Une chronologie


bucherLes grandes dates de l’Inquisition médiévale


Avril 1229

La signature du traité de Meaux-Paris met fin à l’insoumission du comte de Toulouse au roi de France et clôt la Croisade contre les Albigeois lancée en 1209 par le pape Innocent III. Dans un Midi de la France mis à feu et à sang pendant deux décennies , les pouvoirs politiques forts sont éliminés ou mis au pas religieusement – Le comte de Toulouse Raymond VII est condamné à « servir en outremer » durant cinq années – mais il n’en est pas de même pour les « bons hommes » et leurs sympathisants désormais menacés mais toujours actifs.

Avril 1233
Une série de bulles pontificales consacre officiellement la naissance de l’Inquisition, tribunal d’exception spécialement chargé de lutter contre l’hérésie, et donnent à l’Ordre dominicain une délégation générale pour l’exercice de cet office. Les Franciscains participeront aussi à la défense de la foi.

1234
Les premiers inquisiteurs dominicains arrivent dans un Midi de la France hostile, infesté par la dissidence albigeoise. Mandatés par le pape Grégoire IX, leur mission est d’extirper
cette hérésie d’une province qu’ils ne connaissent pas. Les premiers conflits entre ces inquisiteurs inexpérimentés et les populations locales ne tardent pas à éclater. Deux tribunaux fixes sont installés à Toulouse et à Carcassonne.

Mars 1234
À Narbonne, le dominicain Ferrer, prieur de la cité originaire de Perpignan et inquisiteur pendant dix ans, est momentanément obligé de quitter la ville en raison des troubles provoqués par ses enquêtes dans le bourg. La même année à Albi, c’est l’inquisiteur Arnaud Cathala qui provoque une insurrection populaire contre l’Inquisition lorsqu’il ordonne brutalement plusieurs exhumations.

Octobre 1235
Guillaume Arnaud et Pierre Sellan sont définitivement chassés de Toulouse par les habitants et les consuls, tout comme les dominicains, expulsés de leur couvent le mois suivant. Malgré les protestations du pape Grégoire IX en 1236, le comte de Toulouse ne peut empêcher Guillaume Arnaud, de retour dans la ville en juillet 1237, et son nouvel adjoint le Franciscain Etienne de Saint-Thibéry, d’être pris à parti par la population suite à des condamnations d’hérétiques et en raison de l’hostilité désormais ouverte des consuls à leur égard.

1237
La suspension provisoire de l’Inquisition pontificale par le pape en 1237 permet de calmer les esprits. Mais le retour des inquisiteurs en 1241 dans le Toulousain et dans le Quercy se heurte à une résistance qui s’est progressivement organisée contre les activités de l’Office. Ces derniers, et notamment Pierre Sellan pourtant « déplacé » dans le diocèse de Cahors, s’opposent régulièrement à Raymond VII de Toulouse et à ses officiers peu enclins à soutenir l’Inquisition.

1239
L’hérésie n’est pas uniquement présente dans le Midi de la France. Le 13 mai, 180 hérétiques sont condamnés et brûlés sur le bûcher du Mont-Aimé en Champagne.

Mai 1242
Guillaume Arnaud et Etienne de Saint-Thibéry sont assassinés avec leur suite à Avignonnet par une troupe d’hommes armés venus de Montségur, place forte de la résistance de la dissidence. Des inquisiteurs mandatés continuent cependant la tâche comme l’agenais Bernard de Caux du tribunal de Toulouse qui, de 1243 à 1247, organise avec ses adjoints une série d’enquêtes très fragmentaires à Agen, Cahors et Toulouse, mais aussi dans le Lauragais où, sur deux ans, près de 5500 dépositions sont rassemblées sur plus d’une centaine de localités.

Mars 1244

Prise de Montségur, dernier bastion de résistance militaire et religieuse. Les interrogatoires après le siège par l’Inquisition de plusieurs survivants de la forteresse ont permis à l’Office non seulement de décapiter la dissidences et de mieux cerner les déviances de ses adeptes, désormais en fuite.

