À l’époque où je prêchais dans la ville de Valence [en 1235], ne connaissant point encore à fond l’herésie des Vaudois, attendu que je n’exerçai que quelque temps après les fonctions d’inquisiteur, un catholique me raconta qu’il avait entendu des maîtres de l’erreur commenter ainsi ce texte de la Genèse : « Dieu forma l’homme du limon de la terre et lui inspira un souffle de vie« . Dieu, disaient-ils, façonna, avec de l’argile molle, une certaine forme humaine, comme font les enfants, et la placa ensuite au soleil pour la faire sécher. Or il arriva, étant complètement desséchée, que toutes les rides ou fentes produites par l’action des rayons solaires, se remplirent de sang et devinrent des veines. En dernier lieu il souffla sur la face de cette statue et lui communiqua son esprit : c’est ainsi que l’homme fut fait âme vivante. Toutes les autres âmes proviennent de la même source et ont été communiquées de la même manière. Presque tous les Vaudois s’accordent pour dire que l’âme de tout homme juste et bon n’est autre que l’Esprit-Saint lui-même, qui est Dieu et que le juste, tant qu’il demeure tel, ne peut avoir une autre âme que l’Esprit Saint, qui est Dieu. S’il pèche, l’Esprit sort et le diable prend sa place [...]. Ils enseignent qu’ils n’y a de peines expiatrices que dans le temps présent, et que par conséquent tous les suffrages de l’Église, comme toutes les ceuvres, ne servent de rien aux défunts. Ils disent que tous les bons sont prêtres et que tout homme bon peut absoudre des péchés aussi bien que le pape, selon notre doctrine : toutefois quand ils expliquent sur ce point leur croyance, ils enseignent qu’il n’y a en réalité que Dieu qui puisse absoudre, et que si les justes le font, ce n’est que parce que Dieu, qui habite en eux, agit par eux. Ils n’ont que du mépris pour les absolutions et les excommunications de l’Église, parce que, disent-ils, il n’y a que Dieu qui puisse excommunier. Lire le reste de cet article »