». Que serait vouloir s’emparer du monde ici ? Vouloir s’emparer de l’oeuvre au programme en expulsant le sujet, s’opposer à ce que le sujet s’empare de sa plume et guide sa réflexion vers un auteur soudain inédit.
Et s’il faut fléchir le sujet, « il faut d’abord consolider ce qui est à fléchir », précise encore ce livre d’expérience et de réflexion qu’est le Tao-tö-king.
Vous l’avez compris, le Tao-tö-king et le Yi Jing constituent, lus par nous et par vous, d’excellents et efficaces Rapports des jurys.
La voie des concours, empruntée selon la méthode du Xiong-Ji, nous apprend donc que la première chose à ne pas faire est de chercher à éliminer le sujet, et que la première chose à faire est de réfréner cette tendance à l’obstruction spontanée. Car au moment où vous êtes le pur-sang fougueux qui renâcle au mors, le sujet pourrait bien être le seul cavalier qui ait le pouvoir généreux de vous faire sauter l’obstacle que représente l’épreuve de dissertation au concours.
L’alternative est simple. Ou il vous fait sauter l’obstacle, ou vous faites sauter le cavalier, auquel cas vous devenez ipso facto « equus inanis« , c’est-à-dire un cheval sans cavalier, et vous revenez du concours inanis, sans réussite.
Mais alors, est-ce à dire que la posture Yang, à laquelle nous vous invitions lors de notre rodéo, est elle-même caduque ? Certainement pas ! Poser une telle question révèle une distraction face aux présupposés, car si le Tao-tö-king précise qu’il faut « d’abord consolider ce qui est à fléchir », le présupposé est donc bel et bien qu’il faut ensuite être victorieux, être le cavalier vainqueur. Le sujet une fois reconnu comme adversaire noble et redoutable, il devient glorieux et passionnant de s’y affronter, de le fléchir et le maîtriser, au sommet de l’art équestre.
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20 novembre 2007 à
Absolument conquise! J’adore envisager le concours sous cet angle ! Cette approche « déstresse » ( pardon pour cet affreux mot). J’aime beaucoup la dimension que vous apportez au concours. Avec une telle démarche, l’agrégation tient plus que jamais de l’Aventure, et semble plus humaine. Je vais de ce pas imprimer pour m’en imprégner régulièrement.
20 novembre 2007 à
Bonjour Sabine !
Merci de votre message ! Nous nous croisons maintenant aussi sur les voies du Xiong Ji !