1249
Bernard de Caux rédige un premier manuel où il précise les usages et les règles à suivre pour ses confrères dans la rédaction des procés-verbaux et l’établissement de la liste des délits. Les dominicains semblent néanmoins marquer le pas et se retirent de l’activité inquisitoriale au profit des évêques en 1249.

1254
Le pape Innocent IV autorise et règlement l’usage de la torture sur les dissidents religieux afin d’obtenir l’aveu. C’est la bulle Ad extirpenda.

1255
Devant l’inefficacité de la plupart des évêques qui ne disposent pas de l’expérience de l’Inquisition pontificale et qui multiplient les conciles sans apporter de solutions, le retour se fait progressivement en 1255 avec les inquisiteurs Rainaud de Chartres et le bordelais Jean de Saint-Pierre, ancien adjoint de Bernard de Caux.

1273
une enquête est ainsi organisée par les inquisiteurs Ranulphe de Plassac et le quercynois Pons de Parnac qui ont pour objectif de mettre à jour les réseaux dissidents avec la Lombardie italienne. Interrogeant des suspects déjà fichés, plusieurs d’entre eux ont abandonnés l’hérésie, entretiennent de bons rapports avec l’Eglise et n’ont plus de liens avec les hérétiques.

1307
Bernard Gui, originaire de Limoges et nommé inquisiteur de Toulouse en 1307, rédige un ultime manuel, la Practica Inquisitionis heretice pravitatis, traité célèbre qui marque la procédure de l’Inquisition pour la suite de son histoire, permettant une lutte efficace non seulement contre les albigeois mais aussi contre toutes les dissidences religieuses de l’époque, permettant ainsi à l’inquisiteur de définir à quelle secte d’hérétiques appartenait le déposant.

1312
Lors du concile de Vienne, le décret Multorum querela fixe les nouvelles modalités de la collaboration entre les inquisiteurs pontificaux et les tribunaux épiscopaux, créant la fonction d’inquisiteur diocésain, relevant de l’évêque. Les inquisiteurs pontificaux, dont Bernard Gui, s’opposent en vain à cette décision.

1317
Jacques Fournier, futur pape sous le nom de Benoît XII qui officie dans le diocèse de Pamiers, ne rencontre plus beaucoup d’hérétiques dans ses enquêtes mais découvre une dissidence albigeoise teintée d’un certain paganisme dans le cas atypique du village de Montaillou.

Ce seront les dernières grandes traces de l’hérésie albigeoise dans le Midi de la France. L’arrestation de Bélibaste, dernier dignitaire hérétique, sur dénonciation d’Arnaud Sicre, ancien dissident devenu informateur de Jacques Fournier, puis sa mort sur le bûcher en 1321, témoignent d’un quadrillage complet de la France méridionale exercé par les inquisiteurs. Pierre Brun et le normand Jean Duprat, successeurs respectifs de Bernard Gui et de Jean de Beaune en 1324, ne feront que poursuivre, arrêter et brûler les quelques derniers survivants d’une dissidence moribonde.

1321
Le dernier dignitaire des boni homines, un certain Guillaume Bélisbaste, est brûlé à Villerouge-Termenès.

1324-1325
L’inquisiteur Benard Gui rédige la Pratique inquisitoriale (Practica Inquisitionis heretice pravitatis), manuel de l’inquisiteur destiné à ses confrères.

1328
Les derniers bûchers d’hérétiques sont attestés à Carcassonne.

Chronologie établie par L. Albaret sur son site Inquisitions médiévales

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Inquisiteur dominicain du tribunal d’Inquisition de Carcassonne (1316-1324). Originaire de Bourgogne, Jean de Beaune succède en septembre 1316 à Geoffroy d’Ablis au tribunal d’Inquisition de Carcassonne. Inquisiteur modèle, Jean de Beaune est l’auteur de L’Opuscule, petit manuel de l’inquisiteur rédigé sous une forme épistolaire entre 1318 et 1321 à l’usage d’un jeune dominicain, mais aussi probablement d’un manuel plus conséquent, aujourd’hui connu par quelques bribes.
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