L’Inquisition, rempart de la foi ?
Mercredi 21 novembre 2007
L. Albaret, L’Inquisition, rempart de la foi ? Découvertes Gallimard, 2007 (5e édition revue et augmentée)
Ce volume de Découvertes Gallimard s’intéresse à l’histoire de l’Inquisition en Europe. Cette juridiction d’exception, créée en 1233 par le pape Grégoire IX, est à l’origine destinée à lutter contre les hérésies en Languedoc. Placée sous l’autorité de Rome, on connaît le succès de l’Inquisition qui se développe en Europe pour contrer tous les schismes, hérésies ou remises en cause de l’ordre – une lutte commencée dès 313 au moment de la conversion au catholicisme de l’empereur Constantin déjà favorable au combat contre les hérétiques. Inhérente à l’histoire du catholicisme, l’Inquisition incarne aujourd’hui le fanatisme dans toute sa cruauté et son obscurantisme. Un livre intelligent très bien illustré.
En 2007, l’ordre du Temple serait-il réhabilité par l’Eglise ? Il y a six ans, un chercheur a découvert les actes du procès des Templiers dans les archives secrètes du Vatican. Perdus depuis sept siècles, ces documents montrent que le Pape Clément V avait ordonné la dissolution de l’ordre pour le bien de l’Eglise, à ce moment-là sous influence du roi de France Philippe Le Bel. Cependant dans le parchemin, appelé le « parchemin de Chinon », qui fait partie de ces documents, le Pape affirme que les Templiers ne sont pas des hérétiques. Il leur donne l’absolution et reconnaît seulement qu’ils sont coupables de violences et d’abus.
Maltraité par le film Le nom de la Rose de Jean-Jacques Annaud, Bernard Gui ne mérite pas cette image dure que ne livre aucunement la documentation historique. Né dans le diocèse de Limoges, Bernard Gui (représenté ci-contre dans le Speculum Sanctorale, Ms 480, fol. 1r, © Bibliothèque Municipale de Toulouse) prend l’habit dominicain et fait ses études au couvent de la cité (1280) puis à Figeac (1281-1282). Il enseigne la logique à Brives (1284) mais poursuit sa formation en théologie à Limoges puis à Montpellier (1289-1291). Sous lecteur à Limoges (1291), lecteur puis prieur à Albi (1292-1297), Carcassonne (1297-1301), Castres (1301-1305) et Limoges (1305-1307), il s’impose comme un brillant administrateur et gestionnaire de la grandeur de son Ordre. Inquisiteur de Toulouse (16 janvier 1307), il occupe pleinement sa charge de juge mais continue son service auprès de l’ordre des Prêcheurs. Loin d’être un inquisiteur particulièrement dur, on connaît 647 prévenus ayant déposé devant lui, qui provoqueront 536 sentences, dont seulement une quarantaine de peines de bûchers. Son action inquisitoriale reste principalement connue au travers de la rédaction vers 1324 d’un important manuel pour les inquisiteurs, la Practica Inquisitionis heretice pravitatis (la Pratique Inquisitoriale), où il consigne les règles et procédures judiciaires propres à l’Inquisition, ainsi que les conseils pour lutter efficacement contre les hérétiques. Nommé évêque de Tuy (Galice) en 1323, il rejoint finalement l’évêché de Lodève (1324) où, après une activité épiscopale intense, il décède en 1331.
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